Le Club des Incorrigibles Optimistes ~ Jean-Michel Guenassia
Albin Michel, 2009 - 756 pages - 23,90€
Au bout du restaurant, en face de moi, derrière les banquettes, la porte au rideau vert. Jacky en sortait avec des tasses et des verres vides. Je me suis renfoncé dans le coin. Il est passé sans me voir. Un homme mal rasé avec un imperméable élimé et taché a disparu derrière la tenture. Que faisait-il dans cette tenue en cette saison ? Il n'avait pas plu depuis des semaines. Mû par la curiosité, j'ai écarté le rideau. Une main malhabile avait inscrit sur la porte : Club des Incorrigibles Optimistes. Le coeur battant, j'ai avancé avec précaution. J'ai eu la plus grande surprise de ma vie. J'ai pénétré dans un club d'échecs. Une dizaine d'hommes jouaient, absorbés. Une demi-douzaine suivaient les parties, assis ou debout. D'autres bavardaient à voix basse. Des néons éclairaient la pièce ouvrant par deux fenêtres sur le boulevard Raspail. Elle servait aussi de débarras au père Marcusot qui y rangeait des guéridons, des chaises pliantes, des parasols, des banquettes trouées et des caisses de verres. Deux hommes profitaient des fauteuils pour lire des journaux étrangers. Personne n'a remarqué mon entrée.
La surprise, ce n'était pas le club d'échecs. C'était de voir Jean-Paul Sartre et Joseph Kessel jouer ensemble dans l'arrière-salle enfumée de ce bistrot populaire. Je les connaissais par la télé. C'étaient des gens célèbres. J'étais fasciné. Ils rigolaient comme des collégiens. Je me suis souvent demandé ce qui pouvait faire autant rire Sartre et Kessel. Je ne l'ai jamais su. Imré, un des piliers du Club, affirmait que Sartre jouait comme une patate. Ça les faisait marrer. Je ne sais pas combien de temps je suis resté là, sur le pas de la porte, à les regarder. Aucun d'eux n'a fait attention à moi.
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Est-ce de la folie ou de l'inconscience ? 756 pages, rendez-vous compte ! C'est énorme.
Mais est-ce que cela vaut le coup ? Oui, heureusement. J'ai été surprise moi-même d'être embarquée dans cette histoire, après un simple coup d'oeil à la quatrième de couverture, j'imaginais davantage un roman politique ou s'y approchant. Que nenni. C'est beaucoup plus touffu.
Paris 1959, Michel Marini vient de fêter ses douze ans en famille. L'ambiance est explosive, chez les Marini on ne rigole pas avec les mathématiques, le communisme, la lecture, la guerre et les ambitions. Tout est prétexte à d'innombrables clivages. Heureusement qu'il existe le rock'n roll et le baby-foot pour s'échapper de cette atmosphère étouffante. A l'époque, une seule adresse importait : le Balto, sur la place Denfert-Rochereau. C'est aussi dans l'arrière-salle du bistrot que le garçon découvrira les écrivains célèbres que sont Sartre et Kessel, en plus d'une brochette de réfugiés politiques venus de l'Est.
Le reste ne se raconte pas, tant le roman invite à la découverte, page après page, les portraits défilent, les personnalités émergent, les aventures fourmillent. Oui, c'est une étonnante surprise. Je fais généralement peu de cas des romans acclamés partout, dans la presse etc., mais pour ce livre j'ai eu plaisir de me laisser convaincre par l'enthousiasme des libraires. Banco ! Cette lecture s'est avérée étonnament plaisante et enlevée, avec de belles réflexions sur l'univers de la littérature et du lecteur, pour ne citer que les sujets qui interpellent.
Ce jugement personnel, globalement positif, doit cependant être modéré car j'ai trouvé que c'était aussi très long. Que voulez-vous, ce sont 750 pages d'une logorrhée séduisante, mais qui finisse par peser dans la balance. Que cela ne pénalise pas l'envie ou la curiosité qui vous taraudent, car la lecture ne se montre jamais indigeste, la preuve Gérard Collard s'est senti "désappointé que ce gros livre se lise si vite et ne vous laisse orphelin de tous ces héros". (son commentaire plus qu'exalté est ICI)
(ce libraire foufou nous dit aussi) -> Une époque aux dés pipés, basée sur des mensonges, des illusions, des espoirs bientôt déçus, mais avec des êtres vivants, ou poésie rime avec bagarre. L’humour omniprésent , les blessures vives et douloureuses, la générosité naturelle.
Ah oui, ça fait du bien. C'est un bon roman. Un très bon roman. Il ne faut pas avoir peur de s'y noyer, on remonte toujours à la surface, avec le sourire aux lèvres. C'est vous dire ! ...
Commentaires sur Le Club des Incorrigibles Optimistes ~ Jean-Michel Guenassia
Tiens, à lire la présentation, j'étais certaine que ça ne pouvait pas me plaire! Sauf que bon, les romans longs ne m'ennuient pas normalement et maintenant, je suis curieuse!!
756 pages, tu vois que tu peux y arriver :-))
de mon côté il faut que je commence le Vincent Message, les veilleurs, 630 pages ;-)
mais ce qui est encore plus chouette (pour nous lecteurs !) c'est que pendant que tu lisais ces 756 pages, tu n'as pas cessé pour autant d'alimenter ton blog pour notre plus grand plaisir, et ça, moi je suis pas capable, alors j'dis chapeau mdame !
