25/09/17

L'effacement, de Pascale Dewambrechies

L'effacementMademoiselle Gilda a trente-six ans. Elle est institutrice à Saint-Mont-des-Pyrénées. Jolie, discrète et affable, elle rêve en cachette de passion amoureuse et de désirs brûlants. C'est finalement entre les bras du jeune Luis, vingt ans, qu'elle trouvera ce bref réconfort...
Nous sommes en 1952, dans un petit village aux mœurs conservatrices, qui ne comprendrait ni l'écart d'âge, ni le coup de foudre, et qui blâmerait volontiers cette femme impudique si jamais la liaison éclatait au grand jour.
Aussi, Gilda refuse de subir cette pression, de vivre dans l'angoisse, et va choisir “l'effacement” - partir loin, tout quitter, mieux oublier. Or, son corps est désormais marqué à vif et va mine de rien annihiler son goût de vivre. 
Ce roman nous livre sans ambages le combat silencieux d'une femme qui se prive d'aimer en toute liberté, qui se conforme aux attentes et qui plie sous le regard des autres. Chant funeste d'une passion dévorante, aussi brève qu'intense, mais qui consume tout sur son passage, ce roman trace le portrait d'une femme qui s'éteint de l'intérieur, qui se noie dans son chagrin et sa frustration, qui joue son rôle de faux-semblant avant d'abdiquer.
On y trouve également le cliché sépia d'une France passéiste et engoncée dans des valeurs guindées, mais où les femmes s'organisent et se serrent les coudes. En somme, le roman est beau, court mais puissant, au style incisif et à la sensualité certaine.
Une découverte bouleversante, et une histoire très touchante. Je conseille. 

Collection Folio (n° 6292) - 2017

 

« Que fait-on de toute cette envie d’aimer? Que fait-on de la peur qui vient? »

 

Posté par clarabel76 à 18:30:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,


Des chauves-souris, des singes et des hommes, de Paule Constant

Collection Folio (n° 6348)  -  Parution : 07-09-2017

des chauves souris des singes et des hommesDans un village africain, la jeune Olympe trouve dans la forêt une chauve-souris qu'elle ramène chez elle pour la dorloter comme son doudou. Dans la foulée, ses frères et d'autres garçons ramènent fièrement le cadavre d'un Silverback, qu'ils vont mitonner en ragoût et organiser un festin pour la tribu. Le Docteur Désir, célèbre camelot de passage dans la région, convoite avec envie la peau du singe et poursuit son chemin en se frottant la panse et les mains. Pas très loin, dans une mission humanitaire, Agrippine se désespère de recevoir son stock de vaccins dans les plus brefs délais. Elle vient de lier connaissance avec Virgile, jeune sociologue et ethnologue fraîchement promu, dont les idées réfractaires à toutes formes de colonialisme répondent quelque part à un désir d'émancipation familiale. Dans cette partie du nord Congo, longée par le fleuve et ses affluents, un chaos indescriptible est en train de se mettre en place, de façon pernicieuse et radicale. L'hécatombe frappe d'abord le village d'Olympe, alors accusée d'avoir introduit le malheur avec sa chauve-souris. Puis, la pirogue sur laquelle voyagent Agrippine et son équipe doit rebrousser chemin, échaudée par l'imprécation d'une vieille sorcière. La mort est en train de semer ses petits dans les moindres recoins, drainant un vent de panique et de malédiction.

C'est tout bonnement ahurissant comment ce roman parvient à nous captiver par sa magie, en quelques pages, la tension dramatique s'installe au-delà des espérances. Car se déroule sous nos yeux la naissance d'une pandémie, à travers un mécanisme anodin, des gestes innocents, un enchaînement de circonstances malheureuses. L'impact émotionnel est poignant, et en même temps l'histoire ne verse pas dans le pathos. On a davantage le sentiment de lire un conte africain, avec son folklore, ses grigris et ses légendes, avec aussi de l'humour et de l'ironie, du défaitisme et de la rage, sans toutefois négliger d'épingler les grands coupables (la mondialisation, entre autres) ni d'édulcorer le drame en puissance.

