06/02/13

Les chaussettes de l'archiduchesse

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L'archiduchesse Sophie, qui est belle comme une princesse, riche comme une reine, gentille comme un labrador, se demande pourquoi elle n'a pas de prince charmant pour lui tenir compagnie. Une sorcière lui répète que ses chaussettes sont sales et puantes, mais Sophie n'a pas de nez donc n'en a pas connaissance.

Un jour, au marché, elle a la possibilité d'acheter une seule lotion miraculeuse : avoir du nez, ou ne plus avoir des chaussettes qui sentent mauvais. Elle opte pour la deuxième solution, boit son jus de chaussettes en faisant la grimace et peut se rendre au bal pour y rencontrer son prince charmant.

Son prince à elle, finalement, pue du bec mais comme elle n'a pas de nez (sous-entendu, elle ne sent rien du tout !), elle ne se rend compte de rien. Seuls les voisins murmurent sur leur passage et la plaignent un peu. Le mieux de tout, c'est que Sophie est tellement amoureuse de son prince qu'elle souhaite aussi le sentir et elle se moque des quolibets.

Sur ce, la sorcière intervient de plus belle. Et là ... ♪♫ L'amour est enfant de bohème Il n'a jamais, jamais, connu de loi ♪♫ ...

Colas Gutman est décidément un auteur doué et déjanté, qui détourne les ritournelles pour nous offrir des petites histoires qui font rire les enfants (et les parents). Ce texte est bougrement sympathique, il parle des mauvaises odeurs, bah oui c'est la vie, l'héroïne a tout pour être heureuse, mis à part ce petit souci des chaussettes qui fouettent, et même son histoire d'amour est une rencontre providentielle, drôle, inattendue.

Un moment de lecture absolument charmant, avec une galerie de chouettes personnages et une histoire délirante.

Les chaussettes de l'archiduchesse, par Colas Gutman - illustrations d'Audrey Poussier
Mouche de l'Ecole des Loisirs, 2007

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Calicia, sept ans, magicienne !

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Alicia se désespère, debout devant son stand de la braderie exposant ses vieux livres et jouets... personne ne s'arrête ! Sauf un curieux petit homme qui lui propose un étrange troc : il échange le livre de magie d'Alicia contre une boîte noire qui aurait le pouvoir de faire disparaître les objets qu'on y enferme.

Avec l'aide de sa grand-mère, Alicia trouve la formule magique traduite du latin et teste ses nouveaux pouvoirs sur le chat de son frère, puis avec le portable de sa mère. Les résultats dépassent ses espérances mais placent la fillette dans une délicate position. Euh... comment revenir au point de départ maintenant ? C'est bien beau de jouer à la magie, mais il faut la manipuler avec prudence.

Un petit roman délicieux, notamment pour les illustrations, qui amusera les jeunes lecteurs. On y parle de magie, avec une petite héroïne espiègle, sous couvert d'évoquer la responsabilité de nos actes (ah bon ? la magie ça ne marche pas que dans les livres !?). Très sympa, tout mignon et rigolo.

Calicia, sept ans, magicienne ! par Gilles Abier - illustré par Jess Pauwels
Actes Sud junior, coll. Benjamin, 2012

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Nouveautés : Actes Sud junior

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Raoul, c’est le nouveau de la classe. Mais il est bien trop grand pour aller à l’école. Et puis, il fait un peu peur, mieux vaut ne pas se moquer de lui. Un jour, il crie sur la maîtresse et se fait renvoyer. C’est un peu triste mais c’est comme ça.

Lors d’une sortie à la campagne, un orage éclate. La maîtresse et les élèves se réfugient dans une grotte et tombent nez à nez avec Raoul, sa maman et son petit frère qui vivent là, modestement. La pluie s’arrête ; il est temps d’aller pique-niquer. Les enfants invitent Raoul et sa famille à partager leur repas. Et pour la première fois, ils voient Raoul sourire.

Au début le ton de l'histoire se veut drôle et enlevé, avant de laisser apparaître une autre réalité : celle de la pauvreté. Heureusement l'histoire n'est pas du tout triste, au contraire elle fait preuve d'optimisme et de solidarité. Hop, hop, quand on ne sait pas, on ne juge pas, on partage et on fait naître les sourires sur les visages.

Un titre bénéfique, avec des illustrations qui font souvent sourire d'ailleurs !

