Grasset, 2009 - 354 pages - 19€

 

quinze_ans_apresCe roman est un drame qui donnerait presque envie de pleurer ! Fanfan a été le roman de mes seize ans, et voyez-vous, j'y croyais à la théorie des passions éternelles, du combat contre la routine et l'étincelle qui s'éteint, l'amour n'étant qu'un éternel recommencement, un feu qu'il fallait alimenter, pimenter de mille façons... bref j'étais fleur bleue et naïve d'une théorie qu'Alexandre Jardin aujourd'hui réfute !
Je tremble de rage. Je suis mécontente, déçue, mais déçue.
Quinze ans après, donc, signe le retour des amours entre Alexandre et Fanfan. Or, c'est un retour amer, aigri, fané, déboussolant... Le couple n'a pas tenu la route et s'est séparé. Chacun a mené sa petite barque de son côté, Fanfan a connu deux mariages, a eu deux enfants et aujourd'hui elle divorce avec force et fracas, on la découvre affreusement lessivée, vaccinée contre les engagements maritaux et romantiques.
De son côté, Alexandre réalise que seule la félicité conjugale compte dans la vie, au diable ses vieilles lubies, il désire maintenant prouver que l'amour se vit tous les jours, c'est là le vrai pouvoir, et il ambitionne de "donner un regain de crédit aux pantoufles" !
Deux trublions - un producteur et un éditeur - vont se frotter les mains en souhaitant provoquer les retrouvailles entre Alexandre et Fanfan. L'illusion passée peut-elle resservir ? Peut-on rallumer les braises éteintes ?
Guérit-on jamais d'un premier amour ?

C'est ce que tente de raconter ce roman, beaucoup plus ancré dans le bilan, dans le constat de l'échec et dans l'autocritique. Il est tout entier empreint d'Alexandre Jardin, on reconnaît sa signature d'une folie contagieuse, qui implique son excès du romanesque, son délire sentimental, "toujours gonflé à l'hélium de ses rêveries". C'est enchanteur et fatiguant à la fois.
A seize ans, j'étais éblouie et amoureuse de son extravagance... j'ai aimé Le zèbre, Le petit sauvage ou Bille en tête. Et puis au fil du temps, je me suis lassée et je n'aimais plus. J'étais fatiguée de son impétuosité, je trouvais que c'était beaucoup moins spontané et plus travaillé (ou calculé), bref je n'en pouvais plus.
En apprenant qu'il existait un acte 2 à Fanfan, j'ai bondi. Curieuse, gourmande, besoin d'un roman gai... j'ai foncé, je regrette à moitié. On ne doit jamais revivre ses anciennes amours, on doit les laisser dans le placard des souvenirs dorés, on ne doit pas prendre le risque de les froisser et de les rendre moins idylliques.
C'est le sentiment que j'ai ressenti avec Quinze ans après.
Ce n'est pas du réchauffé, c'est juste déprimant. La première centaine de pages demande un certain effort, c'est un condensé de tout ce que je ne supporte plus, et puis j'étais mécontente de découvrir que l'auteur reprenait ce qu'il avait donné, qu'il n'assumait plus Fanfan, non je ne suis pas d'accord, donner c'est donner, reprendre c'est voler. C'est sans doute une oeuvre de jeunesse, avec son lot de farces et d'inepties, mais c'est pour moi insupportable de voir son auteur la renier.

Du coup la magie n'est plus, on sent la rengaine, on suit un personnage qui n'a pas grandi et qui reste un enfant, qui continue de rêver sa vie au lieu de la vivre. Sur ce plan, j'ai trouvé Fanfan beaucoup plus crédible et touchante, "lourde d'échecs, de poncifs et vieille de trouilles" (comme lui rétorque Alexandre).
Je n'adhère plus au concept, même si le livre est saupoudré d'inventions et de propositions sympathiques, je trouve que c'est tout de même poussif, trop naïf (oui, hélas !) et épuisant. Le fait aussi que l'auteur choisisse de retourner sa veste participe à mon agacement. Je n'aime pas la frustration, et c'est ce qui ressort de ce volte-face. On peut changer, avoir des goûts différents et penser autrement, mais on ne doit pas tirer un trait sur sa fantaisie.
Quinze ans après est un roman sur le temps, sur la sagesse et sur les nouvelles envies. Les personnages fétiches que sont Alexandre et Fanfan ont quarante ans, que sont-ils devenus, vont-ils montrer que l'amour rime avec tous les jours. A considérer, toutefois, que les lecteurs aussi ont mûri et qu'ils ne sont probablement plus réceptifs à ce tourbillon excentrique et capricieux... C'est ce que je pense, ensuite je ne doute pas que ce roman - ôde à la charentaise, ainsi soit-il - trouvera son public, dont les nombreux fans de Fanfan ! C'est un roman qui apporte aussi beaucoup de joie, et ça ne peut pas faire trop de mal non plus.

> extrait :

C'était plus fort que lui : un besoin organique, vital, de faire évoluer son avatar, de ne pas le laisser en rade sur cette pellicule qui le figeait dans des idées qu'il exécrait désormais. Fanfan Acte II démentirait l'acte I. Alexandre souhaitait s'actualiser sans délai. Il voulait se montrer éloquent contre son éloquence de jadis. Et que ses deux livres se fassent la guerre entre eux, en étrillant ses croyances obsolètes. Rageur, il allait tenter d'écrire une oeuvre à rebours qui montrerait que seule la vie domestique bien intriguée permet d'atteindre la haute passion. Et que les charmes des commencements ne sont que broutilles au regard des vertiges neufs qui peuvent survenir jour après jour. Ce bouquin bilieux parfois porterait la discorde dans la littérature romantique ; sans qu'aucun scrupule le retienne. Sa nature trop riche avait soif de castagne, ou plutôt de riposte. Quel déviant lyrique, autre que ce fêlé, pouvait soutenir que la flamme la plus brûlante ne surgit qu'avec le temps ? En prenant ses habitudes comme point d'appui au lieu de s'en défier. Tout à sa furie iconoclaste, Alexandre désirait clouer au pilori, une bonne fois pour toutes, l'idée même de l'étiolement des passions.
Par ce livre tonnant et joueur, bélier de nouveaux songes - qui guidaient sa propre vie -, il espérait refaire l'amour ; de fond en comble.  Oui, rien que ça : refaire l'amour, en réformer les attendus, se conduire en schismatique. Sans mettre de mors à ses idées. En osant la rupture totale avec les mythes occidentaux mal foutus qui, tous, promettent aux amants fous d'amour, un jour ou l'autre, une gueule de bois. Il y puiserait un goût de revanche allègre et de bravade.

en voici un qui ne change pas, alain souchon, avec cette très très belle chanson, le zèbre...

 

(mais l'album ^c'est déjà ça^ était une pure merveille de la première à la dernière note)

sans rapport, j'ai ENFIN reçu l'album de Séverin que j'attendais depuis bientôt deux mois !!! et c'est très bon ! écoute plaisante et agréable, sensation douce et sucrée, je confirme ! ^-^