J'ai été littéralement absorbée par cette lecture, alternant le roman et le livre audio. Paule Constant a choisi Marie-Christine Barrault pour interpréter cette tragédie aux allures de conte poétique. Un choix de raison, une exécution solennelle et péremptoire, pour une écoute assez pesante. La transition des deux supports a donc permis d'apprécier autrement cette histoire, d'en estimer les qualités et les subtilités, avant d'en sortir avec une sensation de chair de poule. Verdict : la lecture est sombre et désenchantée, mais inspire beaucoup d'empathie et invite à la réflexion. Je recommande !

 

Des chauves-souris, des singes et des hommes ecoutez lire

Lu par Marie-Christine Barrault - Durée d'écoute : environ 5 h

Collection Écoutez lire, Gallimard (2016)

 

« Malédiction! C’était trop grave. La mère appela le Chef. De mémoire, il n’avait rien entendu de semblable, un singe mangé sans les rituels. Il savait que dans l’ordre des interdits on ne pouvait trouver pire. Il n’y avait plus qu’à aller consulter Reine Mab. Son nom disait long déplacement, coût exorbitant, pratiques compliquées et engueulade assurée. » 

 

 

Posté par clarabel76 à 11:30:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

23/09/17

Agatha Raisin enquête #4: Randonnée Mortelle, par M. C. Beaton

Agatha Raisin Randonnée mortelle

Après avoir rempli sa part de contrat - en acceptant de travailler six mois à Londres dans son ancienne agence de relations publiques - Agatha Raisin est de retour à la maison. Et forcément, un nouveau crime a lieu, lequel va entraîner notre sémillante détective amateur et son acolyte James Lacey sur les sentiers de la randonnée. C'est à Dembley, parmi un groupe de marcheurs, que le drame a frappé. Une certaine Jessica Tartinck a été zigouillée dans un champ de colza, plaçant le propriétaire, sir Charles Fraith, dans le collimateur de la police. Seule Deborah Camden, proche de la victime, croit formellement en l'innocence du baronnet et s'épanche auprès de sa tante, Mrs Mason, présidente de la Société des dames de Carsely, pour obtenir l'aide d'Agatha Raisin. Bonne poire, celle-ci se mêle au groupe de randonneurs et parvient à endormir leur suspicion en glanant de précieuses informations.

La conduite de l'enquête est, somme toute, dérisoire et farfelue, mais ce n'est pas ce qui importe dans cette série, dont l'humour et la personnalité haute en couleur de l'héroïne soulèvent le plus vif enthousiasme. Tome après tome, l'auteur s'appuie sur sa formule à succès avec une Agatha empotée et hargneuse, un James évanescent mais de plus en plus troublé par sa voisine (huuu). Cela avance au pas de course, dans une totale incohérence, Carsely fait certes défaut au paysage, et la fin est surprenante - précipitée, mais surprenante !

Je suis désormais la série par livre audio, car j'apprécie fortement l'interprétation de Françoise Carrière dont le plaisir de vivre les folles enquêtes d'Agatha Raisin se ressent et est parfaitement communicatif. Direction les Cotswolds pour un séjour pittoresque et désopilant. Je suis FAN. ♥


>> Un livre audio en exclusivité par Audible et uniquement disponible en téléchargement.

©1994 / 2016 M.C. Beaton / Éditions Albin Michel. Traduit de l'anglais par Jacques Bosser (P)2017 Audible Studios

