Détectives de père en fils

Séduite par ma première rencontre avec le duo Kingsley, détectives de père en fils, je me faisais une joie de retrouver leurs enquêtes dans cette deuxième aventure teintée de suspense, de surnaturel et d'émotion.
Après une collaboration couronnée de succès, Alan Kingsley a repris du service en disparaissant quinze jours sans prévenir son garçon, mais a compensé son absence en lui offrant un berger allemand, un ancien “chien de guerre” à la retraite. Wilbur a cependant du mal à s'accommoder à la vie domestique et doit débarrasser le plancher car Clive, le nouveau compagnon de sa mère, ne supporte plus le désordre dans sa maison. Wilbur et Darkus trouvent alors refuge chez Alan, qui est aux cent coups sur une mystérieuse affaire d'agressions nocturnes visant des policiers. Oncle Bill en personne a bien failli passer l'arme à gauche. Son témoignage est d'ailleurs sidérant puisqu'il révèle la présence d'une créature bestiale, de taille imposante, aux instincts sanguinaires. De plus, chaque crime se déroulant les soirs de pleine lune, les enquêteurs évoquent l'hypothèse d'un loup-garou divaguant dans les rues de Londres ! 
Dans une ambiance très holmesienne, rappelant l'incontournable Chien des Baskerville, le roman de Rohan Gavin n'en demeure pas moins une étonnante lecture qui impose aussi ses propres codes, ses personnages attachants, son histoire élaborée et son dénouement inattendu & poignant. L'auteur nous rappelle succinctement la particularité de Kingsley, qui tombe dans un coma narcoleptique à la moindre contrariété ou émotion forte, et la formidable mémoire de son fils Darkus, qui a appris par cœur tous ses dossiers compilés sous forme de Bible, de quoi faciliter la conduite des intrigues en cas de “défaillance” paternelle. Depuis la chute de la tête du réseau, la machiavélique Combinaison n'est vraisemblablement plus le danger principal, même si son ombre demeure très présente et ses objectifs toujours préoccupants. D'ailleurs, la jeune Tilly, la demi-sœur de Darkus, a juré de venger la mort de sa mère et prend parfois des risques considérables pour atteindre son but. 
La série n'en finit plus de multiplier les pistes, toutes très alléchantes, pour nous attirer dans ses filets. Et c'est une franche réussite. Qu'on soit lecteurs débutants ou plus affirmés, amateurs de suspense londonien et de détectives privés, appréciant aussi le burlesque et une pincée de stress, il y a matière à trouver son bonheur dans ce livre. Outre des décors soignés, un contexte bien en place et qui n'a plus à faire ses preuves, l'histoire nous entraîne dans son univers british avec un raffinement remarquable. Le rythme de le
cture coule facilement et nous balade avec aisance dans des aventures aux rebondissements parfois saisissants. Vraiment, bluffant.
À noter le rôle du “chien de guerre” Wilbur dont l'évocation relève du sacré, pour sa valeur historique, mais aussi son importance dans les conflits ou les enquêtes policières, on ne rappelle jamais assez le dévouement animal et son sens du sacrifice hors du commun ! Cela ne pouvait que me plaire. Gros coup de cœur pour cette série intelligente, sensible et captivante. ♥

Traduit par Anne Krief pour Gallimard Jeunesse - septembre 2015

Titre original : Knightley & Son: K-9

Couverture : Sébastien Pelon