18/11/16

La Monture de Castor-Têtu, de Jean Leroy & Audrey Poussier

la Monture de Castor-Têtu

Dans sa première aventure, Castor-Têtu avait su démontrer son courage et avait gagné sa plume de brave. Mais cela ne semble pas suffir pour avoir le droit de posséder son propre cheval et partir à la chasse au bison. Qu'importe. Notre jeune papoose décide de s'en aller seul dans la grande prairie pour capturer sa monture. Il n'a qu'à traverser la rivière, se faufiler dans les hautes herbes et préparer son embuscade.

Malheur ! L'enfant ne voit pas venir un troupeau de bisons foncer droit sur lui. Plus grave encore, un feu fait rage dans la prairie et est en train de gagner du terrain. Vite, pas de temps à perdre. Castor-Têtu se met à courir mais trébuche sur un jeune bison dont la patte est coincée dans un terrier. En voulant le secourir, le papoose gagne sans se douter son nouveau destrier qui fera, à coup sûr, sensation au campement.

C'est toujours aussi frais, drôle, trépidant et ingénieux. L'histoire de l'indien à qui il arrive de fabuleuses histoires et qui, décidément, ne fait rien comme tout le monde. Un album riche en émotions et en aventures, qui sait ausi raconter la vie des indiens avec beaucoup de tendresse et de fantasmagorie. 

L'École des Loisirs - septembre 2016

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17/11/16

Passion et Patience, de Rémi Courgeon

PASSION ET PATIENCE

Oh, la petite merveille que voilà ! Rémi Courgeon nous régale avec cette histoire de sœurs jumelles, Passion et Patience, physiquement identiques mais au caractère opposé. L'une est intrépide et fonceuse, l'autre privilégie le calme, la douceur, la contemplation. Ces deux-là se complètent et ne se quittent jamais. Leur voisin, Gus, partage aussi leurs jeux et teste avec elles ses nombreuses idées de constructions de balançoires, de cabanes... Les filles sont enchantées de son esprit créatif et en redemandent. En grandissant, Gus poursuit ses études d'ingénieur et quitte la maison de ses parents pour ne revenir que des années plus tard. C'est un beau jeune homme, fringant et astucieux. Il déborde de projets et d'envies, tandis que ses charmantes voisines ne font que l'encourager et l'inciter à ne pas stagner sur des refus. Ainsi, pour l'Expo Universelle de 1889 à Paris, Gus voit son projet de jeunesse plébiscité et pense fortement à ses amies d'enfance, parties parcourir le monde, et qui ont été ses muses durant toutes ces années.

Alors ne cherchez pas dans la biographie de Gustave Eiffel la trace concrète d'une Passion ou d'une Patience, car cette rencontre est purement fictive mais elle paraît si vraie, si authentique et si romanesque qu'on a très envie d'y croire aussi. L'album est, de fait, magnifique & passionnant. On l'admire sous toutes les coutures, avec son grand format (26 x 36,5 cm), son élégance et sa noblesse, on ressent instinctivement une vénération pour lui. L'histoire aussi est belle, assez fleur bleue et remarquablement écrite. On s'enthousiasme pleinement pour le destin des personnages, les sœurs sont fascinantes et de véritables pionnières dans l'émancipation féminine (elles font de la photographie, écrivent des romans, voyagent en Inde et portent le sari). Elles se concrétisent autrement que dans le mariage et pour des jeunes femmes du XIXe siècle c'est assez spectaculaire ! Rêves d'amour, rêves de gloire, cet album met à l'honneur le pouvoir de l'inspiration et des égéries dans des parcours de vie hors du commun. 

