21/10/09

L'étrangère ~ Emmanuelle Delafraye

illustré par Isabelle Malenfant
Les 400 Coups, 2009 - 30 pages - 13,90€

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D'Emmanuelle Delafraye, j'avais aimé Des princesses et des hommes puis j'en étais restée là. Je suis très contente de la retrouver sous un nouveau format, celui de l'album, en collaboration avec Isabelle Malenfant.
L'histoire est hélas commune (dans le sens où les leçons du passé ont du mal à s'imprimer dans les mentalités) : une petite fille arrive avec sa maman dans un village, très loin de ses origines. Elle aimerait se joindre aux enfants qui jouent dans la rue, mais ces derniers la repoussent et lui lancent des insultes... elle n'est qu'une étrangère, le mot fait mal. Tellement porteur des peurs, du rejet, de la non-appartenance, bref c'est pire qu'une gifle.
Un soir, nouée de désespoir, la petite fille blonde se rend près d'un puits - forte des croyances rapportées par sa grand-mère - et murmure une incantation pour faire venir une sorcière (les sorcières remontent à la surface des puits les nuits où les hommes, perdus dans leur colère, les appellent). Le pacte est terrible, la petite fille est aveuglée par son chagrin et sa détresse, elle ne réfléchit pas.
La suite se révèle effrayante, un vrai gros clash d'horreur et d'effroi. Et pourtant, tout finit bien...

C'est une histoire de sorcellerie qui est aussi une histoire d'amitié. Une histoire où la jalousie et l'envie inspirent bien des bêtises. En un mot, une très belle histoire, servie par les magnifiques illustrations d'Isabelle Malenfant (n'hésitez pas à consulter son site !).

> Morgan de Papier en Soie en parle également.

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19/10/09

Le Son des Couleurs ~ Jimmy Liao

« Je cherche la petite lumière qui palpite en moi. »

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Le Son des Couleurs est un magnifique album, l'oeuvre onirique d'un magicien, le taiwanais Jimmy Liao. Son univers extrêmement personnel et touchant fait de lui un auteur contemporain à découvrir absolument ! (parole d'éditeur :))

C'est l'histoire d'une jeune fille de quinze ans, elle est aveugle et s'aventure dans le métro. C'est plus qu'une plongée dans un monde souterrain secret, mystérieux, coloré, joyeux et éclatant, c'est un voyage au pays des rêves et de l'imagination, sur fond de réflexion... où suis-je, où vais-je, suis-je seule dans ma bulle, comment m'en sortir, toucher la lumière, y croire, ne jamais perdre espoir.

C'est un album fantastique, riche en illustrations pleines de couleur, le métro est un cadre étrange pour une histoire mais celui de Jimmy Liao est étonnant, différent, accueillant et propice à un imaginaire sans fin. C'est vraiment beau, parfois étrange et décalé, irréel et saugrenu, pourtant la magie est là, elle fait des merveilles, elle séduit le lecteur, l'alchimie est totale.

Le texte du livre est aussi très poignant, il s'agit du dialogue intérieur de la jeune fille, il évoque la solitude, le rêve, la perte et l'espoir.

« Je cherche l'espoir de toutes mes forces.
J'ai si peur de laisser filer bêtement la chance qui se tient là, à portée de main.
Je caresse le fol espoir de posséder un balai magique qui m'emporterait loin des tracas de la vie. Ou alors, que mes rêves deviennent réalité d'un simple coup de baguette.
Après avoir trébuché, en général, je comprends qu'on ne peut pas tout exiger de la vie.
Je retourne sans cesse à ces mondes imaginaires qu'il me semble avoir déjà connus. 
»

Bref, c'est un livre tendre, avec de très belles illustrations, qui se destine à tous les lecteurs.
C'est aussi un bel hommage à Rilke et son poème L'aveugle.

