10/05/18

Bonjour tristesse, de Frédéric Rébéna

bonjour tristesseCette adaptation du cultissime roman de Françoise Sagan - Bonjour tristesse - est surprenante et prodigieuse ! J'avoue avoir eu un bref instant de panique en découvrant la préface de F. Beigbeder... mais en qualifiant cette version « sexy, frivole, cynique, balnéaire et fruitée » l'écrivain a franchement tout bon !

Été 1954, Cécile a dix-sept ans et passe ses vacances dans une grande villa louée par son père, en bord de mer. Il est accompagné d'Elsa, sa jeune maîtresse, rousse à la peau blanche, belle, aguicheuse et provocante.
Le trio n'est qu'oisiveté et langueur sensuelle. Mais Cécile boude, insatisfaite et ennuyée. Elle rencontre Cyril, un étudiant de vingt-cinq ans, avec lequel elle flirte avec détachement.
En apprenant l'arrivée d'une amie de sa mère, Anne Larsen, invitée par son père alors qu'il n'avait plus de ses nouvelles depuis des années, Cécile prend conscience de la menace rampante.
Et en effet, Anne détonne dans leur paysage. C'est une femme raffinée, mais assez froide et inflexible. Elle pointe rapidement du doigt l'éducation de Cécile qu'elle juge beaucoup trop nonchalante (des études en berne, trop de soirées alcoolisées...). 
Anne cherche peu à peu à s'immiscer dans leur relation. D'ailleurs, son père tombe sous le charme et se laisse convaincre par la perspective d'une vie rangée. Dans son coin, Cécile bout et mijote sa vengeance.

Ce roman figure parmi mes incontournables. Un classique indémodable, lu une première fois durant l'été de mes seize ans (d'où la sensation d'identification et de confort suprême). Je me faisais donc une joie de découvrir son adaptation en bande dessinée - et quelle réussite ! Seul bémol : je n'ai pas aimé l'effet “casque noir” des cheveux de Cécile, sinon j'ai globalement été séduite par les dessins de Frédéric Rébéna.
On retrouve ici le format lascif et émoustillant du roman. L'atmosphère est estivale et indolente, tout concourt pour enrôler les personnages dans un jeu cruel et troublant. On s'agace de Cécile, on soupire après son vieux don juan de père, on tombe sous le charme d'Elsa, on s'apitoie du sort d'Anne et on frissonne du cataclysme que provoque, malgré elle, son arrivée dans la villa.
La bande dessinée est tellement mais tellement affriolante... sans omettre son insolence et sa rouerie sous son masque d'innocence juvénile. C'est très, TRÈS bon !

Rue de Sèvres, 2018

 

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Gramercy Park, de Timothée de Fombelle & Christian Cailleaux

A65756Septembre 1945. Madeleine est danseuse à l'Opéra de Paris quand elle rencontre un militaire américain, Jeremiah Whitman. Par amour, elle quitte tout et part s'installer à New York.
Dix ans plus tard, c'est une femme solitaire et déprimée qu'on retrouve sur le toit d'un immeuble en train de s'occuper de ses ruches. Mélancolique, distante et froide, elle ne semble prêter aucune attention à l'agitation peu commune dans l'immeuble d'en face.
Pourtant, un homme ne la quitte pas des yeux. Et sait tout sur elle. Cet homme, George Day, vit cloîtré dans son appartement. Il a autour de lui une garde rapprochée pour veiller sur sa fille et lui. Au coin de la rue, une patrouille de police guette aussi ses moindres faits et gestes.
Tous retiennent leur souffle. Chaque dimanche, à onze heures, George Day prend sa voiture pour rouler deux heures au nord de la ville. Un jour, Madeleine décide de le suivre...

Très impatiente de découvrir cette bande dessinée écrite par Timothée de Fombelle - qu'on ne présente plus - j'ai découvert une ambiance étonnante avec une intrigue rondement menée, à la fois sombre, énigmatique et inquiétante.
La construction est en effet habile, le suspense tendu au cordeau. On se laisse longtemps guider à l'aveugle dans le dédale des rues new-yorkaises, s'accrochant pour repérer qui est qui, sans perdre le fil dans la notion du temps (beaucoup de flashbacks). Enfin, c'est magistral.
On se croirait véritablement dans un polar américain d'une autre époque. Madeleine est une héroïne impénétrable - meurtrie dans sa chair, isolée dans sa bulle. On ne soupçonne absolument rien du dénouement et on se soumet au pouvoir hypnotique de cette lecture... farouche et romantique dans un genre bien à part.
Le duo Timothée de Fombelle et Christian Cailleaux fonctionne à merveille - d'un côté, une prose envoûtante et  un climat pesant ; de l'autre côté, des dessins capables d'exprimer la langueur contemplative puis de basculer dans les scènes d'action. Ma foi, c'est très réussi !
Une bande dessinée remarquable & au scénario admirable.

Gallimard Bande Dessinée / 2018

 

Posté par clarabel76 à 18:45:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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