11/04/18

Au royaume des aveugles, de Felicia Yap

Au royaume des aveugles

Claire, l'épouse de l'écrivain Mark Henry Evans, voit son monde s'effondrer en apprenant que celui-ci est dans le collimateur de la police, après la découverte d'une jeune femme noyée dans la Cam. Pour l'inspecteur Hans, chargé de l'enquête, Mark connaissait Sophia Ayling. La lecture de son iDiary devrait mettre à jour ce détail et révéler les dessous de cette affaire aux relents sulfureux.

En effet, dans le monde de Felicia Yap, la société est divisée entre Monos, ceux capables de se souvenir des dernières 24 heures, et Duos, l'élite pouvant se remémorer jusqu'à deux jours entiers. Chaque individu a pour obligation de rédiger son journal électronique quotidiennement. Fait assez rare, le couple Evans est mixte - Mark, qui aspire à se lancer dans une carrière politique, a d'ailleurs choisi de prendre son histoire en exemple pour défendre son programme.

L'ouverture d'une enquête pourrait compromettre ses chances, même si dans cet univers de flou et de faux-semblants, toutes les vérités n'ont pas fini d'être dévoilées. « Ton journal ne dit que ce que tu lui fais dire. La mémoire, ce sont les faits que tu choisis de retenir. Nous sommes tous victimes des souvenirs que nous préférons. »

Troublant et captivant, ce roman mêle l'art du suspense et de la manipulation, la tension psychologique, la vengeance et la folie dans une intrigue rondement ficelée. On passe un bon moment de lecture, surtout au début, quand on découvre les personnages et l'étendue de la toile, puis l'excitation se tasse et donne lieu à une simple curiosité pour démasquer tous les non-dits. L'auteur explore assez superficiellement son univers et conclut son histoire sur un dénouement qui loupe, selon moi, son effet de surprise. Mais cela reste une découverte engageante !

HarperCollins Noir, 2018. Trad. Thibaud Eliroff [Yesterday]

 

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Émile et le joint de culasse, de Vincent Cuvellier & Ronan Badel

Emile et le joint de culasse

Branle-bas de combat, Émile nous attend pour sa 16ème épopée.

Pas de temps à perdre, car le copain de maman nous embarque en voiture pour une traversée de la France. Vroum vroum. Notre Émile est aux anges ! Et puis bim, la voiture casse. Les laissant en rade sur le bord de la route. Dépanneur, garage, et tout, et tout.

Plus Émile jubile et fait la danse des sioux, plus le copain de maman fait grise mine et rouspète que ça va coûter bonbon. Un joint de culasse, pardi ! C'est vraiment pas de bol. Et pas le temps de dire ouf, il faut déjà rentrer à la maison...

Alors, c'était chouette ? demande maman. Oh oui. Émile a, de plus, rapporté un super souvenir.

Applaudissements pour cette lecture complètement décalée - qui parle de joint de culasse dans un album jeunesse ? Pour ça, on peut compter sur Émile pour nous faire voir du pays.

La série fait toujours preuve d'originalité, de facétie et d'humour. On sourit à chaque page (dommage pour la coquille finale) et on se dit vivement le prochain, merci, hasta luego. ☺ 

Gallimard Jeunesse Giboulées, 2018

 

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Nouveautés Folio Junior : Le Club des super-héros - Le mystère Dédale - Hector et les Pétrifieurs de temps

J01030

Nouvel élève à l'académie Ducard, Bruce Wayne constate rapidement les nombreux dysfonctionnements de l'établissement - le personnel enseignant encourage la compétition, la triche et l'ambition dévorante, les étudiants sont tous plus idiots les uns que les autres, ils portent des masques de clown, font les 400 coups sans peur des représailles et multiplient les blagues humiliantes. Bruce est convaincu d'être tombé dans un traquenard. Il arrive à convaincre deux autres camarades, Clark Kent et Diana Prince, de rejoindre son club secret qui consiste à jouer les espions pour percer le mystère de Ducard. Qui est réellement son directeur ? Nul ne le connaît. À la place, le conseiller pédagogique Hugo Strange filtre chaque tentative d'entrer en contact avec celui-ci. Plus nos jeunes gens fouillent, plus la pression devient suffocante et les traîtrises apparaissent. Bruce découvre ainsi que Clark et Diana sont eux aussi des énigmes ambulantes et n'ont pas tout dévoilé de leurs origines.

Vous imaginez un collège réunissant Batman, Superman et Wonderwoman, avec à la barre des savants fous visant à recruter de jeunes disciples pour la ligue des assassins ? Eh bien, ne cherchez plus. Cela se passe ici. Nos apprentis super-héros font déjà l'amère expérience de la lutte contre les forces du mal en redoutant d'accorder leur confiance pour préserver leur nature, leur identité, leur mission, etc. Le format du livre se compose de rapports administratifs, de mails, d'articles de la gazette de l'école, d'extraits de carnet de notes ou du journal intime de Bruce. Tout est en noir et blanc. C'est sombre, assez brouillon et en même temps le scénario se veut classique mais complice, en servant de bonnes séquences burlesques, du suspense et des clins d'œil qui plairont aux amateurs de comics (le majordome Alfred, le Joker, les chauve-souris, Smallville, la Kryptonite, Lex Luthor, la lignée royale de Diana...).

Derek Fridolfs et Dustin Nguyen baignent dans le milieu en toute aisance, pour avoir déjà écrit d'autres aventures de super-héros (dont Li'l Gotham) et acquis une certaine notoriété. Ils confortent cette fois leur savoir-faire en s'adressant à un public plus jeune et visiblement ouvert à toute contamination.

Le Club des super-héros, de Derek Fridolfs & Dustin Nguyen
Folio Junior, 2018. Trad. Marie Leymarie. À partir de 9 ans

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Le corps du célèbre sculpteur Dédale est retrouvé mort dans un petit village en Afrique. Hermès se rend sur place pour mener son enquête. Faisant halte au royaume des enfers, il intercepte suffisamment tôt le passage sur le Styx, mais au moment d'interroger la victime, une créature sournoise surgit des entrailles du fleuve pour s'emparer du corps. Hermès est de plus en plus intrigué et se rend auprès des membres de sa famille (Aphrodite, Héphaïstos, Apollon...) pour constater leurs réactions à l'annonce du décès de Dédale (celui-ci n'avait visiblement pas que des amis). Il embarque avec lui le jeune Éros et part en Crète pour cerner le mystère de cet homme traqué et visiblement aux abois. Et déjà, se profile à l'horizon un nuage sombre prêt s'abattre sur l'Olympe et doucher l'insouciance générale. 

J'ai beaucoup aimé l'idée du dieu Hermès dans le rôle d'enquêteur à la Hercule Poirot, en train de fureter auprès de son illustre lignage pour connaître tous leurs petits secrets et percer leurs mensonges. On plonge dans l'intimité des dieux en toute impunité, le suspense est entier et les légendes s'épanouissent. La lecture prend rapidement un cap original, qui ne laisse rien filtrer du dénouement (j'étais bien en peine de deviner le fin mot de l'histoire). Le pari est donc réussi pour l'auteur, également professeur de lettres classiques, qui parvient à transmettre sa passion pour la mythologie avec cette série captivante et riche en rebondissements. Apprendre tout en s'amusant !

Le mystère Dédale, de Richard Normandon
Folio junior, 2018. Dès 10 ans.

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J01054Hector Obel a 10 ans et vit à Starkley, décrite comme étant la quatrième ville la plus ennuyeuse d'Angleterre, car il ne se passe jamais rien de palpitant. Jusqu'au jour où Hector, en train de se morfondre en classe, surprend son professeur et ses camarades figés sur place. Comme si le temps s'était arrêté net. Tout rentre finalement dans l'ordre au bout de quelques minutes. Le garçon n'a pas l'éternité devant lui, pour y réfléchir, que la situation se répète déjà, mais cette fois il a décidé de chronométrer la durée de la Pause. Sept minutes et sept secondes. Au lieu de se retourner le cerveau, Hector choisit de tirer profit de la situation et va s'amuser à parcourir la ville avec une Vespa flambant neuve, se venger de ses tortionnaires ou se rendre dans la boutique de bonbons pour faire des emplettes. La propriétaire, Mme CouCous, lui en a interdit l'accès sur un coup de tête. Une attitude qui lui rappelle que plusieurs adultes de Starkley se comportent désormais de façon très étrange, voire méchante. Est-ce que cela aurait un lien avec les Pauses ? Au bout de 100 pages, l'étau se resserre quand le garçon surprend des créatures affreuses, les Terribles, se faufiler dans la ville pour kidnapper ses habitants pétrifiés... L'heure est grave. L'histoire n'est plus à la rigolade. Hector doit agir, vite. Trouver des forces alliées (oui ! ... ça va arriver), sauver sa petite ville de cette invasion sournoise et se convaincre que son père disparu fait aussi partie du lot. 

Pour son intronisation dans la littérature jeunesse, Danny Wallace sort les grands moyens (univers déjanté, monstres terrifiants, péripéties à rebondissements, sur un ton sans cesse désopilant). Et c'est clair que le livre vise haut et fort. Au départ, l'histoire semble déjà écrite et préfigure les thèmes du genre : Hector est un gamin sensible, maltraité par des grosses brutes, et qui porte en lui le départ de son père comme un poids lourd insurmontable, sa mère bosse comme une dingue et son frère est devenu un ado renfrogné. Et puis, tout bascule vers une aventure délirante, fantastique et même de plus en plus sombre et inquiétante. Il faut le lire pour le croire. Les méchants ne font pas semblant, les enfants entrent en résistance et montent une association de Transpauseurs. On découvre alors une intrigue complètement loufoque, mais non dénuée d'action, d'émotion et de danger. C'est efficace, raconté de façon hilarante et néanmoins détachée. Nul doute que cette dose d'énergie bouillonnante plaira aux plus jeunes (dès 9 ans pour les bons lecteurs, le livre largement illustré fait 300 pages). Jamie Littler a contribué par sa touche d'encre à une atmosphère décalée et fascinante. À tester, pour le fun et l'atmosphère frissonnante.

Hector et les Pétrifieurs de temps, par Danny Wallace
Folio Junior, 2018 - Trad. Marie Leymarie.

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