07/01/14

Journal d'Hélène Berr : 1942-1944 (Suivi de Hélène Berr, une vie confisquée par Mariette Job)

“Si j'écris tous ces petits détails, c'est parce que maintenant la vie s'est resserrée, que nous sommes devenus plus unis, et tous ces détails prennent un intérêt énorme. Nous vivons heure par heure, non plus semaine par semaine.”

 

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J'avais déjà lu des extraits du journal d'Hélène Berr lors de l'édition 2008 par Audiolib, interprétée par Elsa Zylberstein. Je n'ai pas hésité une seconde pour connaître la version intégrale, lue cette fois par Guila Clara Kessous.

Au-delà du témoignage bouleversant, c'est aussi une personnalité stupéfiante que l'on découvre, Hélène Berr, 21 ans, brillante étudiante à la Sorbonne, amoureuse, bavarde, spontanée, érudite, sensible, sincère, révoltée, agacée, impuissante, rageuse et désespérée. Elle confesse dans son journal de nombreux détails concernant sa vie de tous les jours, d'abord dans le but de se délester d'un poids, puis dans le souci de laisser une empreinte et de permettre aux générations suivantes de comprendre et de savoir dans quelles tourmentes les familles juives ont été plongées.

C'est comme ça qu'on entame la lecture sur une impression de légèreté, au départ les préoccupations d'Hélène relèvent de la superficialité (ses relations amoureuses ou amicales, ses rapports avec sa famille). Au loin, commencent pourtant les rafles et les déportations, mais c'est seulement suite à l'arrestation de son père qu'Hélène se souciera moins de sa petite personne pour s'intéresser à une sphère plus large, plus politique.

J'ai beaucoup aimé l'élégance de la jeune femme, dans son écriture, dans son style, dans sa vie. C'était une jeune fille si dynamique, pleine de vie, rayonnante. Mais plus on avance dans son témoignage, et plus on constate que le ton change, que la gravité et l'amertume s'installent, que le désespoir point, que la mélancolie n'est plus lyrique, mais signe d'une profonde meurtrissure.

Et pourtant, c'est loin d'être un texte triste, mais davantage un texte vrai, qui puise sa force et sa richesse dans la personnalité pétillante d'Hélène Berr. Ce témoignage est aussi une formidable leçon de vie, sa lecture est indispensable pour se rappeler ce douloureux chapitre des heures les plus noires de notre pays.

Audiolib, novembre 2013 / éditions Tallandier, 2008. Texte intégral lu par Guila Clara Kessous (durée d'écoute : 8 h 38)
Préface de Patrick Modiano lue par Benoit Peeters.
Avec la participation de Mariette Job (postface), nièce d’Hélène Berr, qui explique l'histoire de la publication du Journal.

L'écoute en classe de ce CD est autorisée par l'éditeur.

“Il faudrait donc que j'écrive pour pouvoir plus tard montrer aux hommes ce qu'a été cette époque. Je sais que beaucoup auront des leçons plus grandes à donner, et des faits plus terribles à dévoiler. Je pense à tous les déportés, à tous ceux qui gisent en prison, à tous ceux qui auront tenté la grande expérience du départ. Mais cela ne doit pas me faire commettre une lâcheté, chacun dans sa petite sphère peut faire quelque chose. Et s'il le peut, il le doit.
Seulement, je n'ai pas le temps d'écrire un livre. Je n'ai pas le temps, je n'ai pas le calme d'esprit nécessaire. Et je n'ai sans doute pas le recul qu'il faut. Tout ce que je peux faire, c'est de noter les faits ici, qui aideront plus tard ma mémoire si je veux raconter, ou si je veux écrire.”


La servante du Seigneur, de Jean-Louis Fournier

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Je n'ai pas du tout été convaincue par la motivation de ce texte !
L'auteur étale sur la place publique une affaire personnelle (sa fille a pris le voile, et lui ne l'accepte pas). Il l'accuse d'être différente, d'avoir changé, d'avoir ruiné son don artistique, d'être endoctrinée. Non mais, franchement, c'est pathétique.
Pas une seule fois, l'homme ne montre un aspect de sa personne qui prouverait qu'il est tolérant, qu'il se met à la place de sa fille et qu'il veut comprendre son choix de vie. Au lieu de ça, il tacle, il ressasse de vieux souvenirs, il fait preuve d'humour sordide, il critique, il est bête, il est méchant, il est mesquin.
Loin d'être intimiste, c'est un texte qui se révèle voyeuriste, déplacé et dérangeant. À aucun moment on ne ressent de l'empathie pour cet homme grincheux et égoïste, tout fripé d'être aigri et engoncé dans son acharnement.
C'est désolant.
Le texte, heureusement, est très bref. Seulement 1 h 30 d'écoute (texte lu par l'auteur lui-même). Il se termine de façon salutaire, avec un droit de réponse de la concernée, Marie, à travers la voix de Colette Sodoyez, qui s'exprime brièvement mais fermement. C'est la seule partie du livre que j'ai appréciée.

Audiolib, décembre 2013 - durée d'écoute : 1 h 27 - Texte intégral lu par l'auteur. Avec la participation de Colette Sodoyez.

Posté par clarabel76 à 08:30:00 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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