Texte lu par Françoise Carrière - Durée : 4 h 35 

Nos adorables belles-filles, par Aurélie Valognes

Nos adorables belles fillesDeuxième roman d'Aurélie Valognes, “Nos adorables belles-filles” s'inscrit à merveille dans le registre des comédies familiales visant à dézinguer les petits dysfonctionnements des uns et des autres. Avouez, c'est particulièrement jouissif. On a donc Jacques, le pater familias dans toute sa superbe, grincheux, radin et insupportable. À ses côtés, son épouse Martine, dont l'endurance après 40 ans de mariage force l'admiration. Viennent leurs trois fils, assez quelconques et transparents dans notre affaire, et dont la principale utilité est d'introduire leurs compagnes. Elles sont trois, elles ont un caractère bien affirmé, et n'entendent pas végéter dans un moule trop étroit. Certes, Jacques ne les épargne pas, leur fait des petits cadeaux bien pourris, mais c'est au fond sa raison d'être. On le découvre, en fin de compte, bon papa gâteau, maladroit dans ses tentatives de démonstrations affectives, enclin à bousculer sa famille pour ne pas se mettre à nu. C'est un tartuffe. Il prétend par exemple être toujours indispensable au boulot, alors qu'il a été obligeamment poussé vers la sortie. Martine n'est pas dupe, mais a décidé d'entrer en résistance pour remettre son goujat d'époux à sa place ! C'est de bonne guerre, et cela rend la soupe meilleure. La lecture, savoureuse et légère, est assaisonnée avec tendresse et humour. Le ton est facétieux, simple, généreux et plein d'entrain. Cela se lit, ou s'écoute, en toute bonne foi. On retrouve aussi avec grand plaisir Véronique Groux de Miéri, l'une des principales voix des regrettées éditions VDB, sa voix chaude, sa composition profonde et mesurée, qui sont toujours très agréables à entendre.


>> Un livre audio proposé en exclusivité par Audible et uniquement disponible en téléchargement.

Lu par Véronique Groux de Miéri - Durée : 4 h 21 

©2017 Michel Lafon (P)2017 Audible Studios

ATTENTION, nouveau titre pour son format poche LE LIVRE DE POCHE, 2017 : En voiture, Simone !

En voiture, Simone !

22/09/17

Maudit karma, par David Safier

Maudit karma

Kim Lange est au sommet de sa carrière d'animatrice TV lorsqu'elle se rend à la remise du prix de la télévision allemande... le soir même de l'anniversaire de sa fille ! À vrai dire, Kim a fondé sa carrière sans le moindre scrupule - elle a négligé sa famille, colporté les pires ragots sur ses collègues et trompé son mari avec un bellâtre. Le destin décide donc de sanctionner son comportement, sans autre forme de procès, en lui envoyant le débris d'une station spatiale sur la tête. Bim, la jeune femme décède. Bouddha lui offre, toutefois, une seconde chance et la réincarne en... fourmi. Il lui explique grosso modo les fondements de “l'incarnation de l'âme dans un nouveau corps après la mort”. Donc, si elle souhaite atteindre le nirvana, elle doit désormais n'être qu'abnégation et bienveillance.

Ha, ha. Quelle ironie pour cette reine de l'égoïsme, ambitieuse et menteuse de son vivant. Autre challenge, elle doit également se débattre dans le corps d'un cochon d'Inde, d'un ver de terre ou d'un Beagle... avec pour compagnon d'infortune, le célèbre Casanova ! Bidonnade assurée. J'avais déjà lu le roman au moment de sa parution, en 2008, mais j'ai profité de l'été pour replonger dans le roman de David Safier - la performance audio de Toujours maudit ! m'ayant également donné envie d'y retourner. Et quel fun ! J'ai adoré suivre les (més)aventures de Kim dans sa reconquête d'elle-même - elle est maintenant prise de remords, a compris tardivement ses erreurs mais souhaite coûte que coûte consoler sa petite fille malheureuse (et empêcher son ex de tomber dans les bras de sa meilleure amie). Argh, c'est mouvementé, cocasse et émouvant.

Cette lecture vaut bien une dose de vitamines, car vous vous surprenez à sourire tout du long, et vous en sortez avec une sensation de bien-être. Franchement top ! Et la composition de Barbara Gateau, qui se glisse dans la peau d'une ingrate pleine de mauvaise foi, est également jubilatoire et très convaincante.

>> Livre audio en exclusivité sur Audible & uniquement disponible en téléchargement.

