12/09/15

L'Ombre de Gray mountain, de John Grisham

L'OMBRE DE GRAY MOUNTAIN

L'été dernier, j'avais pris grand plaisir à me plonger dans le roman de John Grisham, L'Allée du sycomore en l'occurrence, et imaginais renouveler cette sensation avec son nouveau titre. Or, L'Ombre de Gray Mountain s'est avéré décevant, long et lassant.

L'histoire se passe à New York, en 2008. La crise financière s'invite à la fête et brise en plein envol la brillante carrière d'avocate de Samantha Kofer. Placée en congé sans solde, elle accepte de suivre un stage dans un centre d'aide juridique dans les Appalaches. Sitôt débarquée à Brady, une petite ville de Virginie, Samantha y découvre une existence assez terne et souffreteuse. La communauté dépend totalement des grandes compagnies minières, lesquelles polluent la région par leurs extractions intempestives. Tout le monde se tait. Tout le monde ploie l'échine. Seul Jeff Gray a choisi de s'élever contre les méchants pour protéger sa ville, ses habitants et leurs traditions.

Je pensais que l'histoire m'emporterait vite dans les coulisses des affaires judiciaires, à élaborer des stratégies et monter des dossiers qui tiennent la route. Au lieu de ça, l'histoire m'a d'abord fait la visite des lieux et enchaîné un panel de « cas » peu croustillants (des femmes bafouées, des foyers sans le sou, des maris violents). La misère sociale selon J. Grisham, décryptée en plusieurs chapitres fastidieux. J'ai senti poindre l'ennui. Survient alors la collaboration entre Samantha et Jeff - la promesse d'une immersion plus grisante et cernée de dangers. À ce stade, j'étais dans les starting-blocks. Avant de faire chou blanc.

Ce livre m'aura franchement déçue. Nous sommes loin du genre thriller ou intrigue judiciaire, en fait l'auteur semble vouloir sensibiliser son lecteur à la cause écologique et rappeler qu'être avocat consiste avant tout à aider « les vraies gens ayant de vrais problèmes ». C'est la décision qui devrait s'imposer à Samantha, à la fin du roman. Et encore ? Honnêtement, j'ai trouvé ce roman surfait.

Audiolib / Juillet 2015 ♦ Texte lu par Ingrid Donnadieu (durée : 12h 30) ♦ Traduit par Dominique Defert pour les éditions JC Lattès


Pas pleurer, de Lydie Salvayre

Pas pleurer CD

Dans une Espagne agitée par les idées libertaires autour desquelles s'opposent nationalistes contre républicains, l'été 1936 est aussi celui des grands bouleversements pour Montse, sa famille et leurs proches amis. Montse est jeune, belle, rêveuse et innocente. Elle suit de loin les conflits et les déchirements. C'est une vie autrement plus excitante qu'elle découvre, loin de sa campagne et de ses parents. Elle est animée d'une soif d'absolutisme et c'est tout naturellement qu'elle tombe sous le charme d'un poète français croisé sur son chemin.

La suite de l'histoire est racontée par le truchement de deux voix entrelacées. Celle de Georges Bernanos, à Palma de Majorque, devenu malgré lui le témoin impuissant des exactions commises par les troupes nationalistes, avec la complicité de l'église catholique. Et celle de Montse, désormais malade et sénile, qui s'exprime dans « un français bancal qu'elle estropie » en multipliant les grossièretés. C'est donc avec patience, en prenant un soin jaloux des confidences de sa mère, que Lydie Salvayre dépoussière l'histoire de sa famille, pour un hommage sensible, délicat et touchant.

Or, je n'ai pas vraiment trouvé le souffle espéré, alors qu'il ne manque pas grand-chose pour le rendre captivant et malgré une écoute audio bénéfique. Marie-Christine Letort y livre une force et une vitalité galvanisantes et rend la lecture solaire, sauvage, passionnée. Notamment les passages avec Montse, qui transcendent le récit selon moi. L'évocation des souvenirs se fait dans la douleur (perte de mémoire ou détails approximatifs). La mère se mélange les pinceaux et confond le français et l'espagnol pour un style direct, déconcertant mais amusant.

Une belle expérience littéraire, qu'il faut cependant débroussailler pour y apprécier l'essentiel (Montse!).

Sixtrid / Février 2015 ♦ Texte lu par Marie-Christine Letort (durée : 6h 23) ♦ éditions du Seuil, août 2014

 

Pas pleurer de Lydie Salvayre

Disponible en format poche chez Points, août 2015

Posté par clarabel76 à 09:00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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