19/11/09
Love ~ Hélène Bruller
Drugstore, 2009 - 65 pages - 13,90€
«Love» est le nouvel album d'Hélène Bruller, à la couverture aussi colorée et pétillante qu'un disque de Mika. (copyright : lematin.ch)
Grande première, Hélène Bruller a cessé de parler d'elle dans ses albums (Je veux le prince charmant ; Je veux toujours le prince charmant ; Hélène Bruller est une vraie salope ; Les autres filles... et leurs mecs ; etc.). Du moins, c'est ce qu'elle nous annonce en préface où elle annonce qu'elle a de l'amour à revendre et souhaite attirer notre attention vers cette espèce rare et précieuse que représentent ses amis ! Mais à travers le portrait des uns et des autres, c'est aussi (et toujours!) un peu d'elle dont il est question. Et ça tombe bien, car j'aime beaucoup son humour.
Hélène Bruller a plutôt du souci à se faire après la publication de son album : ses amis, elle les aime beaucoup... surtout quand ils sont nuls (dixit la 4ème de couverture). Et ça balance pas mal, les petites vannes, les plaisanteries bien vaches, les tacles par derrière, les pointes d'ironie, l'humour gras, bienvenue à la soirée Petits Meurtres entre Amis. C'est autour d'un dîner que les présentations sont faites, du meilleur ami hype-gay, à la copine hyperactive ou karma-girl, qui a besoin de prier avant chaque bouchée de nourriture avalée... Je ne vais pas faire le tour de la galerie, car tous les personnages ont à tour de rôle leurs grands moments (mention spéciale pour testostérone man, l'homme qui dit non et l'homam).
En fait, le ton du livre se retrouve dans l'extrait avec la Wonder Woman, la femme trop parfaite qui, même en retard, arrive avec des bougies de votre parfum fétiche, souriante et pleine d'excuses, bref impossible de lui en vouloir d'être ce qu'elle est (juste parfaite !). Donc, il est dit ceci : On reconnaît bien le style d'Hélène : même ses compliments sont des saloperies.
J'ai déjà lu les autres albums d'Hélène Bruller, j'ai toujours pris grand plaisir à les découvrir (surtout celui du Prince charmant). Ce sont des retrouvailles sympathiques, pour qui n'a pas peur de la garce-attitude de la maîtresse de maison, et le ton délicieusement barré et graveleux lui donne juste ce qu'il faut de piquant. C'est bon de se détendre, puis de faire son propre tour de table et ricaner en pensant, welcome back mauvaise foi girl ou sors de ce corps, mère teresa ...
02/11/09
1 seconde, 1 minute, 1 siècle... ~ Catherine Grive
illustrations de Muriel Kerba
Gallimard jeunesse, 2009 - 40 pages - 14€
1 seconde.
Le temps de tomber amoureux. Le temps pour quatre enfants de naître quelque part dans le monde. Le temps pour le coeur d'une personne de battre au moins une Fois.
1 minute. Le temps d'hésiter entre vanille ou chocolat... et de choisir pistache. Le temps de se fâcher ou de se réconcilier. Le temps qu'on met normalement pour faire pipi.
1 siècle.
Le temps qu'il faut à un arbre pour repousser après avoir brûlé. Le temps qu'a dormi la Belle au Bois dormant. Le temps d'avoir des enfants qui ont eux-mêmes des enfants qui ont eux-mêmes des enfants.
Catherine Grive a su me faire battre le coeur avec son inventaire de réflexions ponctuées de photographies (de Carole Bellaïche), elle parvient maintenant à m'enchanter sur la question du temps.
1 seconde, 1 minute, 1 siècle... c'est le temps de quoi ?
Tour à tour espiègles et facétieuses, mutines et coquines, sensées et profondes, légères et cocasses, les idées ne manquent pas. On attend quelques secondes de trop devant l'ascenceur et c'est l'éternité. On va deux heures au cinéma et c'est déjà fini. C'est long comment une seconde, trois minutes, un siècle ? Contrairement aux apparences, les montres ne disent rien sur la question. Combien dure le temps ?
