22/10/16

Un bruit étrange et beau, par Zep

Après avoir opéré un virage artistique avec Une histoire d'hommes et aussi son Carnet intime, Zep ne cesse de nous surprendre par l'étendue de son talent et sa sensibilité à fleur de peau, capable de convoquer des émotions vraies et sincères.

Un bruit étrange et beau

William a renoncé au monde, à la vie, à l'amour, aux femmes, à la richesse il y a vingt-cinq ans, en devenant simple chartreux dans le cloître de la Valsainte. Un jour, il reçoit une convocation chez un notaire parisien pour la lecture du testament de sa tante, avec laquelle il s'était fâché suite à sa décision de rejoindre l'ordre religieux. Ce retour à la civilisation est un électrochoc de mots, de sons, d'émotions pour cet homme qui pensait être sevré de tant d'artifices. Dans le train qui le conduit à Paris, il rencontre une jolie jeune femme, Méry, qui lui confie son histoire dramatique : une maladie grave et incurable, plus que quelques mois à vivre... Et les questions pleuvent sur la foi et la croyance, les doutes, l'engagement, les regrets. Comment expliquer à une nana qui croque la vie à pleines dents le choix de se retirer de cette agitation ? En quelques jours, le séjour de William (alias Don Marcus) va le conduire sur le chemin des souvenirs et le mener à ressasser des idées ou des sensations soudaines, parfois déstabilisantes. William retrouve ainsi les enfants de sa tante, Gabriel et Tolède, tous deux profondément marqués par les aléas de la vie. Ils ne sont clairement pas heureux et ils se contentent d'aligner leurs pas au fil du temps sans se donner la peine d'y trouver un sens. Ce sont des personnages éteints et usés par cette vie qui ne fait pas de cadeau. Hériter de biens et d'une fortune, certes... Mais sans la récompense d'un mot doux, d'une caresse, d'une vraie preuve d'amour. 
Zep tire profit de la situation pour exposer la valeur qu'on accorde à la vie en croisant des portraits et des destinées tous plus dissemblables, mais qui parviennent tous à nous toucher. William se confronte à sa vie d'avant et à sa vocation. Son choix du recueillement et du silence est-il le bon ? Qui sommes-nous pour juger ou inciter la balance à peser plus lourd d'un côté que d'un autre ? Cette histoire est infiniment profonde et touchante, elle fait écho à la noblesse de l'âme et du cœur dans le parcours d'un homme saint et en même temps faillible. Ce récit d'une grande pudeur exprime aussi sa force dans un graphisme épuré, aux teintes du passé, alternant entre le sépia ou le noir et blanc, mais où l'évocation est réellement poignante. Une lecture saisissante pour une bd émouvante.  

Rue de Sèvres / Octobre 2016

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Au fil de l'eau, de Juan Diaz Canales

Scénariste de Blacksad et du nouveau Corto Maltese, Juan Diaz Canales dévoile cette fois son talent graphique dans une bande dessinée d'une intensité dramatique ô combien bouleversante.

Au fil de leau

Sur le trottoir juste en face du commissariat de police, ce sont bien des petits vieux qui arnaquent le monde en vendant à la sauvette des produits chipés ci ou là. Oui, une bande de fringants vieillards qui ne craignent rien ni personne ! Même quand la police fait mine de les interpeller, nos papis usent de leur carte vermeille pour obtenir la clémence des agents, non sans récolter un sermon d'usage. Niceto s'en soucie comme d'une guigne et file rejoindre ses potes autour de leur tablée de poker où ils jouent leur argent en avalant un cognac-anisette. Et pourtant, le vent tourne sur nos petits vieux. L'un d'eux a déjà déserté les rangs, sauf que son corps vient d'être retrouvé la nuque fracassée. Premier meurtre, pas le dernier. Car toute la bande est dans la ligne de mire. Les copains tombent les uns après les autres. Niceto panique et quitte sans prévenir le foyer de son petit-fils. Mort d'inquiétude, celui-ci avertit son père de la tournure des événements et tous deux vont fouiller les rues de Madrid pour sauver leur aïeul.  
Oubliez Les vieux fourneaux, cette histoire intégralement réalisée par Juan Diaz Canales (scénario et dessins) nous fait basculer dans un univers sombre et brouillon, rien qu'en noir et blanc, et où l'on perçoit avec un réalisme cuisant le désœuvrement des laissés-pour-compte, la démence sénile et le constat d'impuissance au crépuscule de sa vie. Et au milieu de tout ça, quand même, tous les codes du polar sont empreintés, ambiance glauque et poussée de tension, suspense et descente en enfer, bref on ne se marre pas à chaque coin de page mais on reste les doigts scotchés pour connaître le dénouement. C'est bon, très bon. La lecture est foncièrement passionnante, mais aurait peut-être gagné en intensité et pertinence avec quelques planches supplémentaires pour exploiter davantage les nombreux sujets esquissés, mais ceci n'est qu'un avis subjectif.^-^ Car cette bd évoque avec brio les zones d'ombre de la mécanique humaine avec ses failles et ses sursauts, en nous comprimant bien le cœur au passage. On soupçonne tout et n'importe quoi, avant d'admettre la triste réalité. Un vrai coup de bluff ! 

