23/06/15

Bleu Catacombes, de Gilda Piersanti

3 - Bleu Catacombes

La macabre découverte d'une déferlante de corps sans tête (et de têtes sans corps) met sous pression le commissaire d'Innocenzo, dépité par son effectif mis au rabais à cause des vacances d'été. Seule Mariella accepte d'écourter son séjour à la mer pour se confronter à l'esprit retors d'un criminel qui semble puiser son inspiration dans l'art contemporain et les références bibliques. Pour la soutenir, elle peut naturellement se tourner vers Silvia, sa nouvelle collègue, mais aussi Paolo, son fringant amoureux, dont le retour fait franchement plaisir ! L'auteur n'a de cesse de peaufiner le portrait de son héroïne, qu'on découvre étourdie, migraineuse, tremblante et frissonnante, et pas seulement de passion amoureuse. Encombrée par des souvenirs de famille et ses retrouvailles tardives avec son géniteur, la jeune femme est plus vulnérable que jamais, moins attentive à son enquête, fuyante et instable aux yeux de son amant. La série, qui se décline au gré des saisons, réserve ainsi une lecture sur le long cours passionnante en développant en parallèle des enquêtes criminelles un fil rouge perspicace autour des personnages. J'apprécie moins l'aspect glauque rendu par la lecture faite par Hélène Lausseur pour Sixtrid, qui exacerbe les voix des coupables d'un ton moribond et déprimant... Ceci étant dit, le roman nous réserve une grande part d'intensité dramatique aux effets poignants ! 

Sixtrid / mars 2011 ♦ texte lu par Hélène Lausseur (durée : 5h 50)

 

BLEU CATACOMBES

éditions Le Passage, 2007 / Pocket, 2009 pour le texte original

 

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Les Jours infinis, de Claire Fuller

Les jours infinis

Peggy a huit ans et grandit à Londres dans une vaste maison avec jardin. Sa mère, d'origine allemande, est une pianiste mondialement reconnue, qui part souvent en tournée. Son père est un « Survivaliste », obsédé par l'idée de fin du monde. Un matin de l'été 1976, il entraîne la fillette à la recherche de “die Hütte”, un lieu féerique, réputé inaccessible. Ils vont ainsi s'enfoncer dans les bois et s'y perdre neuf longues années.

De retour chez elle, en 1985, Peggy tente de s'expliquer une telle folie. Mais c'est hyper délicat à déterminer car elle n'était qu'une enfant insouciante, qui n'avait pas conscience du danger, portait un culte à sa mère si belle et prodigieuse, considérait son père avec tendresse et jugeait l'entourage de ses parents (leur amitié avec l'américain Oliver) nocif et menaçant.

Ce contact avec la nature est une immersion extraordinaire, pleine de charme, de mystère et de danger, où la vie de « rescapés » est aussi un combat de chaque instant. Car même si l'ambiance est captivante, servie par une écriture lumineuse et un style très visuel, on n'oublie pas le délire paternel et les conséquences pour l'enfant.

C'est très, très perturbant, bien que raconté avec pudeur et de façon elliptique. On ne voit pas venir la fin et ses révélations... stupéfiantes, qui vous font reconsidérer tout le roman, à travers son emprise et ses ombres. De quoi vous hanter longtemps après !

Stock La Cosmopolite / avril 2015 ♦ Traduit par Mathilde Bach (Our Endless Numbered Days)

  • Click sur l'opération de communication originale ! 

 

« Les dates ne sont là que pour nous rappeler que nos jours sont comptés, que chaque jour qui passe nous rapproche de la mort. À partir de maintenant, Punzel, nous vivrons au rythme du soleil et des saisons. Nos jours seront infinis. »

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Teaser Tuesday #62

Teaser_tuesday

Cent quatre-vingts kilomètres de route tortueuse s'étendent entre les grilles de l'université de Smith College et le stade de football de Darmouth, et Budgie conduit comme elle fait tout le reste : à toute vitesse.
Les feuilles scintillent dans des tons dorés, orangés et rouges, elles se détachent du ciel bleu où le soleil brille sans un nuage, créant une impression de chaleur trompeuse. Budgie a décrété que nous devions prendre la décapotable et conduire cheveux au vent, mais je grelotte. Enroulée dans mon gilet de laine, je m'agrippe à mon chapeau.
Elle rit d'un air moqueur.
- Tu devrais ôter ton chapeau, ma belle. Tu me fais penser à ma mère. Elle croit que ce serait la fin du monde si quelqu'un voyait ses cheveux.
Elle doit crier pour que je l'entende, avec tout ce vent.
- Ce n'est pas ça ! réponds-je en criant aussi.
La vérité, c'est que mes cheveux se transformeront en une boule d'herbes sèches si je les libère du chapeau cloche en laine noire qui les enveloppe ; les jolies petites boucles de Budgie, elles, volettent délicatement dans le vent et se remettront parfaitement en place à la fin du voyage.
L'Été du Cyclone - Beatriz Williams

