14/06/18

Je vais rester, de Lewis Trondheim & Hubert Chevillard

je vais resterFabienne et Roland viennent d'arriver en vacances à Palavas. Il fait super beau, une brise légère souffle sur le bord de mer. Le couple décide de faire un tour sur la plage en attendant de prendre possession de leur location. Soudain, une bourrasque de vent sème la zizanie chez les plagistes. Et bim, c'est le drame. Là je laisse volontairement planer le suspense... mais Fabienne va avoir le choc de sa vie et se retrouver dans la panade. Contre toute attente, elle décide de rester. Elle compte profiter des vacances déjà programmées et réglées en avance. Elle coupe son téléphone. Rencontre un type dans un bistro. Et refuse de s'épancher. Malgré une couverture estivale, la lecture réserve beaucoup de surprises et beaucoup d'émotions. J'ignorais totalement ce qui m'attendait. Bonjour la claque au tournant. J'ai été abasourdie par le coup de théâtre. J'ai même relu deux fois la scène, envoyé des snaps à mon entourage, car je n'étais pas sûre d'avoir tout compris. Le coup de massue, youhou. J'étais dépitée. Par contre, cela m'a donné envie de continuer ma lecture, d'accompagner Fabienne et de cerner ce qui se tramait dans sa tête, comment elle allait gérer son chagrin. Elle ne laisse rien filtrer, mais se donne une semaine pour flancher ou avancer. Rien que pour ça, je dois dire qu'elle est assez impressionnante - ou déconcertante - car on a un peu de mal à percer sa carapace. Mais cela reste une BD fascinante, au-delà du drame, du cynisme et de la gravité, on retrouve toute l'absurdité des faits divers insolites et l'émotion des amours fauchées trop tôt. À côté, il y a les paysages ensoleillés, l'insouciance des vacanciers, le bleu de la mer et le bruissement des activités touristiques. C'est dans ce doux contraste qu'on réalise aussi qu'on vit sur une drôle de planète ! En bref, un rendez-vous étonnant et riche en émotions.

rue de Sèvres, 2018

 

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Junk Food Book, de Noémie Weber

Junk food bookLe burger est roi à Malbouffe-City ! Le grand patron de Hunger Tiger (représenté sous les traits d'un vilain clown) se frotte les mains de son succès et mène une lutte acharnée contre les trafiquants de légumes. Sa bête noire s'appelle Youssouf Ralatouf, le leader du mouvement d'opposition. Seulement celui-ci est introuvable et file toujours entre les mailles du filet tendu par la police. Il se murmure pourtant que son fils de dix ans traîne en ville et qu'il suffirait de mettre la main dessus pour faire pression sur l'ennemi. Encore faut-il trouver Pépito dans cette jungle urbaine... Les employés du Hungry Tiger, classé numéro dix parmi les meilleures franchises de la planète, n'en mènent pas large. Tous sont dans la confidence - Pépito vit dans une chambre-friteuse à l'arrière du fast-food. Tous les matins, le môme crapahute dans les conduits d'aération pour s'enfiler des donuts et des nuggets à la pelle. Le gosse rêve d'ailleurs de participer au concours de goinfrerie pour y rencontrer ses héros (Kevin McKluskey et Haruki Tokoto). Mais la réalité reprend ses droits et la police resserre soudainement sa surveillance. Le jeune Pépito est repéré - il devient urgent de le conduire à la campagne pour le protéger de lui-même et de ses tentations. Ha, ha. Que c'est drôle ! On découvre avec stupeur une histoire complètement farfelue, où un tigre du Bengale récite du Baudelaire et des poulets proclament du Victor Hugo ! Mais le plus cocasse reste cette idée d'une guerre entre la suprématie de la junk food contre le manger sain & équilibré (cinq fruits et légumes par jour). Les amateurs de verdure doivent se planquer ou subir une cure de rééducation alimentaire. Pour produire à outrance, on n'hésite pas non plus à doper la marchandise (haro sur la farine animale enrichie aux antibiotiques et traitée aux hydrocarbures). Noémie Weber vise juste et bien, son histoire déglingue le système à grandes rasades d'un humour ravageur. Le ton est sarcastique, mais non dénué de vérités et autres signaux d'alerte en démontrant la tyrannie et le régime totalitaire sous toutes ses formes. Voilà une très chouette BD ! Absolument désopilante et étonnante ! Je conseille. ☺

Gallimard Bande Dessinée, 2018

 

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10/05/18

Bonjour tristesse, de Frédéric Rébéna

bonjour tristesseCette adaptation du cultissime roman de Françoise Sagan - Bonjour tristesse - est surprenante et prodigieuse ! J'avoue avoir eu un bref instant de panique en découvrant la préface de F. Beigbeder... mais en qualifiant cette version « sexy, frivole, cynique, balnéaire et fruitée » l'écrivain a franchement tout bon !

