Escape lane
Voilà un petit roman qui a su parler à mon coeur de maman, un roman que j'ai même eu beaucoup de mal à ouvrir, à lire, à finir, tant il me mettait sens dessus dessous. D'ailleurs cela fait une semaine que je le picore, mais j'étais agacée, j'avais la tête à l'envers, je ne supportais pas l'adolescente de seize ans, Luce, et puis je me posais beaucoup de questions, j'étais glacée, comble de tout, j'ai été pétrifiée en lisant ces quelques mots :
Luce n'arrivait plus à concevoir qu'elles aient pu partager, un jour, la douceur d'être ensemble, la complicité des sourires, la rondeur plumeuse d'un câlin. Elles avaient oublié l'époque où la fillette admirait sa maman par-dessus tout, quand celle-ci opposait le rempart de ses bras en berceau à la dureté du monde, aux chagrins, à la mort...
Bref, j'avais peur. Ce livre me renvoyait une image qui me touchait trop intimement, j'avais le sentiment de voir dans ce duo mère-fille le futur conflit m'opposant à ma miss de dix ans (bientôt). J'anticipe, j'extrapole, mais il y a tant de petites étoiles perdues dans ce livre, qui me semblaient avoir été lâchées exprès pour moi. Tant de coincidences, trop de coincidences, au début j'avais mal. Je n'avais pas envie de plonger dans un avenir hypothétique, je n'en avais pas le coeur non plus, heureusement j'ai repris du poil de la bête, ma tête a retrouvé sa place, merci, et j'ai avalé ce roman en une goulée. C'était drôlement bon !
Luce et sa maman étaient tout l'une pour l'autre, depuis le décès du papa, alors que la fillette n'avait que cinq ans. A l'adolescence, ça ne manque pas, la demoiselle nous fait une crise, adopte un look de gothique, fréquente une bande du même goût, elle ne s'entend plus du tout avec sa mère, la communication est coupée, c'est la guerre froide. Un jour, Luce rentre chez elle et découvre un appartement vide et le petit mot abandonné par sa mère : Inès est partie en Australie, pour son boulot, elle sera absente de longs mois, elle ne veut pas que sa fille la rejoigne ni ne cherche à la contacter, cette séparation a du bon, l'espère-t-elle, car elle leur offre la possibilité de souffler, de penser, de s'émanciper, de couper les ponts.
Sur le moment, j'ai trouvé que c'était dingue ! Aberrant. Comment et pourquoi arriver à de telles extrêmités ?
La suite de l'histoire nous en raconte plus, de mon côté je lâche l'affaire. En clair, je me tais. Je vous laisse entre les mots de Maryvonne Rippert, une vraie magicienne, la même qui avait su m'ensorceler avec son Amour en cage. Je sais qu'elle va lire ces mots, donc je me sens intimidée et muette, mais j'ai envie qu'elle sache que son roman a su me toucher, qu'il m'en a fait voir de toutes les couleurs, mais que j'ai aimé ce chemin escarpé. Et puis Luce, qui cristallisait tous mes démons, a fini par m'émouvoir. C'est une vraie tête à claques, pour commencer. Et des claques, d'ailleurs, elle s'en prend de plus en plus, c'est bon, lâchez-la, la pauvre minette.
Vous l'avez compris, ce roman s'adresse aux adolescents et à leurs mères. C'est comprendre le pont qui nous lie, c'est se rappeler que nous sommes passés par là, que nous avons parfois des petites filles vampires élevées dans du cocon... Soupirs. C'est un roman magnifique, qui parle d'amour et qui donne des ailes. Aux filles et aux mamans.
Metal Mélodie ~ Maryvonne Rippert
Milan, coll. Macadam, 2010 - 210 pages - 9,50€
Commentaires sur Escape lane
Le thème m'attire énormément, et tes mots touchent une corde sensible en moi. Mais je crois qu'il est encore trop tôt pour mou pour me lancer dans ce genre de lectures. Cela dit, je note le titre consciencieusement !
* je voulais écrire pour "moi" bien sûr, et non pas "mou" :))
Tu t'en sors très bien.
J'ai eu la chance de le lire en avant-première et je dois dire que j'ai également été touchée par ce livre, même si je n'ai pas d'enfants et même si je n'ai jamais fait de crise d'ado :D. Cette petite Luce, tu as raison, on a envie de lui filer des baffes pq elle représente toute l'ingratitude de cet âge et puis on a aussi envie de la serrer fort dans ses bras pq elle représente aussi toute la détresse de cet âge ;)
j'ai aussi beaucoup aimé :)
Ton billet me touche bcp. Je note bien sûr. Ma fille a 10 ans dimanche... OH MY GOD !!!
Pas trop tentée mais la couverture est très chouette et si c'est aussi bien écrit que dans les Blue Cerises, alors...
> Alwenn, pour ma part, j'avais cru lire "un coeur trop mou" ! ;)
L'idée est là.
> emmyne, merci ! *rougissement*
> mle jteferaidire, c'est l'âge ingrat dans toute sa splendeur, où on s'aime trop, trop fort, trop vite, pas assez ou plus du tout, on s'éclate et on pleure, ouhlala, je ne suis pas mécontente d'en être sortie !!!
(Inutile de préciser que, mentalement, j'ai encore du chemin à faire ! Je sais.)
> Theoma, 10 ans !!! ... pff, ça passe vite ! J'ai encore un sursis jusqu'au mois d'avril, ouf.
> Bladelor, oui c'est écrit avec la même saveur, la même dextérité, les jeux de mots, la finesse, l'esprit, l'élan, la passion ... Cela commence dans le dur, puis ça s'enchaîne dans le flamboyant, la musique, l'amour et puis tout ça. C'est vraiment bien !!!
