27/11/08

L'anglais Andi... Watson

andi_watson_self_portJ'ai découvert ce monsieur grâce à la lecture de Ruptures, un roman graphique au charme épuré, qui avait su m'emballer sur le champ. Lectrice enthousiaste, me voilà aussitôt partie dans mes clics frénétiques pour en avoir plus et m'offrir quelques ouvrages de cet auteur.

Commençons par ce qui fâche, parce qu'il déçoit : Paris (slg publishing, 2007 - en collaboration avec Simon Gane pour les illustrations).

L'histoire se passe dans la capitale française des années 50, du temps où artistes et aspirants se donnaient du coude pour percer dans le milieu. Parmi ces grands rêveurs, se trouve Juliet, qui arrive de New-York. Elle est sans le sou, partage une chambre sous les toits avec Paulette, une nana au physique de vamp qui a des idées révolutionnaires. Contre quelques leçons de dessin, Juliet accepte de croquer le portrait de riches héritières. Ce compromis n'est pas pour l'enchanter, comme elle l'explique à son grand ami Gerard, mais elle s'y applique en espérant des jours meilleurs.

andi_watson_parisPeut-être le destin sonne à sa porte le jour de sa rencontre avec Deborah, une riche anglaise qui réside à Paris chez une tante revêche. Le déclic entre les deux filles est immédiat, et on comprend qu'il s'agit plus qu'une simple connivence affective, c'est un réel coup de foudre, deux âmes soeur qui se trouvent, en subissant le poids des convenances. Outre cet aspect d'une relation étouffée sous peine de passer pour des dépravées, l'histoire est une peinture pleine de charme d'un Paris bohème et chatoyant, qui s'éveille aux premières notes de jazz dans les clubs de Saint-Germain-des-Prés, en totale opposion avec les cérémonies guindées des hôtels particuliers.

Oui mais voilà, malgré tous les chaleureux arguments, ce livre n'a pas su m'enchanter au-delà de la juste mesure. C'est sympathique, mais cela ne me renverse pas. J'ai peu goûté aux dialogues, je n'ai pas compris le baragouinage de l'auteur qui manipule très mal le franglais. C'est quasiment incompréhensible quand il s'y met, truffé de fautes, bref pas très crédible.      

Quelques pages à feuilleter

Avec Clubbing, j'ai aussitôt retrouvé le sourire et mon fidèle optimisme ! (Minx, 2007 - illustré par Josh Howard)

andi_watson_clubbingC'est l'histoire d'une jeune anglaise, Charlotte 'Lottie' Brook, qui vit à Londres, fréquente les lieux les plus branchés, voue une grande passion pour le gothique et mène à la baguette ses parents. Mais un jour, la demoiselle est arrêtée avec une fausse carte d'identité, reconduite par des policiers, bref c'est la punition assurée quand son père et sa mère l'envoient en rase campagne, chez ses grand-parents, gérants d'un club de golf. Ce qui s'annonçait mortel et ennuyeux devient petit à petit épique et étonnant, car un crime est commis sur le parcours de golf. La jeune fille, assez lasse de ses promenades en solitaire sous une pluie battante, va mener son enquête, aidée d'Howard, seul individu de moins de 60 ans dans la région, pour détourner les soupçons qui pèsent sur son grand-père. Howard est un pêcheur et un joueur de golf émérites, certes, mais il est aussi sexy et bigrement intelligent. Notre rebelle est vite mouchée par ce garçon qui ne se gêne pas pour la secouer sans mettre de gants.

Alors bizarrement, moi j'ai  beaucoup aimé ce livre qui s'avoue le moins convaincant aux yeux des fans de Watson ! Ce qui dérange, c'est le mélange des genres : une comédie acide, une romance pour ados et une intrigue à la whodunit. Selon eux (les fans), Watson brasse trop large et ne creuse pas suffisamment pour donner de l'épaisseur à son histoire. Peut-être... la fin est elle-même assez surprenante et fantaisiste, je concède quelques froncements de sourcils. (Mais elle est également ouverte à une suite prochaine, enfin tout le laisse à penser !)

Ce livre est une balade au coeur de la campagne anglaise, plus précisément dans la région des Lacs, avec moults références à Coleridge et son célébrissime Kubla Kahn (qui s'intègre même dans l'intrigue romanesque !). A guetter, donc. Personnellement, j'ai bien aimé.