Été 1954, Cécile a dix-sept ans et passe ses vacances dans une grande villa louée par son père, en bord de mer. Il est accompagné d'Elsa, sa jeune maîtresse, rousse à la peau blanche, belle, aguicheuse et provocante.
Le trio n'est qu'oisiveté et langueur sensuelle. Mais Cécile boude, insatisfaite et ennuyée. Elle rencontre Cyril, un étudiant de vingt-cinq ans, avec lequel elle flirte avec détachement.
En apprenant l'arrivée d'une amie de sa mère, Anne Larsen, invitée par son père alors qu'il n'avait plus de ses nouvelles depuis des années, Cécile prend conscience de la menace rampante.
Et en effet, Anne détonne dans leur paysage. C'est une femme raffinée, mais assez froide et inflexible. Elle pointe rapidement du doigt l'éducation de Cécile qu'elle juge beaucoup trop nonchalante (des études en berne, trop de soirées alcoolisées...). 
Anne cherche peu à peu à s'immiscer dans leur relation. D'ailleurs, son père tombe sous le charme et se laisse convaincre par la perspective d'une vie rangée. Dans son coin, Cécile bout et mijote sa vengeance.

Ce roman figure parmi mes incontournables. Un classique indémodable, lu une première fois durant l'été de mes seize ans (d'où la sensation d'identification et de confort suprême). Je me faisais donc une joie de découvrir son adaptation en bande dessinée - et quelle réussite ! Seul bémol : je n'ai pas aimé l'effet “casque noir” des cheveux de Cécile, sinon j'ai globalement été séduite par les dessins de Frédéric Rébéna.
On retrouve ici le format lascif et émoustillant du roman. L'atmosphère est estivale et indolente, tout concourt pour enrôler les personnages dans un jeu cruel et troublant. On s'agace de Cécile, on soupire après son vieux don juan de père, on tombe sous le charme d'Elsa, on s'apitoie du sort d'Anne et on frissonne du cataclysme que provoque, malgré elle, son arrivée dans la villa.
La bande dessinée est tellement mais tellement affriolante... sans omettre son insolence et sa rouerie sous son masque d'innocence juvénile. C'est très, TRÈS bon !

Rue de Sèvres, 2018

 

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Gramercy Park, de Timothée de Fombelle & Christian Cailleaux

A65756Septembre 1945. Madeleine est danseuse à l'Opéra de Paris quand elle rencontre un militaire américain, Jeremiah Whitman. Par amour, elle quitte tout et part s'installer à New York.
Dix ans plus tard, c'est une femme solitaire et déprimée qu'on retrouve sur le toit d'un immeuble en train de s'occuper de ses ruches. Mélancolique, distante et froide, elle ne semble prêter aucune attention à l'agitation peu commune dans l'immeuble d'en face.
Pourtant, un homme ne la quitte pas des yeux. Et sait tout sur elle. Cet homme, George Day, vit cloîtré dans son appartement. Il a autour de lui une garde rapprochée pour veiller sur sa fille et lui. Au coin de la rue, une patrouille de police guette aussi ses moindres faits et gestes.
Tous retiennent leur souffle. Chaque dimanche, à onze heures, George Day prend sa voiture pour rouler deux heures au nord de la ville. Un jour, Madeleine décide de le suivre...

Très impatiente de découvrir cette bande dessinée écrite par Timothée de Fombelle - qu'on ne présente plus - j'ai découvert une ambiance étonnante avec une intrigue rondement menée, à la fois sombre, énigmatique et inquiétante.
La construction est en effet habile, le suspense tendu au cordeau. On se laisse longtemps guider à l'aveugle dans le dédale des rues new-yorkaises, s'accrochant pour repérer qui est qui, sans perdre le fil dans la notion du temps (beaucoup de flashbacks). Enfin, c'est magistral.
On se croirait véritablement dans un polar américain d'une autre époque. Madeleine est une héroïne impénétrable - meurtrie dans sa chair, isolée dans sa bulle. On ne soupçonne absolument rien du dénouement et on se soumet au pouvoir hypnotique de cette lecture... farouche et romantique dans un genre bien à part.
Le duo Timothée de Fombelle et Christian Cailleaux fonctionne à merveille - d'un côté, une prose envoûtante et  un climat pesant ; de l'autre côté, des dessins capables d'exprimer la langueur contemplative puis de basculer dans les scènes d'action. Ma foi, c'est très réussi !
Une bande dessinée remarquable & au scénario admirable.

