Mon enfant de Berlin ~ Anne Wiazemsky
Gallimard, 2009 - 250 pages - 17,50€
J'ai aimé d'amour ce roman, je ne sais pas comment vous l'expliquer, c'est arrivé sans que je m'y attende, et le bonheur a gonflé en moi, comme la barre lion, ça a rugi de plaisir.
Ce livre raconte l'histoire de Claire Mauriac, ambulancière à la Croix-Rouge française durant la 2nde guerre mondiale. Elle a vingt-sept ans, elle est très jolie et elle est issue de la classe bourgeoise et catholique, oui, il s'agit de la fille de l'illustre écrivain.
Elle a pourtant le souci de faire oublier son pedigree et voudrait qu'on l'apprécie pour elle. Nous sommes en septembre 44 et depuis quelques mois la jeune femme a le blues. Son boulot à la Croix-Rouge lui plaît, elle n'entend plus rentrer à Paris et ses fiançailles avec Patrice, prisonnier en Allemagne, l'étouffent.
Entre les lettres qu'elle envoie à ses parents et les extraits de son journal intime, se dessine un portrait en finesse d'une jeune femme en plein épanouissement, elle qui était une petite fille gâtée, choyée, dorlottée, se découvre délivrée des convenances depuis sa récente émancipation.
C'est seulement en partant pour Berlin qu'elle prendra la pleine mesure de son envol, lorsqu'elle fera la rencontre du prince russe, Yvan Wiazemsky, réfugié politique et expulsé de son pays depuis la révolution. Wia est un homme charmant, plein d'entrain, extraverti et drôle, il affiche très rapidement son amour pour Claire. Un tel empressement ferait fuir la plus prude des jeunes filles, mais Claire n'est plus cette jouvencelle parisienne, ou juste un peu. Très attachée à sa famille, elle continue d'écrire des lettres nunuches pour s'attacher le consentement de ses parents, qui jugent sévèrement sa récente toquade.
Le temps file, on parle d'amour, mais pas seulement. Car dans la foulée on suit les activités de la fière équipe du 96 Kurfürstendamm (Rolanne, Mistou, Plumette, Olga, Leon de Rosen...). Ils sont jeunes, ils vivent à Berlin les plus belles années de leur vie, les plus intenses. Ils ont le désir fou d'oublier les souffrances de la guerre, d'aider les autres. Rechercher les personnes disparues, les retrouver, les sauver devient un idéal à la hauteur de leurs exigences. D'office, le lecteur les adopte. Il les aime d'une amitié forte et indéfectible.
Et puis il y a cet amour entre Claire et Wia. « Un amour qui nous éblouissait, qui rejaillissait sur nous et qui nous soudait tous ensemble. Quelque chose qui nous rendait incroyablement heureux et solidaires de leur bonheur, ... ». Cette romance au coeur d'un quotidien plus morose devient la touche qui illumine le texte. Tout ce qui a trait à la guerre et ses conséquences ne s'avère pas barbant ou rédhibitoire. Bien loin de là. C'est un ensemble. Le lecteur se sent immédiatement intégré à l'histoire, et particulièrement à l'équipe du 96 Kurfürstendamm, comme s'il partageait leur routine, leur mission, leurs heures de gloire, de faiblesse. C'est totalement prenant.
Mon enfant de Berlin est une parenthèse enchantée, l'histoire d'un amour fou vécu à un moment incrusté dans le temps, la solidarité d'un groupe et leur amitié soudée dans la communion d'une même vocation - aider les autres, oublier les heures sombres. C'est un très, très beau roman, le cadeau d'une fille pour ses parents, car c'est elle, Anne, l'enfant de Berlin. Elle nous prouve livre après livre sa lignée et son destin romanesques, et c'est tout bonnement admirable.
J'aime infiniment.
Ce billet est dédié à Alice.
Nota Bene :
Comme une ombre bienveillante, on retrouve bien évidemment la figure paternelle. Oui, celle de François Mauriac. J'ai notamment aimé cette petite phrase, chuchotée avec tendresse, débordante de complicité : « Je suis content que tu l'épouses, lui saura te rendre heureuse. C'est que tu es difficile, ma petite fille, très difficile... »
Commentaires sur Mon enfant de Berlin ~ Anne Wiazemsky
Tu as dit mes mots magiques, 2nde guerre, amour!
Je le veux!
Arghhhhhhhhhhhhhhhhh tu as mis la chanson de Robin mdrrrrr, je l'adore celle-là, j'ai saoulé tout le monde au collège en la chantant pendant une semaine!
Ca a l'air très beau. Je note.
> Ori, je te souhaite autant d'amour avec ce roman !!!
Pour la vidéo, c'est un GRAND MOMENT dans la série ! Ma fille était bidonnée. (Entre nous, c'est elle qui est la plus fan. Je crois.) Mais qui est la mère ? Tu sais ? J'ai bidouillé sur le net, hélas, le secret est toujours bien gardé. Grrr !