Chaque page est chaque fois plus étourdissante, plus enchanteresse grâce aux illustrations pleines de couleurs de Muriel Kerba.
C'est définitivement un album magnifique, avec beaucoup de poésie et de sensibilité, qu'on peut consulter à tous les âges !!!
Et notre quotidien nous apparaît alors plus gai, plus coloré, plus fantaisiste, plus imagé et plus éclairé !
J'ai adoré.
29/10/09
Hänsel et Gretel (des frères Grimm) ~ illustré par Lorenzo Mattotti
traduit de l'allemand par Jean-Claude Mourlevat
Gallimard jeunesse, 2009 - 52 pages - 17€
Je ne suis pas folle, folle de contes (Grimm ou Perrault) parce que je leur trouve un côté effrayant et compliqué qui me dépasse. Inutile de décrypter le blocage, je suis une bête curieuse, pas farouche non plus, j'y vais, j'y viens, je boude, je repars, mais j'y reviendrai sans cesse. Pour preuve, cet album Hänsel et Gretel illustré par Lorenzo Mattotti.
Tout de suite, il m'a tapée dans l'oeil.
Il faut le voir en vrai pour le croire. Cet album est superbe, tout noir, avec un peu de blanc, et de belles lettres dorées en couverture. A l'intérieur, c'est la même sobriété : du noir, du blanc. Point.
C'est assez saisissant, voire terrifiant. Et pourtant, c'est très beau. Cet aspect tragique qui imprègne l'esthétique de Mattotti colle à merveille avec la beauté cruelle du conte des frères Grimm.
Vous vous rappellez ces deux enfants, abandonnés dans la forêt par leurs parents, acculés par la famine et donc résignés de livrer le sort de leur progéniture aux créatures de la nuit. Le frère et la soeur vont découvrir une maison faite en pain d'épice, un alléchant guet-apens pour la propriétaire qui est en fait une vilaine sorcière, et qui mijote en secret le sombre dessein de gaver les mômes pour son futur repas !
Brrr.
Autant j'aime l'explosion des couleurs dans les albums, autant j'ai été saisie d'étonnement et de fascination pour ce noir qui dégage davantage une force et moins une sentence qui opprime. C'est assez impressionnant.
Je ne crois pas que cet album va séduire les enfants, mais davantage un lectorat plus mature. On en parle également sur La belle illustration où est également évoquée la prochaine exposition à la Galerie Martel à Paris des originaux du livre de Lorenzo Mattotti (du 21 novembre au 9 janvier 2010).
A noter, pour finir, que l'Italie est l'invitée d'honneur du 25° salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil.
Pssst, c'est Jean-Claude Mourlevat qui signe la traduction de l'allemand de ce conte qui fiche la frousse ! ;)
25/10/09
Spooky Week : 2 albums !
Un billet express, ... j'y reviendrai peut-être plus tard (désolée !).
Three Little Ghosties raconte l'histoire de trois petits fantômes qui aiment faire des blagues et des bêtises, le tout raconté sur un air de comptine pour un résultat agréablement surprenant, c'est un festival de couleurs et de facéties, jusqu'à la touche finale... nos garnements vont tomber sur plus malin qu'eux et avoir une bonne frousse bleue qui leur vaudra d'aller fissa au lit, sans discuter. Les illustrations sont d'Anna Laura Cantone, ce qui m'a donné envie de découvrir cet album, car j'aime beaucoup cette illustratrice ! :)
The Everyday Witch, par comparaison, est plus sage et moins délirant mais amène à réfléchir (sa lecture n'est tout de même pas décevante, bien au contraire, la fin m'est apparue espiègle !). L'histoire est donc celle d'un petit garçon qui, d'après quelques constatations, se demande si sa maman n'est pas une sorcière. Il consulte un vieux livre en bibliothèque qui traite des sorcières, de leurs charmes, de leurs mystères et de tous leurs secrets. Les preuves sont sous son nez, maintenant le jeune garçon n'ose plus aborder le sujet avec sa mère pour obtenir la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, et au diable le reste. Encore une belle découverte en album jeunesse, totaly british à ce propos, d'ailleurs ces deux albums n'ont pas encore été traduits en français, mais que ceci ne freine pas vos envies.
