06/05/11

Pêle-mêle Clarabel #33

Quel bonheur de retrouver les petits héros de Perdus ? Retrouvés ! d'Oliver Jeffers.

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Le pingouin rêve de voler, le petit garçon cherche toutes les astuces possibles, mais il faut se rendre à l'évidence : les pingouins ne volent pas. C'est alors qu'une affiche attire son attention (Vous rêvez de voler ? Le spectacle forain recherche un nouveau boulet de canon vivant.) et le pingouin disparaît. Quel drame. Nos deux meilleurs amis sont séparés et sont tristes l'un sans l'autre. Bien entendu le petit garçon n'abandonne pas l'idée de retrouver son pingouin et d'être présent au moment où celui-ci en aura le plus besoin ! Tout est là : l'amitié, la séparation, la tristesse, l'obsession du rêve qu'on n'atteindra jamais, l'espoir, la trouille, le sentiment d'abandon et d'impuissance, les retrouvailles qui vous nouent l'estomac... Ce sont des émotions fortes, tantôt joyeuses ou désabusées, que parvient à nous transmettre Oliver Jeffers avec un style faussement minimaliste et encore moins naïf. Et puis ses petits héros sont vraiment attachants ! (kaléidoscope, 2011)

Cette histoire de boulet de canon vivant m'a fait penser à JIM POP de Tom Henni,

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Ou l'incroyable numéro du célèbre homme-canon : Jim Pop est projeté en l'air mais, coup de théâtre, il s'envole au-dessus du filet et est propulsé si loin qu'il fait le tour du monde ! L'album est composé de doubles pages où l'on suit dans la partie supérieure ce qu'il se passe sous le chapiteau du cirque et dans la partie inférieure nous suivons la trajectoire fantasmée de Jim Pop autour de la planète. Les couleurs sont pétantes, comme l'histoire !

IMG_3780 IMG_3781 IMG_3782 IMG_3783 IMG_3784 (Rouergue, 2011) 

Un autre spectacle qui ne manquera pas de vous faire sourire, Le loup ne nous mangera pas ! d'Emily Gravett.

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Emily Gravett revisite le conte des 3 petits cochons et du loup. Cette fois, notre trio n'a peur de rien et le prouve à travers une formidable représentation : ils viennent de capturer le grand méchant loup, admirez ! La bête est docile, apprivoisée, courbe l'échine et connaît son maître. (Effectivement, le Loup se plie à leurs caprices avec une déconcertante facilité !) Le stress monte. Quel suspense. Quand arrive le show où nos cochons dodus et roses se glissent entre les crocs acérés, le coeur du lecteur loupe un battement... Prudence est mère de sûreté. Voyons, les cochons ! Les histoires de bravoure sont souvent des cochonneries. Héhé. Nous avons là du Emily Gravett tout craché - c'est facétieux, joliment croqué, judicieusement détourné, avec un final qui survient après le roulement de tambours. (Ce n'est pas mon préféré non plus. Je trouve qu'il lui manque cette petite touche magique et espiègle qui caractérise le style de cet auteur, dont j'admire beaucoup le travail.)  (Kaléidoscope, 2011)


05/05/11

"I understand I can't have you. But I want to know you're in the world with me."

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Oui, encore une comédie romantique mais qui puis-je si mon coeur en redemande ? Il s'agit aussi d'un autre roman de Jennifer Echols, auteur que je viens de découvrir avec Going Too Far et que je chéris d'amour fou. C'est dit ! Forget You raconte une nouvelle fois l'histoire compliquée d'une jeune fille de dix-sept ans, Zoey, qui découvre sa mère après sa tentative de suicide. Son père est fou de rage (il a quitté le foyer pour une autre femme) et menace quiconque de parler de l'incident en dehors des murs de l'hôpital, puis il part en voyage de noces et laisse sa fille pendant une semaine sous vidéosurveillance.