Bayard images, 2009 - 100 pages - 14,90€
traduit du chinois par Stéphane Lévèque

***********

Une lecture en amenant une autre, j'ai instinctivement pensé à  des_mots_plus_legers   parce qu'il est aussi beau que silencieux et attendrissant. Bouleversant, même.
Parce qu'il est dit une citation importante :  « La lecture d’un album illustré est une sorte de « conversation » avec les dessins. Un album aussi profond que le regard d’un ami avec qui l’on communique sans parler est un livre non seulement pour les enfants mais aussi pour les adultes qui se souviennent d’avoir été enfants. »
Et parce que son auteur dédie le livre
« aux enfants qu’on n’écoute pas assez. J’espère toucher le cœur de tous les lecteurs, quels que soient leur âge, leur nationalité ou leur origine. Face à l’indifférence des adultes parfois trop occupés, les enfants ne parviennent pas à exprimer leurs sentiments et, peu à peu, referment leur cœur. Dites à ces enfants repliés sur eux-mêmes qu’ils ont le droit de crier : « Ecoute-moi ! ». Ensuite, écoutez-les. Leurs « maux » seront plus légers… »
Youn YOUNG-SEON

Des mots plus légers, par You Young-seon et illustré par Jeun Keum-ha.
traduit du coréen par Lim Yeong-hee et Françoise Nagel
2009, Chan-ok / Flammarion.
10€

merci gaelle !

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07/10/09

La mélodie des tuyaux ~ Benjamin Lacombe

Un conte musical écrit et illustré par Benjamin Lacombe
raconté par Olivia Ruiz
mis en musique par Alexis Vallois, Jean-Baptiste Marino et Xavier Pourcher

Seuil jeunesse, 2009 - 40 pages - 25€

C'est toujours un événement d'accueillir un album signé de Benjamin Lacombe ! J'ai volontairement squizzé tous les billets qui ont créé le buzz ces dernières semaines, en ne retenant que de maigres détails : c'est un conte musical et Olivia Ruiz figure au casting (cela a suffi pour tripler notre excitation car c'est une artiste que nous apprécions beaucoup).
Le reste, c'était motus. Je voulais la SURPRISE.

la_melodie_des_tuyauxLa Mélodie des Tuyaux est (sans surprise) un très, très bel album.
Les couleurs sont extraordinaires, le contraste entre la ville triste et terne où vit Alexandre, treize ans, et les couleurs chatoyantes du camp des gitans est flagrant.
Au début de l'histoire, Alexandre a le regard vide et le sourire éteint. Il sait qu'il n'aura pas d'autres choix, dans sa vie, que de travailler dans une usine minable, comme ses parents. Cette perspective ne l'enchante guère.
Mais l'arrivée des roulottes gitanes lui fait l'effet d'un électrochoc. Ce sont des cris, des rires, des physiques impressionnants qui sont autant de claques dans la figure. Alexandre est curieux, admiratif et peureux...
Jusqu'au jour où il va croiser la ravissante Elena.

« Elle avait le plus beau regard qu'il ait jamais croisé. Si beau qu'il ne put s'empêcher de baisser les yeux. Quand il les releva, elle avait disparu. Il la chercha du regard, en vain. »

La petite gitane va introduire Alexandre dans sa famille hors du commun, Frieda la femme à barbe, Mary et Anny les soeurs siamoises, Pipo, Juan et Esteban les lilliputiens, Félicie une pauvre petite qui n'avait ni bras ni jambes et circulait sur une crinoline à roulettes.
Et aussi, les musiciens...

« Derrière un rideau, un groupe d'hommes en noir aux longs cheveux chantaient dans une autre langue en grattant des guitares. Certains avaient de drôles de petits tambours entre les jambes. Deux vieilles dames avec de grandes robes à volants frappaient en rythme dans leurs mains. Une jeune femme dansait au milieu de l'assemblée. Grave et fière, elle tapait des pieds et tournait sur elle-même en levant les bras au ciel. »

Qui ne serait pas fasciné par un tel spectacle ? C'est une invitation pour s'échapper de sa grisaille ! Alexandre comprend qu'il était en train de s'effacer, sa vie ordinaire ne lui convient plus, il est attiré par ce monde de couleurs, d'odeurs, de sons et de chants... Et inversement, la musique s'impose à lui. La guitare épouse ses doigts, la mélodie devient sa maîtresse, le garçon se révèle doué et époustouflant. Sûr qu'il vient de trouver sa place !

