30/01/13

Parfois je te regarde et il me semble que je vois à travers toi, comme si tu n'existais plus pour moi.

IMG_8506

C'est grâce au relooking de la collection (illustrations de Laurent Moreau) que j'ai eu envie de découvrir la pièce de théâtre de Raymond Queneau, En passant : Un plus un acte pour précéder un drame. La scène est minimaliste, dans un couloir de métro, une mendiante tend la main et un passant lui donne vingt sous. Entrent une femme et un monsieur avec une grosse valise.

Par deux fois, la scène va se répéter. Dans le premier acte, nous découvrons Irène et Joachim. Il souffle comme un bœuf en portant la valise de la femme. Celle-ci n'en peut plus, l'interroge, m'aimes-tu ? Il soupire, ne sait plus. Et là, elle réalise qu'il ne l'aime pas. Dans le deuxième acte, c'est au tour de Sabine et Etienne de nous jouer la même sérénade.

C'est alors qu'un passant, puis une passante, apparaissent et c'est le début des effusions. Tour à tour Irène et Etienne se sentent poussés des ailes. Ils découvrent dans l'autre la possibilité d'un recommencement, la promesse d'un nouveau départ. Les déclarations sont enflammées, on parle de la météo, du temps qui passe, des étoiles dans le ciel, du grand large, on parle aussi de promesses, de rêves et de désirs.

Cette parenthèse d'enchantement sera brisée par une sonnette, annonçant le dernier métro, comme un rappel à l'ordre, à la triste réalité. Après tout, « je ne faisais que passer... » chuchotent les témoins.

C'est un texte très court, poétique et tendre. Quelque peu farfelu sur les bords, il montre surtout la possibilité de s'évader et de vivre ses fantasmes le temps de quelques minutes. En postface, il est rappelé que l'amour tenait une place privilégiée dans l'univers de Queneau, mais ce sentiment était souvent évoqué avec une grande discrétion car le poète était un homme secret et pudique. D'où la préciosité de certaines déclarations, qui apparaîtront encore plus touchantes et magnifiques.

Cette édition propose un petit carnet de mise en scène, très complet et instructif, il guidera le lecteur dans ses premiers pas sur les planches.

En passant de Raymond Queneau - illustration de couverture : Laurent Moreau
Folio junior, coll. Théâtre, rééd. 2012  (Titre recommandé pour le programme de 5ème) 

" Nous serons seuls au milieu d'une foule joyeuse et colorée, escortée de grands cris et des harmonicas. "

" Nous nous raconterons nos souvenirs d'enfance et nous aurons des rêves, inéluctablement. "

" Nous reprendrons les fragments heureux de notre passé et nous les revivrons avec obstination - retour éternellement. "

" Tu seras ma sandale ailée, mon tapis volant, mon langage magique. "

" Tu seras ma lampe inextinguible, mon beau souci, mon palais enchanté. "

" Nous existerons ensemble. - Nous existons ensemble."

Posté par clarabel76 à 11:00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,


"La poésie, c'est quand un mot en rencontre un autre pour la première fois."

IMG_8510

Antonin doit écrire une poésie pour l'école, mais il ne sait pas ce qu'est la poésie. Il interroge ses parents, les réponses sont vagues, il n'est pas plus avancé. Et puis un soir, sa mère rentre blanche comme un linge, sur la route elle a percuté un chevreuil. Prise de panique, elle a mis l'animal mort dans le coffre de sa voiture ! Et pire que tout, la grand-mère va chercher ses couteaux pour dépecer la bestiole.

Alors oui, c'est particulier et ça flirte avec les limites du gore, mais on ne s'éternise pas sur la scène. Il y a toujours Antonin et sa poésie à rédiger. Toutefois, le garçon est quelque peu perturbé par cette histoire de chevreuil et le soir il commence à faire des cauchemars où le gibier viendrait le hanter en tant que fantôme. Cela commence à faire beaucoup pour cette âme sensible.

Seule issue ? Jeter sur papier toutes ses émotions, ce trop-plein qui déborde et s'apprête à l'étouffer. Ce que je vois, ce que je sens, ce que j'entends, ce dont je rêve... Antonin se lâche, il exprime à sa façon tout ce qu'il a sur le cœur, tout ce que cette sordide aventure lui inspire, avec humour et simplicité.

"Pour attraper les fantômes, il existe un piège en forme de toile d'araignée
C'est comme une poésie ça retient les poussières de vie..."

Ce roman est étrange, poétique et sensible, il parle des rêves, des fantômes et de la réalité, il aborde aussi la question de la poésie, ce qu'elle est et ce qu'elle inspire, comment elle naît et comment l'exprimer. Enfin, tout ça pour dire que ce petit roman étonne et détonne, mais finalement il m'a bien plu par sa façon d'être assez farfelu.

L'attrape-fantôme, par Alex Cousseau
Rouergue jeunesse, coll. dacodac, 2012

Posté par clarabel76 à 10:30:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , ,