04/10/17

Pêle-Mêle BD Kids : Zouk Abracadablagues ! - Les Super Super, Capes sur le monde

Zouk AbracadablaguesZouk est une petite sorcière qui aime les farces. Avec son ami Nono, bougrement nigaud, il ne se passe pas une journée sans qu'elle se lance dans des projets insensés. Une fois, c'est s'amuser à terroriser le cochon de sa grand-mère, une autre fois c'est réinventer la recette du gâteau aux larmes d'escargots, la fois d'après c'est donner un coup de pouce à son copain lors du tournoi des bagarredeguilis contre un clown tricheur, sans oublier la fois où elle est outrée de son comportement lors de sa visite de la fabrique de son père, la fois où Nono se prend pour un grand sorcier... ahem. Comme Zouk est encore une sorcière en apprentissage, ses tours ne sont pas toujours au point. La fillette s'emmêle les pinceaux, d'où des situations embarrassantes, comme lors du bal costumé pour le carnaval, ou mieux encore, quand elle rêve d'être une princesse avec son carrosse en potiron et qu'elle se lance dans une longue procession parmi les embouteillages.

Voilà une série fraîche et rigolote, avec une héroïne adorable, championne toutes catégories des blagues et des bêtises. On assiste à un festival de formules magiques qui partent dans tous les sens, mais qui mettent du sel aux petites intrigues facétieuses. 

Zouk - Abracadablagues ! de Serge Bloch & Nicolas Hubesch

Mini BD Kids, 2017

 

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les super super capes sur le mondeChez les Super Super, alias Juju et Aglaé, être superhéros est une histoire de famille. Aussi, quand pépé Dédé leur confie son bien le plus précieux, datant de sa folle jeunesse, les enfants réalisent enfin leur rêve - pouvoir voler grâce à des capes magiques, et ainsi mieux sauver le monde avec des missions de haute volée ! Soit, les Super Super doivent se méfier de l'eau et ne sortir que la nuit. Mais Juju et Aglaé sont habitués à la prudence, et ce n'est pas Juju qui dira le contraire, avec sa mère poule toujours sur le dos. L'aventure peut donc commencer, au fil des 11 chapitres qui entraînent notre duo jusqu'en Chine ou à Madagascar. Les Super Super ne chôment pas et interviennent en toute discrétion pour rendre le Nouvel An chinois plus vrai que nature, pour retrouver une poupée perdue lors de l'exode en 1940, pour donner de la vie à une fête des grands-mères loin de la solitude, pour voir l'avenir en rose ou pour traquer la sirène qui a volé la voix de la maîtresse... 

Une lecture aussi réjouissante que cocasse, avec les charmantes illustrations de Lucie Durbiano - toujours un bonheur pour les yeux. 

Les Super Super : Capes sur le monde, de Sophe Lodwitz, Eve Pisler & Lucie Durbiano

BD Kids, 2017

 


03/10/17

Lily et Po #1 : Rencontres et rendez-vous, de Lauren Oliver

Lily et Po Rencontres et rendez-vous hachetteInconsolable depuis la mort de son père, un an plus tôt, Lily souffre également d'être enfermée dans le grenier de sa maison. C'est sa belle-mère qui l'oblige à vivre sous les toits, lui interdisant toute sortie ou autre compagnie. La jeune fille occupe donc son temps à dessiner, toujours près de la fenêtre. Un jour, le fantôme de Po fait irruption dans sa chambre. Loin d'être surprise, Lily lui demande au contraire un service - retrouver son père de l'Autre Côté et lui transmettre son message. Le garçon comprend qu'il ne peut rien lui refuser et se lance à sa recherche.
C'est sur ces entrefaites qu'entre en scène le jeune Will, un orphelin recueilli par l'alchimiste, qui parcourt les rues de la ville pour livrer ses potions. Mais le garçon a interverti deux coffrets, l'un destiné à la riche comtesse Prima Donna, l'autre à l'entrepreneur des pompes funèbres, ce qui a déchaîné la colère de son patron et propulsé par inadvertance la jeune Lily dans cet improbable imbroglio. 
Mêlant savamment action et émotion, cette série de Lauren Oliver transporte le lecteur dans un univers fantastique et quelque peu nostalgique, avec une histoire qui évoque le deuil, le chagrin, la perte, le désarroi, et qui affiche malgré tout la volonté de “rendre de la couleur et de la vie à un monde devenu gris et morne”. O
n y croise donc une poignée de personnages aux intentions pas toujours louables, des jeunes héros fougueux et déterminés, tous avançant au pas de charge dans les méandres d'un voyage étonnant. L'amitié et la famille y sont mis à l'honneur, ainsi que l'aventure, l'humour et la fantaisie. Une découverte charmante et enthousiasmante, accessible dès 8-10 ans.
Par contre, j'aurais préféré un bon gros bouquin de 300 pages, au lieu des trois éditions de 150 pages, dont vingt à trente pages rien que pour les extraits des tomes suivants, ce qui laisse un arrière-goût de remplissage, et une dépense de 9.90€ le volume. Pas cool. :/ 