L'histoire ne se termine pas là, puisque les parents d'Alexandre sont frileux et mettent des barrières pour emprisonner leur fils. Les gitans sont des voleurs de poules, il faut à tout prix les fuir pour empêcher qu'une mauvaise influence plante sa graine dans le corps et la tête du garçon. Serait-ce trop tard ? Alexandre sait qu'Elena doit bientôt repartir avec les siens, il lui a promis une chanson pour le soir de la dernière représentation.

Mais l'amour, l'amouuuuuur est plus fort que tout ! ... Simplement, l'histoire ne se résume pas à une bluette sentimentale. C'est avant tout un hymne à la liberté, à la création artistique, à l'émotion et l'éclosion des sentiments. A la tolérance, à l'écoute, à l'ouverture et au refus de la peur de l'autre (l'inconnu) et des préjugés.

Le format du livre est grand (27 x 39 cm), chaque page est soignée aux petits oignons, avec comme bonheur suprême des doubles pages pleines d'illustrations d'une beauté à couper le souffle. Un dernier petit mot concernant le cd, il dure approximativement 37 minutes, la voix d'Olivia Ruiz est calme et posée, l'ambiance au début est tristounette pour finalement éclater dans un festival de flamenco. La chanson d'Alexandre est même très émouvante !

A signaler, une exposition rétrospective à l'oeuvre de Benjamin Lacombe du 7 au 24 Octobre à la galerie Daniel Maghen (47 quai des grands augustins, paris 6°).

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02/10/09

Le pompier de Lilliputia ~ Fred Bernard

& Illustré par François Roca
Albin Michel jeunesse, 2009 - 40 pages - 14,90€

Ma fille a pris les commandes de ce blog, voici encore un album qui porte la marque de notre coup de coeur.
le_pompier_de_lilliputiaC'est l'histoire incroyable et vraie de Henry Mac Queen, pompier de Lilliputia, à Cosney Island (NY). Nous sommes à la fin du XIX° siècle, à New York. La famille Mac Queen habite une grande, belle maison, avec une multitude de domestiques, quelques araignées sous les plafonds, un papa trèèès occupé par ses ambitions politiques et une maman douce et affable, vite fatiguée par l'éducation de ses trois enfants.
Le plus jeune, Henry, n'est pas très grand pour son âge. Les médecins annoncent d'ailleurs leur verdict, cet enfant ne grandira plus, et les parents sont consternés. Henry ne dit rien mais il remarque très vite que ses proches ont honte de lui, il est mis de côté, il reste dans sa chambre les soirs où la maison grouille d'invités de marque, il n'a pas d'amis et il se sent seul.
Sur l'île de Cosney Island, existe un parc d'attractions avec un quartier appelé Lilliputia, exclusivement réservé pour les personnes de petite taille. Henry y trouve sa place, bien naturellement. Depuis quelques années, en plus de son malaise, il sent dans son ventre et sur ses mains une sensation de feu. Sa famille et lui ont échappé de peu à un incendie qui a ruiné leur belle maison, Henry a eu chaud (c'était un peu sa faute, aussi... il a oublié sa petite bougie qu'il allumait exprès pour lire dans son lit).
A Lilliputia, Henry va accomplir son rêve sous forme de spectacle : il devient pompier... pour épater la galerie. Avec sa petite troupe, il met en scène des opérations de sauvetage durant lesquelles il finit par tomber sous le charme de la délicieuse Nadja.
Et si Henry finissait par gagner la fierté de son père, l'admiration des plus grands et les honneurs de toute une ville grâce à son courage lorsqu'un soir de 1911 une partie de Cosney Island part en fumée ? Cette histoire nous paraît encore plus époustouflante puisqu'elle s'avoue authentique.
Ce fantastique album, porté aux nues par les illustrations grandioses de François Roca, nous transporte au-delà des époques et des océans. C'est merveilleux, le texte de Fred Bernard est beau, plein de charme et d'élégance. Cette combinaison de deux talents rend cet album précieux et indispensable.
A découvrir dans le ^feu de l'action^!