Lu par Barbara Gateau (durée : 6 h 55) 

©2008 Presses de la Cité. Traduit de l'allemand par Catherine Barret (P)2017 Audible Studios

 

Posté par clarabel76 à 18:30:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,


Si le verre est à moitié vide ajoutez de la vodka, Par Marion Michau

« Je m'appelle Marion. Je ne suis pas très grande, contrairement à ce qu'essaie de me faire croire Christian Louboutin. J'ai les cheveux bouclés et les yeux verts (marron-verts) (surtout marron). Avant de trouver l'homme de ma vie, j'ai eu pas mal d'histoires - je dis ça sans me vanter, elles ont toutes mal fini - le célibat, je connais donc. Je suis passée par là, et repassée et rerepassée en cherchant mon chemin. Je pensais que le grand amour m'apporterait toutes les réponses. Devinez quoi ? Il pose de nouvelles questions. »

Si le verre est à moitié vide ajoutez de la vodka



À l'aube de la quarantaine, Marion Michau “creuse comme un percheron le sillon de l'amour” et nous transmet son expérience, sous forme de chroniques décomplexées, en livrant sans ambages l'étendue de sa science et de sa philosophie, avec cette spontanéité et cette fraîcheur qui la caractérisent tant. En gros, je m'attendais à un format romancé, mais ce sont plutôt de simples anecdotes qui composent cet ouvrage. On y trouve tout un tas de conseils rebattus, comme la quête du prince charmant, les régimes, les soldes, les seins, le porno, le mariage, tinder, la barbe de trois jours, le voisin de palier, le sex-friend, la saint-valentin, le couple au quotidien, les enfants, les ex, l'infidélité, la rupture, les vacances, Facebook, routine ou désamour... 

C'est superficiel, mais pas nocif. De temps en temps, j'avoue avoir souri. Car Marion Michau a vraiment beaucoup d'humour, c'est ce qui m'avait d'ailleurs conquise dans son livre Les Crevettes ont le coeur dans la tête : Journal sexy d'une trentenaireCette fois, Marion n'est plus célibataire, c'est moins sexy et ça énumère des situations tristement banales. On se croirait parfois dans un magazine féminin, parfois dans le pendant parisien de Sex and the City ! Je suis déçue, mais pas fâchée. Côté technique, Célia Charpentier, lectrice pour Audible Studios, a fait du mieux qu'elle pouvait, car le contenu du livre est tout de même creux. 

On remodèle tout ça pour un nouvel essai plus croustillant - à bientôt Marion ! ☺

>> Livre audio en exclusivité sur Audible & uniquement disponible en téléchargement.

Lu par Célia Charpentier (durée : 3 h 13)

©2017 Albin Michel (P)2017 Audible Studios

 

Posté par clarabel76 à 13:00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

21/09/17

L'indien blanc, de Craig Johnson

L'indien blancWalt Longmire abandonne temporairement ses plaines du Wyoming pour accompagner son ami Henry Standing Bear à une expo sur l'art indien, à Philadelphie, et ainsi rendre visite à sa fille Cady, qui travaille pour un prestigieux cabinet d'avocats. Débordée, celle-ci décline son invitation à souper et promet de le retrouver dans la soirée. Or, quelques heures plus tard, un agent de police lui annonce que Cady est à l'hôpital, plongée dans le coma suite à une agression. Walt est fou de douleur, fou de chagrin. La police de Philadelphie cherche également à canaliser sa fougue mais c'est sans compter sur la compassion de la famille Moretti, la mère et les frères de Vic, son adjointe, laquelle accourt aussitôt en apprenant la nouvelle.

Changement de décor pour notre shérif, qui s'éloigne de son comté d'Absaroka pour un milieu urbain dans lequel il se sent comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Du bruit, des carcans, des faux-semblants et de la violence. Cette plongée en ville ne réussit pas à notre shérif, déboussolé. Et puis le drame vient le rattraper et fragiliser sa vieille carcasse de cowboy solitaire. Il se sent plus désemparé que jamais, à mener une vendetta personnelle dans un univers d'argent sale et de corruption. 

Le charme du Wyoming manque cruellement à l'appel, mais la lecture n'en reste pas moins fascinante et riche en prospections. On découvre un Walt Longmire sans son étoile de shérif, et néanmoins détective tenace à débroussailler une enquête menée de longue haleine. Malgré les longueurs, et l'enchevêtrement tarabiscoté des indices pour conduire au dénouement, on assiste avant tout à l'expédition d'un homme hors de son univers familier et on savoure ses interactions avec des personnages secondaires fort attachants. Un bon melting-pot, qui rappelle cependant que notre homme doit rentrer au bercail ! 

