09/07/18

Pêle-Mêle : Presque maintenant - Dept. H : Meurtre en grande profondeur

Presque maintenantAnna, violoniste au conservatoire de Paris, fait la rencontre d'Alexis, étudiant en lettres et féru de Russie, et son colocataire Félix, un étudiant en biotechnologies qui rêve de sauver l'humanité.
Les trois jeunes gens deviennent inséparables. Ils s'aiment plus que des amis mais une frontière invisible semble s'être établie entre eux. Anna est le centre de leurs attentions, mais demeure inaccessible. Félix et Alexis ont conscience de cette sacralisation, sous peine de trahison.
Et finalement, un couple se forme. Le trio est dissous.
Le temps passe et Félix touche au but de sa vie : des Nanopills sont élaborées, conçues pour l'organisme humain et visant à améliorer l'espérance de vie. Sauf que cette quête de la perfection va vite virer à l'obsession... Pour Félix, pour Anna et pour Alexis, la vie  est aspirée par un nouveau tourbillon.
Cette allusion à Jules & Jim n'est pas anodine car on y pense beaucoup au début de la lecture, pour finalement s'atténuer car la lecture se renferme sur le besoin tyrannique de gérer une hygiène de vie sans défaut, faisant exploser les limites du tolérable.
Peut-on tout contrôler et renoncer à la notion de désir ? Que vaut une vie, longue et lisse, si celle-ci n'est jalonnée que de privations (plus de vin, plus de glace, plus de voyage à New York, plus de plaisir) ? Peut-on réellement déjouer la mort ? Quels contrecoups subit le corps à force de tout verrouiller ?
Vieillir, oui... mais vivre vieux et en bonne santé en refusant de vivre. Pfiou... tordu ! En fait, Félix a été traumatisé par la perte de son père, depuis il a condamné son entourage à vivre dans une bulle sanitaire pour se préserver des risques.
Même si les émotions des personnages m'ont paru artificielles, la lecture est entraînante, dans un style graphique très séduisant. Une BD pleine d'élégance et qui évoque la vie, la jeunesse, l'amour et la mort. 

Presque maintenant, de Cyril Bonin 

Futuropolis (2018)

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dept h Meurtre en grande profondeur

Le docteur Hari Hardy a été assassiné dans sa station sous-marine, le Dept H. Bravant tous les risques, sa fille Mia se rend sur place et ouvre une enquête.

Ses premières conclusions sont terrifiantes : l'un des sept scientifiques est le coupable. Qui, parmi Lily, l'amie d'enfance rancunière depuis une dispute, Bob, l'expert en armes, Aaron et Jérôme, l'assistant et le directeur de recherches, Q. le chef de sécurité, son frère Raj et Roger, l'associé et meilleur ami de son père, a pu commettre ce crime odieux ? Mia les connaît tous et se trouve face à un casse-tête.

Mais la vie sous-marine recèle évidemment des mystères. Peu à peu, les caractères vont se révéler, le passé va remonter à la surface et les secrets viendront dévoiler d'autres vérités. Autre élément perturbant, le temps est compté à bord de la station où les incidents techniques se multiplient et où le risque d'une contamination bactériologique serait avérée. Après tout, sur quoi bossait son père ?

Entre récit d'espionnage et crime mystérieux dans un univers huis-clos, cette série en 4 tomes est juste bluffante ! Au départ, j'étais peu sensible au graphisme et aux illustrations... mais j'ai vite revu mon jugement. J'ai finalement été sous le charme des décors, de l'ambiance et du scénario à suspense. J'attends le dénouement avec impatience !