> également apprécié par Simon de la librairie M'Lire et par Lili O.

> de François Roca, nous avions déjà énormément aimé Suzanne ! L'illustration du Pompier de Lilliputia s'y rapproche d'ailleurs beaucoup.
Coup de coeur, coup de coeur !!!

 

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01/10/09

Le temps des Marguerite ~ Vincent Cuvellier

& Robin pour les illustrations
Giboulées de Gallimard jeunesse, 2009 - 125 pages - 20€

> Ce bouquin est né d'un fantasme très simple... depuis que je suis petit, je rêve d'un claquement de doigts  me retrouver projeté 100 ans en arrière... (...) c'est peut-être le seul de mes livres à ce jour qui soit vraiment pédagogique... ben oui, moi qui ai érigé ce mot au rang d'insulte, je me retrouve aussi à m'en servir... allez, disons que j'aime bien vulgariser les choses que j'aime, notemment l'histoire...  source : Vincent Cuvellier, et tout le baratin

Cet album est notre nouveau coup de coeur.
le_temps_des_margueriteLe temps des Marguerite est l'histoire de deux fillettes qui portent le même prénom, ont le même âge et se ressemblent physiquement. La seule différence, c'est que l'une vit en 1910 et l'autre en 2010.
Un jour, toutes deux se rendent dans leur grenier, se faufilent dans une vieille malle où elles se trouvent prisonnières malgré elles, couac, en un tour de magie elles font un bond dans le temps et voient leur place inversée.
La Marguerite moderne est expédiée au début du siècle, à sa plus grande déconfiture ! L'éducation des enfants est serrée, il faut demander le droit de prendre la parole à table sous peine de recevoir une claque, il est interdit de se balader seule dans la rue, interdit d'adresser la parole à des garçons, interdit de montrer ses jambes ou ses bras (couvrir de culottes et manches longues), c'était l'époque des bonnes manières (guindées)... et aussi l'époque de Blériot, du tramway, du crottin de cheval, du village indigène (!), du trousseau et des fiançailles. Marguerite en prend plein la figure, mais surtout elle prend conscience que le pays va basculer dans le premier grand drame international (la guerre de 14).
De son côté, notre Marguerite prout-prout est plongée dans un 21° siècle bruyant, technologique, confortable et sans manières. La tête lui tourne, elle n'est pas sûre de tout apprécier mais elle se laisse séduire par la télévision, le skate, la pizza et le cola, le téléphone portable, la musique... et l'affection de ses parents, leur présence et leur tendresse. Rien de comparable avec son monde !
Cette confrontation est vraiment très drôle, on y découvre la société et la vie des enfants à un siècle d'écart, avec des petits détails très intéressants. La partie 1910, par exemple, apporte beaucoup de précision historique tandis qu'en 2010 on suit davantage la jeune Marguerite dans sa découverte de notre vie contemporaine.
Il n'y a aucune conclusion dans cette double lecture (l'épilogue s'offre tout de même le luxe d'être cocasse). C'est juste très, très bien à parcourir en faisant rouler ses yeux de bas en haut et de haut en bas sur toutes les pages (le format du livre est assez long). Et c'est toujours un grand plaisir de retrouver la complicité de Vincent Cuvellier et Robin !

> La librairie Rêv'en Pages a également beaucoup aimé

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30/09/09

Chez moi, la famille est une affaire beaucoup plus compliquée.

Ma super famille - Un livre animé (avec des volets qui se soulèvent, des pages qui se déplient... une famille qui s'agrandit !)
Ecrit par Gwendoline Raisson et illustré par Magali Le Huche

Flammarion Père Castor, 2009 - 38 pages - 15€

il est top, cet album !