Hachette, 2012 - Trad. Alice Delarbre

 

Tome 2 - Fuites et poursuites

Tome 3 - Fin du voyage et retrouvailles

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De l'arsenic pour le goûter, de Robin Stevens

De l'arsenic pour le goûterProfitant des vacances loin de Deepdean, leur pensionnat, Hazel a été conviée par son amie Daisy à fêter son anniversaire à Fallingford, le domaine familial des Wells. Mais la jeune fille découvre bien vite une atmosphère étrange et pleine de mystères. Dans ce décor soucieux des apparences, il apparaît clairement que tous les invités ne sont pas les bienvenus, à commencer par cet insupportable Denis Curtis, ami de Lady Hastings, qui n'est autre qu'un escroc patenté. Seule la mère de Daisy est ensorcelée par ses belles paroles et ne comprend pas qu'elle est vertement abusée. Son époux, au-delà de son flegme britannique, bouscule donc la bienséance en manifestant son animosité. Et bim, un crime est commis à l'heure du thé. Sont désignés suspects tous les occupants du domaine - le majordome, la gouvernante, le camarade d'école, l'oncle, la grand-tante et même les parents de Daisy. Le club secret de détectives amateurs convoque d'urgence son assemblée pour une réunion au sommet.

Ohlàlà, comme j'ai aimé ce roman ! Avec son ambiance feutrée, son intrigue en huis-clos, ses personnages aux postures ampoulées et son inspiration vintage, j'avais la sensation de voyager dans le temps et de lire une énigme à la Agatha Christie. C'était divin, un cran au-dessus du précédent (cf. Un coupable presque parfait). J'ai donc suivi l'avancée de l'enquête avec fébrilité, ne voyant absolument rien venir du dénouement, j'ai pourtant partagé mes incertitudes et joué aux devinettes pour cerner chaque protagoniste. J'étais à fond dedans, tant l'ensemble est rondement ficelé, subtil et très habile. Absolutely fabulous, my dear. En un mot, je suis fan. Et là, on se rappelle la malédiction du tome 2 chez Flammarion Jeunesse, qui a pour mauvaise manie de ne jamais traduire les suites et d'arrêter les frais en plein vol - cf. Les incorrigibles enfants de la famille Ashton de Maryrose Wood, Avant minuit de Christopher Edge ou Les affreusement sombres histoires de Sinistreville de Christopher William Hill. La série Murder Most Unladylike Mysteries de Robin Stevens comptant six livres à ce jour, je me sens d'humeur chagrine. Ô les lois implacables de l'économie de marché. Ô toi, ami lecteur, ne passe surtout pas à côté de cette lecture au charme suranné. Ô enfer et damnation d'être une lectrice frustrée. ^.^ NDLR : Grande nouvelle. Le troisième tome est annoncé début mars - Un assassin de première classe. Chic ! ☺

