27/10/10

Rouge Bala

En voilà un somptueux album ! Merci infiniment Cécile Roumiguière, et Justine Brax.

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Les illustrations sont magnifiques, les couleurs sont riches, l'oeil est captivé, il y a de la sensualité, de la douceur et de la chaleur derrière chaque page, c'est fascinant !

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Cécile Rouguimière, par ses mots, par sa sensibilité, par sa délicatesse et sa générosité, nous raconte une histoire touchante, une histoire qui parle de filles et de femmes dans ce beau pays qu'est l'Inde. Bala a douze ans, c'est une petite fille heureuse, qui croque la vie avec insouciance. Avec son frère et sa soeur, elle aime jouer près de la rivière et rêve du jour où le bateau d'un prince accostera pour les emmener tout autour du monde.

Lali a treize ans, un âge normal pour jouer, mais ses parents disent qu'à treize ans il faut se marier. Et la soeur de Bala noue un sari autour de son corps, un peu maladroitement, mais elle est si belle, ainsi parée de la plus riche des étoffes, brodée avec amour et fierté par son père. 

« (...) le repas aux mille saveurs, le passage de la procession de mariage, les musiciens et les danseurs avaient-ils transformé sa grande soeur en femme ? Bala avait interrogé sa mère, qui avait souri :
- Toi aussi, Bala... un jour viendra où tu te voileras de ton sari. »

Mais à bien y réfléchir, en découvrant aussi que les époux peuvent parfois se transformer en brute épaisse qui insulte leur compagne de ventre vide, Bala réalise qu'elle ne veut pas suivre le modèle de sa soeur. A douze ans, son corps est en train de changer, de quitter l'enveloppe enfantine. Et Bala rêve d'étudier, même si son père en a décidé autrement : une fille sans mari ne peut pas exister.

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C'est ainsi que se dessine ce magnifique portrait des filles et des femmes qui peuvent difficilement choisir leur destin, liées très tôt par leur père puis par leur mari. Mais l'histoire de Bala est aussi une histoire d'espérance, de force et de passion. Ce n'est pas un message martelé avec vigueur et moralité, c'est davantage en finesse que nous apparaît la prise de conscience de Bala, sa tendre volonté de mener un désir jusqu'au bout - lire, apprendre, compter. Son père non plus n'est pas un être buté, enfermé dans sa bulle de valeurs ancestrales. Le regard de la société pèse sur chacun, mais l'amour est une force qui vaut tous les courages.

C'est merveilleux, raconté sur le rythme des saisons, dans un cadre éclatant. Derrière l'histoire, se cache une réalité. Il n'y a point de naïveté ni de misérabilisme, la fiction dénonce mais n'enfonce pas. Bala est une héroïne fabuleuse, de toute beauté, et qui mérite toute notre admiration.

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Gaëlle aussi a été conquise !

Bala Rouge, de Cécile Roumiguière et Justine Brax
Milan jeunesse (2010) - 13,90€

NB : Les illustrations sont ici des reproductions personnelles, des aperçus d'une lecture qui n'appartiennent qu'à moi, merci de ne pas reproduire.

 

Réconcilée avec Raphaël... son dernier album me touche !

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26/10/10

Les petites BD de Rita et Machin

C'est une histoire d'amour... la mienne, la leur et la vôtre aussi,

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Parce que Rita et Machin, ça ne s'explique pas, c'est un coup d'amour, un coup de je t'aime (chabadabada), un coup de coeur qui dure depuis quelques années, et qui ne se dément pas, il y a tout ce que j'aime dans une lecture : c'est drôle, ça ne se prend pas au sérieux, cela me rappelle aussi la paire inséparable que j'ai à la maison, Rita et Machin, c'est donc l'humour, l'amitié, les 400 coups, les clins d'oeil et les répliques qui font mouche !

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Tous les épisodes ont été publiés en dernière de couverture de Pomme d'Api et dans la revue japonaise J-Nude, soit 24 planches de BD, dont 9 inédites.

Les petites BD de Rita et Machin - Jean Philippe Arrou-Vignod & Olivier Tallec
Gallimard jeunesse (2010) - 14€

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21/10/10

La légendaire histoire des douze soeurs Flûte

COUP DE COEUR pour ce nouvel album de Vincent Cuvellier !!!

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Racontée avec humour, l'histoire de la famille Flûte, qui compte pas moins de douze filles, est absolument désopilante ! Le père, Monsieur Flûte, centième du nom, est un type débonnaire qui passe son temps à chercher une aiguille dans une meule de foin, tout en réfléchissant longuement devant l'ampleur de sa tâche.