Jacques Frantz, le lecteur pour Sixtrid, est comme d'ordinaire excellent dans son rôle et nous régale de sa voix bourrue qui interprète un shérif mélancolique et égaré. On ne s'ennuie pas, cela s'écoute sans déplaisir, et on passe un bon moment. 

©2011 Éditions Gallmeister (P)2017 Sixtrid - Interprété par Jacques Frantz (9h 45)

Traduction : Sophie Aslanides 

Sur les hauteurs du Mont Crève-Cœur, de Thomas H. Cook

Sur les hauteurs du Mont Crève-coeurTrente ans plus tôt, le corps de Kelli Troy est retrouvé sur les hauteurs du Mont Crève-Cœur. Ce drame suscite un vif émoi auprès de ses jeunes camarades. Kelli était nouvelle en ville, elle venait de quitter Baltimore avec sa mère et commençait tout juste à se fondre une place au soleil. C'est finalement en décrochant le rôle de Juliette, pour la pièce du lycée, que son destin semble avoir été scellé. Kelli est en effet tombée amoureuse de son partenaire, au grand dam de Ben Wade, le narrateur du roman. Celui-ci était fou d'elle, mais se gardait d'étaler ses sentiments. Désormais médecin à Choctaw, l'homme ressasse avec amertume l'enchaînement malheureux des événements ayant conduit au drame que l'on sait. C'est auprès de son vieil ami Luke qu'il livre tous les détails de ce récit tragique, depuis sa rencontre avec Kelli, sa passion obsessionnelle et silencieuse, leurs virées en pick-up, ses articles sur les émeutes de 1962, son soutien pour la cause des Noirs, ses découvertes sur le passé historique du Mont Crève-Cœur, ses confidences explosives au sein d'une communauté blanche et conservatrice de l'Alabama, et enfin l'hypocrisie, la trahison et les désillusions.

On absorbe tout ça au terme d'une lecture assez longue et très lente. Thomas H. Cook a coutume de broder ses intrigues autour de flash-backs interminables - procédé judicieux pour Dernière conversation avec Lola Faye - mais qui tend cette fois à diluer le suspense et rendre la lecture répétitive. Le narrateur est un type torturé, probablement par un sentiment de culpabilité, mais il porte surtout en lui le poids des regrets et des remords. Sa confession ne dédouane sans doute pas ses actes, elle vient éclairer un chapitre sombre de son passé et soulager la curiosité dévorante du lecteur. On a là du Thomas H. Cook hyper classique et attendu, mais probablement trop redondant à mon goût. Excellent Guy Moign, le comédien interprète pour Sixtrid ! 

©2016 Éditions du Seuil (P)2017 Sixtrid - Interprété par Guy Moign (durée : 9h 53)

Traduction de Philippe Loubat-Delranc [Breakheart Hill]

 

 

La menace, de S.K. Tremayne

LA MENACELorsque Rachel rencontre David Kerthen, à Londres, la jeune femme croit immédiatement au conte de fées. David est bel homme, avocat brillant, veuf et père d'un adorable garçon, Jamie. Sous le charme, elle l'épouse et part vivre dans son manoir, Carnhallow, au cœur des Cornouailles. C'est là que tout va se compliquer. Entre les souvenirs de l'épouse tragiquement disparue, les murs figés dans le temps et les fantômes du passé familial, Rachel perd pied. Elle remarque aussi que Jamie se comporte de façon étrange et fuyante avec elle. Le garçon n'est plus que l'ombre de lui-même, il s'isole et chuchote dans son coin, il prétend que sa mère est vivante et déclare enfin que Rachel va mourir le soir de Noël. Glacée d'horreur, elle cherche à en toucher un mot à David, qui se ferme comme une huître et interdit formellement sa nouvelle épouse de céder à une curiosité malsaine. Son fils ne souffre nullement de troubles psychotiques, sa mère est bel et bien morte, aucun spécialiste de l'âme humaine n'est apte à comprendre leur deuil. Le sujet est clos. Sauf pour Rachel, décidée à en découdre. Alors qu'elle pense être enceinte, elle se demande qui est réellement l'homme qui partage sa vie. 

Ouch, cette histoire affiche clairement son ambiguïté et sa volonté de brouiller les cartes. Au départ, on pense fatalement à Daphné du Maurier, avant d'en chasser l'idée car le roman de SK Tremayne surprend, mais de façon obscure. On le sait, l'auteur est friand des mystères, des névroses et des embruns, cf. Le doute pour en juger. Cette fois encore, il joue avec les frontières qui séparent le réel du fantasme, il sème le trouble, rend ses personnages nébuleux, lance des pistes puis revient sur ses pas, en bref il entraîne le lecteur dans un long dédale infernal et l'égare exprès pour rendre “la menace” insaisissable jusqu'au bout. Par principe, le suspense psychologique est au taquet. La lecture se veut nerveuse et angoissante... même si le stress ressenti est pesant. Au final, j'ai fatalement décroché dans la dernière ligne droite car j'étais à la limite de la suffocation, et je trouvais que cela partait dans tous les sens, que cela devenait ridicule. 
Par contre, j'ai été à cran avec la lecture audio de Virginie Méry pour Audible Studios (également la narratrice de Rebecca pour Audiolib - tiens donc). Son interprétation est remarquable car elle multiplie les casquettes et les
 personnalités, en devient pernicieuse et borderline. En gros, sa composition est à double tranchant. C'est souvent effrayant, pour ne pas dire dérangeant, mais c'est à la hauteur des attentes car son jeu de rôles est bluffant. À tenter en écoute.

 

©2017 Place des Éditeurs. Traduit de l'allemand par Catherine Barret (P)2017 Audible Studios

>> Livre audio en exclusivité sur Audible & uniquement disponible en téléchargement.

Texte lu paVirginie Méry (durée : 9 h 58) pour Audible Studios

La menace | Livre audio

 

 

20/09/17

L'autre qu'on adorait, de Catherine Cusset

L'autre qu'on adoraitThomas, trente-neuf ans, vient de mettre fin à ses jours dans une petite ville universitaire des Etats-Unis. Lui qui se voyait à la tête d'une carrière brillante et une vie personnelle comblée n'a jamais cessé de cumuler les déconfitures, d'où sa capitulation. La narratrice, ancienne amante devenue sa proche amie, est sidérée par la nouvelle. Elle décide alors de retracer son portrait, et son parcours, en s'adressant à la deuxième personne, toi mon ami à jamais perdu et éternel incompris. C'est avec beaucoup d'empathie, beaucoup de pudeur, qu'elle s'exprime, ne cachant ni son admiration, ni son exaspération. Thomas était un être entier, imparfait, il avait des rêves de grandeur, mais aussi des sautes d'humeur. Il avait coutume de traverser des périodes noires, entrecoupées par des sursauts d'optimisme et d'ambition dévorante. En vérité, Thomas était malade - il était bipolaire - avec les ravages que l'on sait pour son entourage et pour lui-même. Même en amour, Thomas détruisait tout ce qu'il construisait. Il s'attachait vite, et mal. Mais le temps passant, il se heurtait aussi aux restrictions de la société, la beauté, l'arrogance, la compétition farouche entre doctorants. Le microcosme intellectuel, entre Paris, New York, Salt Lake City ou Portland, est finalement codifié partout pareil. Fatigué de se cogner aux conformités, enfermé entre les murs d'une prison dont on ne s'échappe jamais, Thomas a fini par abdiquer.

Aussi poignante soit-elle, la lecture est aussi très déprimante. La voix grave et monotone de Catherine Cusset ne tire pas non plus vers le haut. On se sent ratatiné dans ce texte, comprimé par un sentiment de gâchis, d'incompréhension et de fatalité. C'est lourd, trop pesant. J'avais hâte d'en sortir.

Collection Écoutez lire, Gallimard
Parution : 18-05-2017
Durée d'écoute : environ 7 h 30

« Quand tu penses à ce qui t’arrive, tu as l’impression de te retrouver en plein David Lynch. Blue VelvetTwin Peaks. Une ville universitaire, le cadavre d’un garçon de vingt ans, la drogue, la police, une ravissante étudiante, une histoire d'amour entre elle et son professeur deux fois plus âgé : il y a toute la matière pour un scénario formidable. 

Ce n’est pas un film. C'est ta vie.» 

Posté par clarabel76 à 07:45:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,