16/10/18

Broadway Limited T1 : Un dîner avec Cary Grant, de Malika Ferdjoukh

Broadway Limited Un dîner avec Cary GrantUn dîner avec Cary Grant que vous ne transportez aucune asperge fraîche, là-dedans ? C'est cette petite phrase sibylline qui scelle le destin de Jocelyn Brouillard. Fraîchement débarqué à New York, le jeune français se présente à la pension Giboulée avant de réaliser son erreur : l'adresse accueille exclusivement un public féminin. (Nous sommes en 1948.) Mais les demoiselles Merle font une entorse à leur règlement en débauchant cet étudiant de Penhaligon contre quelques séances de piano et de poker. Jo est aux anges, installé au sous-sol, il est aux premières loges pour assister à la vie trépidante de ses colocataires, toutes plus charmantes les unes que les autres, même si c'est sa voisine qui a toute sa préférence. Dido est vive, intrépide, pourfendeuse des causes désespérées et agitateuse de banderoles. Elle porte des socquettes et un sourire éblouissant, l'apostrophe de sa fenêtre pour lui réclamer une louche et vit seule avec son père. Jo a le cœur percé d'une flèche, mais chut.
La vie au 78e Rue Ouest est riche en courants d'air et pleine de turbulences. On y trouve des abeilles bourdonnantes et butineuses, des chats volages et des domestiques adorables. Présentons, ainsi, Manhattan qui se fait embaucher dans un théâtre pour approcher la star Uli Styner depuis qu'elle a percé sa réelle identité. Chic qui court les castings insolites, avale des soupes à la tomate, tente le shampooing aux œufs roses, rencontre un aspirant comique et une âme chevaleresque, traîne dans des cafés polonais où l'on danse la polka jusqu'au bout de la nuit. Page, la sauterelle aux tresses blondes, qui file en pyjama et qui a l'estomac noué en croisant son critique du Broadway Spot en galante compagnie. Ou Hadley qui a dansé avec Fred Astaire et qui doit aujourd'hui vendre des doughnuts pour subvenir aux besoins de son neveu de trois ans.
En somme, tout n'est pas rose mais tout n'est pas dit non plus. Car il y a des amours cachées et des histoires secrètes, des amants perdus et des amis retrouvés, des étoiles dans les yeux et des têtes en l'air, des chasses aux sorcières et des vaches maigres, du ragtime et du champagne, des carnets de bal et du blizzard à Noël. Tout est magique, féerique. Ça swingue, ça glousse, ça cabriole à la pension Giboulée ! C'est notre refuge, on s'y sent merveilleusement bien, dans la confidence des intrigues qui se dévoilent au fil des pages. Il y a certes beaucoup de monde et on s'y perd un peu... mais l'immersion est progressive. L'ambiance, les décors, les personnages nous chouchoutent si bien qu'on se croirait dans nos pantoufles.
Cela faisait trois longues années que j'attendais une suite à cette série. Enfin ! elle arrive le 7 novembre prochain pour un shim-sham avec Fred Astaire. Ça promet ! Et d'autres surprises sont à prévoir... Restez à l'écoute. :)
 

  • L'École des Loisirs : Paru la première fois en 2015. Puis dans la collection Médium + Poche en Avril 2018 avec une nouvelle couverture illustrée par Kim Roselier

 

Broadway Limited 2018  Image associée

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La disparue de la cabine N°10, de Ruth Ware

La disparue de la cabine No 10

Laura Blacklock doit remplacer au pied levé sa rédactrice en chef et participer à la croisière organisée pour la presse qui encadre le lancement du nouveau paquebot pour la Norvège. Or, la journaliste n'est pas au mieux de sa forme. Récemment victime d'une agression à son domicile, elle souffre d'un choc post-traumatique et prend des cachets en avalant de grandes rasades d'alcool pour calmer ses angoisses. Un cocktail explosif, on s'en doute. Son esprit vaseux serait-il donc en cause quand, en pleine nuit, elle surprend un bruit étrange (un corps jeté par-dessus bord) et comprend que sa voisine de cabine a disparu. Elle alerte la sécurité, fait le tour de l'équipage, se confie auprès de ses collègues mais peine à les convaincre. En fait, c'est sa crédibilité qui est remise en cause, car Laura est jugée trop fragile, peu digne de confiance.

Ce schéma narratif étant devenu de plus en plus à la mode depuis les succès de Paula Hawkins (La fille du train), SJ Watson (Avant d'aller dormir) ou Gillian Flynn (Les apparences), on trouve désormais une pléthore de romans avec des narratrices marchant sur la corde raide et aux confessions prêtant à confusion. Cet engouement n'est pas pour me déplaire. Il faut juste se farcir une palanquée de spécimens agaçants, comme Lau Blacklock, qui sème le trouble d'entrée de jeu. La journaliste est à côté de la plaque, hystérique, lente et sans jugeote. Elle a beau s'échiner à raconter son histoire, on peine à cerner le vrai du faux. Effets secondaires ou pas, ses propos sonnent confus et douteux, même s'ils incitent à en découdre. Résultat, on plonge aussi sec dans son récit. C'est décousu et fébrile, en mode huis clos, psychotique et claustrophobe, pas très rassurant. Est-ce surprenant ? Non, mais pas inintéressant non plus. Seule la fin m'a paru longue et un peu abusée... 

©2018, Fleuve Éditions. Traduction de Héloïse Esquié. (P)2018 Lizzie

Très bonne lecture faite par Alice Taurand, qui distille un suspense efficace en incarnant une héroïne aux nerfs fragiles et aux pensées brouillonnes. On la suit tant bien que mal, dans ce parcours confus et erratique, par contre on ne lâche pas l'affaire jusqu'au dénouement.