En lisant ce livre, j'ai cependant rencontré un gros souci technique : les pages se décollaient ! Quelle horreur d'avoir un livre neuf entre les mains et de ne pouvoir le manipuler à sa guise car il est épouvantablement fragile ! Haro sur la maison d'édition qui ne fait pas du bon boulot ! (Minx, pour ne pas la citer !)

A suivre (prochainement) : Slow News Day.

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24/03/08

Des histoires de coeur, pour plus grands

rupturesRuptures de Andi Watson

Titre original : Dumped
Traduit de l'anglais par Sidonie Van den Dries

Une petite ville de province en Angleterre.
Au cours d'une soirée un peu trop arrosée, deux jeunes adultes, Richard Binfield dit "Binny" et Debby couchent ensemble alors qu'ils ne se connaissent pas.

Par la suite, les deux tourtereaux vont apprendre à se connaître, et rapidement déchanter en découvrant les petites manies de Binny, le mauvais caractère de Debby, et surtout la capacité de celle-ci à cacher l'existence d'un second petit ami.

Andi Watson nous livre avec cette "nouvelle graphique" une subtile chronique des petits malentendus et des gros mensonges au sein des couples qui se font et se défont.

Je n'avais jamais lu d'album d'Andi Watson jusqu'alors, et c'est en explorant le catalogue des éditions çà et là (qui publie le célébrissime Château l'attente) que j'ai fait cette découverte. C'est une bd ou un court roman graphique, au style totalement épuré et en noir & blanc, qui me plaît beaucoup. C'est très simple, même l'histoire en elle-même n'est pas révolutionnaire. Elle apporte un regard critique sur les amours actuelles, lorsqu'un couple se rencontre et cherche à coincider ses attentes. Ce que vivent Binny et Debby est une parfaite démonstration des petits mensonges, des agacements, des caractères différents au sein du couple qui voudrait que tout ne soit qu'osmose et communion permanente !

J'ai également apprécié la particularité des deux personnages à s'attacher aux vieilles choses, aux fringues de seconde main pour elle et aux livres chinés dans les bouquineries pour lui. Ces objets représentent pour eux plus que des rebuts, chacun a un passé, raconte une histoire, révèle quelque chose du précèdent propriétaire. Mais encore une fois, ils sont tout deux trop obstinés pour s'apercevoir qu'ils partagent la même vision. Par exemple, Binny a choisi de tester Debby en lui offrant une coupe de l'amour avec les initiales des amants, mais la jeune fille n'y voit qu'un vieux pot ébréché et sans valeur.

La petite histoire d'amour que propose l'anglais Andi Watson possède une touche délicate, un soupçon d'élégance dans cet univers sans couleur et un peu terre-à-terre. Quelle chance réserve-t-il à nos deux protagonistes ? Binny le rêveur arrivera-t-il à conquérir Debby la tête de mule ? ... A découvrir.

Ruptures, d'Andi Watson - 55 pages - ça et là - 9.50 €

Pour en savoir plus : http://www.caetla.fr/ruptures.html

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everydayMiho travaille comme vendeuse dans un magasin, pendant que son compagnon Seiichi se consacre à la musique. Même si elle repense souvent à son ex-petit ami, Hagio, elle est heureuse auprès de Seiichi. Le jeune ménage, pourtant, peine à joindre les deux bouts, et Miho doit prend un second emploi. Devenue hôtesse de bar, elle finit par céder, par besoin d’argent, aux avances d’un client. Lorsque Seiichi l’apprend, il ne la comprend pas et s’éloigne d’elle. C’est alors que Hagio ressurgit dans la vie de la jeune femme.

Certains diront que c'est plat et sans saveur, d'autres -comme moi- trouveront que c'est subtil, mélancolique et simplissime. (Pourquoi ce besoin, sans cesse, de surenchère et de fioritures ?!) C'est aussi une bd qui a tout du roman graphique, c'est du Kiriko Nananan, c'est-à-dire extrême sensibilité, niveau sismique à deux de tension et profondes interrogations sur la jeunesse nippone frappée par la confusion des sentiments.

Ce qui me touche dans ce genre de lecture, c'est la beauté du crayon et l'ambiance ordinaire, déjà prouvée dans d'autres albums. Everyday est moins glauque et moins oppressant, c'est un portrait de jeune femme tiraillée entre deux histoire d'amour. Miho n'est pas l'archétype de fille qui s'avère attachante et sympathique d'entrée de jeu. Ses valses d'hésitation et sa mollesse font d'elle une petite tête à claques. Mais tout ceci n'entrave pas le goût de connaître la suite, même si au final on en sort en croyant avoir tourné en rond... Bizarre, mais toujours très envoûtant !