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Sa tendre épouse est décrite comme « charmante, oh! légèrement dodue, mais charmante »Et d'ailleurs... «  Au fil de ses grossesses, elle finit par ressembler à une énorme boule de graisse surmontée de deux petits yeux méchants. »

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Sur ce ravissant postulat, les héritières de la famille Flûte voient donc le jour : toutes plus différentes les unes des autres, l'une est renfrognée, l'autre se tient à genoux et prie toute la sainte journée, l'autre encore est quelconque, l'une sourit à la lune, une autre fait tout le contraire de ce qu'on attend d'elle, les jumelles sont des copies carbones, impossible de les distinguer, mais ce n'est pas grave, car les soeurs Flûte se suivent, à un train d'enfer, le château grouille de petites Flûte qui portent parfois le même prénom, le narrateur ne sait plus où donner de la tête ... et le lecteur s'esclaffe !

Vraiment, c'est GENIAL ! Et puis, c'est drôle.

Arrive, cependant, LE drame : « Alors qu'on fêtait le douzième anniversaire de la première et le premier de la douzième, vint au monde un bébé, aussi rose, aussi blond, aussi dodu qu'on le pouvait rêver. Monsieur et madame Flûte, par dépit, allaient le nommer Béatrice, quand madame Flûte, bien que harassée, vit dépasser entre les jambes du nourrisson un petit truc aussi exceptionnel qu'inattendu : un zizi. »

Le choc est rude : madame Flûte claque sur le champ, monsieur Flûte perd la boule. Les petites filles prennent sous leur aile leur petit frère et le bichonnent comme une poupée. Un autre événement va frapper cette quiétude familiale, contraignant la petite troupe à aller loin, loin, loin, le dos à la mer...

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Je me suis régalée à suivre l'aventure de cette famille très productive, où tout est conté avec une pétillante légèreté. Les illustrations de Ronan Badel nous transportent au-delà des siècles, les demoiselles ont des frimousses craquantes, le texte de Vincent Cuvellier y trouve une mise en valeur inestimable. Il suffit de fermer les yeux pour s'entendre raconter cette histoire foldingue, c'est déjà un bonheur garanti. L'ensemble vaut bien un grand moment de swoushitude (copyright : gaëlle la libraire). Bravo ! Et j'en veux encore !!!

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  La légendaire histoire des douze soeurs Flûte - Vincent Cuvellier / Ronan Badel
Gallimard jeunesse (2010), coll. Giboulées - 14,50€

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20/10/10

Histoire(s) sans paroles

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Après "Le Jacquot de M. Hulot" paru en 2006, on retrouve avec bonheur ce même personnage sorti tout droit des films de Jacques Tati dans une succession de gags et de références cinématographiques ou littéraires, cette fois-ci dans un format BD.  Un vrai COUP DE COEUR pour cet album facétieux, classieux et intelligent.

Hello Monsieur Hulot - David Merveille d'après Jacques Tati (Rouergue, 2010)

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18/10/10

Pêle-Mêle Clarabel #10

Véritable COUP DE COEUR pour :

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C'est écrit en couverture, entrez ! N'attendez plus, ça vaut le détour.

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« Mon père et ma mère.
Et moi.
Qu'est-ce que j'ai oublié,
entre mon père et ma mère et moi ?
Le vent ? La lumière ?
»

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Cet album est MAGNIFIQUE : entre les illustrations de Joanna Concejo et le texte de Sébastien Joanniez, l'alchimie est juste parfaite ! Beaucoup de poésie, de douceur, au service de la rêverie, et une petite ritournelle qui revient en fond sonore... c'est tout simplement prodigieux. L'enfant se découvre au fil des pages, comme il découvre sa place dans le monde, l'approche est sensible, cernée avec tact, c'est même d'ailleurs une terrible injustice de tenter d'évoquer cette magie, car je ne trouve pas les mots équivalents à ce que j'ai pu ressentir.  Il faut dire aussi que le lecteur n'est pas seulement spectateur pépère, juste bon à tourner les pages, à pousser des cris d'exclamation et de ravissement, il est également convié à compléter le tableau, oui, toi, toi qui me regardes, ta place est parmi tous. C'est FASCINANT !

Entrez ! de Sébastien Joanniez / Joanna Concejo (rouergue, 2010)

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Chic ! Un nouvel album de Maurizio A.C. Quarello ! Un album qui mêle humour et moquerie en dénonçant l'hypocondrie, la surmédication, la posologie excessive, sans prendre note des effets secondaires, la manie de se rendre trop vite chez le médecin pour le moindre petit bobo.