DEPT.H : Meurtre en grande profondeur, de Matt Kindt & Sharlene Kindt

Futuropolis (2018) - série en 4 tomes

 dept h Meurtre en grande profondeur 2

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Les mille et une vies des urgences, de Dominique Mermoux & Baptiste Beaulieu

LES MILLE ET UNE VIES DES URGENCESJe ne connaissais pas le roman de Baptiste Beaulieu, Alors Voilà, lui-même tiré de ses chroniques de blog : Alors Voilà. | Journal de soignées/soignantes réconciliées. Mais j'ai adoré cette adaptation illustrée par Dominique Mermoux.
C'est une lecture à la fois drôle, touchante et pleine de sincérité. Un témoignage sensible, mais sans sensiblerie futile, de la vie des urgences et des petites fourmis qui s'y bousculent. On y croise des internes au top, des hommes et des femmes avec leurs bagages, leurs désirs et leurs secrets, des chefs grincheux, des malades qui vont et viennent, des cas insolites ou farfelus, d'autres bouleversants, d'où les anecdotes à la pelle !
Tout commence avec la dame de la chambre 7 du cinquième étage - celle que Baptiste surnomme L'Oiseau de Feu, du fait de sa chevelure flamboyante. Gravement malade, cette femme est en train de s'éteindre mais résiste jusqu'au retour de son fils bloqué en Islande à cause du volcan en éruption. Pour combler cette attente, Baptiste décide de lui raconter des histoires.
Entre joie et peine, ce rendez-vous aux urgences est un patchwork d'émotions. On en sort le cœur plus gros, plus lourd, plus compatissant aussi. On éprouve une grande admiration pour le dévouement de Baptiste, Anabelle, Frottis, Chef Pocahontas, Blanche, Fabienne, Poussin, Brigitte, Solveig, Amélie, le commandant Viking etc. On rit et on pleure à leurs côtés (bienvenue aux soirées camouflage). En bref, on s'installe dans un coin et on les écoute...
C'est sans artifice, sans pathos. Juste de l'humanité et de la vie 
Très, très bon !

Rue de Sèvres (2017)

 

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Streamliner #1. Bye-bye Lisa Dora & #2. All-in Day, de 'Fane

Streamliner byebye lisa dora

Cristal O'Neil vit seule en plein désert avec son vieux père Evel, une ancienne légende des courses de vitesse au volant de sa mythique Black Widow. Ils sont propriétaires d'une petite station service sur des hectares à perte d'horizon.
Leur tranquillité va être mise à mal avec l'arrivée de Billy Joe, clope au bec, blouson en cuir et sourire carnassier. Leader des Red Noses, il a l'intention d'organiser une course sauvage, réunissant des milliers de pilotes intrépides.
Abusé par ce rassemblement de têtes brûlées, le père de Cristal va précipiter son malheur et mettre en jeu le titre de propriété de la station, contraignant sa fille à conduire la Black Widow pour sauver leur gagne-pain.
Tous ont la rage de vaincre et se contrefichent des règles. Mais tous sont alléchés par l'appât du gain ou par le désir de changer de vie. D'ailleurs le casting ne manque pas d'être époustouflant : outre la chanteuse de rock Calamity, les amazones des Black Panties ou les mystérieux frères Jarret, on trouve aussi  William Boney alias « The Kid » cherchant à échapper aux fédéraux à ses trousses...
On sent à la lecture de cette série (en deux volumes) la poussière du désert, la poudre de la carabine, la sueur et le sang des challengers, le sel des larmes aussi.
Et c'est avec fascination qu'on plonge dans cette ambiance - à la fois âpre et sexy, mais sans racolage. On s'attache aux personnages, leurs parcours et leurs histoires se dévoilent. On découvre plus loin la course médiatique et les magouilles politiques. Les autorités sont dépassées, le run du siècle est lancé.
Bref on suit les pleins et les déliés, les courbes impeccables, les freinages implacables, les moteurs qui chauffent et le caoutchouc qui brûle. La mort est défiée à chaque instant et la vie vécue à mille à l'heure...
Autant dire que j'ai gobé cette lecture avec exaltation. C'était intense et j'ai adoré !

Rue de Sèvres (2017)

 

Streamliner allin day

SÉRIE EN 2 TOMES - 'Fane offre avec Streamliner une œuvre sensible, explosive et déroutante qui lui ressemble.

