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Juillet 1942. Peter van Pels (ou van Dann) court à perdre haleine pour exorciser sa rage et sa frustration. Ses parents ont accepté la proposition de la famille Frank, également les employeurs de son père, de partager leur cachette au-dessus des bureaux. Lui rêvait de se réfugier en Amérique, mais c'est trop tard. Il court donc retrouver sa petite copine Liese, mais assiste impuissant à l'arrestation de celle-ci par les milices.

Le garçon est traumatisé et rejoint ses parents, la mort dans l'âme. La cohabitation dans ce qu'on surnomme l'Annexe s'annonce pénible et oppressante. Peter n'a qu'un réduit minuscule pour dormir et avoir la paix. C'est un garçon de 16 ans, un peu fougueux, couvé par sa mère et houspillé par son père. Celui-ci le traite de bon à rien et est tout le temps sur son dos. Leur quotidien étant désormais constitué d'oisiveté et de proximité va rendre les rapports encore plus houleux.

Et puis Peter ne supporte pas la petite Anne Frank, qui pérore à longueur de journée en se prenant pour une diva. Cette gamine lui est insupportable. De plus, il tente farouchement de se souvenir de Liese, de sa peau, de son odeur, de son sourire, mais ce sont des images d'Anne qui se substituent dans sa tête, ce qui l'agace davantage. Deux ans vont passer, l'histoire se calque sur le journal d'Anne Frank, jusqu'à l'arrestation. La deuxième partie s'ouvre alors sur la vie dans les camps, sur cet hypothétique après, et c'est très émouvant.

Sharon Dogar nous propose une autre lecture du journal d'Anne, en imaginant les pensées secrètes de Peter, cherchant ainsi à montrer que malgré les conditions difficiles et le contexte douloureux, Peter et Anne étaient encore et avant tout des adolescents, en pleine découverte d'eux-mêmes, avides de désir, de vie et d'espoir. C'est ce qui rend la lecture poignante, car on sait bien que tout ça ne leur sera jamais permis.

Comme l'indique l'auteur en préface, ce roman n'a nulle prétention, si ce n'est d'“essayer de maintenir la mémoire de la Seconde Guerre mondiale pour chaque génération à venir, dans l'espoir que toutes demeurent conscientes des conséquences catastrophiques que peut engendrer la haine”.

Cachés, par Sharon Dogar
Gallimard jeunesse, 2011 - traduit par Cécile Dutheil de la Rochère