Monsieur X se réveille et constate qu'il perd ses cheveux. Un premier docteur lui prescrit une lotion qui développe un effet secondaire. Le lendemain, Monsieur X. se découvre un conjonctivite et se rend chez l'ophtalmo. Il prend ses gouttes mais de nouveau un autre effet secondaire se manifeste et lui refile des boutons sur le visage. Un autre spécialiste lui conseille une pommade, Monsieur X s'en tartine et rebelote : encore des effets secondaires, encore des visites chez des docteurs et des remèdes qui n'en finissent pas de lui en faire voir de toutes les couleurs. Spectateur de ce ridicule manège, le chien de Monsieur X exprime tout ce que nous ressentons. C'est pathétique, et un peu triste d'en être rendu à ce stade, mais c'est drôle ! Et la fin n'est pas mal... Monsieur X revient à son point de départ, tant pis, il s'en contentera,

en fin de compte, cela aurait pu être pire.

Effets secondaires, Maurizio A.C. Quarello (Le Rouergue, 2010)

Nous avons également aimé La Tour de Léo, essentiellement pour ses illustrations.

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Léo est un petit garçon qui aime entasser ses jouets et admirer la tour en contemplant son équilibre. Puis, il pousse le tout et redécouvre ses jouets. C'est tout simple. (En fait, je me suis amusée à reconnaître les titres des livres dans la tour de Léo.) J'aime beaucoup les illustrations de Julie Mercier. L'histoire n'a pas retenu mon attention (je pense que cet album s'adresse aux plus jeunes).

La tour de Léo, André Benchetrit / Julie Mercier (Le Rouergue, 2010)

 

 

et enfin, l'heure du drame a frappé...

 

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le doudou de Lola a disparu !!!

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panique générale, la maison est passée au peigne fin, mais le doudou reste introuvable !

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aux grands maux les grands remèdes : un avis de recherche est lancé...

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tout le monde se mobilise et très vite Lola se retrouve avec 22 petits carrés pour son doudou - patchwork, avec tous une odeur particulière : de rôti, de frites, de gratin doré, de cambouis, de terre séchée, de jasmin et d'oeillets. Maman lave et recoud ensemble tous les morceaux ...

« Mais Lola trouve que le doudou ne sent rien et qu'elle est trop grande maintenant. On range le doudou au fond de la grande armoire. Et Lola fait du vélo avec Lili, devant la maison, sur le trottoir. »

Cette fin m'a laissée sur ma faim. Je sais bien que l'histoire voulait aider la petite Lola à dépasser le manque et à retrouver son sourire en jouant avec ses camarades. Le doudou, c'est le compagnon idéal durant la petite enfance. Vivre sans, cela veut dire grandir, se joindre aux autres, accepter de perdre les dernières traces de l'enfance. Bref. Tout le monde est sensible à la perte d'un doudou, d'ailleurs les habitants du quartier se serrent les coudes pour lui venir en aide. C'est étrange, parfois, ce qu'on s'imagine et ce qu'on pense ... J'ai l'impression d'être passée à côté, je ne vois pas le lien entre la solidarité des uns et des autres et le détachement sec et brutal de la petite fille quand elle retrouve un doudou. J'ai besoin d'y réfléchir encore, cet album m'est bien sympathique mais me chiffonne aussi.

Le doudou de Lola, Irène Cohen-Janca / Natacha Sicaud (Rouergue, 2010)

NB : Natacha Sicaud avait illustré le roman d'Alex Cousseau, Prune et Rigoberto (que j'adore), c'est donc un vrai bonheur - et une surprise ! - de la retrouver ici !!!


11/10/10

Mes petits démons

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« Ils sont sales moches et bêtes et n'en font qu'à leur tête

Ils crachent ils rotent ils pètent et ils puent des pieds »

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« Ils me font perdre mon temps

Et grincer des dents

Mais c'est comme ça

Ils restent là mes petits démons à moi »

Les petits démons de Claudine Desmarteau ont fière allure et ne sont pas sans rappeler les célèbres Crados (dans les années 80, ça vous dit ?). Il y en a pour tous les goûts, demandez le programme : Gertrude l'inquiétude, Clarence la méfiance, Virginie l'envie, Vincent le médisant, Marguerite l'hypocrite, Sidonie l'insomnie, Hortense la violence... Eh oui, autant leur donner un petit nom, c'est plus mignon, et puis on s'attache à ces petites bêtes ! ;o)

Ils nous empoisonnent la vie, ils vont et ils viennent, ils ne nous quittent plus, ils font partie de nous, ils sont nous ! Ce sont nos défauts - nos petits démons - et c'est infiniment plus drôle d'accentuer leurs traits, c'est beaucoup plus rock'n roll et cela permet de déculpabiliser un bon coup, je suis comme je suis (merci Jacques P.), ce n'est pas un drame et c'est bon aussi de rire de soi-même !