Casterman, coll. Sakka. 204 pages.

Merci Gawou Nowel !!!

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rachelRachel cohabite avec Rose, barmaid, qui a, entre autres mérites, celui de garder la tête sur les épaules. Non que Rachel soit une écervelée, mais elle manque de confiance en elle et a, du coup, du mal à trouver ses marques : avec François, qui ne rêve que d'une chose : emménager avec elle ; avec son voisin, plutôt joli garçon, mais dont le côté intello lui fait peur ; avec Richard, musicien pilier du bar de Rose, qui passe sa vie à la taquiner, histoire de dissimuler la tendresse qu'il a pour elle et enfin avec sa mère, une psy à l'égocentrisme exacerbé, rendue encore plus imbuvable par son récent divorce.

C'est une histoire en 3 tomes, comme le stipule la quatrième de couverture. La présentation faite de Rachel dans ce volume est plutôt grinçante, car c'est une jeune femme butée et volcanique, assez immature dans ses rapports avec les autres. Je sais que c'est fait exprès pour donner du grain au moulin, mais le trait est exagérement grossi et, parfois, c'est un chouia irritant.

Je n'ai pas compris non plus le choix de ne pas dessiner de bouche pour exprimer l'expression abasourdie des personnages, mais ceci n'est qu'un détail sommaire. Car je crois que je vais apprécier de connaître la suite des aventures de Rachel, de sa copine Rose, du petit voisin intello et du raseur de service. Par certains côtés, cela me fait penser à la série des Julie, Claire et Cécile. Il faut d'ailleurs reconnaître le gros travail de Manboou à dessiner des détails infimes, dans la déco ou le look des personnages. J'étais soufflée. Bref, c'est sympa, ça se lit rapidement et ça ne prend pas le chou ! (Léger ahem pour le tempérament de la demoiselle ... sans quoi, c'est engageant !). J'attends la suite.

Le blog de Manboou : http://www.manboou.canalblog.com/

Dargaud - 128 pages - 9.50 €

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27/11/07

L'auberge du bout du monde - Prugne & Oger

auberge_du_bout_du_mondeDans un coin perdu de Bretagne, vers l'an 1884, l'écrivain Saint-Preux s'arrête à une adresse lugubre, répondant du nom de l'Auberge du bout du Monde, où pas une âme ne semble vivre. Son propriétaire est un vieil homme maladif, alité, qui va confier à notre homme en panne de plume une bien étrange histoire qui a commencé par la tragédie, bien des années plus tôt...

Tout a débuté par l'assassinat d'une femme, par la disparition de sa fillette d'à peine 12 ans et par une étrange malédiction qui va frapper le village de Trébernec. Près de onze ans vont passer, quand sonne le retour de la jolie Iréna, désormais muette, et qui semble posséder la capacité de guérisseuse. Ses dons vont cependant provoquer la polémique, les gens la disent proche du diable et de la sorcellerie, de plus l'épidémie qui frappe sauvagement les villageois coincide avec son retour inopiné. A ses côtés, Iréna peut compter sur la dévotion de son ami d'enfance, Yann le marin. Mais les forces du mal s'abattent férocement, ravagent la population, ne faisant pas de quartier.

Quelle ambiance ! C'est dans une atmosphère lugubre et empreinte de mystères que cette fascinante histoire est basée. Nous sommes au 19ème siècle, en Bretagne, la plupart du temps l'action se passe la nuit et sous la pluie. Impossible de ne pas retenir son souffle, d'autant plus que cette inquiétante histoire est mêlée à des forces fantastiques qui créent de l'effet et accentuent l'impression d'angoisse latente. Le scénario est prenant, assez juste, même si parfois les chutes tombent un peu abruptement. Les dessins de Patrick Brugne sont des aquarelles de toute beauté !

On dévore les trois tomes à la suite, absolument conquis !

auberge_1   auberge_3  auberge_2 (Click pour agrandir les images)

Les trois volumes de la série ont paru chez Casterman en 2004, 2006 et 2007 pour un prix approximatif de 9,80 € chacun.

L'intégrale est également disponible à France Loisirs - 144 pages - pour le prix de 19 € 

Cette intégrale contient : La fille sur la falaise - Des pas sur le sable - Les remords de l'aube.