Une lecture magique, bouleversante & pleine de charme. Gros coup de cœur. ♥

éditions Milan - Octobre 2016

Pour une nouvelle expérience de lecture, un flash code sur l’album vous permettra d’écouter gratuitement l’auteur en personne, vous raconter l’histoire des muses de Gustave Eiffel…

Écouter un extrait :

https://soundcloud.com/user-940935112/extrait-passion-patience-remi-courgeon

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Le Pingouin qui avait Froid, de Philip Giordano

le-pingouin-qui-avait-froid

Milo est un petit pingouin frileux. Contrairement à ses parents, et aux autres pingouins sur la banquise, Milo a froid, très froid. Il refuse de sauter dans l'eau glacée pour pêcher, il reste transi sur son bout de banquise à attendre un miracle. Celui-ci se présente sous la forme d'une baleine, qui lui propose de partir en expédition. Un long voyage les attend, jusqu'à leur arrivée sur l'île des oiseaux. Là, tout est plus doux, plus chaud, plus coloré. Mais c'est déjà l'heure de rentrer à la maison, et Milo confie son désarroi. Sur la banquise, il a désespérément froid. Le chef des oiseaux, le grand perroquet blanc, lui confectionne alors une longue écharpe multicolore. Ce cadeau lui tiendra chaud sur son iceberg, en plus de lui faire penser à ses nouveaux amis.

Et la vie reprend son cours, Milo est blotti dans son cache-nez en plumes d'oiseaux et n'a plus froid. Un jour, il croise un autre pingouin grelottant sur la banquise, lui aussi refuse de sauter dans la mer glacée. Milo ne se sent plus seul à ne pas aimer le froid. Cette histoire est fabuleuse et raconte le parcours initiatique d'un pingouin sensible au froid, qui découvre le monde et qui est fier de partager son expérience avec d'autres pingouins dans son cas. Par son très grand format, l'album propose de riches illustrations de pingouins aux formes géométriques (rond, rectangle, triangle) avant d'explorer les tropiques aux couleurs plus flamboyantes. Le contraste est saisissant, la lecture n'en paraît que plus sensationnelle ! Un très beau rendez-vous qui réchauffe en cette saison tristounette.

éditions Milan - Septembre 2016

Le Pingouin qui avait Froid - BookTrailer from Pilipo Giordano on Vimeo.

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On a trouvé un chapeau, de Jon Klassen

ON A TROUVÉ UN CHAPEAU

Deux tortues trouvent un chapeau mais réalisent que ce ne serait pas juste que l'une arbore un chapeau, et pas l'autre. Alors elles décident d'un commun accord de passer leur chemin. Autant se priver toutes deux du chapeau !

Seulement voilà, l'une d'elles soupire de regret. Elle se lamente in petto d'avoir abandonné le couvre-chef, elle y pense le soir au moment de se coucher, elle y pense fort, fort, fort, mais n'ose pas l'avouer à son amie. Lorsque celle-ci tombe de sommeil, la tortue nouée de frustration s'éclipse en douceur, et alors... ?

Il arrive, parfois, que le désir est si fort qu'il vous obsède, que la convoitise est imprimée en vous et qu'elle vous ensorcelle... Si c'est le cas, alors cette lecture ne peut que vous parler. Son histoire de partage et de sacrifice qui rend amer est forcément cocasse, mais tellement subtile aussi. Car l'humour de Jon Klassen est extraordinaire.

Il y a un tel décalage entre l'image, au graphisme simple et épuré, et le texte, qui laisse filtrer ce que l'on ne voit pas et place ainsi le lecteur dans la confidence, que le résultat sonne juste. L'humour est sarcastique, mais la morale est sauve. Au final, les deux tortues ont éprouvé leur amitié et résisté à la tentation. Un album comique et sans chichis. 

Milan - Octobre 2016 (Adaptation française de Jacqueline Odin)

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16/11/16

L'Abécédaire de Monsieur Bear, de Virginie Aracil

L'Abécédaire de Monsieur Bear

Gros coup de cœur pour cet abécédaire de grand format (25,6 x 34,6 cm) sur un beau papier glacé & cartonné! 

Pourquoi lui, parmi tant d'autres ? Parce que les illustrations de Virginie Aracil sont tout simplement adorables : couleurs pop et vitaminées, douces et actuelles. Elles vous embarquent dans une valse de mots et de dessins représentant l'univers familier de l'enfant, et pas seulement. 

