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C'est au son de la voix grave de la très belle Anna Mouglalis, un choix qui a été approuvé par Toni Morrison elle-même, que j'ai donc choisi de me laisser bercer, pour mieux découvrir l'univers de l'auteur qui m'était peu familier. A peine les premières notes ont retenti, l'histoire a jailli de nulle part et j'ai tout de suite été transportée dans un ailleurs fait de poussière, de rage, de désespoir, dans un paysage lavé de couleurs. Un monde terne et âpre.

C'est donc l'histoire de Franck, vétéran de la guerre de Corée, qui s'échappe de son asile dès lors qu'il apprend que sa jeune sœur Ycidra est gravement malade. On sait très peu de choses sur lui, pour commencer. On devine son désarroi, son désespoir et sa détermination à quitter Seattle pour arriver en Géorgie. Son but : la petite ville de Lotus, où il a grandi sans une étincelle de bonheur. Son univers tournait autour de sa sœur et de ses meilleurs potes. Puis il est parti à la guerre, lui le soldat noir, fier de servir le drapeau américain.

Après quoi, le retour a sonné le début de sa descente aux enfers, trop de cauchemars, d'images immondes, de sacrifices, de meurtres et de massacres viennent le hanter. Il tente d'oublier dans l'alcool, ou dans l'amour, mais c'est un homme brisé. C'est finalement au cours de son voyage, pour sauver sa sœur, qu'il comprendra tout ce qu'il a tenté de camoufler, ce qui a bien failli l'étouffer.

De son côté, Ycidra aussi a connu sa douleur, ses rêves brisées et ses illusions perdues. Car c'est un peu le tour de piste que nous offre ce court roman, un panel de vies démantibulées, d'existences fracassées. Des corps usés. Des esprits hantés. C'est dur, oui. Par contre, ce n'est pas le champ de mines dont on pourrait en sortir avec la tête à l'envers. En fait, on se surprend à avaler tout ce qu'on nous raconte comme sous l'effet d'hypnose. La langue est belle, pure et sophistiquée. Pas un pas de travers. L'image toujours impeccable. L'auteur tranche dans le vif, crac, et ça ne fait même pas mal.

La forme courte réussit très bien à ce récit, pour son état d'urgence et de sauve-qui-peut. Seule la dernière ligne droite m'aura laissé un goût amer, chiffonnant presque la très belle appréciation que j'avais de cette rencontre, et c'est bien parce que j'ai aimé les 3/4 du livre que je lui octroierai donc mon plein assentiment ! A digérer, à méditer, à ruminer. 

Home, par Toni Morrison
Christian Bourgois éditeur, 2012 / Audiolib, 2013 - Traduit par Christine Laferrière
Texte intégral lu par Anna Mouglalis
durée : 4 heures seulement !