voici deux liens pour en feuilleter plus ... ICI et ICI ENCORE ! (c'est d'ailleurs un super site pour les amoureux des illustrations, les découvertes sont nombreuses et toutes extraordinaires !) ...
je file, je cours, je vole, je m'excuse du message express, le coeur y est mais la tête est déjà très loin (partie en vacances ? non, mais presque !) ...
21/10/09
L'étrangère ~ Emmanuelle Delafraye
illustré par Isabelle Malenfant
Les 400 Coups, 2009 - 30 pages - 13,90€
D'Emmanuelle Delafraye, j'avais aimé Des princesses et des hommes puis j'en étais restée là. Je suis très contente de la retrouver sous un nouveau format, celui de l'album, en collaboration avec Isabelle Malenfant.
L'histoire est hélas commune (dans le sens où les leçons du passé ont du mal à s'imprimer dans les mentalités) : une petite fille arrive avec sa maman dans un village, très loin de ses origines. Elle aimerait se joindre aux enfants qui jouent dans la rue, mais ces derniers la repoussent et lui lancent des insultes... elle n'est qu'une étrangère, le mot fait mal. Tellement porteur des peurs, du rejet, de la non-appartenance, bref c'est pire qu'une gifle.
Un soir, nouée de désespoir, la petite fille blonde se rend près d'un puits - forte des croyances rapportées par sa grand-mère - et murmure une incantation pour faire venir une sorcière (les sorcières remontent à la surface des puits les nuits où les hommes, perdus dans leur colère, les appellent). Le pacte est terrible, la petite fille est aveuglée par son chagrin et sa détresse, elle ne réfléchit pas.
La suite se révèle effrayante, un vrai gros clash d'horreur et d'effroi. Et pourtant, tout finit bien...
C'est une histoire de sorcellerie qui est aussi une histoire d'amitié. Une histoire où la jalousie et l'envie inspirent bien des bêtises. En un mot, une très belle histoire, servie par les magnifiques illustrations d'Isabelle Malenfant (n'hésitez pas à consulter son site !).
> Morgan de Papier en Soie en parle également.
19/10/09
Le Son des Couleurs ~ Jimmy Liao
« Je cherche la petite lumière qui palpite en moi. »
Le Son des Couleurs est un magnifique album, l'oeuvre onirique d'un magicien, le taiwanais Jimmy Liao. Son univers extrêmement personnel et touchant fait de lui un auteur contemporain à découvrir absolument ! (parole d'éditeur :))
C'est l'histoire d'une jeune fille de quinze ans, elle est aveugle et s'aventure dans le métro. C'est plus qu'une plongée dans un monde souterrain secret, mystérieux, coloré, joyeux et éclatant, c'est un voyage au pays des rêves et de l'imagination, sur fond de réflexion... où suis-je, où vais-je, suis-je seule dans ma bulle, comment m'en sortir, toucher la lumière, y croire, ne jamais perdre espoir.
C'est un album fantastique, riche en illustrations pleines de couleur, le métro est un cadre étrange pour une histoire mais celui de Jimmy Liao est étonnant, différent, accueillant et propice à un imaginaire sans fin. C'est vraiment beau, parfois étrange et décalé, irréel et saugrenu, pourtant la magie est là, elle fait des merveilles, elle séduit le lecteur, l'alchimie est totale.
Le texte du livre est aussi très poignant, il s'agit du dialogue intérieur de la jeune fille, il évoque la solitude, le rêve, la perte et l'espoir.
« Je cherche l'espoir de toutes mes forces.
J'ai si peur de laisser filer bêtement la chance qui se tient là, à portée de main.
Je caresse le fol espoir de posséder un balai magique qui m'emporterait loin des tracas de la vie. Ou alors, que mes rêves deviennent réalité d'un simple coup de baguette.