Gallimard Bande Dessinée / 2018

 

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09/05/18

Pêle-Mêle BD : Calpurnia - La bobine d'Alfred - Astrid Bromure & le monstre du Loch Ness - Rubis et sa clique

CalpurniaPour avoir adoré le roman de Jacqueline Kelly, je me faisais une joie de découvrir son adaptation en bande dessinée par Daphné Collignon. Et je dois dire que le résultat est grandiose ! À la hauteur de mes espoirs et de mes attentes. Les dessins sont magnifiques et donnent à notre héroïne des traits ravissants et délicats, le tout dans une ambiance raffinée, quelque peu surannée, au service d'une histoire pleine de tendresse et d'humour. Un beau tableau de famille, dans un décor bucolique et nostalgique.
Nous sommes en 1899, dans la petite ville de Fentress, au Texas. C'est l'été, il fait très chaud. Calpurnia a onze ans et vit dans une grande maison où se bousculent ses six frères et leurs parents. L'éducation des jeunes filles est encore à la mode ancienne - leçons de piano et de couture, pour devenir une maîtresse de maison accomplie. Mais Calpurnia est une demoiselle curieuse et intrépide.
Cet été-là, elle va oser pousser la porte du bureau de son grand-père. Et c'est lui qui va lui mettre entre les mains un manuel de sciences et inciter sa petite-fille à observer la nature et ce qui l'anime. Calpurnia prendra ainsi des notes de toutes ses observations et aiguisera son esprit scientifique... au grand dam de sa mère.
En attendant, l'histoire se dessine avec délicatesse et nous plonge dans le quotidien d'une fratrie comme les autres - chamailleries, amourettes, complicités et secrets. C'est fascinant. La magie a de nouveau opéré et j'ai tourné les pages en m'imprégnant de cette sensation délicieuse de vivre une autre vie. De plonger en enfance et de voyager dans le temps.
Une parfaite adaptation pour une lecture fabuleuse ! Hautement recommandée. ♥

Calpurnia, de Daphné Collignon (d'après le roman de Jacqueline Kelly)

Rue de Sèvres, 2018

SÉRIE EN 2 TOMES

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La bobine d'Alfred

Découvrons maintenant une autre bande dessinée dont l'adaptation me faisait également frémir d'impatience et d'excitation ! La Bobine d'Alfred est un roman de Malika Ferdjoukh publié en 2013 à l'école des loisirs. J'avais adoré l'ambiance vintage et ses références cinématographiques ô combien savoureuses.
Direction Hollywood des années 60 ! Harry Bonnet a seize ans et vit avec son père cuistot à Montmartre, quand celui-ci décide de tout plaquer pour travailler chez une ancienne star de cinéma. Mais son père va très vite se révéler cachottier, car chaque nuit il s'éclipse pour un boulot dont il ne peut absolument rien dire à son fils. Frustré, Harry se faufile dans le coffre de sa voiture pour atterrir sur un plateau de cinéma. Un tournage est en cours, sous le plus grand secret, à la demande d'un certain Albert Hall... 
Il est en effet question du grand A. Hitchcock, d'une adaptation de J.M. Barrie, d'une ambiance électrique entre l'actrice vedette et le réalisateur, d'une bobine de 36 minutes chipée en douce et au destin terrible ! C'est assez pour dessiner l'esquisse d'une histoire palpitante et incroyable.
J'ai beaucoup aimé renouer avec les souvenirs de cette lecture qui combine tous les pêchés mignons de l'auteur - le cinéma classique, les blondes hitchcockiennes, les fantômes du Technicolor et le Golden Age de la MGM... Également ma marotte, j'avoue. Cette passion partagée est donc une évasion assurée. J'ai passé un très bon moment dans cet univers mis en scène par Nicolas Pitz, qui a su redonner vie à une époque dorée, à des vedettes figées sur du papier glacé et à cette atmosphère si particulière des plateaux de tournage.
On se croirait aussi dans un Sunset Boulevard dont Gloria Swanson ne ferait que figuration, car le premier rôle est déjà tenu par Harry - jeune cinéphile, amoureux de Monica West, roulant des heures le long des plages de Santa Monica, découvrant les glaces au beurre de cacahuète ou au cheesecake, le drive-in, les cocktails etc. On savoure d'autres clichés du rêve américain, tout en plongeant dans des séquences mythiques des films de Hitchcock.
C'est toujours un bonheur de lire & relire un roman de Malika Ferdjoukh sous toutes ses formes ! Très belle BD pleine de rythme et de clins d'œil.