Le nouveau de la classe, par Isabelle Duval (Actes Sud junior, 2013)

 

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Crocolou est ravi de passer un après-midi chez ses grands-parents. Au programme : promenade dans le jardin et cueillette de fleurs pour égayer la maison avec mamie, séance de bricolage et construction d’une cabane avec papi.

Après s’être régalé de délicieuses crêpes, Crocolou a une surprise pour eux : un beau dessin ! Mais ce n'est pas tout car Crocolou aussi aura droit à une belle surprise de la part de son papi.

Le texte est facile et très accessible, les illustrations sont d'une pureté très appréciable. C'est une petite série qui aborde des thèmes qui sont proches des jeunes lecteurs et c'est ce qui la rend si sympathique et attachante.

Crocolou aime son papi et sa mamie, par Ophélie Texier
Actes Sud junior, 2013

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05/02/13

“I gave you my heart, but it wasn't enough.”

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Huit mois ont passé depuis le départ inexpliqué de Caleb, mais suite à de nouveaux soucis judiciaires le garçon est dans l'obligation de s'inscrire à un programme d'intervention dans les écoles avec d'autres victimes de la route. Et paf, il est dans le même groupe que Maggie. Ces deux-là ne sont pas à l'aise de se retrouver, leur début de relation amoureuse, vite écourtée par les aléas de la vie, leur revient en pleine figure. Ils doivent faire comme si tout était oublié, sauf qu'ils sont encore bien empruntés, par les mensonges et les non-dits, mais aussi par leur attirance commune.

Alors, Caleb joue le chaud et le froid, il cherche à maintenir Maggie à distance, à ne plus lui donner le moindre espoir et il se montre parfois cassant avec elle. D'un autre côté, il est jaloux dès qu'elle s'approche d'un autre, il la cherche, il a besoin d'elle, il la désire tout en sachant que c'est impossible. Maggie n'est pas dupe, mais elle est devenue plus forte et plus sûre d'elle. Elle cherche même à le pousser dans ses retranchements pour qu'il avoue toute la vérité sur leur sordide affaire. Bref, ce n'est pas de tout repos.

L'histoire n'est donc pas simple et n'a pas fini de brusquer le petit couple. Caleb a encore beaucoup de démons à chasser, par contre Maggie est devenue une chouette petite nana, qui a énormément à apporter. Toute perspective d'idylle semble d'ailleurs compromise, même si les sentiments sont là, très forts et sincères. Non vraiment, ils ont encore du chemin à faire et ça peut paraître bien long au bout d'un moment. Sinon, j'ai franchement apprécié  l'ensemble du groupe de RESTART, avec ce barjot de Lenny en tête, et j'ai adoré l'épilogue, entre tendresse, espoir et délivrance, mon cœur a fait boum ! C'était une belle petite série, en deux tomes, qui touchera le lecteur pour la portée de l'histoire et pour la richesse des personnages.

Retour à Paradise, par Simone Elkeles
La Martinière J., 2013 -  traduit par Sabine Boulongre

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04/02/13

"Je suis fatiguée de me souvenir."

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Grace se réveille dans une pièce toute blanche, où elle pense être retenue en otage par un certain Ethan, un type très séduisant qu'elle a rencontré au parc, alors qu'elle était ivre morte, et qui vient effectivement lui apporter des plateaux-repas sans dire un mot. Pourquoi est-elle là ? Elle a un peu la mémoire en vrac, alors elle se force et commence à raconter son histoire.

Adolescente déjantée et perturbée par la mort de son père, Grace s'est mise à boire beaucoup, à sortir, à draguer et à coucher avec des garçons, de même elle se mutile la peau mais ne confie à personne son désarroi. Sa mère est tout le temps absente, Grace n'a pas d'amis dignes de confiance, jusqu'à ce qu'elle rencontre Sal, qui vient d'emménager et avec qui elle s'entend tout de suite très bien, au point de lui parler d'elle sans cacher ses secrets les plus honteux. Tout roule jusqu'au jour où les deux filles se disputent, Grace est au bout du rouleau mais rencontre Nat à l'arrêt de bus. C'est un garçon ordinaire, sur lequel elle ne flashe pas immédiatement, mais qu'elle va revoir des jours plus tard, et ainsi de suite. Elle va tomber folle amoureuse de lui, vouloir partager son bonheur, se réconcilier avec Sal et planer sur son petit nuage.