Après avoir trébuché, en général, je comprends qu'on ne peut pas tout exiger de la vie.
Je retourne sans cesse à ces mondes imaginaires qu'il me semble avoir déjà connus. »
Bref, c'est un livre tendre, avec de très belles illustrations, qui se destine à tous les lecteurs.
C'est aussi un bel hommage à Rilke et son poème L'aveugle.
Bayard images, 2009 - 100 pages - 14,90€
traduit du chinois par Stéphane Lévèque
***********
Une lecture en amenant une autre, j'ai instinctivement pensé à
parce qu'il est aussi beau que silencieux et attendrissant. Bouleversant, même.
Parce qu'il est dit une citation importante : « La lecture d’un album illustré est une sorte de « conversation » avec les dessins. Un album aussi profond que le regard d’un ami avec qui l’on communique sans parler est un livre non seulement pour les enfants mais aussi pour les adultes qui se souviennent d’avoir été enfants. »
Et parce que son auteur dédie le livre « aux enfants qu’on n’écoute pas assez. J’espère toucher le cœur de tous les lecteurs, quels que soient leur âge, leur nationalité ou leur origine. Face à l’indifférence des adultes parfois trop occupés, les enfants ne parviennent pas à exprimer leurs sentiments et, peu à peu, referment leur cœur. Dites à ces enfants repliés sur eux-mêmes qu’ils ont le droit de crier : « Ecoute-moi ! ». Ensuite, écoutez-les. Leurs « maux » seront plus légers… »
Youn YOUNG-SEON
Des mots plus légers, par You Young-seon et illustré par Jeun Keum-ha.
traduit du coréen par Lim Yeong-hee et Françoise Nagel
2009, Chan-ok / Flammarion.
10€
07/10/09
La mélodie des tuyaux ~ Benjamin Lacombe
Un conte musical écrit et illustré par Benjamin Lacombe
raconté par Olivia Ruiz
mis en musique par Alexis Vallois, Jean-Baptiste Marino et Xavier Pourcher
Seuil jeunesse, 2009 - 40 pages - 25€
C'est toujours un événement d'accueillir un album signé de Benjamin Lacombe ! J'ai volontairement squizzé tous les billets qui ont créé le buzz ces dernières semaines, en ne retenant que de maigres détails : c'est un conte musical et Olivia Ruiz figure au casting (cela a suffi pour tripler notre excitation car c'est une artiste que nous apprécions beaucoup).
Le reste, c'était motus. Je voulais la SURPRISE.
La Mélodie des Tuyaux est (sans surprise) un très, très bel album.
Les couleurs sont extraordinaires, le contraste entre la ville triste et terne où vit Alexandre, treize ans, et les couleurs chatoyantes du camp des gitans est flagrant.
Au début de l'histoire, Alexandre a le regard vide et le sourire éteint. Il sait qu'il n'aura pas d'autres choix, dans sa vie, que de travailler dans une usine minable, comme ses parents. Cette perspective ne l'enchante guère.
Mais l'arrivée des roulottes gitanes lui fait l'effet d'un électrochoc. Ce sont des cris, des rires, des physiques impressionnants qui sont autant de claques dans la figure. Alexandre est curieux, admiratif et peureux...
Jusqu'au jour où il va croiser la ravissante Elena.
« Elle avait le plus beau regard qu'il ait jamais croisé. Si beau qu'il ne put s'empêcher de baisser les yeux. Quand il les releva, elle avait disparu. Il la chercha du regard, en vain. »
La petite gitane va introduire Alexandre dans sa famille hors du commun, Frieda la femme à barbe, Mary et Anny les soeurs siamoises, Pipo, Juan et Esteban les lilliputiens, Félicie une pauvre petite qui n'avait ni bras ni jambes et circulait sur une crinoline à roulettes.
Et aussi, les musiciens...
