Dernier tome de la saga d'Elena Ferrante, après L'amie prodigieuse, Le nouveau nomCelle qui fuit et celle qui reste !

G01441

Bien que menant une confortable vie bourgeoise à Milan, auprès de son mari et ses filles, Lena plaque tout au nom de sa liaison tumultueuse et passionnelle avec Nino Sarratore. Elle rentre à Naples, revoit son amie Lila. Et miracle, leur relation est au beau fixe. Stable et authentique. Il faut dire que Lila a également su rebondir et occupe désormais une position respectable dans le quartier ; elle partage la vie d'un homme sincère et généreux et a monté sa propre entreprise florissante.
La carrière littéraire d'Elena Greco ne faiblit pas, de plus son retour aux sources apporte une âpreté jamais égalée dans son écriture et les sujets qu'elle ose aborder. Or, son intrusion dérange les mafias locales, en voulant dénoncer les trafics douteux, l'insécurité galopante, la pauvreté et l'abandon du secteur, tandis que d'autres murmurent qu'elle est l'instrument de vengeance de Lila.
Cette dernière, pathologiquement acerbe, ne se défend pas et a fait jurer à Elena de ne jamais parler d'elle dans ses livres... une promesse que l'écrivaine va considérer à la légère.

On retrouve dans ce bouquet final tous les ingrédients de la saga - amitié toxique, obsession maladive, brouilles, famille, chaos et bouleversements sociétaux. C'est tout un quartier qui reprend forme, avec les copains d'enfance, les clans, les mariages, les divorces, les naissances, les décès, les accidents, les maladies... et même le tremblement de terre du 23 novembre 1980.
Les héroïnes ont 36 ans et voient défiler trente ans d'une existence sous tension. Car rien n'est limpide dans leur tête, où l'on devine que se jouent des drames et des crises en puissance. Les deux amies se jalousent depuis toujours et ont usé l'une sur l'autre d'une influence pernicieuse et envahissante. L'une des filles 
de Lena lui reproche d'ailleurs que seule Lila a jamais compté dans sa vie, à part ses romans peut-être. Une sentence impitoyable et si juste.

Au cours des quatre épisodes de la série, on a ainsi participé aux montagnes russes de cette amitié, qui aimait s'infiltrer dans les failles, s'y nourrissait goulûment et s'épanouissait de la sorte. Lena étant la seule narratrice de l'histoire, impossible de déterminer les véritables roueries de Lila ou de la détacher du regard imposé. Acrimonieuse, dissimulatrice, rancunière ? Plus on avance dans les entrailles de leur histoire, plus on abandonne l'espoir de la comprendre.
De fait, Lena et Lila ne sont vraiment pas attachantes et n'inspirent aucune réelle compassion. Pourtant, leurs mots  nous accrochent. Nous emportent. Leurs imperfections nous parlent. Nous renvoient à nos propres approximations. Parce qu'elles sont impudiques, égoïstes et intransigeantes, ce sont symboliquement des héroïnes - elles nous donnent du fil à retordre, mais nous avons appris à composer avec. J'ai franchement aimé les accompagner, quitte souvent à les détester, car je ne m'attendais pas à éprouver cette sensation de manque après le point final... 

Une série découverte en livre audio - du premier au quatrième volume - à l'écoute de Marina Moncade, parfaitement indissociable à mon plaisir de lecture ! Une formidable conclusion. 

 

Trad. de l'italien par Elsa Damien  [Storia della bambina perduta] 

Lu par Marina Moncade pour la Collection Écoutez lire, Gallimard 

Durée d'écoute : env. 16 h 

Parution : Janvier 2018

l'enfant perdue