La Bobine d'Alfred, de Malika Ferdjoukh & Nicolas Pitz

rue de Sèvres, 2018

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Astrid Bromure monstre Loch NessC'est reparti pour une nouvelle aventure - déjà la quatrième - de notre héroïne Astrid Bromure !

Dans cet épisode, nous la découvrons avec sa maman, Mrs Dottie et Miss Poppyscoop en route pour les Highlands où vit l'oncle Hazel, un inventeur excentrique, aux idées loufoques. Les liens avec la famille avaient été plus ou moins distendus, mais Mrs Bromure a enfin décidé de passer l'éponge et choisi de lui rendre visite pour récupérer un précieux coffret.

Bien évidemment, l'aventure s'annonce cocasse et très drôle ! Chaque personnage voit son caractère épinglé dans des situations farfelues - l'oncle Hazel est assez bordélique et semble tirer profit de l'arrivée de ses proches pour un grand ménage de printemps ! Pendant ce temps, Astrid découvre l'existence d'un laboratoire dans le manoir, mais sa maladresse légendaire va semer la zizanie et (pourquoi pas ?) donner naissance à une légende. Ajoutez une machine lyophilisante, des chiens turbulents, des braconniers trop fouineurs... et vous obtenez une lecture joyeuse et réjouissante !

Le cadre enchanteur de l'Écosse donne un surplus de charme. La présence au premier plan de la maman de l'héroïne ouvre aussi d'autres perspectives - les parents d'Astrid Bromure ne sont plus seulement de simples ombres décoratives. En bref, cette série est géniale. Elle donne le sourire et fait passer un agréable moment. À découvrir ! ☺

Astrid Bromure #4 : Comment lyophiliser le monstre du Loch Ness, de Fabrice Parme

rue de sèvres, 2018

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Rubis et sa clique

Place à une nouvelle série d'aventure intergalactique - pour les amateurs de Zita ou Tritons par exemple !

Rubis est une orpheline de dix ans, particulièrement intrépide et désobéissante. Son hobby, c'est de tester la patience de la police et de sa famille d'accueil. Sauf que sa dernière blague n'est plus du goût de la patrouille qui veut la conduire dans un institut. En chemin, la voiture du shérif est néanmoins au cœur d'une course-poursuite survoltée. En face, nous avons une soucoupe volante - pas moins - qui va cependant disparaître du paysage en emportant Rubis à bord du véhicule de police.

Eh ouais. Même pas 50 pages lues, mais l'action déborde et accroche le lecteur au bouquin. En plus, l'humour ne manque pas et on se surprend à avoir un sourire jusqu'aux oreilles. Rien d'étonnant non plus, puisque l'auteur - Eddie Pittman - a fait ses griffes dans les films d'animation (Mulan, Kuzco, Lilo & Stitch) et la série Phinéas & Ferb. On avait d'ailleurs bien cerné son humour à travers des mimiques, des répliques et des scènes fétiches.

C'est un début de série très prometteur, avec une histoire pleine de perspectives (des monstres en tous genres, des aliens, des planètes inconnues et des paradis perdus). C'est dépaysant, original et distrayant. À tenter. ☺

Rubis & sa clique : Bienvenue au paradis ! d'Eddie Pittman

rue de sèvres, 2018

SÉRIE EN 3 TOMES

 


24/04/18

Pêle-mêle BD en séries : Jack le téméraire - Pile ou face - Le journal d'Aurore

Jack le temeraire face au roi des gobelinsSuite et fin des aventures de Jack, après une première découverte Dans les griffes du jardin maléfique !
Nous retrouvons notre jeune héros et son amie Lilly à la poursuite d'un monstre kidnappeur d'enfant. La petite Maddy a été enlevée sous leurs yeux. Choqué, son frère est parti bille en tête et a escaladé un haricot géant avant de débarquer dans un monde inconnu, peuplé d'ogres et de gobelins.
Mais le temps est compté, et les ennuis ne font que se succéder. Les enfants doivent affronter des hordes de rats dégoûtants, encaisser des coups et des blessures, être séparés dans leurs périples. Une chose est sûre : action, émotion, suspense. Ce trio gagnant déborde de chaque page.
Voilà un deuxième volume bouillonnant d'énergie ! Il est également beaucoup plus visuel - on peut parfois tourner des pages sans texte, juste avec une mise en page époustouflante de couleurs et d'action.
Il y a clairement une grande volonté d'intensifier le rythme et de laisser le lecteur à bout de souffle. Cela fait d'ailleurs son petit effet, car on se laisse embarquer par le dynamisme ambiant.
En s'inspirant librement du conte, Jack et le Haricot magique, l'auteur a réussi une petite prouesse et a combiné sa passion pour la bande dessinée et celle des super héros. Lisez jusqu'au bout, vous comprendrez, clin d'œil aux amateurs de Zita, La Fille de l'espace... ;-)
En bref, c'est vif et intrépide. Une série en 2 tomes épatante pour jeunes lecteurs avides de scènes sensationnelles. 

