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Réinventer la vie des peintures ou des sculptures, de celles qu'on croise et recroise dans les musées ou autres ouvrages d'art, c'est la douce et belle fantaisie à laquelle s'est pliée Isabelle Cousteil. Dans “La Galerie des murmures”, elle réinvente un monde de paroles, imaginées d'après une émotion, souvent perçue à partir d'une image, Isabelle Cousteil s'échappe et écrit une histoire. Elle y met même la forme, celle d'une correspondance intempestive, et ainsi produit des lettres qui volent, s'échangent et se croisent d'un portrait à l'autre, d'une personnalité à une autre, d'un rêve à un autre.

C'est une petite récréation, un hommage aussi qu'elle rend. C'est également une façon d'interpeller le public pour se poser (pauser ?), pour retarder son attention et l'inviter à regarder de nouveau “des portraits parfois si vus et connus qu'ils ne sont plus véritablement regardés”. Flânerie littéraire, poétique et artistique, c'est ainsi que pourrait se résumer son livre, qui se dédouane de toute flatterie et de toute prétention. Car il s'agit juste d'une invitation à rêver, à imaginer, à contempler.

“Dans cette galerie intempestive, les voix chuchotent et parfois tonitruent. Accents chantants ou gouailleurs, aveux, regrets ou confidences, interrogations et provocations, déclarations d'amour, de rage ou d'espoir livrent quelques instantanés d'existences probables, vraisemblables, ou totalement rêvées.” (prologue)

Je joins, pour conclure, l'extrait d'une lettre intitulée Chienne de vie, Monsieur Zola, de la part de Marguerite et Louise (“La Repasseuse” d'Edgar Degas) qui connaissent mal leur orthographe, mais qui savent tout de même trouver les mots justes et forts pour exprimer ce qu'elles ont sur le coeur (et surtout ce que l'oeuvre de Zola a su insuffler à leur petite existence). Une rencontre, parmi tant d'autres, mais qui touche...

“C'est quand on la voit écrite sur le papier notre vie que ça saute aux yeux à quel point c'est misérable. Ce qu'ont s'imaginait pas c'est qu'ont pourrait écrire sur des pauvre gens comme nous et ça c'est un miracle. Et même si on se couche le coeur lourd après vous avoir lus, que le lendemain on tient pas debout parce qu'on a trop sommeil et qu'on a mème plus de sous parce qu'on use trop de chandelle, c'est rien ça. C'est rien du tout à côté de ce que vous nous donez. Parce que parler de nous c'est déjà du respect, et ça, avant vous, on connaissait pas. On s'était faies à cette chienne de vie, Monsieur Zola, au dos qui brule tellement qu'il est brisé, à l'eau qui gèle dans le pot et à l'assiette sans viande. Et mème à ce qu'on soye pas considéré. Alors on vous dit merci du fond du coeur, nous qui somme comme qui dirait vos Gervaise...”

description de l'éditeur : 

Vingt scènes vont se jouer devant nous. Les portraits dialoguent, se téléphonent, s’écrivent des lettres, des poèmes, des textos, s’envoient des suppliques, des billets d’amour, des requêtes....

Isabelle Cousteil dévoile l’amour du Violoncelliste de Modigliani pour le Violon d’Ingres de Man Ray. Elle entend la chatte égyptienne Bastet tancer vertement Jean de la Fontaine. Elle découvre la supplique de François 1er à la Reine de Portugal. Elle surprend une discussion de voyous fraternels entre Monna Lisa et l’Ange de Reims, pendant que dans les profondeurs du Louvre une bande d’Eclopés rédigent une pétition à l’adresse de leur conservateur. Elle capte une altercation post mortem entre le Duc et la Duchesse de Berry. La souffrance de Camille Claudel trouve écho à celle d’Adèle Hugo. Et dans un jardin de Monet, une belle mélancolique lui confie son seul espoir...

Correspondances Intempestives - TRIARTIS - sortie Février 2014