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Pour la première fois depuis son divorce houleux, Carmen confie son fils Jorge à son père, le temps d'un weekend à la montagne. L'occasion pour eux de se retrouver, d'apprendre à se connaître et de tisser un semblant de relation, pense-t-elle. Mais avant de partir, son ex lui donne son manuscrit pour qu'elle le lise. Une immersion glaçante, dérangeante dans un univers où Carmen va perdre pied.

En effet, sitôt les premiers chapitres lus, Carmen est déboussolée et va jusqu'à s'imaginer des signes cachés dans le récit. Elle interprète le moindre détail, s'identifie aux personnages, confond la réalité et la fiction, bref elle vit un véritable enfer ! Mais coûte que coûte, elle entend venir à bout du manuscrit pour y glaner la réponse à toutes ses questions.

De leur côté, Jorge et Carlos sont loin de vivre une expérience mémorable de leur premier tête-à-tête entre père et fils. L'homme est viscéralement agacé par le garçon, qui lui rappelle ses propres échecs, il le trouve pataud, mou, mal embouché et se retient d'exploser en sa présence. Au lieu de ça, il boit beaucoup, pour tuer le temps et pour calmer ses bouffées d'angoisse. On est tenu ainsi en captivité dans cette bulle de frustration et on vit à fond la montée en puissance de la tension psychologique qui règne dans ce livre.

On décroche malheureusement dans la deuxième moitié de l'histoire, peut-être parce que le manuscrit de Carlos devient trop écrasant et prend une tournure malsaine (une bande de petits caïds a kidnappé une jeune fille de bonne famille, qu'ils vont droguer et violer dans un trois-pièces minable, en attendant les consignes du boss). J'avais pourtant entamé ma lecture sur une note très positive, car elle réunissait presque tout : le climat pesant, la mise sous pression, des personnages égarés dans leurs combats intérieurs, qui brouillent toutes les pistes...

Finalement, le roman n'a rien d'un polar, c'est juste un roman noir, lourd, pesant et glauque. Cela se lit sans réelle difficulté, mais j'en attendais davantage, plus d'action et de suspense, et moins de décortications sur les non-dits et autres actes manqués des personnages. Une lecture flippante, mais dans le sens dérangeant du terme.

“Carmen ne savait pas quoi penser. Elle avait la certitude qu'elle ne découvrirait la raison pour laquelle Carlos voulait qu'elle lise son roman que dans le livre lui-même. La réponse, c'était la lecture qui la lui donnerait. Mais pour elle, il n'était pas si facile de continuer à lire : elle en savait trop. Elle en lisait trop, plus que ce qu'il y avait dans la page : elle lisait ce qui n'était pas écrit. Peut-être que c'était ça, l'obstacle : elle cherchait quelque chose entre les lignes et ça l'empêchait de voir ce qu'elle avait sous les yeux.”

Métailié, janvier 2014 - traduit par Myriam Chirousse