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Contrairement à son copain Camille, Timothée se trouve une famille beaucoup plus compliquée. Il a un papa et une maman, jusque là tout est normal, la page d'après on apprend l'existence d'une belle-mère, une demi-soeur, un demi-frère (pas une moitié de frère, un bien entier qui mange comme quatre), une tante (pas tente) mariée et maman d'une fillette, une cousine germaine dit-on (et qui vient de l'autre côté du globe), sans oublier la maman de maman, elle aussi mariée à un monsieur qui n'est pas le papa de la maman de Timothée (pas facile à suivre, je sais... mais sur papier, c'est plus simple !), car on n'en finit plus de dénombrer des enfants par ci, des frères et soeurs par là, des oncles, des tantes, des grand-parents mariés, dé-mariés et re-mariés ... Cela fait beaucoup, beaucoup de monde ! D'ailleurs c'est drôlement difficile de faire entrer toute la smala sur le papier où est dessiné l'arbre familial.

« Finalement, ça ressemble plus à une forêt qu'à un arbre.
... Une forêt dans laquelle tous les arbres sont un peu emmêlés, mais où il fait bon s'abriter.
»

Cet album réserve bien des surprises, car il est animé par des volets qui se soulèvent et des pages qui se déplient, en un tour de magie la famille s'agrandit !

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Et j'aime beaucoup le trait de crayon de Magali Le Huche, ça tombe bien !

 

> mis à l'honneur par Mel (de la soupe de l'espace ... mais on commence à la connaître à force de la citer !)

> le blog de l'auteur : http://gwendolineraisson.blogspot.com/2009/09/ma-super-famille.html

*-*-*-*-*-*

Une autre lecture sur le même sujet  :  Le Jeu de cette famille, par Annie Agopian et Claire Franek (Rouergue, 2009 / 12€ )

le_jeu_de_cette_familleL'histoire s'inspire du jeu des 7 familles (double sens dans le titre, bien sûr !!!).  Au départ, il y a le schéma classique : un papa, une maman (et un chien). Puis ça casse, chacun fait son jeu de son côté. Et rien ne sera plus jamais comme avant.
Autant composer avec la nouveauté, y'a pas trop le choix non plus. Comme « le jour du lapin qu'elle tenait par les oreilles ; et de son père à elle qui la tenait par la main et qui le tenait lui, qui tenait le chat dans ses bras ».
Il faut ainsi apprendre à partager.
Et ce n'est pas toujours facile : il y a le jeu de cette famille des années paires, le jeu de cette famille des années impaires, le jeu de cette famille de noël, le jeu de cette famille des vacances d'été.
C'est très compliqué.
Parfois, on en a ras-le-bol.
Alors on cherche à inventer des nouvelles règles de jeu, des règles de mauvais joueurs par exemple, ou des règles impossibles, des règles qui existent ou qui n'existent pas (ou plus).
Au final, ce n'est plus la peine de chercher la famille MIEUX, surtout quand on a déjà réussi à l'inventer pour de vrai !

Etonnant album que voilà, avec des illustrations rigolotes, des pages pleines de couleurs, des inventions amusantes et un regard sur les nouvelles familles qui paraît vrai et crédible. 

> Finette aussi l'a beaucoup apprécié

 

 

 

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25/09/09

Kaspar Le chat du Grand Hôtel ~ Michael Morpurgo

Gallimard jeunesse, 2009 - 208 pages - 12,50€
traduit de l'anglais par Diane Ménard
illustré par Michael Foreman