Assez rapidement, on prend conscience que l'histoire ne tourne pas rond et qu'elle va mal finir. On aimerait prévenir Grace, la maintenir à distance et la préserver de la casse, mais on fonce avec elle droit dans le mur et on prend les mêmes coups. Forcément on a mal. On souffre pour Grace aussi. C'est là le tour de force du roman, de réussir à nous capturer entre ses filets, de nous faire vivre la spirale infernale d'une adolescente en détresse affective et qui perd pied. C'est, tout simplement, bouleversant. Très à fleur de peau. C'est la deuxième fois que je lis ce roman (la première fois en français) et j'ai ressenti exactement les mêmes émotions. Même si je savais d'avance ce qui m'attendait, j'ai replongé aussi sec dans ce récit troublant, hypnotique et d'une sensibilité rare.

C'est une lecture que je conseille fortement. Pour toutes les âmes en dérive, "fatiguées de se souvenir". Il y a tout de même un message positif : ne jamais laisser tomber, ne jamais renoncer.

Confusion, par Cat Clarke
Robert Laffont, coll. R, 2012 -  traduit par Alexandra Maillard

J'ai rêvé que tu cognais
À ma porte sans relâche
Les bruits qui montaient en l'air
Me rendaient folle de rage
Tu cognais, cognais, cognais

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01/02/13

"Evan avait une histoire commune avec Lucy ; ils avaient partagé toute une enfance. Et ça, personne ne semblait le comprendre."

entretoietmoi

Amis depuis l'enfance, Lucy et Evan sont inséparables, même après le divorce des parents de la jeune fille et le déménagement de celle-ci pour Atlanta où elle vit avec sa mère, ils ne manquent jamais l'occasion de se retrouver pendant les quelques jours que Lucy passe chez son père au moment de Noël.

Cette année semble différente des autres, car Lucy n'est pas elle-même, elle n'est plus celle qu'Evan pensait connaître. C'est son look, d'abord, qui le déconcerte : avec ses cheveux noirs, ses piercings et son teint pâle, la jeune fille n'a vraiment pas l'air dans son assiette. Et puis elle est silencieuse, taciturne et renfermée.

Ne sachant pas trop sur quel pied danser, Evan se raccroche à ses bons vieux souvenirs, à cette amitié qui les lie depuis l'enfance et à la connivence qui existait entre eux. Il a bon espoir que Lucy redevienne un peu elle-même. Pour l'heure il tente de ranimer la flamme (éteinte) de son amie, il lui parle de ses projets, de ses études (la pression paternelle énorme !), de sa passion pour le dessin, toujours intacte, de son envie d'écrire une bande dessinée qui raconterait leur folle jeunesse.

Lucy écoute, fait preuve d'enthousiasme et semble avoir conscience de la déception qu'elle suscite. Mais elle ne lâche rien, alors les jours passent et ces deux-là tentent de raccrocher les wagons brinquebalants. Et puis c'est l'époque de Noël, le paysage est enneigé, on a l'impression d'une bulle et on n'attend rien du récit. Quand j'en ai pris conscience, j'ai aussi réalisé que j'étais déçue. En fait, l'histoire est molle et monotone, elle sent le spleen à plein nez. Si vous espériez une bluette sentimentale, passez votre chemin !

Pourtant, j'ai aimé toute la première moitié du livre. J'ai aimé me plonger dans la petite vie d'Evan. C'est un garçon formidable, bien dans ses baskets, entourée d'une famille exemplaire, avec une grand-mère très drôle et des amis extras. Le seul souci de ce garçon est de devoir répondre aux ambitions de son père, alors qu'il rêverait secrètement de devenir un artiste. A côté Lucy est sombre, déprimante. On découvre son secret à mi-parcours, mais ça m'a laissée insensible. Je n'ai pas aimé son personnage, à vrai dire. Je n'ai pas aimé qu'elle manipule ... enfin, vous verrez.

Cet hiver si particulier aura toutefois le mérite de permettre à Evan et Lucy de faire le point sur leur amitié amoureuse, pour peut-être les aider à construire quelque chose de plus fort, de plus beau. Mais il faudra être patient ! C'est aussi un roman d'apprentissage qui montre toute la difficulté d'être ce qu'on voudrait être, sans décevoir ses proches, d'assumer ses choix et ses préférences en conséquence. Ce n'est pas toujours rose, ni drôle mais ça permet de grandir, d'être heureux et en paix avec soi-même.

Bon point pour le charme du livre : sa couverture, très belle, et les illustrations ouvrant chaque chapitre, en plus des planches de BD sur Aelysthia, le monde imaginaire créé par Evan, et aussi les chansons des Beatles et des Beach Boys !