Cette ouverture vers le monde qui l'entoure est formidable. Ce sont en tout plus de 160 mots qui enrichissent le vocabulaire de l'enfant, mais lui donnent aussi matière à s'exprimer, à reconnaître, à apprendre et à découvrir. 

Beaucoup de poésie et d'humour dans cet album fabuleux ! 

Bayard Jeunesse, septembre 2016

 

À l'origine, L'ABC de Monsieur Bear est une application numérique, n°1 de l'Appstore enfants dans de nombreux pays. Son succès a ainsi donné naissance à l'album. Tellement plus précieux & concret ! ☺

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13/11/16

Bonne nuit tout le monde, de Chris Haughton

Bonne nuit tout le monde

« Aucun rêveur n'est trop petit, aucun rêve n'est trop grand. »

La nuit tombe, le soleil se couche. Les paupières sont lourdes. Les souris, les lièvres, les biches ont sommeil. Maman Ours s'étire et se prépare aussi à dormir. Seulement, Petit Ours déclare qu'il n'a pas sommeil. Il a encore envie de jouer et il fait le tour de ses camarades pour se joindre à lui.

Mais les souris, les lièvres et les biches sont trop fatigués. Il est l'heure de dormir, Petit Ours. Et il est vrai qu'après avoir vaillamment résisté, il dépose enfin les armes. À son tour de bâiller, de prendre une longue inspiration, de s'étirer de tout son long.

Maman Ours n'a plus qu'à le cueillir pour aller se coucher. Et l'instant d'après, c'est un concert de ZzZ, zzZZZ, FFFff... & Smack ! Bonne nuit tout le monde. 

Magnifique album à lire pendant le rituel de l'histoire du soir ! L'instant est précieux : une histoire calme, douce et apaisante, des illustrations chaleureuses, dans des teintes crépusculaires, un petit héros rebelle, qui rechigne à rejoindre son nid mais qui lutte difficilement contre la somnolence, une situation ô combien éprouvée... 

Et quelques petites préciosités glissées ci et là, comme une subtile découpe dans la lecture ou les pages de garde représentant les ciels de l'hémisphère sud & nord avec ses constellations. Une belle invitation à rêver.

éditions Thierry Magnier - août 2016  

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source : Chris Haughton

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Cap au Sud! de Jeanne Willis, illustré par Peter Jarvis

Cap au Sud

C'est bien connu, les manchots vivent au pôle Sud et ne mettent jamais les pieds au pôle Nord. 

... Jusqu'au jour où la famille Filédanchois prépare son paquetage pour un pique-nique au calme, sur un bout d'iceberg. Seulement, la famille a fini par s'égarer et a chaviré sans but, au beau milieu de l'océan, pour finalement se trouver face à une énorme boule blanche et poilue. Bienvenue à l'autre bout du globe où vivent les ours polaires ! 

Les manchots sont bien embêtés de se retrouver à 20,000 kilomètres de chez eux. Mais M. Leblanc est ravi d'avoir enfin de la visite, et confie dans la foulée qu'il rêve d'être le premier ours blanc à atteindre le pôle Sud. En avant l'aventure, les Filédanchois et leurs trois enfants repartent à l'assaut de l'océan en compagnie de leur nouvel ami. 

Le voyage est long, mais avec des détours fabuleux. Cap en Amérique, en Angleterre, en Italie, en Inde, et aussi en Australie. Nos explorateurs traversent les continents et les océans, parcourent des endroits merveilleux et poursuivent leur but sans même prendre le temps de casser la croûte ou de faire pipi (au grand dam de Zouzou).  

Voilà qui offre un formidable tour du monde aux couleurs et aux saveurs exotiques ! Cette histoire raconte aussi une belle rencontre et une étonnante amitié entre deux pôles qui n'étaient jamais censés se croiser, avec en toile de fond des illustrations pleines de charme & un texte plein d'humour.

Un album attachant, sincère et généreux. 

Gallimard Jeunesse - Septembre 2016 / Traduit par Emmanuel Gros

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source : by Jarvis

 

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Polarman, de Gilles Rapaport

Polarman

Une jeune femme tombe amoureuse de Polarman, après avoir découvert son profil sur FB. Elle décide de tout plaquer pour le rencontrer en vrai et partager son quotidien de héros masqué, véritable star de la banquise.

