28/06/07

Strawberry Shortcakes - Kiriko Nananan

Phénomène manga ?

Je vous invite à regarder ce soir, jeudi 28 juin, le reportage de l'émission Envoyé Spécial qui traite du " Manga, un monde à l'envers " pour mieux expliquer ce phénomène. Les mangas, ces bandes dessinées japonaises déclinées sur tous les modes (jeux vidéo, dessins animés, etc.), étaient voilà peu accusés de tous les maux. Violents, visuellement agressifs, «décérébrants», ils constituaient, selon certains, une menace pour les enfants. Aujourd'hui, les mangas ont triomphé. Plus de 1000 nouveaux titres sont publiés chaque année. Et la France en est, après les Etats-Unis, le plus gros consommateur au monde. Une équipe d'«Envoyé Spécial» est partie au Japon, à la rencontre des maîtres du genre. (Lien de l'émission)

Et par la même  occasion, je vous présente :

strawberry_shortcakesElles sont quatre filles dans le Tokyo d'aujourd'hui, elles bossent, elles vivent seules ou en colocation. Elles sont toutes les quatre concernées par les atermoiements amoureux, par l'isolement et par l'envie d'aimer et d'être aimées en retour. Il y a Tôko la dessinatrice qui vit mal la trahison de son petit ami et qui régurgite la nourriture qu'elle absorbe par dépit et dégoût. Elle partage désormais son appartement avec Chihiro, une fille très belle qui a un travail nul mais qui fait tout pour rester à Tokyo et ne pas retourner chez elle, dans sa triste campagne. Elle a un petit ami mais elle attend de lui qu'il soulève des montagnes... Tôko ne supporte plus Chihiro, et cette dernière est jalouse de sa force intérieure et de son indépendance financière.
Akiyo est aussi amoureuse de son meilleur ami Kikuchi mais n'arrive pas à lui dire et souffre en silence. Elle vend son corps pour s'offrir un jour la maison de ses rêves, mais elle craque à force de faux-semblants. La quatrième protagoniste est plus discrète, tranquille dans son existence rangée, gourmande et curieuse, elle attend aussi l'amour, qui ne vient pas.

Alors ça ne semble pas très rose, a priori. Et ce n'est pas faute d'en mettre, comme sur cette délicieuse couverture ou avec ce titre "Strawberry shortcakes" = Millefeuille à la fraise. Pourquoi ? "Malgré les apparences, au fond, nous sommes comme des mille-feuilles aux fraises : jolis, fragiles, sucrés."
Et ce sont également les trois qualificatifs qui viennent en tête quand on termine notre lecture. Ce monde féminin n'est pas sentimental et niais, il est plus complexe. Kiriko Nananan est une experte en la matière, déjà auteur de "Blue" et "Everyday", son créneau s'inscrit dans la douleur douce, dans l'étonnante et émouvante subtilité de la sexualité féminine. Elle pénètre l'âme humaine avec une facilité renversante, aidée par son art du dessin qui joue avec l'alternance de gros plans de visages, de silhouettes ou d'objets décadrés, en plus de l'utilisation du monologue. Même si parfois cela frise la morosité, il est impossible de ne pas adhérer à cette histoire, d'aimer les personnages et de les comprendre, de s'apitoyer sur leurs sorts et de souscrire à leurs préoccupations. Il y a une poésie derrière les larmes et la tristesse, un charme ténu, oui vraiment cette lecture est pénétrante, perspicace et raffinée. J'ai vraiment beaucoup aimé...

Traduction : Corinne Quentin. Casterman, coll. Sakka. 330 pages.

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15/06/07

Virginie, une histoire qui sent la colle Cléopâtre - Kek

virginieAu départ était un site internet (qui existe toujours), puis c'est devenu un album édité aux éditions Delcourt, une version avec plus de dessins, un épilogue et d'autres surprises. Son jeune auteur Kek ne manque pas de verve, il se rappelle son amour d'enfance, Virginie, qui a quitté leur ville de Dunkerque pour Grenoble à l'âge de neuf ans. Le temps passant, Kek n'a jamais oublié Virginie et tente le coup de la retrouver ! Cette histoire "qui sent la colle Cléopâtre" cultive l'humour et le bon esprit sans non plus tomber dans l'absurdité. Il y a des clins d'oeil, des dessins honnêtes et un discours actuel, parfois grossier, mais cela inspire toujours le comique.
A découvrir !

C'est ma petite soeur qui avait dégoté ce site : Virginie, une histoire qui sent la colle Cléopâtre

Editions Delcourt, coll. Shampooing - 45 pages - 7.90 euros.

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24/01/07

Tournants dangereux - Maïtena

tournants_dangereux_maitenaMaïtena revient avec une nouvelle série : après Les Déjantées, voici donc Tournants Dangereux, un mélange acidulé de drôlerie et de vérité sur le monde dans lequel nous baignons avec allégresse et perfidie. Dans cet album (souple et non pas cartonné, comme les BD habituelles), on dévore très vite les saynètes qui épinglent les jeunes femmes actuelles et ce qui caractérise notre terrifiante (et affligeante) société : la mode, la plaie du fumeur, les questionnaires type, ce qui dérange dans le foot, les cadeaux difficiles, la lingerie, le bronzage, le sport, les péchés capitalistes, le jeunisme, la quête du grand amour, la fidélité, la routine...