Jack le téméraire 2. Face au roi des gobelins, de Ben Hatke

rue de sèvres, 2018 

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Pile ou face cap sur l'ile aux tresorsEncore une suite & fin d'une découverte dénichée avec talent par les éditions Rue de Sèvres. Retour donc sur les aventures Pile ou Face dans lesquelles les jumeaux Alex et Cléo tiennent le premier rôle.
Les enfants sont enfin réunis mais n'ont pas dit leur dernier mot pour retrouver le pactole familial. Ils voguent donc sur les océans et comprennent que leur escale finale est auréolée de mystère et de danger.
Toujours à leurs trousses, le pirate Worley multiplie les coups bas et les ruses pour damer le pion. Il va vicieusement profiter du léger conflit fraternel pour distiller son venin et profiter du désœuvrement de l'un pour flouer l'autre.
Une fois encore, le récit nous embarque à la façon d'un roman d'aventures ambiance 19e siècle (pirates, voyages en mer & chasse au trésor). Le scénario est captivant. Il étoffe les personnages, rend plus floue la frontière entre le bien et le mal et souffle un peu de sentimentalisme pour justifier leurs motivations.
C'est bien fait, et les illustrations sont superbes. Seuls manquent à l'appel les frangins Edwin et Silas. Snif, snif.
Encore un beau succès pour cette série en seulement 2 tomes qui invite les lecteurs à l'évasion et l'aventure !

Pile ou Face 2. Cap sur l'île aux trésors, de Hope Larson & Rebecca Mock 

rue de Sèvres, 2017

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le journal d'aurore rien ne va plus

Clap de fin également pour la série adaptée des romans de Marie Desplechin. Pour rappel, le premier tome du Journal d'Aurore avait été une lecture jubilatoire ! ☺ 

Au menu de ce deuxième album : des bouderies, des bouderies et encore des bouderies. Aurore - qu'on ne présente plus - est une adolescente revêche, toujours d'humeur maussade et au regard sans complaisance. Sa famille, ses amis, les garçons, ses cours de français, ses lectures, son groupe de rock... tous passent sous son scan implacable. La demoiselle est impitoyable et n'y va pas avec le dos de la cuillère.
Pour exprimer ses émotions, Aurore a souvent recours à la chanson. Elle écrit, elle dégaine, elle chante haut et fort ce qui lui trotte dans la tête. Cela va de ses sentiments contradictoires pour le batteur du groupe au licenciement abusif de sa mère qu'elle dénonce avec véhémence. Bref, la vie d'Aurore défile, saison après saison, sous le même air faussement rebelle et délicieusement attachant.
Le régime global peut sembler usant, mais l'humour est dérisoire. Et la lecture salvatrice. On papillonne gracieusement dans l'univers d'Aurore - vu par Agnès Maupré - et c'est un tel bonheur pour les yeux. La rencontre avec la tendresse malicieuse de Marie Desplechin se solde évidemment sur un joli succès.
La journal d'Aurore se veut le portrait piquant et authentique d'une ado bien dans son époque. On accuse le choc des générations ou on se fond une place dans le décor avec aisance. On passe, en vrai, un super moment et on regrette la dernière page qui se tourne. La roue tourne, et quand « mes journées sont bourrées d'événements, plus ou moins minuscules, je ne peux plus à la fois vivre des choses à longueur de journée et les écrire. »
Et donc, au revoir, cher petit journal. Certificat d'authenticité. “A été jeune un jour. Incroyable mais vrai.” À plus tard, dans le temps...