 

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07/07/18

Spill Zone, de Scott Westerfeld & Alex Puvilland

spill zoneTrois ans plus tôt, la ville de Poughkeepsie a été frappée par une étrange catastrophe, réduisant la population à un état de zombies figés sur eux-mêmes. Seuls quelques animaux (des rats, des chats des loups) ont survécu mais l'énigme reste entière car la zone a depuis été complètement interdite d'accès.
Addison n'hésite pourtant pas à enfreindre les règles et s'y faufile sur son bolide, avec pour seule arme un appareil photo. Elle mitraille tout ce qu'elle y voit et revend ses clichés à une riche collectionneuse. Tout ça pour subvenir aux besoins de sa petite sœur, Lexa, traumatisée et muette suite aux événements.
Leurs parents, qui travaillaient à l'hôpital, ont disparu. Les deux sœurs vivent dans une ferme isolée, à la frontière de la Spill Zone, et connaissent le coin comme le fond de leur poche. Toutefois, la cliente new-yorkaise propose à Addison un contrat plus juteux... et plus risqué : se rendre dans un local du centre hospitalier pour y récupérer un étrange coffret.
Parallèlement, un jeune militaire vient s'assurer que tout va bien chez Addison et sa sœur... risquant ainsi de découvrir les activités illicites de la jeune fille. Un jeune coréen débarque en ville, désireux de rencontrer la célèbre photographe. Et n'oublions pas la poupée en chiffon Vespertine, qui communique par télépathie et qui ne semble pas se contenter d'un rôle de simple figurante !
Tout est désormais en place pour que l'intrigue déploie ses ailes, car ce premier tome est assez évasif et curieux. Il règne une ambiance singulière - pas très attirante de prime abord - mais qui est à la fois angoissante et fascinante. J'attends de lire la suite pour mieux juger, car pour l'instant tout est mystérieux et incite à se poser beaucoup de questions ! 

Rue de Sèvres (2018)

 

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14/06/18

Je vais rester, de Lewis Trondheim & Hubert Chevillard

je vais resterFabienne et Roland viennent d'arriver en vacances à Palavas. Il fait super beau, une brise légère souffle sur le bord de mer. Le couple décide de faire un tour sur la plage en attendant de prendre possession de leur location. Soudain, une bourrasque de vent sème la zizanie chez les plagistes. Et bim, c'est le drame. Là je laisse volontairement planer le suspense... mais Fabienne va avoir le choc de sa vie et se retrouver dans la panade. Contre toute attente, elle décide de rester. Elle compte profiter des vacances déjà programmées et réglées en avance. Elle coupe son téléphone. Rencontre un type dans un bistro. Et refuse de s'épancher. Malgré une couverture estivale, la lecture réserve beaucoup de surprises et beaucoup d'émotions. J'ignorais totalement ce qui m'attendait. Bonjour la claque au tournant. J'ai été abasourdie par le coup de théâtre. J'ai même relu deux fois la scène, envoyé des snaps à mon entourage, car je n'étais pas sûre d'avoir tout compris. Le coup de massue, youhou. J'étais dépitée. Par contre, cela m'a donné envie de continuer ma lecture, d'accompagner Fabienne et de cerner ce qui se tramait dans sa tête, comment elle allait gérer son chagrin. Elle ne laisse rien filtrer, mais se donne une semaine pour flancher ou avancer. Rien que pour ça, je dois dire qu'elle est assez impressionnante - ou déconcertante - car on a un peu de mal à percer sa carapace. Mais cela reste une BD fascinante, au-delà du drame, du cynisme et de la gravité, on retrouve toute l'absurdité des faits divers insolites et l'émotion des amours fauchées trop tôt. À côté, il y a les paysages ensoleillés, l'insouciance des vacanciers, le bleu de la mer et le bruissement des activités touristiques. C'est dans ce doux contraste qu'on réalise aussi qu'on vit sur une drôle de planète ! En bref, un rendez-vous étonnant et riche en émotions.

rue de Sèvres, 2018

 

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Junk Food Book, de Noémie Weber