Claudine Desmarteau refuse le glamour et la complaisance. Elle revendique nos petits travers - les seuls, les vrais, les farouches, les immondes défauts. Et elle leur offre une vraie gloire, toute légitime. On s'incline, la main sur le coeur.

Mes petits démons, de Claudine Desmarteau
Albin Michel jeunesse (2010) - 15,90€

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07/10/10

La fée Coquillette mène l'enquête

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** danse de la joie ** la fée Coquillette is back **

« Bon alors, résumons : nous avons deux amis, un panda et un caméléon. Le caméléon écrit à son copain pour lui dire quelque chose mais ne termine pas la lettre, et disparaît. Les voisins affirment que le panda décidait de tout, et que le caméléon n'osait pas se révolter, et voilà qu'on trouve maintenant des crottes de caméléon : j'en conclus que Max est toujours dans les parages, et peut-être même qu'il nous observe, bien caché... »

Quel flair, cette Coquillette !!! Mais avant cela nous avons eu :

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un panda en larmes

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un panda transformé en danseuse du lido

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une fée Coquillette qui se concentre

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« Et hop, dans un nuage de fumée rose, tous les Max de la Terre surgissent : les grands, les moyens, les petits... mais pas "le" Max caméléon. Coquillette est effondrée. »

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La fée Coquillette, par peur du ridicule, comprend qu'il faut mener une vraie enquête à la façon d'un grand détective. Il est temps de réunir les premiers indices !

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Les preuves s'accumulent, les témoignages se rejoignent, hmm...

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Panda, parle !!! Ou la fée Coquillette te perdra...

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Qui a dit que la Coquillette était la fée la plus tarte de l'univers ? ! M'en fiche, nous on l'aimeeeee !!!   

La fée Coquillette mène l'enquête, Benjamin Chaud / Didier Lévy (Albin Michel, 2010)
** A signaler : les premières aventures de notre fée chérie sont enfin disponibles en DVD. **

... prochaine escale : Mes petits démons, de Claudine Desmarteau.

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06/10/10

Pêle-Mêle Clarabel #9

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Jacotte, j'adore ! c'est encore un coup de coeur rangé dans la case des enfants mais en fait tout le monde peut le lire (et même devrait le lire, y'en a marre des barrières !). Cette petite fille est vraiment poilante, elle va révolutionner la planète avec ses réparties, et c'est génial car pas franchement cucul la praline, loin de là !

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(vous pouvez cliquer sur les images pour voir en plus grand)

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Jacotte, c'est : un zeste d'effronterie, deux couettes orange, des parents qui s'entendent trop bien (arnaque !), un petit frère à qui on peut faire n'importe quoi, des légumes qui ne poussent pas (arnaque !) un amoureux qui s'appelle... Perceval, une culotte qui rentre dans les fesses (arnaque !) et une sacrée répartie ! Jacotte, c'est une petite fille Unique... comme toutes les autres ! (il s'agit de la 4° de couverture, pas de mon commentaire, mais je pense la même chose mot pour mot)

Jacotte : 60 histoires à lire seul(e) ou accompagné(e) de Géraldine Collet et Estelle Billon-Spagnol (hélium, 2010)

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** le nouvel album de Benjamin Chaud ** hip hip ** danse de la joie **

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Chaussette n'est plus le compagnon de jeu préféré du petit garçon : c'est un petit lapin trop gros, trop mou, trop nul en foot et en bagarre.

« Surtout, je ne peux pas continuer à avoir un lapin comme meilleur copain : je ne suis plus un bébé. »

Il faut donc s'en débarrasser. Adieu Chaussette ! (C'est horriiible, n'est-ce pas ? Mais les enfants sont cruels, je ne vous apprends rien. ) Bref, l'enfant et le lapin se rendent dans la forêt. Tout en marchant, le garçon soliloque, comme pour justifier son acte. Il prend soin de mettre de la distance pour éviter que l'animal retrouve son chemin, lui montre le bienfait de la vie sauvage, mais Chaussette ne bouge pas d'une oreille.