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26/07/07

India Dreams

India Dreams est l'histoire d'une épopée passionnante autour d'une intrigue familiale : fin des années 20, Amelia Harryson arrive dans les colonies Indiennes rejoindre son Capitaine d'époux. Elle est accompagnée de leur petite fille, Emy. Amelia va vite être confontré à un choc des cultures plutôt féroce, car les Indes offrent une chatoyante vitrine à la sensualité, la misère et la mort. En plus d'une poisseuse chaleur et d'une atmosphère moite, l'anglaise trouvera du réconfort dans l'arrière-pays, en attendant la mousson.

Ce tome 1 s'ouvre en Angleterre, à Londres. Emy Gilmore doit se protéger des bombardements ennemis, nous sommes en 1945. Elle reçoit d'étranges visites et un paquet du journal intime écrit par sa mère. Ces évènements la ramènent donc à un passé qu'elle pensait avoir oublié et dont elle avait été brusquement coupée vingt années plus tôt. En quittant les Indes, l'enfant a aussi perdu sa mère qui a été associée à un terrible drame au sein de la communauté de Khalapour. Une histoire passionnante va s'ouvrir, une quête vers le passé pour découvrir une vérité et des secrets peu à peu mis à jour... India Dreams est le début d'une saga flamboyante, d'une histoire d'amour palpitante sur le décor des dernières splendeurs coloniales des années 20. Maryse et JF Charles partagent avec le lecteur une adoration absolue pour cette contrée féérique et le charme opère : totalement envoûtant ! ! !

tome 2

La recherche dans le passé pour découvrir le mystère de la disparition d'Amelia Harryson continue... Emy Gilmore a rejoint les traces de son enfance, aidée du journal intime de sa mère et de son compagnon de jeux, Jarawal, le fils de Dharma Singh, le dernier maharadjah de Khalapour. Ils tentent de retrouver Monsieur Lowther, le confident d'Amelia. Mais des ennemis sont également à leurs trousses, leurs chemins semés d'embûches et la quête de la vérité n'aura jamais semblé si lointaine et confuse...

Sur fond d'empire colonial, d'intrigues politiques, d'histoires d'amour et de drames déguisés en assassinats, le deuxième tome de India Dreams est la chatoyante suite d'une série romantique mêlée à une trame historique véridique. Tout comme le premier épisode, ce tome 2 est un régal pour les yeux, en plus d'un scénario fort et exaltant. Vivement la suite !

 

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28/06/07

Strawberry Shortcakes - Kiriko Nananan

Phénomène manga ?

Je vous invite à regarder ce soir, jeudi 28 juin, le reportage de l'émission Envoyé Spécial qui traite du " Manga, un monde à l'envers " pour mieux expliquer ce phénomène. Les mangas, ces bandes dessinées japonaises déclinées sur tous les modes (jeux vidéo, dessins animés, etc.), étaient voilà peu accusés de tous les maux. Violents, visuellement agressifs, «décérébrants», ils constituaient, selon certains, une menace pour les enfants. Aujourd'hui, les mangas ont triomphé. Plus de 1000 nouveaux titres sont publiés chaque année. Et la France en est, après les Etats-Unis, le plus gros consommateur au monde. Une équipe d'«Envoyé Spécial» est partie au Japon, à la rencontre des maîtres du genre. (Lien de l'émission)

Et par la même  occasion, je vous présente :

strawberry_shortcakesElles sont quatre filles dans le Tokyo d'aujourd'hui, elles bossent, elles vivent seules ou en colocation. Elles sont toutes les quatre concernées par les atermoiements amoureux, par l'isolement et par l'envie d'aimer et d'être aimées en retour. Il y a Tôko la dessinatrice qui vit mal la trahison de son petit ami et qui régurgite la nourriture qu'elle absorbe par dépit et dégoût. Elle partage désormais son appartement avec Chihiro, une fille très belle qui a un travail nul mais qui fait tout pour rester à Tokyo et ne pas retourner chez elle, dans sa triste campagne. Elle a un petit ami mais elle attend de lui qu'il soulève des montagnes... Tôko ne supporte plus Chihiro, et cette dernière est jalouse de sa force intérieure et de son indépendance financière.
Akiyo est aussi amoureuse de son meilleur ami Kikuchi mais n'arrive pas à lui dire et souffre en silence. Elle vend son corps pour s'offrir un jour la maison de ses rêves, mais elle craque à force de faux-semblants. La quatrième protagoniste est plus discrète, tranquille dans son existence rangée, gourmande et curieuse, elle attend aussi l'amour, qui ne vient pas.