Junk food bookLe burger est roi à Malbouffe-City ! Le grand patron de Hunger Tiger (représenté sous les traits d'un vilain clown) se frotte les mains de son succès et mène une lutte acharnée contre les trafiquants de légumes. Sa bête noire s'appelle Youssouf Ralatouf, le leader du mouvement d'opposition. Seulement celui-ci est introuvable et file toujours entre les mailles du filet tendu par la police. Il se murmure pourtant que son fils de dix ans traîne en ville et qu'il suffirait de mettre la main dessus pour faire pression sur l'ennemi. Encore faut-il trouver Pépito dans cette jungle urbaine... Les employés du Hungry Tiger, classé numéro dix parmi les meilleures franchises de la planète, n'en mènent pas large. Tous sont dans la confidence - Pépito vit dans une chambre-friteuse à l'arrière du fast-food. Tous les matins, le môme crapahute dans les conduits d'aération pour s'enfiler des donuts et des nuggets à la pelle. Le gosse rêve d'ailleurs de participer au concours de goinfrerie pour y rencontrer ses héros (Kevin McKluskey et Haruki Tokoto). Mais la réalité reprend ses droits et la police resserre soudainement sa surveillance. Le jeune Pépito est repéré - il devient urgent de le conduire à la campagne pour le protéger de lui-même et de ses tentations. Ha, ha. Que c'est drôle ! On découvre avec stupeur une histoire complètement farfelue, où un tigre du Bengale récite du Baudelaire et des poulets proclament du Victor Hugo ! Mais le plus cocasse reste cette idée d'une guerre entre la suprématie de la junk food contre le manger sain & équilibré (cinq fruits et légumes par jour). Les amateurs de verdure doivent se planquer ou subir une cure de rééducation alimentaire. Pour produire à outrance, on n'hésite pas non plus à doper la marchandise (haro sur la farine animale enrichie aux antibiotiques et traitée aux hydrocarbures). Noémie Weber vise juste et bien, son histoire déglingue le système à grandes rasades d'un humour ravageur. Le ton est sarcastique, mais non dénué de vérités et autres signaux d'alerte en démontrant la tyrannie et le régime totalitaire sous toutes ses formes. Voilà une très chouette BD ! Absolument désopilante et étonnante ! Je conseille. ☺

Gallimard Bande Dessinée, 2018

 

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10/05/18

Bonjour tristesse, de Frédéric Rébéna

bonjour tristesseCette adaptation du cultissime roman de Françoise Sagan - Bonjour tristesse - est surprenante et prodigieuse ! J'avoue avoir eu un bref instant de panique en découvrant la préface de F. Beigbeder... mais en qualifiant cette version « sexy, frivole, cynique, balnéaire et fruitée » l'écrivain a franchement tout bon !

Été 1954, Cécile a dix-sept ans et passe ses vacances dans une grande villa louée par son père, en bord de mer. Il est accompagné d'Elsa, sa jeune maîtresse, rousse à la peau blanche, belle, aguicheuse et provocante.
Le trio n'est qu'oisiveté et langueur sensuelle. Mais Cécile boude, insatisfaite et ennuyée. Elle rencontre Cyril, un étudiant de vingt-cinq ans, avec lequel elle flirte avec détachement.
En apprenant l'arrivée d'une amie de sa mère, Anne Larsen, invitée par son père alors qu'il n'avait plus de ses nouvelles depuis des années, Cécile prend conscience de la menace rampante.
Et en effet, Anne détonne dans leur paysage. C'est une femme raffinée, mais assez froide et inflexible. Elle pointe rapidement du doigt l'éducation de Cécile qu'elle juge beaucoup trop nonchalante (des études en berne, trop de soirées alcoolisées...). 
Anne cherche peu à peu à s'immiscer dans leur relation. D'ailleurs, son père tombe sous le charme et se laisse convaincre par la perspective d'une vie rangée. Dans son coin, Cécile bout et mijote sa vengeance.

