L'année de grâce

Cette lecture est terriblement austère et âpre ! Purée. Je n'avais rien anticipé et je ne m'attendais pas à une telle claque. Ça laissera des traces, c'est sûr.

Premier point positif, j'ai trouvé l'écriture très, très belle. Je ne me lassais pas des descriptions des fleurs et des forêts. J'étais comme envoûtée alors que rien n'était charmant autour. L'histoire est tellement sombre et lugubre. Elle raconte la destinée de jeunes femmes qui sont accusées de “posséder de la magie dans leurs corps” - un simple bouillon hormonal susceptible d'effrayer le mâle en puissance. D'où cette expérience de vivre en retranchement, en mode survie, pour trouver sa place dans la société. Au choix : devenir une épouse ou une domestique.

Mais cette vie en autarcie n'est pas simple non plus. La cohabitation est difficile, les conditions de vie sont extrêmement rigoureuses. Question solidarité : bof bof. C'est peu de dire que l'ambiance n'est pas à la fête. Certains passages se révèlent sacrément cruels et rudes. Dans le fond, c'est bouleversant aussi. Mais on s'accroche et on s'attache au sort de Tierney, l'héroïne qui se moque des traditions et qui remet en cause le mariage. Elle vient de fêter son seizième anniversaire et part s'isoler dans un camp pour son année de grâce.

L'année sera longue et compliquée. Déterminante. Les mises à l'épreuve se chargeront de chambouler les acquis, les idées et les idéaux. La rencontre avec Ryker viendra brièvement adoucir ce climat très lourd (on ouvre aussi le chapitre des braconniers, ahem ahem, c'est glauque). Ceci dit, le livre n'a nulle vocation romantique et c'est tant mieux. Ça dégouline de violence, de drames et de danger. Un pur condensé de The Handmaid's Tale + The Hunger Games + Lord of the Flies = OUCH.

Bon point pour cette ambiance rugueuse que j'ai beaucoup aimée. La fin aussi est touchante et vient conforter mon impression positive. Celle d'avoir lu un roman fort et remarquable. Une incroyable découverte !

Casterman, 2020 - Traduit par Nathalie Peronny

 

« Personne ne parle de l’année de grâce. C’est interdit. Nous aurions soi-disant le pouvoir d’attirer les hommes et de rendre les épouses folles de jalousie. Notre peau dégagerait l’essence pure de la jeune fille, de la femme en devenir. C’est pourquoi nous sommes bannies l’année de nos seize ans : notre magie doit se dissiper dans la nature afin que nous puissions réintégrer la communauté. Pourtant, je ne me sens pas magique. Ni puissante. »