Flammarion Jeunesse, 2017 - Trad. Faustina Fiore

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02/10/17

Apprentie sorcière, de James Nicol

Apprentie sorciereFille et petite-fille de sorcières brillantes et influentes, Arianwyn Gribble porte une lourde responsabilité sur ses épaules au moment de passer son évaluation... Face à ses résultats peu concluants, la demoiselle remballe sa honte et accepte un poste en apprentissage à Lull, petite ville paumée sur une île. À peine débarquée, Arianwyn remarque vite des détails troublants dans cette contrée. D'abord, la Grande Forêt... mystérieuse et inquiétante, de laquelle surgissent des créatures démoniaques, via des failles mal refermées. La faute à qui ? à quoi ? À un sort mal exécuté. Arianwyn est plus paumée que jamais. Heureusement, l'arrivée de sa tutrice, Mme Delafield, et la confiance aveugle de sa nouvelle amie, Sally Bowen, vont lui redonner un coup de boost. C'est sans compter Gimma Alverston, tout droit surgie de ses cauchemarsLa nièce du maire est épuisée par ses missions, elle a urgemment besoin de repos, et patati et patata. Pourtant, tout chez la chipie met la puce à l'oreille. Elle est évasive, brouillonne et godiche. Elle prétend vouloir être une amie sincère, recommencer à zéro, etc. Très étrange. Seulement, les événements se précipitent à Lull et l'Administration civile de la sorcellerie sonne l'alarme. Arianwyn doit répondre de ses maladresses, de ses approximations, elle doit aussi repasser son évaluation, expliquer ses mensonges. Bref. C'est la Bérézina.

Cette excellente lecture a su nous contenter sur toute la ligne : l'univers de la magie est foisonnant, les personnages sont attachants, l'action tourbillonne à chaque coin de page, l'énergie est étincelante. C'est une parfaite introduction à pénétrer un monde fascinant. Et ce ne sont pas les quelques 400 pages du livre qui vont me contredire - elles nous ensorcellent du début à la fin ! J'ai adoré. ♥

Gallimard Jeunesse, 2017 - Trad Faustina Fiore {The Apprentice Witch}

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01/10/17

Pêle-Mêle : Le souffle de l'été - Maëlle et Margot - Une journée parfaite - La reine des truites

Le souffle de l'été

Premier jour d'été pour Kimi et Shiro ! Les deux amis larguent les amarres vers la plage, la mer, les baignades, les vagues, la rigolade. C'est l'extase. Toi aussi tu as peur du noir ? Suis nos camarades dans une chasse aux étoiles filantes et oublie tous tes soucis. Une partie de plongée sous-marine plus tard, le regard perdu vers l'horizon, des rêves de voguer toujours plus loin, à bord d'un bateau pour découvrir le vaste monde... Et les jours de grand vent, aucun doute, c'est rendez-vous au bord de la falaise pour un festival de cerf-volants !

Voilà une lecture a priori simple et enfantine, mais ô combien délicate et lumineuse. Elle évoque la tendre complicité d'une amitié indéfectible et tous les petits bonheurs des vacances, avec l'été en toile de fond. C'est tout en poésie, sans chichis et débordant de douceur. Absolument charmant. ☺

Le souffle de l'été, d'Anne Cortey & Anaïs Massini

Grasset jeunesse, 2017

 

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Maëlle et Margot

Deux fillettes se rencontrent dans une gare et deviennent aussitôt inséparables. En attendant leur train, elles jouent ensemble à cache-cache, font des concours de bulles de chewing-gum, avalent des sucreries, partagent des secrets, courent et dansent dans tous les coins. Même à bord du train, elles débordent toujours d'énergie et multiplient les 400 coups, parfois exaspèrent les voyageurs et gloussent de bonheur. Puis, c'est le drame. Margot et Maëlle se disputent. Et boudent. Grosse fâcherie entre les deux nouvelles copines. Le voyage aussitôt devient morne et interminable. Et s'il suffisait de reprendre les mots dits par inadvertance, puis lancer tous ceux qu'il faudrait dire à la place ? Car “les mots font comme un pont où elles peuvent se rejoindre”. L'histoire est adorable, mais la très grande force de l'album réside dans son univers pastel et remarquable de tendresse. J'étais en totale admiration. 

Maëlle et Margot, de Danny Parker & Freya Blackwood

Grasset jeunesse, 2016

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Une journée parfaite

J'avais déjà été sous le charme de l'univers de Freya Blackwood dans cet album, qui retransmet à merveille l'enfance et les petits plaisirs qui font d'une journée ordinaire... une journée parfaite. Pour cela, il suffit d'un rayon de soleil, d'une balade, de vaches dans un champ, d'un cerf-volant, d'une couverture pour s'emmitoufler et d'un bon bouquin avant de s'endormir. Beaucoup de lyrisme et de sensibilité entre chaque page. Une certaine sobriété, mais une évidence aussi. Un vrai coup de cœur. ♥

Une journée parfaite, de Danny Parker & Freya Blackwood

Grasset jeunesse, 2015

 

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Et pour boucler ce joli tour de piste...

