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Tout commence par un rapport de force entre Nora Sutherlin, un célèbre auteur de romans érotiques, et son éditeur, Zach Easton, fraîchement débarqué de Londres. Elle souhaite publier un livre différent de ses écrits habituels et a sollicité l'aide d'une prestigieuse maison new-yorkaise, pour laquelle travaille Zach. Celui-ci est farouchement opposé au projet (imposé son supérieur) et compte mener à la baguette la jeune femme en lui faisant bien sentir que c'est “un écrivain du ruisseau, qui n'écrit que des histoires de caniveau”. Pas très sympa, donc. Ceci dit, Nora est une jeune femme rebelle, sarcastique et plus encore.

Elle a connu une liaison d'une dizaine d'années avec Soren, qui l'a initiée aux tourments de la soumission. Éreintée par cette passion dévastatrice, elle a pris la fuite pour se lancer dans une vocation opposée, celle de devenir la plus grande Dominatrice d'une boîte privée. Autant dire qu'elle n'est pas effarouchée à l'idée d'être bousculée par Zach ! Au contraire, elle y trouve du plaisir et l'envisage comme un véritable stimulant. Elle cherche aussi à le déstabiliser, à flirter et à le pousser dans ses retranchements, mais Zach est un homme secret et aigri. Il sort d'une rupture amoureuse douloureuse, le fantôme de son ex est partout présent dans ses pensées, au risque de le rendre fou.

N'oublions pas non plus l'irrésistible Wesley, un jeune Apollon qui vit sous le toit de Nora et officie en tant qu'assistant personnel. Or, c'est un intouchable. Ses convictions religieuses sont profondes, le garçon est vierge, fou amoureux de Nora, elle-même n'est pas insensible à son charme, et pourtant ces deux-là ne cèdent jamais à leurs pulsions. Là aussi, l'histoire est intéressante à suivre.

Car c'est tout l'intérêt de ce livre, multiple et moins racoleur que ses confrères. Sans Limites vous raconte une histoire d'amours désabusées, d'amitié, de confiance et de découvertes de ses désirs les plus sombres, les plus inavouables. C'est un livre qui m'a finalement grandement surprise, car l'histoire est teintée d'une certaine amertume. Tour à tour, elle est capable de se révéler complexe et fascinante, avec des passages déstabilisants sur la violence que l'héroïne est capable de s'infliger. On ressent alors vivement son désespoir, son impuissance et sa fragilité. Détail non négligeable, l'écriture est belle et sensuelle. Elle dépouille l'aspect graveleux auquel la romance érotique trop souvent s'acoquine. Rien que pour ça, pour l'aspect original et peaufiné, je recommande cette lecture qui donne l'impression de lire autre chose qu'une simple fiction du genre.

Sans limites, par Tiffany Reisz
Harlequin, coll. Mosaïc, 2013 - traduit par Alba Neri 

"I know people think erotica is just a romance novel with rougher sex.  It's not.  If it's a subgenre of anything, it's horror.

- Horror? Really?

- Romance is sex plus love.  Erotica is sex plus fear."