« Derrière un rideau, un groupe d'hommes en noir aux longs cheveux chantaient dans une autre langue en grattant des guitares. Certains avaient de drôles de petits tambours entre les jambes. Deux vieilles dames avec de grandes robes à volants frappaient en rythme dans leurs mains. Une jeune femme dansait au milieu de l'assemblée. Grave et fière, elle tapait des pieds et tournait sur elle-même en levant les bras au ciel. »
Qui ne serait pas fasciné par un tel spectacle ? C'est une invitation pour s'échapper de sa grisaille ! Alexandre comprend qu'il était en train de s'effacer, sa vie ordinaire ne lui convient plus, il est attiré par ce monde de couleurs, d'odeurs, de sons et de chants... Et inversement, la musique s'impose à lui. La guitare épouse ses doigts, la mélodie devient sa maîtresse, le garçon se révèle doué et époustouflant. Sûr qu'il vient de trouver sa place !
L'histoire ne se termine pas là, puisque les parents d'Alexandre sont frileux et mettent des barrières pour emprisonner leur fils. Les gitans sont des voleurs de poules, il faut à tout prix les fuir pour empêcher qu'une mauvaise influence plante sa graine dans le corps et la tête du garçon. Serait-ce trop tard ? Alexandre sait qu'Elena doit bientôt repartir avec les siens, il lui a promis une chanson pour le soir de la dernière représentation.
Mais l'amour, l'amouuuuuur est plus fort que tout ! ... Simplement, l'histoire ne se résume pas à une bluette sentimentale. C'est avant tout un hymne à la liberté, à la création artistique, à l'émotion et l'éclosion des sentiments. A la tolérance, à l'écoute, à l'ouverture et au refus de la peur de l'autre (l'inconnu) et des préjugés.
Le format du livre est grand (27 x 39 cm), chaque page est soignée aux petits oignons, avec comme bonheur suprême des doubles pages pleines d'illustrations d'une beauté à couper le souffle. Un dernier petit mot concernant le cd, il dure approximativement 37 minutes, la voix d'Olivia Ruiz est calme et posée, l'ambiance au début est tristounette pour finalement éclater dans un festival de flamenco. La chanson d'Alexandre est même très émouvante !
A signaler, une exposition rétrospective à l'oeuvre de Benjamin Lacombe du 7 au 24 Octobre à la galerie Daniel Maghen (47 quai des grands augustins, paris 6°).
23/09/09
Contes de la banlieue lointaine ~ Shaun Tan
Gallimard jeunesse, 2009 - 96 pages - 18,00€
traduit de l'anglais par Anne Krief
Cet album est tout simplement superbe. C'est une invitation muette à pénétrer un univers étrange et atypique constitué de quinze contes (ou histoires) au charme inqualifiable. Et chaque histoire est unique, le rythme est latent, d'une page à l'autre cela se suit mais cela ne se ressemble pas, c'est à chaque fois un monde à part, magique dans le sens fascinant, et carrément bluffant.
J'avais les yeux ronds comme des billes, la bouche bée et je dévorais chacune des histoires en plus des illustrations magnifiques. C'est difficile à décrire, c'est comme la quatrième dimension, ou l'idée de quitter ton monde pour entrer dans une dimension inconnue, avec humour et émotion. C'est fantastique, je m'étais promis de vous raconter telle ou telle histoire, et puis finalement je me rends compte que j'ai envie de les décrire toutes. Pas une plus faible que l'autre, non, tout est très bon. Avec, de plus, cette petite touche qui vous saisit, qui vous noue l'estomac et qui vous fait soupirer profondément... genre fichtre que c'est beau, comme c'est bien dit, avec beaucoup de pureté, de naturel et de poésie.
Il y a ce petit passage qui pourrait s'appliquer à l'ensemble de cette lecture, c'est extrait de l'histoire intitulée Orage à l'horizon :
Plus étrange encore sera la découverte que sur chaque petit morceau de papier figurent des mots délavés composant d'imprévisibles poèmes à peine visibles mais indéniablement présents. A chaque lecteur ils confieront quelque chose de différent quelque chose de gai quelque chose de triste vrai absurbe drôle profond et parfait. Personne ne pourra expliquer la troublante impression de légèreté ni le sourire énigmatique qui persisteront longtemps après que les rues auront été balayées.