Ce roman figure parmi mes incontournables. Un classique indémodable, lu une première fois durant l'été de mes seize ans (d'où la sensation d'identification et de confort suprême). Je me faisais donc une joie de découvrir son adaptation en bande dessinée - et quelle réussite ! Seul bémol : je n'ai pas aimé l'effet “casque noir” des cheveux de Cécile, sinon j'ai globalement été séduite par les dessins de Frédéric Rébéna.
On retrouve ici le format lascif et émoustillant du roman. L'atmosphère est estivale et indolente, tout concourt pour enrôler les personnages dans un jeu cruel et troublant. On s'agace de Cécile, on soupire après son vieux don juan de père, on tombe sous le charme d'Elsa, on s'apitoie du sort d'Anne et on frissonne du cataclysme que provoque, malgré elle, son arrivée dans la villa.
La bande dessinée est tellement mais tellement affriolante... sans omettre son insolence et sa rouerie sous son masque d'innocence juvénile. C'est très, TRÈS bon !

Rue de Sèvres, 2018

 

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Gramercy Park, de Timothée de Fombelle & Christian Cailleaux

A65756Septembre 1945. Madeleine est danseuse à l'Opéra de Paris quand elle rencontre un militaire américain, Jeremiah Whitman. Par amour, elle quitte tout et part s'installer à New York.
Dix ans plus tard, c'est une femme solitaire et déprimée qu'on retrouve sur le toit d'un immeuble en train de s'occuper de ses ruches. Mélancolique, distante et froide, elle ne semble prêter aucune attention à l'agitation peu commune dans l'immeuble d'en face.
Pourtant, un homme ne la quitte pas des yeux. Et sait tout sur elle. Cet homme, George Day, vit cloîtré dans son appartement. Il a autour de lui une garde rapprochée pour veiller sur sa fille et lui. Au coin de la rue, une patrouille de police guette aussi ses moindres faits et gestes.
Tous retiennent leur souffle. Chaque dimanche, à onze heures, George Day prend sa voiture pour rouler deux heures au nord de la ville. Un jour, Madeleine décide de le suivre...

Très impatiente de découvrir cette bande dessinée écrite par Timothée de Fombelle - qu'on ne présente plus - j'ai découvert une ambiance étonnante avec une intrigue rondement menée, à la fois sombre, énigmatique et inquiétante.
La construction est en effet habile, le suspense tendu au cordeau. On se laisse longtemps guider à l'aveugle dans le dédale des rues new-yorkaises, s'accrochant pour repérer qui est qui, sans perdre le fil dans la notion du temps (beaucoup de flashbacks). Enfin, c'est magistral.
On se croirait véritablement dans un polar américain d'une autre époque. Madeleine est une héroïne impénétrable - meurtrie dans sa chair, isolée dans sa bulle. On ne soupçonne absolument rien du dénouement et on se soumet au pouvoir hypnotique de cette lecture... farouche et romantique dans un genre bien à part.
Le duo Timothée de Fombelle et Christian Cailleaux fonctionne à merveille - d'un côté, une prose envoûtante et  un climat pesant ; de l'autre côté, des dessins capables d'exprimer la langueur contemplative puis de basculer dans les scènes d'action. Ma foi, c'est très réussi !
Une bande dessinée remarquable & au scénario admirable.

Gallimard Bande Dessinée / 2018

 

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09/05/18

Pêle-Mêle BD : Calpurnia - La bobine d'Alfred - Astrid Bromure & le monstre du Loch Ness - Rubis et sa clique

