13/11/17

You don't know my name, de Kristen Orlando

You dont know my nameHabituée depuis toujours à masquer la vérité et jouer un rôle de composition, Reagan préserve en fait le secret de sa famille - ses parents sont tous deux membres d'élite d'une branche spéciale de la CIA, les Black Angels. Or, cette vie sans attache et faite de faux-semblants a un goût amer pour l'adolescente, lassée de mentir et de déménager en coupant tout contact avec ses amis. Il n'est pas rare que Reagan laisse entendre qu'une telle carrière ne l'attire guère, au grand dam de ses parents qui croient en son potentiel. Le climat à la maison est donc tendu. L'adolescente se sent incomprise et n'ose pas avouer qu'elle est tombée amoureuse de son voisin car elle a conscience des risques qu'elle fait courir à sa famille. Tiraillée entre cet amour naissant et sa loyauté envers ses parents, leur mission et leur couverture, Reagan perd un peu les pédales, elle s'embrouille avec sa mère, elle trahit son petit copain, puis elle s'enferme dans sa chambre avec ses doutes et ses angoisses. Cellule de crise chez les MacMillan. Seulement, la réalité ne laissera guère de temps aux atermoiements puisqu'une alerte rouge est lancée. Les parents de Reagan sont impliqués dans une prise d'otages qui vire au désastre, leur tête est mise à prix et leur fille court également un grand danger. Et c'est tout aussi soudainement que le roman bascule dans le chaos - action, traque, violence. Et beaucoup d'émotions au compteur.

C'est donc une lecture qui se découvre en deux temps, d'abord l'histoire dresse le portrait d'une adolescente en quête d'elle-même, qui remet en question les choix de ses parents et qui s'interroge sur ses propres désirs, puis la deuxième partie de l'histoire prend une ampleur plus dramatique, avec la mise en place de la filature et l'enquête pour couper l'herbe sous le pied de l'ennemi. On passe ainsi d'une entrée en matière lente et prospective, pour chavirer sur une exécution brutale et riche en sensations fortes. C'est plutôt déconcertant, car inégal, ce qui m'a d'ailleurs assez peu convaincue. La lecture est certes distrayante et entraînante, mais j'avais personnellement d'autres attentes - comme retrouver un roman d'espionnage, façon Nom de code : Digit d'Annabel Monaghan ! ☺

Milan, 2017 - Trad. Marie Cambolieu

 

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Magnetic Island, de Fabrice Colin

MAGNETIC ISLANDSe sentant broyé par une histoire familiale trop lourde pour lui, Cyan noie son désespoir dans l'alcool et est sujet à des crises d'angoisse qui l'ont déjà conduit à l'hôpital. Il faut dire que ça ne manque pas de secrets ni de mystères autour de lui - quatre ans plus tôt, sa sœur jumelle a disparu lors d'une sortie scolaire sur Magnetic Island, pas loin du lieu de tournage du film de leur père. Artus Fisher, célèbre réalisateur, est englué dans cette super production et n'a guère de temps à consacrer à son fils. Son épouse, France, a quitté le foyer pour son avocat et harcèle son ex pour signer les papiers du divorce. L'ambiance à la maison tourne donc en eau de boudin. Rien ne va plus, chacun est replié sur soi, ça gronde à chaque coin de page, et voilà qu'arrive une autre disparition - Divine, l'aînée de la fratrie, n'a plus donné signe de vie depuis cinq jours. La folie obsessionnelle de Cyan reprend de plus belle, son père le pousse à se rendre chez une addictologue, sa mère menace d'alerter la police et le fantôme de Holly refait surface. Ouhlàlà, quelle sombre histoire ! Mais le roman n'en demeure pas moins captivant. J'ai plongé tout de go dans les arcanes de cette intrigue aux nombreux revers familiaux, où les silences pèsent dans la balance et viennent noyer le poisson. On a, de plus, une perception biaisée des enjeux puisque tout est rapporté d'après Cyan, définitivement paumé et carrément désaxé. Le môme est en pleine déroute, il se cherche et cherche aussi la part de vérité parmi les mensonges qui gravitent autour de lui. Certaines révélations auront tout lieu de le désarçonner, par leur violence et leurs conséquences, même si la guérison exige de passer par là. L'atmosphère générale baigne dans le flou, ce qui est parfois déroutant et, malgré tout, enivrant. Car la petite musique du roman est ensorcelante et fait tourner les pages avec avidité pour connaître le dénouement. C'est cependant moins léger que dans Le pays qui te ressemble où l'auteur s'éclatait à dresser le portrait d'une autre famille dysfonctionnelle. Ici, c'est un roman qui vous happe dans sa bulle, où l'on pressent que tout n'est pas rose ni innocent.
Ce titre figurait parmi les 10 sélectionnés pour le Prix Vendredi, premier prix national de littérature ado, qui a finalement récompensé L'Aube sera grandiose d'Anne-Laure Bondoux.

Albin Michel coll. Litt' - 2017

 

Posté par clarabel76 à 11:30:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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