 

La reine des truites

Par cette chaude journée d'été, Suzanne et Ismaël ont décidé de se baigner dans la rivière mais avancent avec prudence. Ce qu'ils redoutent ? La Reine des Truites, voyons ! Une grande brune, flanquée de sa sentinelle, fait la loi sur son royaume en interdisant aux intrus toute baignade. Pas cool du tout. Le frère et la sœur protestent, se moquent un peu puis entrent en résistance. Après tout, ils peuvent aussi jouer aux hommes préhistoriques et dénicher des capricornes sous les pins, et blablabla. La Reine, intriguée, leur somme de cesser leurs cachotteries en les conduisant sur place. De fil en aiguille, Suzanne et Ismaël vont prendre l'avantage et comprendre ce qui motive la Reine des Truites à bannir son territoire. J'ai beaucoup, beaucoup aimé cette histoire, qui raconte comment une rivalité va laisser place à une chouette connivence, comment des enfants vont trouver un terrain d'entente et en quoi la nature recèle vraiment des petits trésors. Que de chouettes messages aux bonnes ondes positives. De plus, je suis complètement fan du graphisme, des couleurs, de l'ambiance en général. C'est frais, acidulé et pimpant. Un délicieux bonbon. ♥ 

La Reine des Truites, de Sandrine Bonini & Alice Bohl

Grasset jeunesse, 2016

Pêle-Mêle : Les Quiquoi et l'étrange attaque du coup de soleil géant - Escargots à gogo - Une petite voix

Les Quiquoi et l'étrange attaque du coup de soleil géant

Olive et ses joyeux compères sont assommés par la chaleur. La faute au soleil énorme dessiné par notre artiste. Résultat, tous se plaignent de porter une robe, une casquette à oreilles, un parasol ou de la crème solaire. ILS N'EN PEUVENT PLUS. Olive se met alors à dessiner un ventilateur... oups, un peu trop puissant. Raoul a voldingué vers l'inconnu et ses amis doivent traverser une forêt de cactus pour le retrouver. Mais chaque défi trouve sa solution dans une pirouette dessinée astucieusement, ou pas. Les rebondissements s'enchaînent et donnent ainsi à lire une fabuleuse aventure de nos Quiquoi préférés. C'est drôle, inattendu et complètement farfelu. Le trait d'humour d'Olivier Tallec et Laurent Rivelaygue se met ici au service de la prévention contre les méfaits du soleil (cf. le coup de soleil féroce et prêt à bondir sur nos jeunes amis). Une interprétation désopilante, qui tire des sourires et des larmes de bonheur aux lecteurs enchantés. Je suis FAN. ♥

Les Quiquoi et l'étrange attaque du coup de soleil géant, de Laurent Rivelaygue & Olivier Tallec

Actes Sud Junior - BD - 2017

 

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escargots à gogo

En vacances chez son grand-père, Paula découvre les joies du jardinage en explorant “ses petites bêtes” - à quoi servent les taupes, comment distinguer l'abeille de la guêpe, pas besoin d'insecticides quand on a des coccinelles, et que dire des escargots... La fillette voue alors une passion peu commune pour les gastéropodes et ne se lasse pas de les observer - escargots des jardins, petits-gris, escargots de Bourgogne. Papi Alfred est intarissable, il sait tout, il connaît tout, et partage sa vaste culture à une petite-fille fascinée. C'est vrai que le sujet est captivant ! Contre toute attente, j'ai moi-même été piquée de curiosité pour cette histoire de bestioles peu ragoûtantes, mais dont je découvre l'univers avec étonnement. Les illustrations d'Audrey Calleja sont rafraîchissantes et participent à l'émerveillement suscité par cette lecture remarquable ! 

