Cette Obscure ClartéL'été touche à sa fin, mais n'annonce pas pour Lucille un retour à la normalité. Sa mère est partie de la maison, en prétextant reprendre contact avec leur père, interné de force pour un état dépressif sévère, sauf que cela fait maintenant quinze jours qu'elle ne donne plus de nouvelles. Lucille doit gérer seule le quotidien et veiller sur Wren, sa sœur de neuf ans. Pour ne pas alerter les services sociaux, elle masque la vérité et raconte des mensonges à ses voisins, se met à chercher un petit boulot et convient avec son amie Eden, au courant de sa situation, de garder sa sœur pendant son service le soir. 
Mais Lucille perd les pédales en découvrant son frigo rempli par des anges gardiens anonymes et visiblement soucieux du bien-être des frangines. Qui, quoi, comment ? Eden et son frère Digby sont témoins de la scène et assistent avec impuissance à sa détresse. Après quoi, le navire prend l'eau. Les deux amies se fâchent, le garçon devient sa nouvelle bouée de secours, même si elle a conscience de rêver éveillée car il a déjà une petite amie, mais c'est plus fort qu'elle, elle se sent chamallow tout mou, les neurones court-circuités en sa présence. 
Pour sa défense, avec sa vie qui part dans tous les sens, Lucille a aussi le droit de s'éparpiller dans ses sentiments et ses émotions. Que le ciel lui vienne en aide !
Allergique aux drames populaires, j'ai légitimement craint de basculer dans une lecture trop larmoyante, mais l'histoire évite le piège du pathos en usant d'une écriture pleine de finesse et empreinte d'humour. J'ai été à la fois émue et séduite par tant de poésie pour évoquer l'amour, l'amitié, la famille et la résilience, en admirant d'autant plus la personnalité de Lucille qui refuse de s'apesantir sur son sort mais cherche à dégainer ses armes selon ses petits moyens.  
Dans le fond, l'histoire est attachante mais absolument improbable. Entre les problèmes survolés, la fin idyllique et l'avenir incertain, l'auteur ne s'embarrasse pas avec les détails. J'ai comme l'impression d'avoir lu un bouquin bourré de charme, de tendresse, de fulgurances sentimentales (pas mièvres). C'est adorable, ça ne fait pas de mal mais ça ne va pas bouleverser la face du monde non plus. Et c'est tant mieux aussi. Il est bon de lire des romans sans prétention et qui vous touchent par leur naïveté. 

Traduit par Alice Delarbre [This Raging Light] pour les éditions Hachette

Septembre 2016 - 322 pages