kasparInvité en tant qu'écrivain en résidence à l'hôtel Savoy de Londres, Michael Morpurgo s'est inspiré de l'histoire d'une statuette de chat noir pour imaginer la vie d'un chat - Kaspar - symbole de chance et d'amour pour ceux qui l'approchaient. Bien évidemment, ce n'est pas n'importe quel chat, il s'agit du prince des chats, le compagnon d'une comtesse russe, également une diva très célèbre, et le jeune groom de l'hôtel Savoy, Johnny Trott, est alors fasciné par cette femme et son chat à l'air hautain et dédaigneux. Sa bonne fortune aidant, il va être très proche de la comtesse et s'attacher au chat qui va en retour l'adopter. Un drame va pourtant bouleverser cette belle idylle. Johnny, qui est également orphelin, s'était habitué  à cette promesse d'une vie qui le faisait rêver. Bref, son chemin va lui faire rencontrer une autre famille très riche, les Stanton, des américains venus en Angleterre à bord d'un immense paquebot, avec leur fille âgée de huit ans, Lizbeth (plutôt frondeuse et risque-tout, elle prend plaisir à gambader partout et à se cacher dans les moindres recoins de l'endroit où elle se trouve). C'est ainsi qu'elle va rencontrer Kaspar, puis Johnny. Et l'aventure ne s'arrête pas là, puisque les Stanton doivent rentrer à New York et s'embarquent à bord du Titanic.

Du Morpurgo, encore et toujours ! Forcément, l'histoire est belle, bien écrite, touchante, pleine d'émotion et de sensibilité, avec cette fois les illustrations de Michael Foreman pour nous plonger dans une incroyable ambiance du début du 20° siècle. Plaisir des yeux, plaisir de la lecture aussi...
J'ai cependant moins adhéré à la partie se passant à bord du Titanic, tout simplement parce que j'avais trop les images du film dans la tête, c'est idiot, je sais, par contre ma fille (encore une page blanche sur le sujet) s'est totalement laissée absorber par l'histoire, elle a été transportée par le vent de panique, le suspense et la tragédie du naufrage. Elle a tremblé, retenu son souffle, s'est souciée du sort de tous les personnages, le chat compris, elle a vraiment beaucoup apprécié.
D'où ma conclusion que ce livre doit être lu par les jeunes lecteurs, dès 9 ans par exemple, car c'est un roman en même temps qu'un livre illustré, les 200 pages ne seront jamais trop pesantes.

> lu et apprécié par Emmyne, également

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23/09/09

Contes de la banlieue lointaine ~ Shaun Tan

Gallimard jeunesse, 2009 - 96 pages - 18,00€
traduit de l'anglais par Anne Krief

contes_de_la_banlieue_lointaineCet album est tout simplement superbe. C'est une invitation muette à pénétrer un univers étrange et atypique constitué de quinze contes (ou histoires) au charme inqualifiable. Et chaque histoire est unique, le rythme est latent, d'une page à l'autre cela se suit mais cela ne se ressemble pas, c'est à chaque fois un monde à part, magique dans le sens fascinant, et carrément bluffant.
J'avais les yeux ronds comme des billes, la bouche bée et je dévorais chacune des histoires en plus des illustrations magnifiques. C'est difficile à décrire, c'est comme la quatrième dimension, ou l'idée de quitter ton monde pour entrer dans une dimension inconnue, avec humour et émotion. C'est fantastique, je m'étais promis de vous raconter telle ou telle histoire, et puis finalement je me rends compte que j'ai envie de les décrire toutes. Pas une plus faible que l'autre, non, tout est très bon. Avec, de plus, cette petite touche qui vous saisit, qui vous noue l'estomac et qui vous fait soupirer profondément... genre fichtre que c'est beau, comme c'est bien dit, avec beaucoup de pureté, de naturel et de poésie.
Il y a ce petit passage qui pourrait s'appliquer à l'ensemble de cette lecture, c'est extrait de l'histoire intitulée Orage à l'horizon :
Plus étrange encore sera la découverte que sur chaque petit morceau de papier figurent des mots délavés composant d'imprévisibles poèmes à peine visibles mais indéniablement présents. A chaque lecteur ils confieront quelque chose de différent quelque chose de gai quelque chose de triste vrai absurbe drôle profond et parfait. Personne ne pourra expliquer la troublante impression de légèreté ni le sourire énigmatique qui persisteront longtemps après que les rues auront été balayées.
A découvrir, pour lecteurs de tous âges.

encore des petits cailloux ...