Mais Polarman n'a pas le temps pour la bagatelle. En tant que super-héros du cercle polaire, il aide les plus vieux, les plus seuls, les malades, les handicapés, les abandonnés... Il protège les enfants, leur rappelle de ne pas fumer, de bien travailler à l'école et les aide aussi à faire leurs devoirs.

Polarman trime donc toute la journée et passe en coup de vent chez lui pour avaler du café chaud ou lire ses comics préférés. Il a fini par s'habituer à la présence de la jeune femme, discrète, attentive et observatrice. Ensemble, ils vont même s'occuper d'un ourson abandonné et lui apprendre à survivre dans son environnement sauvage, à chasser le phoque, trouver du poisson ou des baies.

Cette histoire, assez fantaisiste, est néanmoins inspirée de la véritable rencontre de l'auteur avec Polarman, un individu qui vit dans le Nord-Ouest canadien et qui se prend bel et bien pour un super-héros des temps modernes. Flanqué d'un costume et d'un masque, il parcourt la banquise pour venir en aide aux plus démunis et a depuis gagné le respect de tous ! 

L'album fait ensuite découvrir le quotidien du Grand Nord, assez rude et brutal, très éloigné de notre confort douillet, mais pour survivre à des températures polaires par -40°C, qui durent des mois et des mois, on n'a sans doute jamais assez de peaux de cariboux ou de phoques pour surmonter le choc ! La chasse aussi est banalisée, parmi la faune assez rare, représentée par les ours et les renards blancs, les baleines, les phoques et les narvals (dont la corne d'ivoire sert à tailler la bague que Polarman offre à la jeune femme.) Bouh. 

Cette réalité n'est pas sans me déchirer le cœur, cf. le chapitre où notre super-héros explique le b.a.-ba de la chasse du phoque (comment le dépecer, avaler les intestins etc.), mais expose une autre manière de vivre qui dépasse celle que l'on connaît. La lecture n'en demeure pas moins étonnante par ses illustrations et son humour sous-jacent, qui raconte les prémices d'une jolie histoire d'amour et d'une passion commune à vouloir sauver le monde ! 

Gallimard Jeunesse - Octobre 2016

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source : Gilles Rapaport

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12/11/16

Georgia: Tous mes rêves chantent, de Timothée de Fombelle

Georgia

Georgia, aujourd'hui une star de la chanson, porte un secret d'enfance qu'elle confie pour la première fois.

“On venait d'arriver dans un appartement beaucoup trop grand pour nous. Parce qu'il n'y avait plus que ma tante avec moi depuis quelques jours. J'avais sept ans. Ils nous avaient éparpillées, mes trois petites sœurs et moi, à plusieurs endroits du pays comme une poignée de billes qu'on jette sur un carrelage.”

Dans cet appartement, très vite, Georgia entend chaque nuit un violon jouer à travers le mur. Émerveillée par cette bouleversante mélopée, elle en oublie facilement tous ses soucis, sa famille éclatée, ses problèmes à l'école, sa solitude... Son truc à elle, c'est d'être entourée de Rêves, nombreux et encombrants, joyeux et tristes, doux et souriants, indispensables et envahissants.

Parmi eux, il y a aussi Le Grand Rêve, qui va provoquer la rencontre avec Sam le violoniste, Sam le garçon sensible, Sam l'artiste attentif, qui voudrait que Georgia chante. Mais Sam a également un secret de famille, une histoire lourde et poignante, qu'il raconte avec sa voix et son violon et qu'il construit à la façon d'un petit théâtre ancien, si éloigné de la vie de Georgia, et néanmoins si proche qu'il semble murmurer près de son oreille.

Obsédée par cette musique et par son voisin invisible, la fillette veut tout connaître de Sam et finira par découvrir une partie de la vérité à la bibliothèque de l'école. Entre Sam et elle, une épaisseur de mur de cent ans. Mais qu'est-ce que cela change, puisque leurs voix le traversent ?