A découvrir, pour lecteurs de tous âges.
encore des petits cailloux ...
(jouets cassés) Le scaphandrier a prononcé de nouveau son mot en japonais et tendu son petit cheval. Il nous masquait la vue, et nous ne voyions pas grand-chose, hormis Mme Cata, pétrifiée, la main plaquée sur la bouche. On aurait dit qu'elle allait s'évanouir de frayeur. Nous avions une chance insensée.
- Attends un peu, as-tu dit en plissant les yeux. Je crois qu'elle... pleure !
Et en effet, plantée dans l'encadrement de la porte, elle sanglotait de façon irrépressible.
Etions-nous allés trop loin ?
A vrai dire, nous commençions à avoir de la peine pour elle... C'est alors qu'ellle a levé ses bras maigres et les a passés autour du cou du personnage à la combinaison dégoulinante d'eau et couverte de coquillages. Nous n'avons pas vu la suite car nous étions trop occupés à comparer notre étonnement, mesuré à la hauteur de nos sourcils. Puis la moustiquaire s'est refermée et il n'est plus resté que le rectangle noir de la porte et le casque du scaphandre au milieu d'une flaque d'eau.
(nulle part ailleurs) Le béton peint en vert devant la maison, qui au premier abord devait sembler une façon originale de ne plus avoir à entretenir de pelouse, présentait aujourd'hui un aspect des plus déprimants. L'eau chaude arrivait à l'évier de la cuisine comme si elle avait dû parcourir des kilomètres pour y parvenir, avec de sérieuses réticences en prime, et parfois de couleur brunâtre. La plupart des fenêtres n'ouvraient pas assez bien pour que les mouches puissent sortir. D'autres fermaient si mal qu'elles ne pouvaient les empêcher d'entrer. Les arbres fruitiers plantés récemment avaient dépéri dans le sol sablonneux d'une arrière-cour en plein soleil et avaient été laissés sur place telles de frêles stèles sous les cordes à linge lâches, petit cimetière de toutes les désillusions. Il semblait impossible de dénicher les denrées que l'on désirait, ou d'apprendre comment demander correctement les choses les plus simples. Les enfants s'exprimaient rarement autrement que pour se plaindre.
- Nulle part ailleurs... il n'y a pas pire pays au monde, protestait incessamment leur mère, que personne n'éprouvait le besoin de contredire.
Une fois les traites payées, il ne restait pas d'argent pour les travaux.
- Les enfants, il faut que vous aidiez plus votre mère, répétait leur père.
Et cela signifiait dénicher l'arbre de Noël en plastique le moins cher et le ranger momentanément dans les combles, sous le toit. Voilà au moins une chose que l'on attendait avec impatience, et les enfants passaient le mois suivant à fabriquer leurs propres décorations, réalisant des découpages et des pliages en papier tout à fait ravissants, assis par terre, au milieu du salon, et y attachant des petits bouts de fil. Pendant ce temps-là, ils ne pensaient plus à la chaleur accablante ni à tous les problèmes qu'ils avaient à l'école.
Mais le jour où ils montèrent chercher l'arbre de Noël, ils le découvrirent collé aux poutres : il avait fait si chaud dans les combles que l'arbre avait purement et simplement fondu.
Là, vous vous dites, mais c'est triiiste ! Attendez que la page se tourne, vous ne le regretterez pas...
Shaun Tan est l'auteur de Là où vont nos pères (Dargaud, 2007) qui a été couronné par le prix du meilleur album à Angoulême en 2008.
Contes de la banlieue lointaine a reçu en 2008 l'Aurealis award du meilleur livre/roman graphique.
