15/05/17

La Femme d'En Haut, de Claire Messud

La Femme d'en hautNora Eldridge a quarante-deux ans, elle est institutrice, célibataire, sans enfant, sans histoire. C'est la Femme d'En Haut. La voisine discrète et bienveillante, celle qui ne sort jamais des clous. La femme effacée, à la vie muette de désespoir.

L'arrivée en classe de son nouvel élève Reza va, sans prévenir, chambouler son quotidien. Ce garçon instinctivement la touche. Ses origines étrangères et son anglais bredouillé maladroitement lui attirent hélas les moqueries et les brimades de ses camarades, ce qui insupporte Nora. Elle prend fait et cause pour lui et fait ainsi la rencontre de sa mère Sirena. Celle-ci est belle, incandescente et fantasque. C'est une artiste, à la carrière florissante en Europe, son mari Skandar est un universitaire mondialement réputé, charmant, érudit et prévenant. Nora tombe sous le charme de la famille Shahid. C'est tout à la fois une histoire d'envie, de désir, de jalousie. Et de frustration.

Car Nora a passé quarante années à refouler ses élans. Élevée sous la coupe d'une mère possessive, et abusive, Nora a accepté de renoncer à ses ambitions. Elle qui rêvait d'être artiste voit en Sirena une projection de son hypothétique trajectoire. Sa compagnie va alors la libérer de ses entraves, la pousser à exprimer sa fibre créatrice. Vivre dans l'ombre de Sirena exalte les sens de Nora. De plus, elle adore Reza et se surprend à imaginer une vie de couple auprès d'un homme comme Skandar. Absolument troublant et confondant de sensualité. Du moins, aucune limite ne sera franchie.

Et c'est tout le pouvoir du livre. De se glisser dans la peau de Nora, de suivre ses pensées tortueuses et d'emprunter les méandres de ses contradictions. C'est un portrait absolument réussi, fort, incroyable, grinçant, poignant. Où ne perce nulle trace d'apitoiement, mais une profonde colère. Elle seule en connaît la cause, elle seule est également responsable de cette furie prête à déborder. La tension psychologique est explosive à la lecture de cette démonstration habitée d'espoirs fous et de fracassantes désillusions, avec en sus une âpreté du ton fatalement saisissante. 

Trad. de l'anglais (États-Unis) par France Camus-Pichon [The Woman Upstairs]

Collection Folio (n° 6104), Gallimard / 2016

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L’intérêt de l’enfant, de Ian McEwan

 

G00348

Fiona Maye est juge aux affaires familiales, totalement dévouée à sa carrière, prompte à ressasser régulièrement les affaires les plus conflictuelles de sa carrière. Décrite comme étant “divinement hautaine, diaboliquement intelligente”, Fiona s'affiche comme étant une femme inaccessible et sûre d'elle. Sa vie de couple en a pourtant souffert, car aujourd'hui son mari Ralph exprime sa lassitude et son désir d'une aventure extraconjugale. Fiona tombe des nues et manifeste sa colère avec froideur.

Un dossier urgent va alors accaparer son attention. Un jeune garçon de dix-sept ans révolus, Adam Henry, est atteint d'une leucémie. Ses parents, témoins de Jéhovah, refusent tout traitement sanguin, au nom de leurs croyances. Les médecins s'alarment et ont saisi la justice pour trancher. Lorsqu'elle rencontre le jeune malade, Fiona est à la fois surprise et séduite par ce garçon sensé et sensible, amoureux des mots et de musique. Une longue discussion s'engage, avant de rendre le verdict...

Indéniablement, le roman questionne, le roman interroge, le roman interpose et interpelle. Il évoque ainsi l'intérêt de l'enfant, la valeur des libertés individuelles, la responsabilité humaine, celle du juge ou des parents, la volonté personnelle ou celle de la communauté... C'est extrêmement pointilleux, au risque de paraître lourd et assommant. En vrai, l'histoire n'a pas une grande portée émotionnelle, les personnages sont apathiques, l'affaire Adam Henry n'est qu'un diablotin surgissant de sa boîte. L'auteur tire son épingle du jeu en tissant une ambiance particulièrement oppressante et néanmoins fascinante, qui inspire autant de sentiments contradictoires. C'est un roman assez court, donc qui se lit rapidement, mais qui suscite une certaine perplexité. 

Collection Folio (n° 6299), Gallimard / 2017

Trad. de l'anglais par France Camus-Pichon [The Children Act]

Posté par clarabel76 à 11:30:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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