Alors ça ne semble pas très rose, a priori. Et ce n'est pas faute d'en mettre, comme sur cette délicieuse couverture ou avec ce titre "Strawberry shortcakes" = Millefeuille à la fraise. Pourquoi ? "Malgré les apparences, au fond, nous sommes comme des mille-feuilles aux fraises : jolis, fragiles, sucrés."
Et ce sont également les trois qualificatifs qui viennent en tête quand on termine notre lecture. Ce monde féminin n'est pas sentimental et niais, il est plus complexe. Kiriko Nananan est une experte en la matière, déjà auteur de "Blue" et "Everyday", son créneau s'inscrit dans la douleur douce, dans l'étonnante et émouvante subtilité de la sexualité féminine. Elle pénètre l'âme humaine avec une facilité renversante, aidée par son art du dessin qui joue avec l'alternance de gros plans de visages, de silhouettes ou d'objets décadrés, en plus de l'utilisation du monologue. Même si parfois cela frise la morosité, il est impossible de ne pas adhérer à cette histoire, d'aimer les personnages et de les comprendre, de s'apitoyer sur leurs sorts et de souscrire à leurs préoccupations. Il y a une poésie derrière les larmes et la tristesse, un charme ténu, oui vraiment cette lecture est pénétrante, perspicace et raffinée. J'ai vraiment beaucoup aimé...

Traduction : Corinne Quentin. Casterman, coll. Sakka. 330 pages.

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15/06/07

Virginie, une histoire qui sent la colle Cléopâtre - Kek

virginieAu départ était un site internet (qui existe toujours), puis c'est devenu un album édité aux éditions Delcourt, une version avec plus de dessins, un épilogue et d'autres surprises. Son jeune auteur Kek ne manque pas de verve, il se rappelle son amour d'enfance, Virginie, qui a quitté leur ville de Dunkerque pour Grenoble à l'âge de neuf ans. Le temps passant, Kek n'a jamais oublié Virginie et tente le coup de la retrouver ! Cette histoire "qui sent la colle Cléopâtre" cultive l'humour et le bon esprit sans non plus tomber dans l'absurdité. Il y a des clins d'oeil, des dessins honnêtes et un discours actuel, parfois grossier, mais cela inspire toujours le comique.
A découvrir !

C'est ma petite soeur qui avait dégoté ce site : Virginie, une histoire qui sent la colle Cléopâtre

Editions Delcourt, coll. Shampooing - 45 pages - 7.90 euros.

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24/01/07

Tournants dangereux - Maïtena

tournants_dangereux_maitenaMaïtena revient avec une nouvelle série : après Les Déjantées, voici donc Tournants Dangereux, un mélange acidulé de drôlerie et de vérité sur le monde dans lequel nous baignons avec allégresse et perfidie. Dans cet album (souple et non pas cartonné, comme les BD habituelles), on dévore très vite les saynètes qui épinglent les jeunes femmes actuelles et ce qui caractérise notre terrifiante (et affligeante) société : la mode, la plaie du fumeur, les questionnaires type, ce qui dérange dans le foot, les cadeaux difficiles, la lingerie, le bronzage, le sport, les péchés capitalistes, le jeunisme, la quête du grand amour, la fidélité, la routine...

Maïtena porte également un regard très corrosif sur le couple, sur l'enfant et les névroses dont font bien souvent leur beurre moults magazines féminins, cela sonne comme ces rubriques futiles et insensées, mais c'est dix fois plus mordant et volontairement moqueur. Aucune complaisance, le trait dans les dessins de Maïtena prouve cette énergie découlée de l'agacement et du désir de dire Stop aux classiques complexes féminins (certains jugeront que ces dessins ne sont pas très beaux, c'est vrai !). Dans l'ensemble, la pilule n'est pas amère, on rigole beaucoup, se reconnaissant ici ou là, les thèmes étant évidemment universels !

Je trouve, toutefois, que cette lecture s'adresse davantage à un public féminin. A noter, en indice d'humour, on pense à notre petite française, Hélène Bruller, auteur de "Je veux le prince charmant" (chez Albin Michel). Le but recherché étant de divertir, je pense que c'est honnêtement atteint, même si c'est un style déjà vu, il faudra penser à se renouveller pour la suite !