Le Journal d'Aurore 2. Rien ne va plus ! de Marie Desplechin & Agnès Maupré

rue de Sèvres, 2017

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19/04/18

Brigade Verhoeven : Rosie, de Pascal Bertho & Yannick Corboz

D'après le roman de Pierre Lemaitre, ROSY AND JOHN, paru aux éditions Le Livre de Poche.

rosie_ brigade_verhoeven

Arrêté pour avoir posé une bombe dans Paris, Jean (John) Garnier avoue rapidement qu'il en a planqué d'autres mais qu'il ne révélera leur emplacement qu'après avoir obtenu gain de cause - des millions, des billets d'avion et la libération de sa mère, Rosie. Celle-ci est incarcérée pour homicide (elle a roulé sur le scooter de la fiancée de son fils). Depuis, elle affiche mépris et indifférence du fond de sa cellule. Camille Verhoeven comprend qu'il détient un épineux dossier ! Commandant de la brigade criminelle, il est réputé pour ses méthodes impartiales et ne lâche jamais une affaire avant sa résolution. Le cas du mutique Jean Garnier lui pose un cas de conscience - cet individu mène la brigade par le bout du nez. Verhoeven le sait mais a les poings liés. Il a besoin de temps pour cerner le personnage. Or, le temps lui est compté... Alors il griffonne dans son carnet à dessins pour chasser ses démons et soulager son immense frustration.

Cette adaptation de la série en 4 tomes (à venir) est une première approche pour pénétrer un univers dont on absorbera largement la noirceur et la douleur qui vont en découler. Pour l'heure, ce sont les personnalités d'une brigade hors normes qui s'effeuillent. La lecture révèle en effet une équipe hétéroclite, composée de l'élégant Louis, du parcimonieux Armand et de la nouvelle recrue, Jean-Claude. Mais tous les projecteurs sont braqués sur le commandant, Camille Verhoeven, 1m45 de perspicacité et de défiance. L'histoire dévoile son enfance auprès d'une mère peintre dévorée par sa passion et qui ne se nourrissait que de tabac, d'où le retard de croissance de son garçon. Solitaire et secret, Camille croit de nouveau au bonheur depuis sa rencontre avec Irène... Cette immersion dans l'univers de Pierre Lemaitre est une réussite - rythme, suspense et émotion se bousculent et happent l'intérêt du lecteur jusqu'au bout ! La suite s'annonce prometteuse. ☺

Rue de Sèvres, 2018

 

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17/04/18

Claudine à l'école, par Lucie Durbiano

D'après le roman de Colette
Couleurs de Jeanne Balas et Lucie Durbiano

Claudine à l'école

Dès l'annonce de la parution du projet, je savais que cela allait être un coup de cœur ! Quand l'univers de Colette, avec son héroïne Claudine, rencontre la tendresse malicieuse de Lucie Durbiano, forcément le résultat fait boum.

La lecture nous fait voyager dans le temps - campagne bourguignonne, en 1900 - Claudine a quinze ans et fréquente la petite école de Montigny. L'ambiance est frivole, joyeuse, coquine et insouciante... même si les filles doivent passer le brevet en fin d'année et s'appliquer à ne pas décevoir leur responsable, la rousse Mlle Sergent, qui ne rigole pas avec la discipline. Les adolescentes chahutent et se taquinent, font des yeux de biche à l'approche des garçons, se trémoussent et gloussent. C'est charmant et follement désuet. On craque pour la personnalité polissonne de Claudine, pour son esprit libre et sans concession. Ainsi, elle s'éprend de la nouvelle institutrice, prend la mouche dès que celle-ci devient trop cruche, ne supporte plus les manières obséquieuses du médecin trop pressant et ricane de vanité en apprenant que le professeur de musique en pince pour elle !

Cette bande dessinée m'a donné envie de replonger dans l'œuvre de Colette. Outre l'élégance et l'humour dans son histoire simple, on y respire le parfum de l'enfance, la nostalgie d'une époque surannée et le tabou des amours chuchotées. J'ai beaucoup aimé la subtilité de l'intrigue, où les indices et non-dits sont glissés avec délicatesse. Suggérer sans jamais dévoiler, en gros. C'est beau, c'est intelligent, c'est frais. Difficile de quitter cette école de jeunes filles devenue le théâtre d'une comédie légère et pétillante ! J'ai adoré. ♥

Gallimard Bande Dessinée coll. Fétiche / 2018

 

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13/02/18

Pêle-Mêle : Culottées - Taïpi, Un paradis cannibale - Une saison en Egypte - L'odeur des garçons affamés - Le premier homme

