21/11/13

☼ Mon été mortel, par Jack Gantos ☼

IMG_0091

Jack a douze ans et vit dans la petite ville de Norvelt, en Pennsylvanie. Nous sommes en 1962, c'est l'été mais le garçon doit rester confiné dans sa chambre. Un, il a joué avec une arme japonaise interdite. Deux, il a fauché tout le champ de maïs de sa mère (son père veut construire un abri antiatomique, ou plutôt une piste d'aviation, mais le projet est top secret !). Seule consolation, Jack a droit de se rendre chez la vieille Mlle Volker, qui ne peut plus se servir de ses doigts (elle plonge ses mains dans de la paraffine brûlante pour les assouplir !), et a besoin de lui pour rédiger ses nécrologies.

Par un fait étrange, la ville de Norvelt est frappée d'une vague de disparitions soudaines. Les unes après les autres, toutes les petites vieilles tombent comme des mouches. Jack commence à trouver ça douteux, mais Mlle Volker est persuadée qu'il s'agit d'une malédiction. Quelques jours plutôt tôt, un motard a été aplati par un camion. Une bande de Hells Angels a fait irruption pour réclamer le corps, avant de repartir en maudissant la ville et ses habitants.

Ce n'est pas tout ça, car il se passe une multitude de petites intrigues au cœur de l'histoire, qui nous régale sur toute la ligne (pour mémoire, la visite en tenue de Faucheuse, pour vérifier si une petite dame est bien morte, suivie d'un dialogue surréaliste, mais à mourir de rire !). C'est tendrement saugrenu, riche en mésaventures hilarantes, avec une bonne brochette de personnages excentriques et attachants (l'insupportable Spizz, amoureux transi éconduit, qui circule en tricycle !).

C'est un roman très drôle, avec un sens de la dérision absolument divin. J'ai beaucoup aimé !

éditions (Les Grandes Personnes), août 2013, traduit par Valérie Le Plouhinec, illustration de couv. : Jean-François Martin


Le Lion, de Joseph Kessel

“ Un rire enfantin, haut et clair, ravi, merveilleux, sonna comme un tintement de clochettes dans le silence de la brousse. Et le rire qui lui répondit était plus merveilleux encore. Car c'était bien un rire. Du moins, je ne trouve pas dans mon esprit, ni dans mes sens, un autre mot, une autre impression pour ce grondement sonore et débonnaire, cette rauque, puissante et animale joie. 
Cela ne pouvait pas être vrai Cela tout simplement ne pouvait pas être.
A présent, les deux rires - clochettes et rugissements - résonnaient ensemble. Quand ils cessèrent, j'entendis Patricia m'appeler.
Glissant et trébuchant, je gravis la pente, me raccrochai aux arbustes, écartai la haie d'épineux avec des mains lardées de ronces et sur lesquelles le sang perlait.
Au-delà du mur végétal, il y avait un ample espace d'herbes rases. Sur le seuil de cette savane, un seul arbre s'élevait. Il n'était pas très haut. Mais de son tronc noueux et trapu partaient, comme les rayons d'une roue, de longues, fortes et denses branches qui formaient un parasol géant. Dans son ombre, la tête tournée de mon côté, un lion était couché sur le flanc. Un lion dans toute la force terrible de l'espèce et dans sa robe superbe. Le flot de la crinière se répandait sur le mufle allongé contre le sol.
Et entre les pattes de devant, énormes, qui jouaient à sortir et à rentrer leurs griffes, je vis Patricia. Son dos était serré contre le poitrail du grand fauve. Son cou se trouvait à portée de la gueule entrouverte. Une de ses mains fourrageait dans la monstrueuse toison. 
« King le bien nommé. King, le Roi. » Telle fut ma première pensée. ”

IMG_0089

J'étais en classe de 4ème quand j'ai lu la première fois Le Lion de Joseph Kessel. J'en avais gardé un souvenir ébloui, que j'aimais dorlotter au fil du temps qui passe. J'ai tenté la relecture, risquant ainsi de chatouiller ma fibre nostalgique. Et bingo, cette relecture a réveillé toutes les émotions enfouies, elle a su me rappeler l'émerveillement face à cette Afrique sauvage et magique, avec son décor de cinéma, ses personnages à fleur de peau, ses coutumes ancestrales... Le narrateur, lui aussi, est spectateur de ce monde nouveau et inconnu, il rencontre la famille Bullit et est immédiatement adopté. Chacun voit en lui le moyen de confier ses secrets, de se décharger du poids de la responsabilité ou de la culpabilité. L'homme est pris en otage, de son plein gré.
Il va s'émerveiller des miracles de la nature environnante, de la beauté de la savane, de ses mystères et ses dangers. Et puis, il va tomber des nues en découvrant l'amitié qui lie la jeune Patricia à un lion, cette folle complicité qui défie toutes les lois, leurs jeux au goût de ballet maudit... C'est beau, oui, mais tragique. Le duel final, sans trop entrer les détails, est un moment déchirant, qui noue l'estomac et laisse un goût amer en bouche. Là aussi c'est d'une grâce sans nom, avec un sens de la dramaturgie hors norme.
Et ainsi, de tourner la dernière page du livre avec engourdissement et désolation... Quelle tristesse de reprendre pied dans sa réalité !
J'ai accompagné ma lecture (très beau roman édité dans la nouvelle collection blanche pour la jeunesse) du livre-audio lu par Hippolyte Girardot. La réalisation musicale et sonore, absolument irréprochable, nous plonge au coeur de la brousse, nous envoûte et livre un récit tendu et bouleversant. 
 ♥

Le lion, de Joseph Kessel (Gallimard jeunesse, coll. Bibliothèque, mai 2013, avec une préface par Erik L'Homme / Écoutez lire, octobre 2010, texte intégral, durée d'écoute : env. 7 heures)

Posté par clarabel76 à 08:15:00 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , , ,