01/10/17

Pêle-Mêle : Le souffle de l'été - Maëlle et Margot - Une journée parfaite - La reine des truites

Le souffle de l'été

Premier jour d'été pour Kimi et Shiro ! Les deux amis larguent les amarres vers la plage, la mer, les baignades, les vagues, la rigolade. C'est l'extase. Toi aussi tu as peur du noir ? Suis nos camarades dans une chasse aux étoiles filantes et oublie tous tes soucis. Une partie de plongée sous-marine plus tard, le regard perdu vers l'horizon, des rêves de voguer toujours plus loin, à bord d'un bateau pour découvrir le vaste monde... Et les jours de grand vent, aucun doute, c'est rendez-vous au bord de la falaise pour un festival de cerf-volants !

Voilà une lecture a priori simple et enfantine, mais ô combien délicate et lumineuse. Elle évoque la tendre complicité d'une amitié indéfectible et tous les petits bonheurs des vacances, avec l'été en toile de fond. C'est tout en poésie, sans chichis et débordant de douceur. Absolument charmant. ☺

Le souffle de l'été, d'Anne Cortey & Anaïs Massini

Grasset jeunesse, 2017

 

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Maëlle et Margot

Deux fillettes se rencontrent dans une gare et deviennent aussitôt inséparables. En attendant leur train, elles jouent ensemble à cache-cache, font des concours de bulles de chewing-gum, avalent des sucreries, partagent des secrets, courent et dansent dans tous les coins. Même à bord du train, elles débordent toujours d'énergie et multiplient les 400 coups, parfois exaspèrent les voyageurs et gloussent de bonheur. Puis, c'est le drame. Margot et Maëlle se disputent. Et boudent. Grosse fâcherie entre les deux nouvelles copines. Le voyage aussitôt devient morne et interminable. Et s'il suffisait de reprendre les mots dits par inadvertance, puis lancer tous ceux qu'il faudrait dire à la place ? Car “les mots font comme un pont où elles peuvent se rejoindre”. L'histoire est adorable, mais la très grande force de l'album réside dans son univers pastel et remarquable de tendresse. J'étais en totale admiration. 

Maëlle et Margot, de Danny Parker & Freya Blackwood

Grasset jeunesse, 2016

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Une journée parfaite

J'avais déjà été sous le charme de l'univers de Freya Blackwood dans cet album, qui retransmet à merveille l'enfance et les petits plaisirs qui font d'une journée ordinaire... une journée parfaite. Pour cela, il suffit d'un rayon de soleil, d'une balade, de vaches dans un champ, d'un cerf-volant, d'une couverture pour s'emmitoufler et d'un bon bouquin avant de s'endormir. Beaucoup de lyrisme et de sensibilité entre chaque page. Une certaine sobriété, mais une évidence aussi. Un vrai coup de cœur. ♥

Une journée parfaite, de Danny Parker & Freya Blackwood

Grasset jeunesse, 2015

 

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Et pour boucler ce joli tour de piste...

 

La reine des truites

Par cette chaude journée d'été, Suzanne et Ismaël ont décidé de se baigner dans la rivière mais avancent avec prudence. Ce qu'ils redoutent ? La Reine des Truites, voyons ! Une grande brune, flanquée de sa sentinelle, fait la loi sur son royaume en interdisant aux intrus toute baignade. Pas cool du tout. Le frère et la sœur protestent, se moquent un peu puis entrent en résistance. Après tout, ils peuvent aussi jouer aux hommes préhistoriques et dénicher des capricornes sous les pins, et blablabla. La Reine, intriguée, leur somme de cesser leurs cachotteries en les conduisant sur place. De fil en aiguille, Suzanne et Ismaël vont prendre l'avantage et comprendre ce qui motive la Reine des Truites à bannir son territoire. J'ai beaucoup, beaucoup aimé cette histoire, qui raconte comment une rivalité va laisser place à une chouette connivence, comment des enfants vont trouver un terrain d'entente et en quoi la nature recèle vraiment des petits trésors. Que de chouettes messages aux bonnes ondes positives. De plus, je suis complètement fan du graphisme, des couleurs, de l'ambiance en général. C'est frais, acidulé et pimpant. Un délicieux bonbon. ♥ 

La Reine des Truites, de Sandrine Bonini & Alice Bohl

Grasset jeunesse, 2016


Pêle-Mêle : Les Quiquoi et l'étrange attaque du coup de soleil géant - Escargots à gogo - Une petite voix

Les Quiquoi et l'étrange attaque du coup de soleil géant

Olive et ses joyeux compères sont assommés par la chaleur. La faute au soleil énorme dessiné par notre artiste. Résultat, tous se plaignent de porter une robe, une casquette à oreilles, un parasol ou de la crème solaire. ILS N'EN PEUVENT PLUS. Olive se met alors à dessiner un ventilateur... oups, un peu trop puissant. Raoul a voldingué vers l'inconnu et ses amis doivent traverser une forêt de cactus pour le retrouver. Mais chaque défi trouve sa solution dans une pirouette dessinée astucieusement, ou pas. Les rebondissements s'enchaînent et donnent ainsi à lire une fabuleuse aventure de nos Quiquoi préférés. C'est drôle, inattendu et complètement farfelu. Le trait d'humour d'Olivier Tallec et Laurent Rivelaygue se met ici au service de la prévention contre les méfaits du soleil (cf. le coup de soleil féroce et prêt à bondir sur nos jeunes amis). Une interprétation désopilante, qui tire des sourires et des larmes de bonheur aux lecteurs enchantés. Je suis FAN. ♥

Les Quiquoi et l'étrange attaque du coup de soleil géant, de Laurent Rivelaygue & Olivier Tallec

Actes Sud Junior - BD - 2017

 

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escargots à gogo

En vacances chez son grand-père, Paula découvre les joies du jardinage en explorant “ses petites bêtes” - à quoi servent les taupes, comment distinguer l'abeille de la guêpe, pas besoin d'insecticides quand on a des coccinelles, et que dire des escargots... La fillette voue alors une passion peu commune pour les gastéropodes et ne se lasse pas de les observer - escargots des jardins, petits-gris, escargots de Bourgogne. Papi Alfred est intarissable, il sait tout, il connaît tout, et partage sa vaste culture à une petite-fille fascinée. C'est vrai que le sujet est captivant ! Contre toute attente, j'ai moi-même été piquée de curiosité pour cette histoire de bestioles peu ragoûtantes, mais dont je découvre l'univers avec étonnement. Les illustrations d'Audrey Calleja sont rafraîchissantes et participent à l'émerveillement suscité par cette lecture remarquable ! 

Escargots à gogo, de Sandrine Le Guen & Audrey Calleja

Actes Sud junior, 2017

 

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Une petite voix

Solitaire et secret, Jérémy est un enfant qui semble vivre dans sa bulle, mais qui ne renvoie pas non plus une image très charismatique. Le garçon est incompris - “avec ses airs bizarres” - et est rejeté par ses camarades ou ses proches. En fait Jérémy vit dans un monde imaginaire, dont l'héroïne, April March, est anglaise, enfermée dans un pensionnat qu'elle cherche à fuir. Son personnage incarne tout ce que Jérémy n'est pas - audacieux, joyeux, intuitif - si bien que le môme tourne de plus en plus le dos au réel pour se complaire dans le fictif. Cherry on top, Jérémy rêve de rencontrer son April pour vivre de fabuleuses aventures à ses côtés. En attendant, sa famille tourne autour de lui en cherchant la brèche dans la carapace. Le garçon est visiblement hermétique à toute manifestation émotionnelle. C'est un bloc, un rempart. Après avoir exprimé son ras-le-bol, sa famille se rétracte et éprouve une sincère inquiétude à son sujet.

J'avoue avoir, moi aussi, ressenti une grande perplexité face à ce petit Jérémy, qui chamboule pas mal ma vision sur l'enfance et l'hypersensibilité. C'est d'ailleurs la grande force du livre - on vit et on partage ses doutes, ses peurs, ses rêves, ses espoirs, mais aussi ses éclairs de lucidité ou de désarroi. On s'imprègne de son mal-être et on ressent une grande tristesse. C'est assez déstabilisant d'avoir un môme de huit ans, conscient de sa différence et du regard qui se pose sur lui, sans pouvoir lui donner un coup de pouce. Quelle frustration, que d'impuissance à tourner les pages du roman... Mais c'est aussi une grande prouesse de l'auteur qui est parvenu à toucher au plus juste le lecteur en nous sensibilisant au “problème” des grands rêveurs. Imaginez, dans une société formatée, le rêve devenir une maladie ? Chair de poule assurée, brrr... 

Une petite voix, de Patrick Olivier Meyer

Actes Sud Junior, 2017

illustration : Sébastien Mourrain

La guerre de Catherine, de Julia Billet & Claire Fauvel

LA GUERRE DE CATHERINE

Pour avoir déjà lu le roman de Julia Billet, j'ai retrouvé avec plaisir son adaptation en format BD qui propose une interprétation vibrante et pleine d'empathie de l'histoire de Catherine, une adolescente juive en pleine tourmente, condamnée à fuir pour survivre, et qui use de son art pour raconter les heures sombres de notre pays. La lecture est foncièrement captivante. Séduite par les illustrations, où se mêlent subtilement l'émotion et la poésie, j'ai aimé revivre l'aventure de l'héroïne, riche en sensations, et qui rend aussi un formidable hommage à des héros du quotidien, des ombres à jamais anonymes, mais dont le courage et le dévouement ont sauvé bien des vies.

Comme d'autres enfants juifs, Rachel a été confiée par ses parents à la Maison de Sèvres, une école dirigée par Goëland et son mari Pingouin, aux méthodes pédagogiques révolutionnaires. Il règne dans ce cocon de verdure une ambiance légère et insouciante, mais suite à la rafle du Vel' d'Hiv, la directrice prend des mesures drastiques. Les réfugiés doivent changer d'identité et porter un nouveau nom - Rachel devient alors Catherine Colin - avant de partir en zone libre. Animée de sa passion pour la photographie, Catherine ne quitte plus son Rolleiflex et va figer chaque rencontre, chaque visage, au gré de son périple. La guerre selon Catherine s'égrène de rencontres aussi touchantes qu'inattendues, dans des campagnes isolées, chez des paysans aux abords rustres, dans un couvent catholique, auprès d'une institutrice frivole et éprise de cinéma, ou dans une cabane perdue au fond des bois... Le chemin de Catherine est long, exténuant et fatalement angoissant. Plus la guerre prend un tour féroce, plus le silence des absents devient pesant. Les liens se font et se défont, car l'exil n'en finit plus et la fin du cauchemar paraît si éloignée.

Il y a certes quelques fioritures romanesques dans ce parcours, mais l'essentiel a puisé son inspiration dans les souvenirs d'enfance de la mère de Julia Billet et dans les témoignages des anciens pensionnaires de la Maison des Enfants de Sèvres, rue Croix-Bosset. Une lecture remarquable, poignante et bouleversante, aussi bien en roman (l'école des loisirs, 2012) ou en bande dessinée. Une double réussite. 

Rue de Sèvres, 2017

Posté par clarabel76 à 18:00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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