Maïtena porte également un regard très corrosif sur le couple, sur l'enfant et les névroses dont font bien souvent leur beurre moults magazines féminins, cela sonne comme ces rubriques futiles et insensées, mais c'est dix fois plus mordant et volontairement moqueur. Aucune complaisance, le trait dans les dessins de Maïtena prouve cette énergie découlée de l'agacement et du désir de dire Stop aux classiques complexes féminins (certains jugeront que ces dessins ne sont pas très beaux, c'est vrai !). Dans l'ensemble, la pilule n'est pas amère, on rigole beaucoup, se reconnaissant ici ou là, les thèmes étant évidemment universels !

Je trouve, toutefois, que cette lecture s'adresse davantage à un public féminin. A noter, en indice d'humour, on pense à notre petite française, Hélène Bruller, auteur de "Je veux le prince charmant" (chez Albin Michel). Le but recherché étant de divertir, je pense que c'est honnêtement atteint, même si c'est un style déjà vu, il faudra penser à se renouveller pour la suite !

Métailié

 

  • Quelques feuilles :

 

 

 

 

 

 

 

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23/11/06

Le Décalogue - 1 & 2 - Giroud & Behe & De Vita

decalogue_1I. Le manuscrit  Un manuscrit en français est entre les mains de Simon Broemecke, directeur éditorial installé à Glasgow. C'est une histoire confuse et obscure qui remonte à 1814 et qu'une délicieuse petite vieille, Melinda Pitts, lui a remis en l'ayant trouvé dans une malle familiale. Après traduction du manuscrit, Simon est pris au piège de l'engrenage de l'édition : c'est une histoire passionnante, "la marque du prophète", dont on lui attribue la paternité de l'oeuvre. Impossible de reculer, sauf lorsqu'il commence à recevoir des lettres de chantage. Un deuxième personnage est au courant, le manuscrit n'était donc pas unique... Spirale infernale : Simon va tenter de se libérer d'une emprise diabolique. Or, on se demande si finalement le manuscrit n'est pas la pièce maîtresse de cette terrible machination.

Le scénario est singulièrement captivant. La confusion du héros ne cesse de grossir au fur et à mesure qu'il tente de sortir des fils de la toile d'araignée. Le manuscrit a un pouvoir redoutable, d'autres jupons avec fards sont aussi des figures menaçantes. Le 1er livre du Décalogue annonce la couleur : tu ne tueras point. Dans un Glasgow mystérieux, le long des docks où croupissent des clochards, un inquiétant tueur en série sème la zizanie. Une grande richesse dans les dessins et dans l'ambiance écossaise. Le lecteur est happé par tous ces mystères...

decalogue_2II. La Fatwa  Merwan est un jeune beur de la banlieue parisienne, entichée d'Aline, une danseuse saltimbanque qui se produit avec sa troupe dans les gares depuis Paris jusqu'à Istambul. Le couple se chamaille, le jeune homme la traque jusque dans l'Orient Express quand il aperçoit un visage familier. Cet inconnu est poursuivi par la sentence de la "fatwa". La gloire sourit à Merwan, à lui la promesse du paradis et de quelques millions de dollar... Et puis, un livre refait surface : le Nahik. "Depuis son origine, Nahik traîne une réputation de livre maudit. Si j'étais mystique, je penserais que le message de paix contenu dans le décalogue dérange tellement le diable qu'il appelle le malheur sur tous ceux qui s'en approchent et tentent de le diffuser."

Ce livre 2 apparaît davantage comme une réflexion du commandement "tu resteras à l'écoute de ta conscience pour y entendre la voix de Dieu" qui est bien amené et conduit avec prudence. En note de l'auteur, on relève ceci : "Bâtir une fiction sur un support aussi délicat que la religion musulmane constitue un exercice périlleux, et il est bon de s'entourer de sérieux garde-fous" (ouvrages historiques, le Coran, l'institut national des langues et civilisations orientales, le museum d'histoire naturelle, etc.). Du beau linge est réuni pour cet album dont la lecture apporte une lumière sur quelques zones d'ombre.. mais que la découverte du décalogue semble riche et prometteuse pour la suite !

SDM
"Dix récits autonomes et pourtant liés, à lire indépendamment ou comme une saga, dix chapitres haletants, abordant les passions qui habitent l'homme depuis la nuit des temps ainsi que ses angoisses face à l'Au-delà et ses rapports au Divin" (quatrième de couverture). Dix albums et dix illustrateurs talentueux et confirmés.

Glénat

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11/11/06

Le sang des valentines - Christian De Metter & Catel Muller

sang_des_valentines"Le sang des valentines" est un album très sombre et qui traite de la guerre 14-18 et des poilus. L'histoire rend merveilleusement hommage à leur sacrifice, à leur calvaire et au déchirement des êtres, entre les hommes prisonniers dans les tranchées ou par les ennemis, et les familles qui demeurent sans nouvelles des leurs. Il existait donc des Valentines, des bonnes âmes dévouées qui correspondaient avec ces hommes se sentant bien souvent seuls, abandonnés et pour qui ces quelques lignes représentaient un petit rayon de soleil dans leur gadoue environnante. Pour Augustin, les lettres de son épouse Geneviève ont su le ramener vivant au sortir des quatre années de tuerie. Il est pressé de rentrer, de la retrouver, un peu inquiet de n'avoir plus de nouvelles depuis quelques mois. L'histoire s'échelonne donc par actes de flashbacks pour expliquer l'histoire d'amour, les amitiés, la trahison, la solitude et les rencontres. La fin est absolument époustouflante - y aurait-il une suite ? C'est en tous les cas un album aux couleurs aussi sombres que son propos, aux traits flous, fous et coléreux, en pleine phase avec le propre de l'histoire. Une réalité complète, épurée et une forte sensibilité !

Casterman

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