« Je lui dis va-t'en, Chaussette, tu es libre, mais il ne bouge pas.
Il me regarde avec ses petits yeux de princesse pour essayer de m'attendrir.
Il me fait le coup chaque fois qu'il veut que je m'occupe de lui. »

L'heure est grave : c'est beaucoup plus difficile d'abandonner Chaussette. Alors le petit garçon décide de l'attacher à un arbre, puis de partir en courant. Sans se retourner. Mais en même temps, l'angoisse lui noue l'estomac. De soudaines pensées lui martèlent la tête, la réalité de son geste lui revient comme un boomerang. Et il retourne sur ses pas, mais Chaussette a disparu ! ...

Alors, on pourra lire ce qu'on veut entre les lignes de cette histoire (s'arracher de son doudou, choisir de grandir, avoir de nouveaux amis, etc.) mais personnellement je vais me contenter d'admirer le travail de Benjamin Chaud avec un grand sourire aux lèvres car j'ai vraiment BEAUCOUP aimé ! C'est drôle et attachant, la bouille du lapin est absolument craquante, les répliques du garçon m'ont souvent fait rire, et sonnent comme des grelots :

« Ses grandes oreilles flipeflapent dans le vent. »

Adieu Chaussette de Benjamin Chaud (hélium, 2010)

Sur ce, je m'en vais lire le nouvel album de LA FEE COQUILLETTE !!!

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05/10/10

Pêle-Mêle Clarabel #8

Nous avons lu et aimé :

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Cet album est tellement silencieux et beau à admirer qu'il est assez difficile d'en parler, de trouver des mots qui colleraient à son talent. Donc, je vous conseille de suivre votre instinct, de rencontrer cette petite fille qui recueille des bouts de vie dans le creux de sa main et en observe les transformations possibles : un flocon de neige, il a fondu ; un oiseau blessé, je l'ai soigné ; un petit têtard, il est devenu grenouille ; une luciole, puis je l'ai relâchée ... et ainsi de suite jusqu'à la page finale qui annonce la naissance d'un petit frère ou d'une petite soeur. C'est très, très beau ! Beaucoup de douceur et de poésie s'en dégagent. Comme une berceuse.

Dans le creux de ma main, Laëtitia Bourget / Alice Gravier (Sarbacane, 2010)

 

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J'ai mis du sable dans mon cartable
Comme d'autres en mettent dans leurs chaussures.

La fin de l'été et des vacances rend toujours un enfant nostalgique, le petit narrateur ne veut pas rentrer, ne veut pas s'encombrer d'un cartable trop lourd, se noyer dans des histoires avec des dates, des rois et des guerres. Il fait durer le souvenir de la plage, du château de sable, des bons moments passés avec sa grand-mère. Et ainsi, chaque jour, il lui écrit un petit mot ...

Et le temps passe plus vite ainsi, me semble plus doux
En attendant les prochaines vacances

Cet album met du baume au coeur, grâce à lui la nostalgie nous paraît plus douce et le retour au quotidien nous semble moins amer. La sensibilité de Christine Beigel s'associe merveilleusement avec la fantaisie des illustrations de Clotilde Perrin !

J'ai mis du sable dans mon cartable, Christine Beigel / Clotilde Perrin (Sarbacane, 2010)

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Dans la vie, on nous apprend à suivre la ligne, à regarder droit devant, à filer doux. Mais un jour, Léa a eu envie de regarder à côté. De s'échapper, de s'envoler. Et ce qu'elle découvre ne cesse de la surprendre et la séduire. Il y a notamment le nouvel élève qui vient s'asseoir à ses côtés, qui lui glisse un sourire et un regard très complice. Un fil invisible s'est tissé entre eux. Sans un mot. Le maître peut lui seriner, C'est devant que ça se passe ...

Non, monsieur, la vie, c'est pas droit devant
... c'est juste à côté !

C'est un formidable hymne à la liberté, au rêve et à l'imagination. C'est une petite révolution de sortir du rang, de laisser son regard s'échapper, ses esprits divaguer, de lever son nez et de moins regarder son nombril, de s'extasier sur ce qui nous entoure, d'aimer ça et d'en redemander ! Cet album ravira petits et grands lecteurs.

La vie juste à côté, Anne Mulpas / Marjorie Pourchet (Sarbacane, 2010) 

30/09/10

Pêle-Mêle Clarabel #7

Un petit tour de lecture ?