Conte onirique, histoire en chansons, fable pour enfants, lecture sensible et émouvante... cette Georgia n'a pas fini de susciter de vives émotions ! La première écoute est poignante, les suivantes enfin vous embobineront dans ce monde de Rêves aux apparences de doudous insolites, “aussi discrets qu'une équipe de rugby ou une fanfare” et qui laissent si peu de place aux autres, la vie, les copains, l'école...

Pour alléger le caractère grave de l'histoire, les illustrations de Benjamin Chaud glissent une subtile saveur de pitrerie et de tendresse. La colonie des Rêves est adorable ! Fantasque, bavarde, cocasse et loyale. Cette garde rapprochée protège la fillette de l'extérieur, avant de la bousculer pour dépasser ses peurs. La musique, les chansons et l'audace feront le reste. Apprendre à grandir et franchir les limites.

Cette délicieuse comédie musicale est soutenue par des artistes talentueux, comme Emily Loizeau, Albin de la Simone, Pauline Croze, Alain Chamfort, Babx et bien d'autres encore, dans des compositions originales et aux paroles écrites par Timothée de Fombelle, sans oublier des reprises de grands standards, comme l'incontournable Georgia on my mind... Le texte est lu par Cécile de France et Anny Duperey (dans le rôle du grand rêve).

Une distribution pudique et élégante pour une lecture empreinte d'une grande dignité. Très bel album, coloré et délicat, qui soutient SOS Villages d'Enfants.

Gallimard Jeunesse Musique - Novembre 2016 / Une production imaginée et réalisée par l'ENSEMBLE CONTRASTE

 

Georgia : la playlist Deezer

Retrouvez toutes les chansons de GEORGIA sur la playlist Deezer.

L'Énorme crocodile, de Roald Dahl & illustré par Quentin Blake

L'énorme crocodile

Un énorme crocodile se sent d'humour gourmande et carnivore. “Pour mon déjeuner, j'aimerais un joli petit  garçon bien juteux.” Et comme il est convaincu d'être le plus audacieux de toute la rivière, il prend le pari de traverser toute la jungle jusqu'à la ville pour croquer son repas tant convoité. Il clame haut et fort avoir des plans secrets et des ruses habiles. Et de s'en aller crânement.

En chemin, ça se corse lorsqu'il croise d'autres réfractaires, comme Double-Croupe l'hippopotame, Trompette l'éléphant, Jojo-la-Malice le singe et Dodu-de-la-Plume l'oiseau, qui se gaussent de son projet ambitieux avant de subir le courroux du reptile obstiné. Clopin-clopant, l'énorme crocodile rejoint la civilisation et met en place son piège subtil n°1. 

Chapeau bas pour les idées perfides de la bête. Son machiavélisme force l'admiration, si ce n'est... l'intervention grossière de malotrus. Notre énorme crocodile n'a plus que l'estomac dans les talons et grogne de mécontentement. Sa faim est décuplée, il a un besoin urgent d'être rassasié ! Ah, ah. Le dénouement frôle l'absurde et le burlesque, mais soulève de grands cris de joie et de soulagement dans l'assistance. 

Hip-hip-hourra pour les grincheux ! Cette fable n'a absolument aucune morale, sauf de rappeler qu'il ne faut pas avoir les yeux plus gros que le ventre, sur un ton jouissif & tragicomique. Les illustrations de Quentin Blake participent beaucoup à cette illusion. Âmes sensibles s'abstenir. C'est un festival d'humour noir, hilarant et grotesque. 

Cette version, mise en musique par Isabelle Aboulker, est une découverte plaisante et originale. 30 musiciens de l'Orchestre de chambre de Paris, sous la direction de Pierre Dumoussaud, donnent du coffre et du chœur à ce récit malicieux, dont Yann Toussaint (baryton et crocodile), Yves Coudray (ténor), Anne Baquet (soprano) et les enfants du Chœur des Polysons. Une fabuleuse envolée de voix et d'émotions pour ce grand classique de Roald Dahl. 

Gallimard Jeunesse Musique - Novembre 2016 / Texte lu par FRANÇOIS MOREL

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