> anne, oui c'est un très beau roman.
Il m'a donné envie de relire Une poignée de gens, un des premiers romans d'A. Wiazemsky que j'avais beaucoup aimé.
Comment ne pas noter après ça ? Pas possible.
> je te souhaite juste autant d'amour, à toi aussi ! c'est grande distribution aujourd'hui... à saisir ! ;)
Quel beau billet ! J'ai aussi envie maintenant... d'amour et du livre !
Merci Clarabel...
Ah, je l'avais repéré celui-ci, tu confirmes donc avec enthousiasme :)
Je saisis...merci ! ;o))
Chouette !!!! C'est ma prochaine lecture.
"J'ai aimé d'amour ce roman, je ne sais pas comment vous l'expliquer, c'est arrivé sans que je m'y attende, et le bonheur a gonflé en moi, comme la barre lion, ça a rugi de plaisir."
C'est ça que j'aime dans la lecture ! Ne pas savoir forcément pourquoi j'aime ! Et quand on ne s'y attend pas, c'est encore plus beau ! :))
Je suis époustouflée par ton rythme de lecture un jour un livre et pas des petits !
C'est ton métier ?
Excuse pour ma curiosité ...
En tout cas les billets sont à chaque fois forts bien écrits et donnent soit envie soit pas !
Je te lis régulièrement
Merci
Ca semble tout à fait passionnant... je note, bien entendu!!!
Quel enthousiasme... Et comme Didi, admirative de ce rythme. En tout cas merci de ce partage :-)
> Camille, Emmyne, Sylire, Karine, très bonne lecture à vous ! N'attendez pas trop longtemps. C'est un très, très bon roman !
> Leiloona, oui c'est mieux dans ce sens-là, je n'aime pas quand j'attends très fort un roman mais finalement je me trouve déçue par sa lecture (hélas, ça arrive).
> Didi, Marie-Laure, non ce n'est pas mon métier, juste une passion dévorante ! Et oui je dévore les livres comme je respire, si on peut dire ! :)
Je viens de lire plusieurs articles concernant ce magnifique roman, dont beaucoup lui président un prix littéraire 2009 ! Cela ne m'étonnerait pas du tout, particulièrement après la lecture de ton élogieux billet ... Il va faire partie de mes achats pour la rentrée littéraire ! Berlin, l'amour, la vie, Mauriac ... Que du bonheur en livre !
> Oh oui, je lui souhaite ! Quelque part ce livre m'a rappelé, ou m'a donné le goût de relire, Une poignée de gens, lequel avait déjà reçu Prix Renaudot des Lycéens 1998.
Un signe ?
J'aime moi aussi d'amour cette auteur et tu me fais envie, une fois de plus... je note
Merci c'est adorable comme tout la dédicace. Tout comme toi ce livre n'est pas un coup de cœur mais un coup de foudre. "J'ai aimé d'amour ce roman, je ne sais pas comment vous l'expliquer" ITOU je peaufine mon billet en ligne demain :)
> J'attends ton billet ! :)
C'est très difficile de partager ce qu'il fait naître en nous, le mieux serait de le lire au plus vite (pour ceux qui ne l'ont pas encore entre les mains) !!!
Tu en parles avec un enthousiasme tout à fait communicatif! C'est très tentant!
> en fait, j'ai eu beaucoup de mal de trouver les mots justes pour évoquer cette lecture, c'est tellement personnel, elle a su me toucher, me ravir de bonheur, c'est difficile de décrire tout cela... :)
Coup de coeur pour moi aussi pour ce magnifique récit :-)
> J'ai lu ça sur ton blog, ça ne m'étonne pas non plus et je suis ravie de savoir d'autres lecteurs ravis comme moi ! :)
Je vais bientôt relire "Une poignée de gens". "Mon enfant de Berlin" m'en a furieusement donné envie.
Il est rare que je sois attirée par des livres d'amour mais là tu m'as eu et je prends ce titre en note. De toute façon ta première phrase avait de quoi en séduire plus d'un !!
> Il est magnifique, ce roman !!!
a travers les ruines de Berlin voulant dominer le monde c'est Anne qui domine le monde de par son amour qu'elle porte à Wia un russe dans Berlin avec tout ce que cela comporte d'intrigues et de renoncement
Je viens de finir la lecture de ce roman qui m'a bien plu mais pas autant que toi. J'ai beaucoup aimé la première partie où on en apprend beaucoup sur le clan Mauriac, la guerre et la croix rouge mais un peu moins la seconde où l'histoire d'amour est parfois un peu trop "cliché" à mon goût.
> L'histoire d'amour est racontée de façon presque factuelle, après tout ce sont les mots de la fille pour parler des élans amoureux de ses parents, ce n'est pas facile de dépasser la limite, d'ailleurs elle ne la franchit jamais !
Je te conseille "Une poignée de gens", si tu ne connais pas encore.