Non seulement Zoey se sent misérable et malheureuse, elle craint aussi de tomber en dépression et préfère agir plutôt que de ruminer toute seule chez elle. Le soir du suicide loupé de sa mère, Zoey débarque sur la plage où a lieu une party avec ses camarades du club de natation, plus quelques footballeurs, dont Brandon, son meilleur ami... avec lequel elle décide de coucher à l'arrière de sa voiture. Couic, ça s'est fait. Elle a désormais un petit copain, tant pis s'il l'évite le plus possible après ça, elle s'accroche comme une moule à son rocher. Puis arrive l'accident de voiture. Un soir d'orage. Zoey se trouve dans les bras de Doug, le type qu'elle déteste le plus, ils échangent des baisers passionnés et se murmurent des mots doux. MAIS QUE S'EST-IL PASSE !?!

Zoey a un énorme trou de mémoire de sa soirée, entre le moment où elle a croisé Doug sur la plage (grosse prise de tête) puis lorsqu'elle se retrouve dans ses bras comme si sa vie en dépendait, il s'est passé un truc démentiel qui a fait chavirer le navire, mais impossible d'en savoir plus. Zoey refuse également d'admettre sa défaillance (peur d'admettre qu'elle devient folle comme sa mère), veut croire à une liaison solide avec Brandon mais passe un temps fou avec Doug, pas toujours charmant, mais somptueusement sarcastique et impitoyable dans sa façon d'être (et de protéger Zoey).

Cela va durer tout le bouquin (soit, 300 pages), c'est agaçant et insupportable de suivre la demoiselle aussi bornée et débile par son absence de jugeotte, par contre c'est forcément irrésistible de scruter l'attitude de son garde-fou, à eux deux l'histoire est montée sur des ressorts, c'est épuisant mais ça rend leur idylle plus forte et vibrante. De même, on est tenu en haleine sur le mystère de la soirée et on fait défiler les pages pour grapiller le moindre indice et recomposer le puzzle. Le dénouement, d'ailleurs, ne finit pas de surprendre. Bref, j'ai adoré !

Forget You - Jennifer Echols
Published July 2010 by MTV

LUENVOLu en VO - 23

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04/05/11

Gus vs. Greg

Ça sent les vacances d'été dans les librairies ! Voici deux romans pour les juniors qui mêlent l'humour et le divertissement et sonnent le rendez-vous avec leurs héros devenus des copains comme pour de vrai.

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Comment ça commence : C'est sérieux, les vacances. Faut qu'elles soient réussies assez pour qu'on ait bien les forces de repartir pour une année de merdouille. Faut faire un grand nettoyage du cerveau.

Le ton est donné, avec Gus. Les vacances sont et seront phénoménales, sinon ça ne vaudrait pas la peine d'en avoir. Toute la famille roule jusqu'en Bretagne chez le grand-père pour des vacances où la météo fait grise mine, où les algues vertes polluent les plages et interdisent qu'on y pose le petit orteil, mais c'est un rendez-vous imparable car Gus retrouve le cousin Elliot et ensemble ce sont les quatre cent coups assurés. Deux semaines pour s'éclater, rigoler, se moquer des grands ados qui glandouillent, se rincer l'oeil sur la plage et espérer un premier baiser. Puis, direction l'île de beauté. Cela ne ressemble pas à la Bretagne, c'est même très éloigné de ce que Gus a l'habitude de connaître et ça lui plaît aussi, même si son coeur reste à jamais breton...

Le petit Gus ne déçoit pas, il jure toujours comme un charretier, il a des avis sur tout mais confond pas mal les propos entendus dans la bouche des adultes, comme le cou long à la place du colon (!). Son impertinence de gamin intrépide permet aussi à l'auteur de pointer du doigt ce qui dérange (l'immobilier qui pousse comme des champignons et dénature le paysage, la pollution liée aux excréments des porcs dont l'élevage s'intensifie, l'utilisation des kalachnikovs contre les binious pour préserver son chez-soi, et le saucisson d'âne, les bonnes galettes, le vin blanc, le homard... bref c'est qu'on se régale pas mal aussi avec le petit Gus, même si les parties de pêche en Corse sont moins fructueuses.)

Le petit Gus en grandes vacances, par Claudine Desmarteau (Albin Michel, 2011)

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Comment ça commence : Pour moi, les vacances d'été, ce n'est rien de plus que trois mois d'entreprise de démoralisation.