CalpurniaPour avoir adoré le roman de Jacqueline Kelly, je me faisais une joie de découvrir son adaptation en bande dessinée par Daphné Collignon. Et je dois dire que le résultat est grandiose ! À la hauteur de mes espoirs et de mes attentes. Les dessins sont magnifiques et donnent à notre héroïne des traits ravissants et délicats, le tout dans une ambiance raffinée, quelque peu surannée, au service d'une histoire pleine de tendresse et d'humour. Un beau tableau de famille, dans un décor bucolique et nostalgique.
Nous sommes en 1899, dans la petite ville de Fentress, au Texas. C'est l'été, il fait très chaud. Calpurnia a onze ans et vit dans une grande maison où se bousculent ses six frères et leurs parents. L'éducation des jeunes filles est encore à la mode ancienne - leçons de piano et de couture, pour devenir une maîtresse de maison accomplie. Mais Calpurnia est une demoiselle curieuse et intrépide.
Cet été-là, elle va oser pousser la porte du bureau de son grand-père. Et c'est lui qui va lui mettre entre les mains un manuel de sciences et inciter sa petite-fille à observer la nature et ce qui l'anime. Calpurnia prendra ainsi des notes de toutes ses observations et aiguisera son esprit scientifique... au grand dam de sa mère.
En attendant, l'histoire se dessine avec délicatesse et nous plonge dans le quotidien d'une fratrie comme les autres - chamailleries, amourettes, complicités et secrets. C'est fascinant. La magie a de nouveau opéré et j'ai tourné les pages en m'imprégnant de cette sensation délicieuse de vivre une autre vie. De plonger en enfance et de voyager dans le temps.
Une parfaite adaptation pour une lecture fabuleuse ! Hautement recommandée. ♥

Calpurnia, de Daphné Collignon (d'après le roman de Jacqueline Kelly)

Rue de Sèvres, 2018

SÉRIE EN 2 TOMES

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La bobine d'Alfred

Découvrons maintenant une autre bande dessinée dont l'adaptation me faisait également frémir d'impatience et d'excitation ! La Bobine d'Alfred est un roman de Malika Ferdjoukh publié en 2013 à l'école des loisirs. J'avais adoré l'ambiance vintage et ses références cinématographiques ô combien savoureuses.
Direction Hollywood des années 60 ! Harry Bonnet a seize ans et vit avec son père cuistot à Montmartre, quand celui-ci décide de tout plaquer pour travailler chez une ancienne star de cinéma. Mais son père va très vite se révéler cachottier, car chaque nuit il s'éclipse pour un boulot dont il ne peut absolument rien dire à son fils. Frustré, Harry se faufile dans le coffre de sa voiture pour atterrir sur un plateau de cinéma. Un tournage est en cours, sous le plus grand secret, à la demande d'un certain Albert Hall... 
Il est en effet question du grand A. Hitchcock, d'une adaptation de J.M. Barrie, d'une ambiance électrique entre l'actrice vedette et le réalisateur, d'une bobine de 36 minutes chipée en douce et au destin terrible ! C'est assez pour dessiner l'esquisse d'une histoire palpitante et incroyable.
J'ai beaucoup aimé renouer avec les souvenirs de cette lecture qui combine tous les pêchés mignons de l'auteur - le cinéma classique, les blondes hitchcockiennes, les fantômes du Technicolor et le Golden Age de la MGM... Également ma marotte, j'avoue. Cette passion partagée est donc une évasion assurée. J'ai passé un très bon moment dans cet univers mis en scène par Nicolas Pitz, qui a su redonner vie à une époque dorée, à des vedettes figées sur du papier glacé et à cette atmosphère si particulière des plateaux de tournage.
On se croirait aussi dans un Sunset Boulevard dont Gloria Swanson ne ferait que figuration, car le premier rôle est déjà tenu par Harry - jeune cinéphile, amoureux de Monica West, roulant des heures le long des plages de Santa Monica, découvrant les glaces au beurre de cacahuète ou au cheesecake, le drive-in, les cocktails etc. On savoure d'autres clichés du rêve américain, tout en plongeant dans des séquences mythiques des films de Hitchcock.
C'est toujours un bonheur de lire & relire un roman de Malika Ferdjoukh sous toutes ses formes ! Très belle BD pleine de rythme et de clins d'œil.

La Bobine d'Alfred, de Malika Ferdjoukh & Nicolas Pitz

rue de Sèvres, 2018

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Astrid Bromure monstre Loch NessC'est reparti pour une nouvelle aventure - déjà la quatrième - de notre héroïne Astrid Bromure !

Dans cet épisode, nous la découvrons avec sa maman, Mrs Dottie et Miss Poppyscoop en route pour les Highlands où vit l'oncle Hazel, un inventeur excentrique, aux idées loufoques. Les liens avec la famille avaient été plus ou moins distendus, mais Mrs Bromure a enfin décidé de passer l'éponge et choisi de lui rendre visite pour récupérer un précieux coffret.