Il y a longtemps, Harold, tu m'as dit : 
- Il y a tant de choses que nous ne voyons pas.
- Que veux-tu dire ? ai-je demandé, tandis que mon cœur faisait un bond dans ma poitrine.
- Les choses qui sont juste sous nos yeux, as-tu répliqué.
Tu conduisais comme tu le faisais toujours et j'étais assise sur le siège passager. La nuit tombait, je m'en souviens, et nous retournions sans doute à la brasserie. Au loin, les lampadaires parsemaient de taches de lumière la lisière bleue velours de Dartmour et la lune était, elle, une discrète tache de craie.
J'avais la vérité sur le bout de la langue. Je ne pouvais plus le supporter.
- Range-toi sur le côté, ai-je presque crié. Écoute-moi, Harold Fry...
La Lettre de Queenie (Tout ce qu'elle n'a pas pu dire à Harold Fry) - Rachel Joyce

Catherine s'arc-boute mais elle n'a plus rien à sortir. Elle s'agrippe à l'émail froid et relève la tête pour regarder dans le miroir. Le visage qui lui fait face n'est pas celui avec lequel elle est allée se coucher. Ce visage, elle l'a déjà vu et elle comptait bien ne jamais le revoir. Elle s'examine sous cette nouvelle lumière crue puis elle mouille un gant, s'essuie la bouche et le presse contre ses yeux, comme pour éteindre la peur qui brûle en eux.
« Est-ce que ça va ? »
La voix de son mari la fait sursauter. Elle espérait qu'il ne se réveillerait pas. Qu'il la laisserait tranquille.
« Mieux, maintenant », ment-elle en éteignant la lumière. Puis elle débite un nouveau mensonge. « Ce doit être le plat à emporter d'hier soir qui n'est pas passé. » Elle se tourne vers lui, une ombre au cœur de la nuit.
« Retourne te coucher. Je vais bien », murmure-t-elle. Il dort quasiment debout, mais il tend tout de même le bras et pose la main sur son épaule.
« Tu en es sûre ?
- Oui », répond-elle. Sa seule certitude, c'est son besoin d'être seule.
« Robert. Promis. Je te rejoins dans un minute. »
Il laisse ses doigts s'attarder un moment sur son bras, puis il cède. Elle attend d'être certaine qu'il s'est rendormi avant de regagner leur chambre.
Elle l'observe, posé à l'envers, encore ouvert, tel qu'elle l'a laissé : ce livre auquel elle s'est fiée.
Révélée - Renee Knight

- Allez, réveille-toi. Je nous ai organisé une petite aventure. Une aventurette. Juste pour une journée. On part en expédition. Jake ouvrit les rideaux : Tu dis toujours qu'il faut se lever plus tôt pour profiter de cette lumière. Et tu as raison. C'est magnifique. Les ombres qui apparaissent avec l'éblouissante clarté du jour sont pas encore là. C'est splendide.
L'esprit encore endormi, Will se releva sur un coude, énumérant dans sa tête les objets qu'il avait sous les yeux : armoire, sac à dos, télévision, chaise. Un thermos de la taille d'une bouteille de plongée, bouché par du liège. La photo de deux poissons aux yeux globuleux. Des traces brunes au plafond qui formaient un archipel. Une table de chevet avec de faux miroirs. Il n'arrivait pas à se souvenir du nom de l'hôtel ni même de la ville où ils se trouvaient. Will avait l'impression que derrière la porte de la chambre se trouvait une vaste monde étrange et inhospitalier qu'il n'était pas encore prêt à affronter. Il se frotta les yeux.
- De quoi tu parles ?
- Je suis réveillé depuis plus d'une heure et j'ai trouvé une super-opportunité. On va voir une cascade secrète. Alors fais ton sac : short, t-shirt, maillot... Le type nous attend dehors.
- Quel type ?
- Howard, un mec cool, peut-être juste un peu étrange....
Traqué - Simon Lewis

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