CULOTTÉESLes héroïnes mises à l'honneur par Pénélope Bagieu sont toutes remarquables, culottées et intrépides, elles ont brisé les carcans de leur époque et ont pris leur destin en mains sans peur de brusquer la bienséance ou la morale.
Ce sont des guerrières, des sirènes, des gardiennes de phare ou des créatrices, des médecins ou des exploratrices. Leur fabuleuse destinée nous est donc racontée en quinze portraits, faits de drôlerie et d'impertinence.
Ainsi Margaret Hamilton, l'actrice terrifiante, connue pour incarner l'horrible sorcière de l'Ouest dans Le Magicien d'Oz. Au cours du tournage, celle-ci a été brûlée aux mains et au visage, suite à un incident technique et a longtemps conservé un teint verdâtre, conséquence de la peinture verte qui a imprégné sa peau. Ironie du sort, beaucoup de ses scènes ont été coupées au montage car son interprétation était trop terrifiante ! Ah ah !
Autre personnalité mémorable : l'impératrice Wu Zetian, réputée pour sa grande beauté, destinée à être concubine puis envoyée dans un monastère après la mort de son protecteur. Elle revient en force pour épouser son héritier et va occuper une place importante dans les décisions politiques, favorisant une société récompensée au mérite, revalorisant la place de la femme et renforçant l'influence du bouddhisme. Les historiens officiels sont encore désarçonnés à considérer sa dynastie comme un modèle de réussite et de prospérité !
Et je ne vous parle pas de Joséphine Baker ni de Tove Janson (la maman des Moomins), et encore moins de Josephina van Gorkum (l'amoureuse têtue), car Pénélope Bagieu réussit à le faire avec beaucoup de charme et d'humour !
Très chouette lecture.

Culottées Tome 1, de Pénélope Bagieu

Gallimard BD (2016)

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taïpi paradis cannibaleTom et Toby sont deux matelots qui rêvent d'une autre vie. Lorsque leur baleinier accoste aux larges des îles Marquises, les deux camarades résistent aux chants des sirènes pour se tailler en doute. Ils s'enfoncent dans la jungle luxuriante, avant de croiser l'étrange tribu Taïpi.

Désarçonnés par leur dialecte qu'ils ne comprennent pas, les deux hommes se contentent de hocher bêtement la tête. Puis font rapidement profil bas, ne sachant pas ce qui les attend, mais se fondent dans le décor, participant à la vie de village, à la pêche, à la chasse... avant de comprendre qu'ils viennent de débarquer en plein paradis cannibale.

Cette adaptation du roman de Melville par le duo Melchior et Bachelier est une franche réussite. On a des décors exotiques, de la sensualité, une invitation au voyage, une explosion des sens, l'indolence et la douceur, la séduction, l'imagination, l'aliénation et l'ensorcellement...

On plonge littéralement dans un récit poétique, nourri de fantasmes, de couleurs et de mystères. Cela se découvre, entre émerveillement et appréhension. Et c'est assez spectaculaire.

Taïpi, un paradis cannibale de Stéphane Melchior & Benjamin Bachelier

Gallimard BD (2016)

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Une saison en EgypteSacha, poète désargenté, quitte Saint-Pétersbourg pour visiter l'Egypte et soigner ses poumons fragilisés par un climat trop rude et humide. Au cours de son voyage, il rencontre un couple atypique, artiste et bohème, Alexandre et Catherine Payan.

Le trio devient inséparable et arpente les rues du Caire avec éblouissement. Mais le peintre va tomber sous le charme d'une danseuse orientale, la sublime Asma, pour laquelle Alexandre est prêt à tout abandonner. Éplorée, Catherine demande à Sacha de le raisonner avant de partir pour une aventure faite de drames et de rebondissements.

Une histoire romantique, tour à tour légère, drôle et émouvante, sert prodigieusement cette lecture au charme impénétrable. J'ai beaucoup aimé.

Une saison en Egypte, de Claire Fauvel

Casterman BD (2015)

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L'odeur des garçons affamésDeux hommes et un gamin forment un drôle d'équipage et parcourent les plaines sauvages du Texas : Oscar Forrest, photographe, Stingley, géologue, et Milton, un fils de fermier qui s'est sauvé de chez lui.

Forrest doit répertorier les paysages de l'Ouest mais ne cherche pas à cerner les intentions - troubles - de son employeur. Il a tout à gagner de filer droit car lui aussi est en fuite. 

Ces trois-là ne sont pourtant pas au bout de leurs surprises : poursuivis par un affreux type en noir, un Indien mutique et des mustangs déchaînés. Ils vont également être au cœur d'étranges phénomènes, fouler des territoires interdits. Même le climat au sein du groupe devient plus lourd et déconcertant.