Greg Heffley a une vision très différente des vacances, trois mois à ce régime, ça fait suer ! Cette année, la famille est un peu juste et doit annuler le départ à la mer, ce qui ne bouleverse point notre héros puisqu'il conçoit de rester chez lui, à dormir, jouer sur sa console et regarder la télévision. Or, sa mère ne l'entend pas de cette oreille et le force à sortir - virée à la piscine municipale, avec passage obligatoire devant la douche des hommes (eeerk), obligation de travailler pour rembourser le père de son meilleur copain (trop de smoothies avalés sur son compte !), petite fête d'anniversaire (en comité restreint, ça suffit les invitations loupées), grand projet d'envergure avec un club de lecture (à la durée de vie éphémère), etc. Ce qui est drôle avec Greg, c'est ce ton blasé qui l'accable dès qu'il est confronté à la moindre aventure dans sa petite vie. Ce garçon est paresseux, a un culot monstre et n'est pas très dégourdi. Malgré tout, on adhère à son humour et à sa philosophie de la vie - c'est impayable et on en redemande (le 5ème tome paraîtra en février 2012).

Journal d'un dégonflé : ça fait suer ! par Jeff Kinney (Seuil jeunesse, 2011)

La série a été adaptée au cinéma, voyez la bande-annonce du premier film :

03/05/11

Réel ou pas réel ?

(...) Rien n'indique que l'amour, l'attirance ou même la compatibilité de caractère pèseront dans ma décision. J'examinerai simplement ce que chacun de mes compagnons potentiels aura à m'offrir. Comme si, au bout du compte, tout se ramenait à la question de savoir qui du boulanger ou du chasseur saura me garantir la plus grande longévité. C'est horrible à dire de la part de Gale, et horrible à laisser dire de la part de Peeta. Surtout quand on sait que la moindre de mes émotions a aussitôt été récupérée et exploitée par le Capitole comme par les rebelles. Si je devais trancher maintenant, le choix serait simple. Je survivrais très bien sans aucun des deux.

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Vous ne serez jamais assez préparés pour encaisser le choc de cette lecture : troisième et dernier tome de la série Hunger Games, La Révolte surpasse les attentes les plus folles et Suzanne Collins n'hésite pas à nous servir un roman sans concession. C'est dur, douloureux, déprimant, violent, révoltant et plus encore. L'émotion est présente à chaque page car enfin la rébellion est en place. Katniss, l'héroïne, devenue le symbole du peuple oppressé, n'est pourtant plus que l'ombre d'elle-même, cassée moralement, doutant de chaque implication de ses paroles et gestes, mise en scène et manipulée par tous. C'est vous dire comme c'est fort et inattendu... La couverture d'un bleu représentant l'espoir n'est pas anodine, Katniss va s'arracher de ses chaînes pour obtenir sa liberté, mais à quel prix ! ? J'ai lu le roman en VO sitôt sa parution (fin août 2010), j'avais le coeur lourd au moment de tourner la dernière page, j'étais pleine d'amertume (et je le suis encore un peu) car ce livre est tout simplement bouleversant. Les mois ont passé et je n'ai pas su l'oublier. Aujourd'hui, même sa version française me fait frissonner et me rend la tête lourde. J'ai relu tous les passages les plus éprouvants, les plus renversants et de nouveau j'ai vibré au rythme du Mockingjay - le geai moqueur. C'est captivant, mais frustrant aussi. Bien des moments vous échapperont, vous feront hurler de dégoût et d'incompréhension. Mais c'est ce qui élève cette série au rang de rendez-vous exceptionnel et inoubliable. Mon coeur s'est à jamais perdu dans le District 12...

Hunger Games, tome 3 : La révolte - Suzanne Collins
Pocket jeunesse (2011) - 415 pages - 17,90€
traduit de l'anglais (USA) par Guillaume Fournier

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02/05/11

Un auteur : Yann Coridian

Yann Coridian est apparu sur la scène littéraire en 2010 et a déjà publié 3 romans chez l'école des loisirs (à paraître bientôt, un texte dans le recueil s'intitulant : Mon royaume est un cheval aux côtés de Susie Morgenstern, Christian Oster et Brigitte Smadja). La rencontre a eu lieu au détour d'une lecture, et aussitôt mon coeur a fait des bonds idiots pour me signaler que j'étais grillée, car totalement sous le charme !