Entre toi et moi, par Stephen Emond
Albin Michel jeunesse, coll. Wiz, 2013 - traduit par Valérie Le Plouhinec

" Le problème, c'était l'espoir. L'espoir de ne pas faire de mal, l'espoir que l'amour s'épanouirait, ça, c'était douloureux. Alors que se consacrer au malheur, c'était juste un sentiment mort. C'était comme arracher un pansement en sachant que de toute manière ça ferait un mal de chien. "

" Jusque-là les choses avaient été moins que claires avec elle, mais à présent une idée commençait à briller dans la tête d'Evan, aussi fort qu'un phare dans la nuit. Il savait une chose : il voulait la sauver. "

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La jeunesse est coutumière des raccourcis inexacts, et nous étions un bel exemple de jeunesse.

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Quelques jours avant les épreuves du brevet, Marie-Madeleine Michalski est portée disparue. Ses camarades de classe sont incapables de fournir la moindre explication aux enquêteurs, en fait cette fille était pour eux une énigme. Bien des années après, un petit groupe d'anciens élèves revient sur le sujet et épluche les archives, dont le journal intime de Maddie.

Le problème de cette fille résidait dans sa soif de reconnaissance. Son physique ne collait pas aux standards ni aux archétypes de la mode. C'était une adolescente paumée, un peu ronde, qui rêvait de gloire et de paillettes. En cachette, elle a passé deux fois le casting pour un concours de chant et s'est fait recaler. Le plus étrange, à la lecture de son journal, c'est que Maddie se racontait des histoires et travestissait la vérité.

Glaçant, dérangeant, déconcertant. C'est ce que le roman nous inspire. Un roman qui accuse les diktats de l'apparence, le drame de la jeunesse, qui serait "prête à tout pour se couler dans l'un des moules du sociotype télévisuel. Prête à tout pour jouir de cette reconnaissance que la société de l'image réserve à son élite. Prête à tout pour faire partie du rêve." L'histoire de Maddie incarne le cauchemar de "ceux qui n'ont pas le profil".

C'est une lecture qui laisse une impression amère, mais qui fait réfléchir aussi. Dix ans ont passé depuis le drame et les anciens camarades de Maddie n'ont pas fait leur deuil, ont besoin de ressasser cette histoire, de se justifier pour avancer dans leur propre vie.

Shooting Star, de Stéphanie Benson
Syros, coll. Rat noir, rééd. 2011

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Il va venir

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Un adolescent de 14 vit seul avec sa grand-mère (du moins, c'est ainsi qu'il la considère car on n'en sait pas plus sur leurs liens, ni sur comment ils en sont arrivés là). Bref, ils vivent dans une maison isolée, en pleine forêt, le paysage est couvert de neige et la tempête s'acharne de plus belle. La vieille est folle, elle a perdu la tête et pense que son fils Bernard, disparu depuis des années (en vrai, il est mort) va rentrer un jour. Le garçon ne fait plus l'effort de la convaincre du contraire. "Il va venir, il va venir..." dit-t-elle inlassablement. Aussi, lorsqu'un soir un individu tape à leur porte et s'effondre sur leur plancher, avec un sac à la main, la vieille clame que c'est lui, son fils, Bernard.

L'inconnu est dans les vapes, blessé et visiblement égaré. Pendant que la grand-mère est aux petits soins pour lui, le gamin se méfie et se pose mille questions à son sujet. Qui est-il ? d'où vient-il ? que veut-il ? Lorsque l'autre reprend connaissance, il a vite cerné la situation et compris son intérêt à jouer le jeu sans contrarier l'ancienne, dans la foulée il tente d'amadouer le garçon qui refuse toute complicité. En fait, il pense l'avoir reconnu et se dit qu'il est de son devoir de protéger la vieille avant que la situation dérape. Ceci dit, il est peut-être déjà un peu trop tard...

Avec une économie de moyens, Marcus Malte a su mettre en scène, dans ce roman de seulement 100 pages, un climat angoissant, où règne une tension palpable et vite irrespirable. C'est bien simple, on lit cette histoire sous effet d'hypnose (ou d'apnée). Par contre, ce qui est frustrant à la fin du roman, c'est de réaliser que toutes les questions sur l'adolescent et la grand-mère resteront sans réponse. Si vous appréciez ce genre de récit, lisez aussi le roman de Marcus Sedgwick - Revolver.

Il va venir, par Marcus Malte
Syros, coll. Souris Noire, présente édition: 2011

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