(jouets cassés) Le scaphandrier a prononcé de nouveau son mot en japonais et tendu son petit cheval. Il nous masquait la vue, et nous ne voyions pas grand-chose, hormis Mme Cata, pétrifiée, la main plaquée sur la bouche. On aurait dit qu'elle allait s'évanouir de frayeur. Nous avions une chance insensée.
- Attends un peu, as-tu dit en plissant les yeux. Je crois qu'elle... pleure !
Et en effet, plantée dans l'encadrement de la porte, elle sanglotait de façon irrépressible.
Etions-nous allés trop loin ?
A vrai dire, nous commençions à avoir de la peine pour elle... C'est alors qu'ellle a levé ses bras maigres et les a passés autour du cou du personnage à la combinaison dégoulinante d'eau et couverte de coquillages. Nous n'avons pas vu la suite car nous étions trop occupés à comparer notre étonnement, mesuré à la hauteur de nos sourcils. Puis la moustiquaire s'est refermée et il n'est plus resté que le rectangle noir de la porte et le casque du scaphandre au milieu d'une flaque d'eau.

(nulle part ailleurs) Le béton peint en vert devant la maison, qui au premier abord devait sembler une façon originale de ne plus avoir à entretenir de pelouse, présentait aujourd'hui un aspect des plus déprimants. L'eau chaude arrivait à l'évier de la cuisine comme si elle avait dû parcourir des kilomètres pour y parvenir, avec de sérieuses réticences en prime, et parfois de couleur brunâtre. La plupart des fenêtres n'ouvraient pas assez bien pour que les mouches puissent sortir. D'autres fermaient si mal qu'elles ne pouvaient les empêcher d'entrer. Les arbres fruitiers plantés récemment avaient dépéri dans le sol sablonneux d'une arrière-cour en plein soleil et avaient été laissés sur place telles de frêles stèles sous les cordes à linge lâches, petit cimetière de toutes les désillusions. Il semblait impossible de dénicher les denrées que l'on désirait, ou d'apprendre comment demander correctement les choses les plus simples. Les enfants s'exprimaient rarement autrement que pour se plaindre.
- Nulle part ailleurs... il n'y a pas pire pays au monde, protestait incessamment leur mère, que personne n'éprouvait le besoin de contredire.
Une fois les traites payées, il ne restait pas d'argent pour les travaux.
- Les enfants, il faut que vous aidiez plus votre mère, répétait leur père.
Et cela signifiait dénicher l'arbre de Noël en plastique le moins cher et le ranger momentanément dans les combles, sous le toit. Voilà au moins une chose que l'on attendait avec impatience, et les enfants passaient le mois suivant à fabriquer leurs propres décorations, réalisant des découpages et des pliages en papier tout à fait ravissants, assis par terre, au milieu du salon, et y attachant des petits bouts de fil. Pendant ce temps-là, ils ne pensaient plus à la chaleur accablante ni à tous les problèmes qu'ils avaient à l'école.
Mais le jour où ils montèrent chercher l'arbre de Noël, ils le découvrirent collé aux poutres : il avait fait si chaud dans les combles que l'arbre avait purement et simplement fondu.

Là, vous vous dites, mais c'est triiiste ! Attendez que la page se tourne, vous ne le regretterez pas...

Shaun Tan est l'auteur de Là où vont nos pères (Dargaud, 2007) qui a été couronné par le prix du meilleur album à Angoulême en 2008.
Contes de la banlieue lointaine a reçu en 2008 l'Aurealis award du meilleur livre/roman graphique.