Bien évidemment, l'aventure s'annonce cocasse et très drôle ! Chaque personnage voit son caractère épinglé dans des situations farfelues - l'oncle Hazel est assez bordélique et semble tirer profit de l'arrivée de ses proches pour un grand ménage de printemps ! Pendant ce temps, Astrid découvre l'existence d'un laboratoire dans le manoir, mais sa maladresse légendaire va semer la zizanie et (pourquoi pas ?) donner naissance à une légende. Ajoutez une machine lyophilisante, des chiens turbulents, des braconniers trop fouineurs... et vous obtenez une lecture joyeuse et réjouissante !

Le cadre enchanteur de l'Écosse donne un surplus de charme. La présence au premier plan de la maman de l'héroïne ouvre aussi d'autres perspectives - les parents d'Astrid Bromure ne sont plus seulement de simples ombres décoratives. En bref, cette série est géniale. Elle donne le sourire et fait passer un agréable moment. À découvrir ! ☺

Astrid Bromure #4 : Comment lyophiliser le monstre du Loch Ness, de Fabrice Parme

rue de sèvres, 2018

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Rubis et sa clique

Place à une nouvelle série d'aventure intergalactique - pour les amateurs de Zita ou Tritons par exemple !

Rubis est une orpheline de dix ans, particulièrement intrépide et désobéissante. Son hobby, c'est de tester la patience de la police et de sa famille d'accueil. Sauf que sa dernière blague n'est plus du goût de la patrouille qui veut la conduire dans un institut. En chemin, la voiture du shérif est néanmoins au cœur d'une course-poursuite survoltée. En face, nous avons une soucoupe volante - pas moins - qui va cependant disparaître du paysage en emportant Rubis à bord du véhicule de police.

Eh ouais. Même pas 50 pages lues, mais l'action déborde et accroche le lecteur au bouquin. En plus, l'humour ne manque pas et on se surprend à avoir un sourire jusqu'aux oreilles. Rien d'étonnant non plus, puisque l'auteur - Eddie Pittman - a fait ses griffes dans les films d'animation (Mulan, Kuzco, Lilo & Stitch) et la série Phinéas & Ferb. On avait d'ailleurs bien cerné son humour à travers des mimiques, des répliques et des scènes fétiches.

C'est un début de série très prometteur, avec une histoire pleine de perspectives (des monstres en tous genres, des aliens, des planètes inconnues et des paradis perdus). C'est dépaysant, original et distrayant. À tenter. ☺

Rubis & sa clique : Bienvenue au paradis ! d'Eddie Pittman

rue de sèvres, 2018

SÉRIE EN 3 TOMES

 

24/04/18

Pêle-mêle BD en séries : Jack le téméraire - Pile ou face - Le journal d'Aurore

Jack le temeraire face au roi des gobelinsSuite et fin des aventures de Jack, après une première découverte Dans les griffes du jardin maléfique !
Nous retrouvons notre jeune héros et son amie Lilly à la poursuite d'un monstre kidnappeur d'enfant. La petite Maddy a été enlevée sous leurs yeux. Choqué, son frère est parti bille en tête et a escaladé un haricot géant avant de débarquer dans un monde inconnu, peuplé d'ogres et de gobelins.
Mais le temps est compté, et les ennuis ne font que se succéder. Les enfants doivent affronter des hordes de rats dégoûtants, encaisser des coups et des blessures, être séparés dans leurs périples. Une chose est sûre : action, émotion, suspense. Ce trio gagnant déborde de chaque page.
Voilà un deuxième volume bouillonnant d'énergie ! Il est également beaucoup plus visuel - on peut parfois tourner des pages sans texte, juste avec une mise en page époustouflante de couleurs et d'action.
Il y a clairement une grande volonté d'intensifier le rythme et de laisser le lecteur à bout de souffle. Cela fait d'ailleurs son petit effet, car on se laisse embarquer par le dynamisme ambiant.
En s'inspirant librement du conte, Jack et le Haricot magique, l'auteur a réussi une petite prouesse et a combiné sa passion pour la bande dessinée et celle des super héros. Lisez jusqu'au bout, vous comprendrez, clin d'œil aux amateurs de Zita, La Fille de l'espace... ;-)
En bref, c'est vif et intrépide. Une série en 2 tomes épatante pour jeunes lecteurs avides de scènes sensationnelles. 