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Un superbe écrin pour les contes de garnements et galopins de Beatrix Potter : indispensable, indémodable, regroupant 11 contes classiques dont Pierre Lapin, la famille Flopsaut, Sophie Canétang... (chez Gallimard jeunesse). Un régal !

Dans un autre genre, mais tout aussi classique :

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La belle lisse poire du prince de Motordu fête ses 30 ans ! Il était un prince de Motordu qui menait la belle vie et habitait un chapeau magnifique au-dessus duquel, le dimanche, flottaient des crapauds bleu blanc rouge. Le prince aimait beaucoup lancer des poules de neige ou mener paître son troupeau de boutons. Il ne s'ennuyait jamais. Un jour, ses parents lui conseillent de se marier (s'il venait à tomber salade, qui lui repasserait son singe ?!) et le prince monte dans sa toiture de course pour se mettre en quête d'une fiancée. En chemin, il rencontre la princesse Dézécolle, en train de cueillir des braises des bois, également  institutrice dans une école publique, gratuite et obligatoire, qui le prend sous son aile afin de le guérir de ses mots de tête. Et ainsi de suite... L'histoire est un festival de liberté et d'impertinence pour l'exercice de l'apprentissage de la langue. C'est drôle, oui, car aux yeux des enfants cette histoire brise tous les interdits, avec intelligence !

(La nouvelle aventure, intitulée Motordu et Rikikie, manque un peu de peps et de charme, mais elle fait la part belle à tous les héros de l'imaginaire, tous les héros issus de la littérature de jeunesse qui trouvent refuge dans l'imagination des lecteurs, lesquels s'en nourrissent pour mieux grandir. C'est donnant-donnant !)

Nous avons aussi écouté de la musique indienne,

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La culture indienne me fascinant toujours, j'apprécie de lire des histoires se passant en Inde ou écouter de la musique typique, comme celle que nous offre cette danse du démon, fortement enrichie de couleurs chatoyantes, dans un grand tourbillon de sons d'instruments traditionnels indiens, comme la flûte bansuri, le sitar, les grelots ghungru, le tambour dhol, les cymbales krotales, et les voix de chanteurs en bengali. A la fin de l'ouvrage, tout est bien expliqué, c'est toujours utile.

La danse du démon est une histoire de Muriel Bloch, illustrée par Allegra Agliardi, qui raconte la ruse d'un garçon très paresseux, nommé Devdas, qui croise sur son chemin un vilain démon, prêt à le dévorer. Le garçon sort alors de sa poche un miroir et lui déclare qu'il est un redoutable chasseur de démons et qu'il vient de capturer son visage. La ruse fonctionne à merveille, le démon se plie en quatre pour satisfaire tous les caprices de Devdas et lui crée aussi sa richesse.

Et pour finir, deux sorties en FOLIO JUNIOR absolument épatantes :

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Le troisième tome de la série Le Livre du Temps de Guillaume Prévost, non ce n'est pas mon préféré, mais il a le grand honneur de boucler cette saga passionnante, riche en rebondissements, pleine d'élégance et de détails historiques qui apportent un intérêt pédagogique à cette lecture (en plus du reste, c'est bien compris ?). C'est une série que je recommande fortement, j'avais été bluffée par les deux premiers tomes, le dernier est juste un peu plus ... frustrant, car c'est le dernier, le plus attendu, il a beaucoup à faire, et il s'acquitte admirablement de toutes ses missions, apportant toutes les solutions, même les plus surprenantes, mais fait sentir que c'est fini, qu'il faut tourner la dernière page, et non, vraiment, je n'aime pas ça, je suis trop nostalgique...

Tobie Lolness, vous connaissez ? C'est ma série fétiche, chouchou, d'amour et tout ce que vous voulez. C'est du bonheur en barre, une combinaison d'amitié, d'amour, de respect et de tolérance, d'intérêt pour la planète, du mystère des arbres, etc.  "Les Yeux d'Elisha" suit "La vie suspendue (tome1) et signe la fin de l'aventure, snif. C'est à la fois un enchantement et un déchirement, car c'est toujours difficile de quitter un monde, des personnages, mais il n'en reste pas moins un souvenir ébloui et inoubliable. Tobie Lolness est une série INDISPENSABLE, à mes yeux, qui sait raconter une histoire authentique, captivante et très intelligente, le tout enrobé dans une ambiance poétique et romantique (merci François Place). Bref, il FAUT lire Tobie Lolness !  Timothée de Fombelle est un GRAND auteur, lisez VANGO, aussi, pour vous en convaincre !