 

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22/09/09

Le Prince amoureux ~ Michael Morpurgo

Gallimard jeunesse, 2009 - 48 pages - 7,00€
illustré par Emma Chichester-Clark
traduit de l'anglais par Diane Ménard

Le_prince_amoureuxDans cette histoire, Morpurgo nous offre tout le charme et la fantaisie d'un beau conte de Noël. Le prince Frederico vient d'épouser la belle Serafina, la joie éclate dans tout le royaume, leur bonheur inonde chaque parcelle du pays et il n'existe pas une âme qui ressente cet amour et s'en porte tout aussi grandie. Hélas, la princesse est soudainement atteinte d'un mal inexplicable, elle n'est plus capable de sourire et éprouve une grande tristesse. Si grande que sa santé commence à s'étioler, ses jours sont désormais en danger. Les fêtes de Noël approchent mais le prince refuse de les célébrer et interdit quiconque d'exprimer le moindre sentiment de félicité. Fou de rage et de colère, il prend son cheval et galope sans but. Il se perd dans une forêt, il est transi de froid, épuisé de fatigue et fait alors la rencontre d'une famille de voyageurs. Son histoire les émeut. Ils n'ont pas de recette miracle mais suggère au prince de donner son royaume pour un sourire de sa princesse. Les plus beaux spectacles sont alors donnés, hélas, sans tirer la plus petite ombre d'un sourire, Frederico est désespéré jusqu'à l'arrivée d'une troupe de saltimbanques masqués, et d'un oie qui fait un boucan du tonnerre...
La réunion de deux talents - Morpurgo pour la narration et Chichester-Clark pour les illustrations - est plutôt bien réussie. Le résultat nous plonge dans une atmosphère très vivante, où l'époque du Moyen Âge est retraduite divinement. Beaucoup de magie pour cette histoire de prince et de princesse, qui révèle une fin étonnante, en rapport avec la crèche et la Nativité. C'est pas mal intéressant à envisager, même si j'attendais une autre tournure de l'histoire...
Un livre (au petit format avec une couverture en cartonné) très, très appréciable pour qui aime Morpurgo et ses oeuvres d'une qualité remarquable.

(Emma Chichester-Clark est autrement connue pour sa série Melrose et Croc... qui est une merveille de distraction !)

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20/09/09

C'est un monde ! ~ Michel Galvin

Seuil jeunesse, 2009 - 48 pages - 16,50€

cest_un_mondeOu pourquoi papa bricole (le diable expliqué aux enfants, il s'agit du sous-titre, c'est excellent !). Hélas, je n'ai trouvé aucun élément de réponse dans cet ouvrage, même si j'ai cru comprendre qu'un diablotin aimait à se faufiler dans les foyers, en cachette, et qu'il narguait les hommes avec une grosse pelote noire. Une pelote si grosse qu'elle fait tâche dans la belle, grande maison dont est si fier l'Homme. Impossible à attraper, impossible à virer. La course-poursuite commence, avec un formidable voyage à la clé. Oui, le diable vous ouvre de nouveaux horizons. Non, votre vie d'Homme n'est pas celle de se contenter de son chez-soi, à se rengorger d'avoir un endroit propret qui flatte votre ego. La pelote, donc, c'est comme votre désir que l'on déroule à la découverte du monde et de l'autre.

Extrait : Les choses s'arrangèrent plutôt bien.
Les réparations durèrent... durèrent... durèrent... si longtemps qu'elles durent encore aujourd'hui (c'est ce qu'on appelle le bricolage) et que le bonhomme, pour des raisons pratiques bien sûr, finit par rester sur place.
Quant à l'autre (ne prononçons pas son nom), il ne doit pas être bien loin puisqu'il est un peu partout chez lui, sûrement à méditer sur tout ça et à se croire important... C'est un monde !

Cela me fait rire toute seule, le coup des réparations qui durent, qui durent... si longtemps qu'elles durent encore aujourd'hui... C'est ce qu'on appelle le bricolage ! Ah merci, j'en sais quelque chose !!! ;o)

A propos, je vous conseille de suivre Mel de La Soupe de l'Espace pour mieux connaître le monde merveilleux de Michel Galvin.

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illustrations de @ c'est un monde ! à ne pas reproduire, merci.

Posté par clarabel76 à 18:00:00 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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