Métailié

 

  • Quelques feuilles :

 

 

 

 

 

 

 

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23/11/06

Le Décalogue - 1 & 2 - Giroud & Behe & De Vita

decalogue_1I. Le manuscrit  Un manuscrit en français est entre les mains de Simon Broemecke, directeur éditorial installé à Glasgow. C'est une histoire confuse et obscure qui remonte à 1814 et qu'une délicieuse petite vieille, Melinda Pitts, lui a remis en l'ayant trouvé dans une malle familiale. Après traduction du manuscrit, Simon est pris au piège de l'engrenage de l'édition : c'est une histoire passionnante, "la marque du prophète", dont on lui attribue la paternité de l'oeuvre. Impossible de reculer, sauf lorsqu'il commence à recevoir des lettres de chantage. Un deuxième personnage est au courant, le manuscrit n'était donc pas unique... Spirale infernale : Simon va tenter de se libérer d'une emprise diabolique. Or, on se demande si finalement le manuscrit n'est pas la pièce maîtresse de cette terrible machination.

Le scénario est singulièrement captivant. La confusion du héros ne cesse de grossir au fur et à mesure qu'il tente de sortir des fils de la toile d'araignée. Le manuscrit a un pouvoir redoutable, d'autres jupons avec fards sont aussi des figures menaçantes. Le 1er livre du Décalogue annonce la couleur : tu ne tueras point. Dans un Glasgow mystérieux, le long des docks où croupissent des clochards, un inquiétant tueur en série sème la zizanie. Une grande richesse dans les dessins et dans l'ambiance écossaise. Le lecteur est happé par tous ces mystères...

decalogue_2II. La Fatwa  Merwan est un jeune beur de la banlieue parisienne, entichée d'Aline, une danseuse saltimbanque qui se produit avec sa troupe dans les gares depuis Paris jusqu'à Istambul. Le couple se chamaille, le jeune homme la traque jusque dans l'Orient Express quand il aperçoit un visage familier. Cet inconnu est poursuivi par la sentence de la "fatwa". La gloire sourit à Merwan, à lui la promesse du paradis et de quelques millions de dollar... Et puis, un livre refait surface : le Nahik. "Depuis son origine, Nahik traîne une réputation de livre maudit. Si j'étais mystique, je penserais que le message de paix contenu dans le décalogue dérange tellement le diable qu'il appelle le malheur sur tous ceux qui s'en approchent et tentent de le diffuser."

Ce livre 2 apparaît davantage comme une réflexion du commandement "tu resteras à l'écoute de ta conscience pour y entendre la voix de Dieu" qui est bien amené et conduit avec prudence. En note de l'auteur, on relève ceci : "Bâtir une fiction sur un support aussi délicat que la religion musulmane constitue un exercice périlleux, et il est bon de s'entourer de sérieux garde-fous" (ouvrages historiques, le Coran, l'institut national des langues et civilisations orientales, le museum d'histoire naturelle, etc.). Du beau linge est réuni pour cet album dont la lecture apporte une lumière sur quelques zones d'ombre.. mais que la découverte du décalogue semble riche et prometteuse pour la suite !

SDM
"Dix récits autonomes et pourtant liés, à lire indépendamment ou comme une saga, dix chapitres haletants, abordant les passions qui habitent l'homme depuis la nuit des temps ainsi que ses angoisses face à l'Au-delà et ses rapports au Divin" (quatrième de couverture). Dix albums et dix illustrateurs talentueux et confirmés.

Glénat

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11/11/06

Le sang des valentines - Christian De Metter & Catel Muller

sang_des_valentines"Le sang des valentines" est un album très sombre et qui traite de la guerre 14-18 et des poilus. L'histoire rend merveilleusement hommage à leur sacrifice, à leur calvaire et au déchirement des êtres, entre les hommes prisonniers dans les tranchées ou par les ennemis, et les familles qui demeurent sans nouvelles des leurs. Il existait donc des Valentines, des bonnes âmes dévouées qui correspondaient avec ces hommes se sentant bien souvent seuls, abandonnés et pour qui ces quelques lignes représentaient un petit rayon de soleil dans leur gadoue environnante. Pour Augustin, les lettres de son épouse Geneviève ont su le ramener vivant au sortir des quatre années de tuerie. Il est pressé de rentrer, de la retrouver, un peu inquiet de n'avoir plus de nouvelles depuis quelques mois. L'histoire s'échelonne donc par actes de flashbacks pour expliquer l'histoire d'amour, les amitiés, la trahison, la solitude et les rencontres. La fin est absolument époustouflante - y aurait-il une suite ? C'est en tous les cas un album aux couleurs aussi sombres que son propos, aux traits flous, fous et coléreux, en pleine phase avec le propre de l'histoire. Une réalité complète, épurée et une forte sensibilité !

Casterman

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