un_ticket_pour_la_luneLiam Digby a un problème : il connaît une croissance exceptionnelle, avec poussée hormonale en conséquence. Résultat, à onze ans, il en paraît le triple ! C'est loin de l'indisposer, le garçon a pris le parti d'exploiter ce subterfuge et joue avec une camarade d'école, Florida Kirby, en se faisant passer pour un père et sa fille.
Ensemble ils parcourent les allées des centres commerciaux, se rendent dans des concessions automobiles de luxe ou vont dans des manèges à sensation interdits aux plus jeunes. Liam s'amuse, mais son père voit rouge.
Toutefois ce dernier ne prend pas conscience du fait que le garçon agit exprès pour attirer son attention, comme l'idée de ce nouveau jeu réservé au père et sa progéniture. Il faut remporter le titre de meilleur papa, pour s'offrir un voyage en Chine et tester un nouveau parc à thème... très cosmique.
Ambitieux projet, Liam trépigne d'y participer mais son père dit non.
Loin de se démonter, l'adolescent fait appel à sa fidèle complice et tous deux vont vivre une série d'épreuves, toutes plus délirantes les unes que les autres, pour décrocher les honneurs !
Finalement le suspense n'est pas de savoir s'il va vivre à fond son aventure et voyager dans l'espace, on est déjà au courant. Le roman s'ouvre sur sa confidence, il est seul au monde, perdu dans l'immensité intersidérale, à bord d'une fusée.
On se demande alors comment cette épopée hallucinante va trouver sa fin, et si le père de Liam va accourir tel Zorro sur son fidèle destrier pour sauver son fils. Car, après tout, c'est un livre sur les papas et sur les relations entre père et enfant, derrière ce côté farce, comique et farfelu de l'histoire. Les anecdotes sont vraiment très drôles.
De plus, notre monde d'adultes est vu à travers le regard d'un enfant / adolescent, ce qui créera une connivence sympathique avec le lecteur - niveau collège, selon moi, car j'hésite pour les plus jeunes, le roman fait tout de même 300 pages !

Gallimard jeunesse, 2009 - 320 pages - 13,50€
Traduit de l'anglais par Catherine Gibert

L'avis de Reno qui le rapproche très justement à Roald Dahl.

extrait :

- Docteur Drax, vous me prenez pour un adulte responsable, or je ne le suis pas. Je ne suis qu'un adolescent. Un adolescent anormalement grand et barbu, mais un adolescent.
J'ai ressenti un soulagement immédiat. Comme si la gravité avait soudain relâché son emprise, me faisant en quelque sorte flotter. Voilà. C'était terminé. Plus de comédie. Plus de responsabilité. Peu m'importait la réaction qu'aurait le docteur Drax.
Elle a souri.
- Cela résume parfaitement mon opinion sur vous, a-t-elle répliqué, en me touchant la main. Vous avez la qualité requise. Intérieurement, vous vous sentez comme un enfant. A l'exemple d'Einstein, qui a prétendu toute sa vie n'avoir jamais cessé de penser en enfant. Ce qui explique qu'il ait fait ces découvertes exceptionnelles...
- Non, ai-je répliqué. Je ne me sens pas comme un enfant. Je ne suis pas un adulte.
- Parfait. Dans le mille. Ceux qui se considèrent comme des adultes accomplis n'ont pas leur utilité dans ce projet. Ce sont des gens qui pensent n'avoir plus rien à apprendre...
- Voilà. Je n'ai pas terminé l'école. J'ai même à peine commencé.
- Je ressens la même chose que vous. L'univers est tellement immense. Nous n'en avons qu'un mince aperçu. Entre quelqu'un qui croit tout savoir et quelqu'un qui reconnaît son ignorance, je choisi le second sans hésiter.
- Mais...

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Et un peu de musique, dont la très belle chanson interprétée par Vanessa Paradis pour la BO du film d'Olivier Dahan, Le petit poucet.