Mon père vient de me recommander fortement ce roman ! Tout porte à croire qu'il est réellement bon alors malgré ces 756 pages :D
> Laure, je crois avoir détecté la véritable pandémie ! ;) j'ai sous la main des livres qui dépassent les 500 pages, tsss, quand on me connaît, c'est in-sen-sé ! ! ! mais je surmonte le choc, la preuve, avec le Guenassia, lu sous le soleil, je me sentais tellement bien que je finissais par somnoler (les yeux ouverts) ! :D
> Karine, à toi de te faire une idée ou pas... :)
> Choco, je ne suis généralement pas une amatrice de gros romans, aussi bizarre que ça puisse paraître, c'est VRAI ! :D
Celui-là il me fait envie depuis qu'il est sorti (rien que le titre, mmm !) mais j'étais un peu rebutée par les 750 pages (pourtant j'aime les pavés !). Tu viens donc de lever mes derniers doutes !
Ouf! Heureusement que tu l'aimes! Je viens de l'acheter!
Clarabel, 756 pages, d'accord je les lis seulement s'il y a Charles et Judith ;-)
Belle pièce, en effet, et le titre est attirant!
On le donne comme un des romans de la rentrée, apparemment tu souscris...
Je bats en retraite devant le nombre de pages...un peu éreintée par mes lectures pour ELLE de l'année dernière sans doute...mais il a l'air intéressant, vraiment.
> Papillon, moi aussi le nombre de pages me rebutait, mais ça se lit facilement, malgré quelques longueurs aussi... ce sont 756 pages tout de même ! :)
> Mango, je suis curieuse d'avoir ton avis !
> Theoma, ah oui !! j'y ai pensé aussi !!!! l'un des rares romans dévorés en une goulée, sans râler, sans soupirer, rien, rien, rien, juste adoré !!! (soupirs)
> Daniel Fattore, le titre est tout à l'honneur du contenu ! bonne lecture à vous !
> Patricia, oui d'ailleurs ça m'énervait d'en entendre parler partout ! :)
> antigone, je comprends, objectif pal oblige aussi ! ;o)
Le titre me chatouille... LEs incorrigibles optimistes, j'ai maintenant très envie de savoir qui se cachent derrière !!!
Si Clarabel se met à devenir consensuelle, alors où va-t-on ? :-P
Je fouinais dans un grand supermarché du livre (hontamoi) et en lisant ce titre, j'ai repensé à ton billet ! je suis repartie avec !
Dingue, ce roman ne m'intéressait absolument pas, et maintenant si !! Tu sais donner envie. Autant de pages ne me rebutent pas, ms j'ai déjà bcp trop craqué pr cette rentrée littéraire ! Quelle dilemme effroyable !
Au sujet de ce roman, la narration est elle le fait de plusieurs personnages ? Ou y a t-il seulement un personnage principal qui raconte son histoire ? L'intrigue s'étend elle sur une longue période ? Réponds à ma curiosité si tu en as le tps, je pourrais m'informer de tt cela par moi même.
> Patricia, taratata !!! ;)
> Anne, je te souhaite une bonne lecture maintenant ! :)
> Oranee, c'est un roman qui commence en 1980, l'histoire fait ensuite un bond en arrière, de 59-60 jusque 64, avec un petit détour en 52 dans une ville étrangère... Ensuite l'histoire est racontée d'après les souvenirs de Michel, on suit son parcours, en plus de celui d'autres personnages croisés sur son passage. Cela donne une vision d'ensemble réussie et intéressante. :)
ah oui, ce roman fait l'unanimité autour de lui malgré le pavé. serait ce celui qui sortira le mieux son épingle du jeu de la rentrée littéraire, m'en a tout l'air. Me reste à le lire ... joyeusement donc!
> je ne sais pas, décrochera-t-il les honneurs, qu'importe, moi j'ai ma préférence pour le livre d'anne wiazemsky, mon enfant de berlin, une perle d'amour, celui-là je l'aime très très fort... :)
J'ai lu plein de livres cette rentrée mais Le Club est, de loin, le meilleur que j'ai lu. Au moins, on est accroché dès le début et emporté jusqu'à la dernière ligne. Il y a un mélange incroyable d'humour, de passions, de reflexions, de destins uniques. TROP COURT POUR MOI !
Je viens de le terminer, et j'avoue que ce type de fiction me laisse perplexe. De quoi faire plusieurs livres, et un peu foutoir, aussi. Des choses biens, mais comme s'il n'avait pas su choisir laquelle dérouler...
> Oui... ce qui explique pourquoi j'ai aussi trouvé ce roman trop long. Mais j'ai aimé l'ensemble, je me suis plongée dans l'histoire et je me suis attachée à l'ambiance. Ce principe de ^joyeux foutoir^ se retrouve souvent dans les romans américains, non ? ... Je pense, là, comme ça, à Nicole Krauss et son gros roman, L'histoire de l'amour. (Que j'avais aussi beaucoup aimé.)
Soit on adhère, soit on rejette le principe. Et puis ça ne fonctionne pas à tous les coups non plus, parfois c'est vraiment le bazar, on s'y perd et on s'ennuie !
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