21/02/12

- Il faut le sauver ! cria-t-elle. - De quoi ? - De lui-même.

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Au compteur, c'est un roman de 100 pages, ça peut sembler peu consistant, mais c'est assez pour en infliger au lecteur. Parce que c'est un texte implacable et marquant et qu'il n'est nullement besoin d'en imposer plus.
C'est l'histoire d'un môme qu'on a enlevé de ses montagnes, des milices sont venues, ont tout brûlé, ont embarqué les jeunes, tué les vieux et violé les femmes. A Ijaz, on lui donné un fusil. On lui a appris la peur, puis la mort. Avec une bande de soldats, il a semé la terreur.

Un jour, face à une femme enlevée pour assouvir les besoins de la troupe, le gamin craque. Il n'en peut plus de cette vie et veut retourner dans ses montagnes. Alors il s'enfuit, il sauve la malheureuse, il ne parle pas, il marche pendant des heures avant de s'effondrer devant les grilles d'un dispensaire tenu par des femmes.
La responsable, Neige, prend pitié de lui et accepte de le recueillir. Le gamin va délirer toutes les nuits, hanté par ses cauchemars, traumatisé par ce qu'il a vu, entendu, accompli. Il n'arrive pas à effacer l'ardoise.
Lorsque j'ai eu ce livre entre les mains, mon premier instinct a été de le refuser. Pas envie, pas le coeur à me plonger dans un tel enfer. Et puis j'ai lu les premiers mots, les premières phrases, et alors je n'ai plus levé mon nez. J'étais totalement immergée dans cette histoire, qui s'est révélée telle que je l'imaginais, sombre, impitoyable et sans concession, et c'est justement cette férocité qui a remporté toute mon adhésion. Autant de virulence qui accentue la portée dramatique de l'histoire, sans tomber dans la surenchère non plus !
C'est loin d'être un texte facile, mais c'est probablement parce qu'il n'y a aucune tromperie dans les faits ou les paroles qu'il devient plus intéressant, plus percutant. Et puis l'auteur a vraiment su employer les mots justes pour dresser le portrait d'un gosse forcé à grandir, qui voudrait tout oublier de son passé, réapprendre à s'aimer et aimer, pour vivre comme un garçon de son âge (quinze ans). 

Récolte la tempête, par Jean-Albert Mazaud
Milan jeunesse, coll. Macadam, 2012. 

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Can't Stand Me Now

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Paloma a quatorze ans et se prépare à fêter son réveillon de fin d'année chez son ami Pierre. Ils se connaissent depuis toujours, leurs familles ont passé toutes leurs vacances sur l'île de Bréhat, ils ont formé une petite bande, avec Maxime, Antoine et Martin. Et puis un an vient de se passer en faisant voler en éclats la cohésion du groupe. C'est en fille forte, aiguisant son sens de l'humour teinté d'ironie, son envie d'en découdre, son besoin de foncer, de croire en quelque chose, de provoquer l'autre, bref Paloma se pointe chez Pierre, la bouche en coeur, la bave aux lèvres. Car la demoiselle a la rage !
Et c'est en chieuse qu'elle se comporte. Insupportable, intenable, volage, allumeuse, provoquante, déraisonnable, paumée. Pierre prend sur lui, il est fou d'elle, il voudrait qu'elle le comprenne, mais les barrières érigées sont résistantes. Et les heures s'écoulent, le malaise s'installe, d'autres figurants passent pour pimenter la soirée, notre jeune couple patauge dans la semoule.
C'est u-sant !
Est-ce lié au fossé générationnel ? Faut-il être une adolescente pour comprendre ce qu'une autre adolescente cherche à partager ? Paloma est une jeune fille de son époque, elle est entière, désabusée et romantique, lisant beaucoup, aimant passionnément la musique, chantant à tue-tête les paroles des autres pour mieux exprimer ce qu'elle ressent.
Au coeur du roman, sa relation avec Pierre, tumultueuse et exigeante, laisse planer le doute. Paloma a pour mission de ne pas se donner, de se préserver, d'entretenir le mystère, d'attiser le désir... oui, c'est ça, exactement ça, ne plus être une petite fille, mais bientôt une femme, en attendant il y a cet entre-deux et c'est tiré par les cheveux !
Le roman est à l'image de son auteur (jeune) : il est maladroit, et tellement ancré dans l'absolu. L'héroïne n'est pas très sympathique et m'a plus d'une fois tapé sur les nerfs. La seule partie qui m'a fait sourire, c'est lorsque Paloma avoue son béguin pour Peter Doherty et ses fantasmes débridés lorsque celui-ci louait l'appartement de sa tante à Paris.
C'est indéniablement le roman d'une adolescente qui s'adresse à d'autres adolescents.

Pastel Fauve, par Carmen Bramly (JC Lattès, 2010)
à signaler : l'auteur a publié un deuxième roman, Superfragilibus, avec pour héroïne Doodoowa, une amie de Pierre. 

Posté par clarabel76 à 11:00:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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