Cela a débuté avec Le grand petit déjeuner (un père et son fils partagent un tête-tête attendrissant autour de la table du petit déj' où s'entassent du fromage, des yaourts, des oeufs brouillés, du chorizo, du café et du lait chocolaté), l'ambiance est délicieuse, chaleureuse, intimiste et les illustrations de Gabriel Gay ont accentué cette impression de bulle. J'en suis sortie heureuse, mais vraiment heureuse. Pour bien faire, j'ai donc mis la main sur les deux précédents titres de l'auteur, à commencer par Le jour où mon papa a perdu son papa. J'avais repoussé sa lecture, je ne me sentais pas le courage, j'ai eu raison, c'est beau et triste et sensible, bref ça met la tête à l'envers et le coeur au bord des lèvres, mais c'est raconté avec humour et tendresse aussi donc ça fait du bien. Puis, est venu Mon idiot de beau-père, un texte beaucoup plus drôle et foufou. La mère d'Adam a un nouvel amoureux dans sa vie, un breton répondant au prénom de Loïc (ça rime avec colique). Ce type est un peu dingue, à vrai dire. Lorsque sa mère doit s'absenter pour son travail, elle confie son fils à ce beau-père mystérieux. La cohabitation n'est pas du goût du garçon de neuf ans, qui veut montrer que c'est lui le chef de la maison, mais c'est exactement l'inverse qu'il va se passer. Adam devient témoin et complice de la facétie de cet homme, nous offrant une lecture plus que sympathique ! Une vraie bouffée d'air frais.

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Le jour où papa a perdu son papa, Neuf de l'école des loisirs, 2010 (illustration de couverture : Adrien Albert) ; Mon idiot de beau-père, Neuf de l'école des loisirs, 2010 (illustration de couv: Adrien Albert) ; Le grand petit déjeuner, Mouche de l'école des loisirs, 2011 (illustrations de Gabriel Gay).

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Plaisir coupable, mais plaisir véritable ! Finding Sky s'approche de la romance fantastique en s'emparant de certains clichés mais préfère rebrousser son chemin pour emprunter une voie singulière et drolatique ! Est-ce que le fait que l'auteur, Joss Stirling, soit anglaise apporte un truc en plus ? Oui, me dis-je, car le récit est franchement plus décapant et enlevé, passant presque en revue le choc des cultures avec un esprit tout à fait distingué mais piquant et charmant !

Bref, c'est l'histoire d'une petite anglaise, Sky Bright, qui arrive à Wrickenbridge dans le Colorado (par contre, l'histoire se passe en Amérique, comme vous pouvez le constater) et qui fait aussitôt la rencontre de Zed Benedict, le bad boy du lycée. Ces deux-là ne s'aiment pas beaucoup, jusqu'à un fameux match de foot qui va renverser la tendance. Aussitôt il ne la quitte plus, lui fait une déclaration incroyable selon laquelle ils seraient des âmes soeurs, mais Sky prend ses jambes à son cou, convaincue qu'il se fiche d'elle dans son dos.

L'alchimie est forte entre les personnages, cela fait des étincelles partout, Sky et Zed possèdent à eux deux l'intelligence, la finesse, l'entêtement, bref ça le fait et c'est ce qui rend la lecture terriblement excitante. A côté, l'histoire est sympa aussi, même si je trouve toute la partie se passant à Las Vegas un peu moins croustillante (accessoirement, une bande de tueurs est à leurs trousses). Je ne dévoile pas la particularité de Sky (elle a été abandonnée à l'âge de six ans et a tout oublié de son passé) ni celle de Zed et de sa famille, même si je ne pense pas que cela tue le suspense non plus. L'intérêt (oui, oui) de ce roman réside inconstestablement dans le jeu amoureux de notre couple vedette ! Leur relation n'est pas mielleuse, et ça fait bêtement glousser sous cape. J'aime, forcément !

Finding Sky - Joss Stirling
Published October 2010 by OUP Oxford

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