Jack le téméraire 2. Face au roi des gobelins, de Ben Hatke

rue de sèvres, 2018 

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Pile ou face cap sur l'ile aux tresorsEncore une suite & fin d'une découverte dénichée avec talent par les éditions Rue de Sèvres. Retour donc sur les aventures Pile ou Face dans lesquelles les jumeaux Alex et Cléo tiennent le premier rôle.
Les enfants sont enfin réunis mais n'ont pas dit leur dernier mot pour retrouver le pactole familial. Ils voguent donc sur les océans et comprennent que leur escale finale est auréolée de mystère et de danger.
Toujours à leurs trousses, le pirate Worley multiplie les coups bas et les ruses pour damer le pion. Il va vicieusement profiter du léger conflit fraternel pour distiller son venin et profiter du désœuvrement de l'un pour flouer l'autre.
Une fois encore, le récit nous embarque à la façon d'un roman d'aventures ambiance 19e siècle (pirates, voyages en mer & chasse au trésor). Le scénario est captivant. Il étoffe les personnages, rend plus floue la frontière entre le bien et le mal et souffle un peu de sentimentalisme pour justifier leurs motivations.
C'est bien fait, et les illustrations sont superbes. Seuls manquent à l'appel les frangins Edwin et Silas. Snif, snif.
Encore un beau succès pour cette série en seulement 2 tomes qui invite les lecteurs à l'évasion et l'aventure !

Pile ou Face 2. Cap sur l'île aux trésors, de Hope Larson & Rebecca Mock 

rue de Sèvres, 2017

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le journal d'aurore rien ne va plus

Clap de fin également pour la série adaptée des romans de Marie Desplechin. Pour rappel, le premier tome du Journal d'Aurore avait été une lecture jubilatoire ! ☺ 

Au menu de ce deuxième album : des bouderies, des bouderies et encore des bouderies. Aurore - qu'on ne présente plus - est une adolescente revêche, toujours d'humeur maussade et au regard sans complaisance. Sa famille, ses amis, les garçons, ses cours de français, ses lectures, son groupe de rock... tous passent sous son scan implacable. La demoiselle est impitoyable et n'y va pas avec le dos de la cuillère.
Pour exprimer ses émotions, Aurore a souvent recours à la chanson. Elle écrit, elle dégaine, elle chante haut et fort ce qui lui trotte dans la tête. Cela va de ses sentiments contradictoires pour le batteur du groupe au licenciement abusif de sa mère qu'elle dénonce avec véhémence. Bref, la vie d'Aurore défile, saison après saison, sous le même air faussement rebelle et délicieusement attachant.
Le régime global peut sembler usant, mais l'humour est dérisoire. Et la lecture salvatrice. On papillonne gracieusement dans l'univers d'Aurore - vu par Agnès Maupré - et c'est un tel bonheur pour les yeux. La rencontre avec la tendresse malicieuse de Marie Desplechin se solde évidemment sur un joli succès.
La journal d'Aurore se veut le portrait piquant et authentique d'une ado bien dans son époque. On accuse le choc des générations ou on se fond une place dans le décor avec aisance. On passe, en vrai, un super moment et on regrette la dernière page qui se tourne. La roue tourne, et quand « mes journées sont bourrées d'événements, plus ou moins minuscules, je ne peux plus à la fois vivre des choses à longueur de journée et les écrire. »
Et donc, au revoir, cher petit journal. Certificat d'authenticité. “A été jeune un jour. Incroyable mais vrai.” À plus tard, dans le temps...

Le Journal d'Aurore 2. Rien ne va plus ! de Marie Desplechin & Agnès Maupré

rue de Sèvres, 2017

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