22/09/09
Le Prince amoureux ~ Michael Morpurgo
Gallimard jeunesse, 2009 - 48 pages - 7,00€
illustré par Emma Chichester-Clark
traduit de l'anglais par Diane Ménard
Dans cette histoire, Morpurgo nous offre tout le charme et la fantaisie d'un beau conte de Noël. Le prince Frederico vient d'épouser la belle Serafina, la joie éclate dans tout le royaume, leur bonheur inonde chaque parcelle du pays et il n'existe pas une âme qui ressente cet amour et s'en porte tout aussi grandie. Hélas, la princesse est soudainement atteinte d'un mal inexplicable, elle n'est plus capable de sourire et éprouve une grande tristesse. Si grande que sa santé commence à s'étioler, ses jours sont désormais en danger. Les fêtes de Noël approchent mais le prince refuse de les célébrer et interdit quiconque d'exprimer le moindre sentiment de félicité. Fou de rage et de colère, il prend son cheval et galope sans but. Il se perd dans une forêt, il est transi de froid, épuisé de fatigue et fait alors la rencontre d'une famille de voyageurs. Son histoire les émeut. Ils n'ont pas de recette miracle mais suggère au prince de donner son royaume pour un sourire de sa princesse. Les plus beaux spectacles sont alors donnés, hélas, sans tirer la plus petite ombre d'un sourire, Frederico est désespéré jusqu'à l'arrivée d'une troupe de saltimbanques masqués, et d'un oie qui fait un boucan du tonnerre...
La réunion de deux talents - Morpurgo pour la narration et Chichester-Clark pour les illustrations - est plutôt bien réussie. Le résultat nous plonge dans une atmosphère très vivante, où l'époque du Moyen Âge est retraduite divinement. Beaucoup de magie pour cette histoire de prince et de princesse, qui révèle une fin étonnante, en rapport avec la crèche et la Nativité. C'est pas mal intéressant à envisager, même si j'attendais une autre tournure de l'histoire...
Un livre (au petit format avec une couverture en cartonné) très, très appréciable pour qui aime Morpurgo et ses oeuvres d'une qualité remarquable.
(Emma Chichester-Clark est autrement connue pour sa série Melrose et Croc... qui est une merveille de distraction !)
20/09/09
C'est un monde ! ~ Michel Galvin
Seuil jeunesse, 2009 - 48 pages - 16,50€
Ou pourquoi papa bricole (le diable expliqué aux enfants, il s'agit du sous-titre, c'est excellent !). Hélas, je n'ai trouvé aucun élément de réponse dans cet ouvrage, même si j'ai cru comprendre qu'un diablotin aimait à se faufiler dans les foyers, en cachette, et qu'il narguait les hommes avec une grosse pelote noire. Une pelote si grosse qu'elle fait tâche dans la belle, grande maison dont est si fier l'Homme. Impossible à attraper, impossible à virer. La course-poursuite commence, avec un formidable voyage à la clé. Oui, le diable vous ouvre de nouveaux horizons. Non, votre vie d'Homme n'est pas celle de se contenter de son chez-soi, à se rengorger d'avoir un endroit propret qui flatte votre ego. La pelote, donc, c'est comme votre désir que l'on déroule à la découverte du monde et de l'autre.
Extrait : Les choses s'arrangèrent plutôt bien.
Les réparations durèrent... durèrent... durèrent... si longtemps qu'elles durent encore aujourd'hui (c'est ce qu'on appelle le bricolage) et que le bonhomme, pour des raisons pratiques bien sûr, finit par rester sur place.
Quant à l'autre (ne prononçons pas son nom), il ne doit pas être bien loin puisqu'il est un peu partout chez lui, sûrement à méditer sur tout ça et à se croire important... C'est un monde !
Cela me fait rire toute seule, le coup des réparations qui durent, qui durent... si longtemps qu'elles durent encore aujourd'hui... C'est ce qu'on appelle le bricolage ! Ah merci, j'en sais quelque chose !!! ;o)
A propos, je vous conseille de suivre Mel de La Soupe de l'Espace pour mieux connaître le monde merveilleux de Michel Galvin.
illustrations de @ c'est un monde ! à ne pas reproduire, merci.


















