Arcamonde_tome_4Je ne vais pas me répéter, mais j'aime cette série ! J'ai déjà évoqué les raisons ici, ici et ici. Ce serait rengaine de rappeler ô combien ces livres nous proposent un univers à part, riche et foisonnant. Le maître des lieux est donc l'antiquaire Frans Bogaert, excentrique, érudit et curieux. Son plaisir est de dénicher des objets tous plus incongrus les uns que les autres, d'en dépouiller les couches pour toucher son coeur, trifouiller ses entrailles pour sentir palpiter la veine essentielle. Cette fois, il s'agit donc d'une pendule. Et pas n'importe quelle pendule. Cédée par un collège hollandais, cette pendule a l'étonnante particularité de ne pas afficher la douzième heure, et de ne posséder aucun système pour la remonter. Blablabla. Cette pendule a su éveiller l'intérêt et l'excitation de Bogaert, il a flairé la pièce rare, certains signes ne trompent pas car, peu de temps après, il reçoit un message lourd de menaces, envers lequel notre antiquaire se contente de hausser un sourcil avec un petit sourire narquois.

Encore une passionnante enquête que voilà ! Hervé Picart est l'archéologue des rêves les plus fous, le pirate des trésors enfouis. Il n'est pas nécessaire d'être amateur ou passionné par la brocante ou l'antiquité pour se plonger dans l'Arcamonde, il suffit d'un zest de curiosité pour découvrir que l'auteur est drôle, fin, spirituel, intelligent. Il déborde d'envie et nous communique cette passion. Sa série ne manque ni d'érudition, ni de passion. Et puis les clins d'oeil courent d'un bout à l'autre, pour les cinéphiles notamment. (Je me suis surprise à voir en Laura, l'épouse disparue, une copie de la Laura d'Otto Preminger, incarnée par la divine Gene Tierney. Ne me demandez pas pourquoi. L'influence de Lauren, l'assistante de Bogaert, dont la ressemblance physique rappelle vivement l'actrice Lauren Bacall n'est forcément pas innocente.)

Lauren est un personnage qui ne cesse de me fasciner. De même, l'épouse qui s'est évaporée dans la nature occupe une place très importante dans l'histoire (un peu éclipsée dans le précédent livre, elle revient en douce et en charme pour titiller notre antiquaire qui porte ce mystère autour du cou comme un galérien porte sa croix). L'Arcamonde n'est pas seulement dédié à la recherche ou à la culture, c'est aussi un livre humain, où l'on aperçoit de plus en plus une grande connivence entre l'employée et son patron, où l'on s'amourache de leurs dialogues, qui font mouche et qui font rêver et espérer. Quoi ? C'est là tout le sel de cette série. Le mystère, le doute qui plane, les ombres envahissantes... qu'est-ce que j'aime ça !

La Pendule endormie (L'Arcarmonde #4) ~ Hervé Picart
Le Castor Astral (2010) - 235 pages - 13€

prochain rendez-vous en novembre 2010 avec La lampe de Providence.

" Bon sang de bois ! rouspète le brocanteur, un peu excédé par tant de cachotteries. Pourquoi diable construire une horloge si magnifique si elle ne peut sonner ni midi ni minuit ? "
Lauren le contemple avec complicité. Elle sait que son patron ne se délecte jamais autant que devant une énigme qui se refuse à lui. Les grognements font partie du rituel. Cela dit, cette pendule qui semble avoir pour tâche de compter faux lui rappelle ses lectures de fillette :
" Franchement, murmure-t-elle, on se croirait dans du Lewis Carroll. "