24/03/16

Tout ce qu'on ne s'est jamais dit, de Celeste Ng

TOUT CE QU'ON NE S'EST JAMAIS DIT

Lydia Lee, seize ans, s'est faufilée hors de sa chambre en pleine nuit et n'a plus donné signe le lendemain matin. Sa mère alerte aussitôt la police, tandis que son frère et sa sœur sont tétanisés par l'angoisse, à l'image de leurs parents qui vont perdre tout espoir au fil de cette journée interminable. Le corps de Lydia sera finalement retrouvé dans le lac. Pour toute la famille, l'annonce est rude et va les renvoyer à un examen de conscience particulièrement glaçant et affligeant. Et c'est là tout le propos du livre, à savoir se désintéresser des vraies raisons de la mort de Lydia (fugue, assassinat ou accident) pour affronter des révélations autrement plus sournoises et dérangeantes, et dessiner un portrait de famille américaine, exempt de filtre. Car la famille Lee n'était pas modèle, ni irréprochable. Ses secrets aussi ont noyé l'adolescente, entre le désir de sa mère qui calquait ses rêves de médecine sur sa fille ou la sollicitude persistante de son père quant à sa sociabilité, lui qui a souffert d'être rejeté du fait de son origine chinoise (un mariage mixte, dans les années 50, était un sujet encore sulfureux aux USA !). Bref. On va ainsi de surprise en surprise, et on apprend à découvrir une famille brisée, fragile et taiseuse, dont les failles sont profondes et vont être mises à jour suite à la tragédie. La lecture peut sembler quelque peu démoralisante, car réaliste et poignante, mais elle étonne aussi pour son incroyable maîtrise du suspense et sa tension psychologique qui ne faillit jamais. C'est aussi par son atmosphère, à la fois mélancolique et oppressante, que le roman nous touche. Un roman complexe et fascinant, écrit avec beaucoup de finesse et qui traite aussi bien des illusions perdues, de la famille et des non-dits, de la détresse adolescente et de l'héritage qu'on lègue malgré soi. C'est un rendez-vous, au bout du compte, très différent des attentes initiales, mais qui a réussi à laisser son empreinte et à me faire réfléchir. 

Traduit par Fabrice Pointeau (Everything I Never Told You) pour les éditions Sonatine / Mars 2016

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Créance de sang, de Michael Connelly

Créance de sang

L’ex-agent du FBI, Terry McCaleb, se remet tout doucement d'une opération à cœur ouvert. Astreint à un repos forcé, il profite de l'occasion pour bichonner son bateau et occupe son temps libre entre la pêche et éplucher ses vieux dossiers. La visite d'une inconnue, Graciela Rivers, vient cependant perturber sa tranquillité alors qu'elle se présente comme étant la sœur de Gloria Torres, abattue à bout portant alors qu'elle faisait ses emplettes, laissant son fils orphelin. Ce drame a cependant été profitable à Terry, désormais le récipiendaire du cœur de la victime. En l'apprenant, McCaleb est sous le choc et accepte d'enquêter sur le meurtre de Gloria. La suite de l'intrigue n'est cependant pas aussi époustouflante qu'un habituel roman de Connelly, on a les rebondissements et le suspense d'usage, l'ensemble se laisse lire avec plaisir, mais il lui manque ce petit truc capable de faire la différence. Terry McCaleb n'a d'abord pas su me convaincre, c'est un personnage éteint, qui a tendance à verser dans la sensiblerie (imaginez Clint Eastwood dans son rôle convient tout à fait !). De plus, le bouquin se noie dans des niaiseries sentimentales qui rendent l'histoire et son sujet (le traitement des dons d'organes) beaucoup trop mielleux ou pas crédibles du tout. Sans être une déception, le roman est quelconque, avec une fin nunuche et mortifiante. En somme, on a un rendez-vous attendu et classique, parce que c'est du Connelly, mais la lecture est assez sommaire. Il est temps de retrouver Harry Bosch... ;-)

Traduit par Robert Pépin pour les éditions du Seuil (Blood Work)

Points coll. Policier / novembre 2013 pour la présente édition

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