Escargots à gogo, de Sandrine Le Guen & Audrey Calleja

Actes Sud junior, 2017

 

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Une petite voix

Solitaire et secret, Jérémy est un enfant qui semble vivre dans sa bulle, mais qui ne renvoie pas non plus une image très charismatique. Le garçon est incompris - “avec ses airs bizarres” - et est rejeté par ses camarades ou ses proches. En fait Jérémy vit dans un monde imaginaire, dont l'héroïne, April March, est anglaise, enfermée dans un pensionnat qu'elle cherche à fuir. Son personnage incarne tout ce que Jérémy n'est pas - audacieux, joyeux, intuitif - si bien que le môme tourne de plus en plus le dos au réel pour se complaire dans le fictif. Cherry on top, Jérémy rêve de rencontrer son April pour vivre de fabuleuses aventures à ses côtés. En attendant, sa famille tourne autour de lui en cherchant la brèche dans la carapace. Le garçon est visiblement hermétique à toute manifestation émotionnelle. C'est un bloc, un rempart. Après avoir exprimé son ras-le-bol, sa famille se rétracte et éprouve une sincère inquiétude à son sujet.

J'avoue avoir, moi aussi, ressenti une grande perplexité face à ce petit Jérémy, qui chamboule pas mal ma vision sur l'enfance et l'hypersensibilité. C'est d'ailleurs la grande force du livre - on vit et on partage ses doutes, ses peurs, ses rêves, ses espoirs, mais aussi ses éclairs de lucidité ou de désarroi. On s'imprègne de son mal-être et on ressent une grande tristesse. C'est assez déstabilisant d'avoir un môme de huit ans, conscient de sa différence et du regard qui se pose sur lui, sans pouvoir lui donner un coup de pouce. Quelle frustration, que d'impuissance à tourner les pages du roman... Mais c'est aussi une grande prouesse de l'auteur qui est parvenu à toucher au plus juste le lecteur en nous sensibilisant au “problème” des grands rêveurs. Imaginez, dans une société formatée, le rêve devenir une maladie ? Chair de poule assurée, brrr... 

Une petite voix, de Patrick Olivier Meyer

Actes Sud Junior, 2017

illustration : Sébastien Mourrain

La guerre de Catherine, de Julia Billet & Claire Fauvel

LA GUERRE DE CATHERINE

Pour avoir déjà lu le roman de Julia Billet, j'ai retrouvé avec plaisir son adaptation en format BD qui propose une interprétation vibrante et pleine d'empathie de l'histoire de Catherine, une adolescente juive en pleine tourmente, condamnée à fuir pour survivre, et qui use de son art pour raconter les heures sombres de notre pays. La lecture est foncièrement captivante. Séduite par les illustrations, où se mêlent subtilement l'émotion et la poésie, j'ai aimé revivre l'aventure de l'héroïne, riche en sensations, et qui rend aussi un formidable hommage à des héros du quotidien, des ombres à jamais anonymes, mais dont le courage et le dévouement ont sauvé bien des vies.

Comme d'autres enfants juifs, Rachel a été confiée par ses parents à la Maison de Sèvres, une école dirigée par Goëland et son mari Pingouin, aux méthodes pédagogiques révolutionnaires. Il règne dans ce cocon de verdure une ambiance légère et insouciante, mais suite à la rafle du Vel' d'Hiv, la directrice prend des mesures drastiques. Les réfugiés doivent changer d'identité et porter un nouveau nom - Rachel devient alors Catherine Colin - avant de partir en zone libre. Animée de sa passion pour la photographie, Catherine ne quitte plus son Rolleiflex et va figer chaque rencontre, chaque visage, au gré de son périple. La guerre selon Catherine s'égrène de rencontres aussi touchantes qu'inattendues, dans des campagnes isolées, chez des paysans aux abords rustres, dans un couvent catholique, auprès d'une institutrice frivole et éprise de cinéma, ou dans une cabane perdue au fond des bois... Le chemin de Catherine est long, exténuant et fatalement angoissant. Plus la guerre prend un tour féroce, plus le silence des absents devient pesant. Les liens se font et se défont, car l'exil n'en finit plus et la fin du cauchemar paraît si éloignée.

Il y a certes quelques fioritures romanesques dans ce parcours, mais l'essentiel a puisé son inspiration dans les souvenirs d'enfance de la mère de Julia Billet et dans les témoignages des anciens pensionnaires de la Maison des Enfants de Sèvres, rue Croix-Bosset. Une lecture remarquable, poignante et bouleversante, aussi bien en roman (l'école des loisirs, 2012) ou en bande dessinée. Une double réussite. 

Rue de Sèvres, 2017

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