De mon côté, j'ai pas du tout raté ma crise d'adolescence...et ma mère s'en rappelle encore....(je m'excuse régulièrement!)
J'ai pas encore de petit bout, mais j'ai qu'une angoisse: qu'ils grandissent et que nous en arrivions à ce moment tant attendu...brrrrr
Bref, suis pas sûre de le lire...
Bon anni à la miss de Theoma! 10 ans ça se fête et c'est le pied! ;)
> Rassurons-nous en pensant que tous les ados ne font pas les 400 coups ... Hmm, quitte ton petit nuage !!! Hé ho !
Pour l'instant, j'ai encore un peu de marge, ma fille est encore jeune, même si elle me réserve déjà quelques perles.
Au secours.
Clarabel, merci merci et encore merci.
Il y aurait tant à dire sur l'adolescence! Alors une seule chose: n'ayez pas peur! La "crise" n'est pas une fatalité, mais quand les portes se mettent à claquer, c'est qu'il faut laisser l'oiselet prendre son envol. Il n'ira pas bien loin. Il faut faire confiance à l'amour que l'on a donné avant. Ayez confiance. il y a un petit passage difficile, il faut faire le deuil de l'enfant doudou à câliner, mais après on se retrouve entre adultes... et c'est pour la vie !
Je l'ai lu il y a quelques jours et j'ai littéralement adoré moi aussi
Ma fille a quinze ans, première année au lycée...alors je crois que je vais me relire le commentaire de Maryvonne R. tous les matins, et le soir aussi, tiens, si nécessaire :))
Il est vraiment très beau ton billet, Clarabel ! très touchant aussi... et même si je n'ai pas de fille, je note ce titre... parce que j'ai été, moi aussi, un sacré vampire (c'est bizarre, ma mère pense que c'est toujours le cas ?! m'enfin !!)
je l'ai lu ce week-end et j'étais perdue au début puis tout s'éclaire et devient touchant et vibrant de sentiments!! un très beau billet Clarabel
> maryvonne, je vais encadrer votre commentaire, je vais me le répéter tous les matins, ce sera mon mantra !!! ;)
Merci du petit miracle.
> Stephie, je glisse le lien vers ton billet,
http://milleetunepages.canalblog.com/archives/2010/02/10/16859200.html
Ooooh c'était nowel, hier, avec ton billet sur les Cerises + ma bafouille sur la Mélodie !!!! :D
> emmyne, ou le faire tatouer sur notre peau ? hein ? je pensais l'encadrer, mais finalement... il faut les grand moyens pour que ça s'imprime ! ;)
> Camille fantasme, je crois n'avoir pas totalement guéri mes crises d'ado pour réagir aussi violemment devant une miss qui grandit, qui s'impose et qui cherche à s'affirmer, je sens que ça me flagelle et que ça me stresse, ça signifie aussi que je dois grandir, et là c'est moi qui ne veux pas !!! :D
Vogue la galère, mais on s'en sortira !!!
> Lael, oui nous avons ressenti les mêmes émotions, la deuxième partie du roman est tellement plus ... passionnée, flamboyante, éclairante et tout ce qu'on veut ! C'est vraiment un très bon livre !
Ah j'ai trouvé ça, hier dans "L'Histoire de l'amour" de Nicole Krauss:
"Et puis j'ai pensé: c'est peut-être cela que ça signifie, être père : apprendre à votre enfant à vivre sans vous. "
Je pense que c'est ce qu'Inès a voulu faire.
> Je connais aussi une autre citation, prise dans un certain roman qui s'intitule L'amour en cage :
« Dès ta naissance, je savais que tu partirais, toutes les mères le savent. Elles l'acceptent, elles s'y préparent, c'est dans l'ordre des choses que les enfants ouvrent leurs ailes... »
> Et puis,
« Ma mère ne me protège pas. Elle m'élève. Elle m'aide à bien grandir. C'est le propre des mères, n'est-ce pas ? »
Puisque nous sommes toi, Audren
Ton billet est très touchant ... je n'ai pas d'enfant et ma maman n'est plus là mais je sens que cela ne m'empêchera pas d'apprécier (et de pleurer je pense !) sur cette lecture.
Hé hé... c'est ce qu'on appelle un thème récurrent... faut que je fasse gaffe à pas radoter moi ;-)
> Surtout pas ! Y'a pas intérêt que ça flanche !!! J'en veux encore ! :)
J'avais déjà noté ce titre suite à l'article de Stéphie et ton billet, magnifique, achève de me convaincre. Le problème, c'est qu'à force de visiter les (ton) blogs, ma LAL (et par ricochet ma PAL) s'accroit de façon exponentielle... (comment ça je radote!).
Je veux le lire, je veux le lire !!! Mais je vais avoir mal, pour les mêmes raisons que toi...
> Isabelle, c'est la triste loi des grandes lectrices : des envies, des envies, toujours des envies, beaucoup de faiblesse, de l'incapacité à résister, du consentement tacite à succomber, faut pas se plaindre non plus, et puis savourer, pleurer, râler du manque de temps, crouler sous les piles de livres, se croire à la Défense parfois... être envahie, mais aimer ça ! :))
> anne, tu reviendras réciter le mantra de maryvonne, il paraît que ça marche, cachons ce petit sourire crispé, nous sommes des mamans louves, mais on se soigne ! ;)
ma fille (de seize ans) vient de lire ce livre qu'elle a adoré (elle est dans son trip gothique aussi)! Elle me l'a résumé, et je crois que ça l'a fait réfléchir sur certaines choses...
> neg, à ton tour de le lire... c'est une lecture qui parle aux filles et aux mamans ! n'hésite pas. et ça fait réfléchir sur beaucoup de choses !