La lecture, qui débute comme un western, revêt très vite des allures de thriller avant de glisser vers une dimension onirique et fantastique. Le résultat vaut franchement le détour ! C'est bluffant.

L'odeur des garçons affamés, par Frederik Peeters & Loo Hui Phang

Casterman BD (2016)

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le premier hommeEt pour finir...

J'ai également beaucoup aimé cette adaptation par Jacques Ferrandez du roman (inachevé) d'Albert Camus.

Jacques Cormery est écrivain et vit à Paris, quand il décide d'écrire sur ses souvenirs d'enfance, en particulier sur son père Henri, mort à la bataille de la Marne en 1914, à seulement 29 ans. Il repart en Algérie où vit toujours sa mère, petite bonne femme craintive, refusant de quitter son quartier. Il se rappelle sa grand-mère, intraitable et tyrannique, dégainant les coups de fouet pour brider les pulsions cabotines du garçons. En grandissant, celui-ci a eu honte de son foyer, sans argent, sans éducation... Lui a cherché à se grandir dans les leçons et à l'école, reniant davantage ses origines.

« En somme, je vais parler de ceux que j'aimais », écrit Albert Camus au sujet de son nouveau livre... lequel ne sera jamais achevé. Les 144 pages du manuscrits seront d'ailleurs sauvées in extremis dans la Facel Vega fracturée contre un platane pour finalement être publiées quarante ans plus tard, sans être retouchées. Camus y convoquait les parfums et couleurs de son enfance, en tournant autour de deux absents : son père et l'Algérie. Il est même dit que Camus rêvait de « concilier passé enfoui, présent tumultueux et avenir espéré ».

Jacques Ferrandez a réussi à en saisir l'essence pour produire un ouvrage remarquable. On se passionne alors à suivre le gamin aux jambes frêles cavaler dans les rues de Belcourt, jouer au foot avec les copains, apprendre à nager, partir à la chasse, régler ses comptes à la récré par des coups des poing rageurs, faire le piquet, voler deux françs à sa famille, aller au cinéma... Tout n'est pas qu'insouciance et billevisées, au loin le climat politique est lourd, menaçant, féroce.

De la tendresse, de la sensibilité, de la justesse. Une BD remarquable !

Le premier homme, de Jacques Ferrandez

Gallimard BD (2017)

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La révolte des Valtis, de Molly Knox Ostertag & Sharon Shinn

La révolte des ValtisCela fait huit ans que les Drix ont envahi la planète pour y piller le kallium, un précieux minérai servant de carburant pour leurs engins volants. La vie n'est désormais qu'oppression et asservissement pour Coline Cavanah et ses semblables, tous contraints au travail en usine sous la coupe du terrible Korso. Hélas, la résistance est encore trop discrète pour inquiéter l'occupant ou source de spéculations fantasmées. De toute façonColine se tient à distance des conflits et vit seule dans la grande demeure familiale, depuis la disparition des siens, jusqu'au jour où elle retrouve sa nièce Lucy et rencontre Jann, qui appartient au gang des Kromats. Ces derniers sont connus pour être instables et violents, même s'ils sont également opposés aux envahisseurs. Contre toute attente, Jann se montre prévenant et impose sa présence comme une évidence... bousculant au passage Coline dans son intention de fermer son cœur à jamais à l'amour. Mais les ennuis s'enchaînent - l'ambiance au boulot devient insoutenable, les agressions se multiplient et les guerres de clans viennent éclabousser sa paisible routine. Bref, tout part en cacahuète. Cette brusque réalité va ainsi précipiter ses choix à s'engager auprès des Valtis et prendre une part active dans la résistance.

Non seulement l'histoire est très bonne, plantée dans un univers de science-fiction (post-apo) solide, avec une intrigue captivante et des personnages attachants, mais c'est aussi un one-shot (histoire complète, sans suite) ce qui semble, aujourd'hui, devenu rare et inespéré ! Je plaisante, bien sûr, d'autant plus que les séries ont également toute mon affection. Simplement, la perspective de se plonger dans une lecture qui nous embarque de A à Z dans son labyrinthe est, de temps en temps, une invitation qui ne se refuse pas. On y fait ainsi la rencontre d'une jeune fille qui pensait se protéger en demeurant solitaire et neutre, mais qui finalement va réaliser qu'elle peut s'épanouir au contact des autres. Il y a donc de l'amour, de l'action, du suspense et de l'émotion dans cette bande dessinée... racontée avec simplicité et efficacité. Une découverte assez inattendue et - forcément - réjouissante. ☺

Rue de Sèvres, 2018

 

Posté par clarabel76 à 10:00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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