Rue de Sèvres / Septembre 2016 - Traduction de Sophie Hofnung

 

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04/07/16

Mon Père était boxeur, de Barbara Pellerin, Vincent Bailly & Kris

Mon père était boxeur

Après l'enterrement de son père, Barbara décide de lui consacrer un reportage vidéo à l'aide des photos et autres souvenirs de sa jeunesse. À cet exercice, elle propose aussi une bande dessinée qui raconte l'histoire d'un champion de boxe, et plus pudiquement, la relation entre un père et sa fille. Le résultat est très, très émouvant.

On découvre pourtant un portrait de famille en demi-teinte, avec ses rires et ses bonheurs, mais aussi ses cris et ses pleurs. Après avoir arrêté la boxe, le papa de Barbara est devenu représentant pour une marque de pastis. Loin de son foyer, quotidiennement plongé dans l'alcool, l'homme s'est métamorphosé en type impulsif, colérique, jaloux et violent. Cette violence, essentielle sur un ring, a fini par pulvériser le cadre familial. Hubert Pellerin, de tempérament sanguin, démarrait vite au quart de tour, pour un klaxon de trop, une voiture qui lui grille la priorité ou un simple mot de travers... Barbara a ainsi grandi dans un état d'angoisse et de vigilance permanent, sans cesse aux aguets, soucieuse des éclats incontrôlables de son père, attentive à maintenir la soupape de sécurité. La jeune femme en a hélas conservé une profonde amertume, sans renoncer à son père, devenu un vieil homme fatigué et dépressif, soucieux d'effacer les années noires, sous le regard souvent sans concession de sa fille. Barbara ne s'attribue pas non plus le beau rôle, en reconnaissant des bouderies futiles et inutiles, de celles qu'on regrette longtemps après le coup de fil matinal qui vient rompre la digue et vous submerger d'un trop-plein d'émotions. 

Il ne faudrait surtout pas envisager cette bd comme une lecture triste ou déprimante, au contraire l'histoire y est remarquable, puissante, poignante. Il y a une grande tendresse et surtout une grande part de lucidité dans le texte de Barbara, superbement soutenues par les dessins et couleurs de Vincent Bailly. C'est une très belle bande dessinée, une lecture qui vous prend aux tripes et qui vous rappelle sans cesse que la vie est courte, qu'il faut pardonner rapidement et aimer véritablement.

L’album est accompagné du DVD du film écrit et réalisé par Barbara Pellerin. Ce que le film ne dit pas, le livre le montre. Deux récits complémentaires qui révèlent le portrait unique d’une relation d’un père à sa fille.

Futuropolis, mai 2016

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02/07/16

L'Inversion de la courbe des sentiments, de Jean-Philippe Peyraud

L'inversion de la courbe des sentiments

Plongeons dans une histoire contemporaine, à Paris, en plein été...

Robinson, la quarantaine, traîne ses désillusions et son attentisme en collectionnant les rencontres sur internet et les liaisons sans lendemain, pendant ce temps, sa petite copine vide son appartement et le plaque pour vivre à la campagne avec un nouveau mec. Robinson est un paumé, qui vivote dans son existence, sans grande ambition. Il n'a même plus le goût de rester une journée dans son vidéoclub et délègue toutes les responsabilités à son associé et meilleur ami Emmanuel, sans se douter que celui-ci va prochainement lâcher l'affaire pour satisfaire aux caprices de sa dulcinée. Robinson a aussi d'autres chats à fouetter - son père est arrivé en ville avec ses valises sous le bras, sa sœur s'inquiète de n'avoir plus de nouvelles de son rejeton Gaspard, dix-sept ans, avant de découvrir qu'il serait en pleine escapade amoureuse avec la femme du voisin ! Ce dernier menace de tout péter si on ne le renseigne pas de suite sur la cachette des amants... Robinson s'épanche auprès d'Alice, qui tient le café d'en face, et pour laquelle ses sentiments semblent bien confus. Pas très loin de ce micmac, deux jeunes parisiennes courent dans les rues de la ville à la recherche du père de Charlène, en pleine rupture amoureuse, de retour d'un voyage au Pérou, décidée d'en découdre sur ses origines. Et là, Amandine lui confie aussi ses petits soucis et son besoin d'engranger des marques de tendresse avant le saut dans le vide.  

Cette lecture m'a très agréablement surprise, tour à tour intense, bouleversante, ironique et cocasse, elle réserve un panel d'émotions assez large et plutôt convaincant. JP Peyraud a le dessin nerveux et intraitable, il expose les corps, les regards et les sentiments sans complexe, il se joue des gens et renouvelle pour eux une valse en trois temps. Un temps pour aimer, un temps pour quitter, un temps pour recommencer. Et ainsi de suite. Cette proposition des dérives sentimentales, définie par l'auteur comme une bedenovela, reprend les grandes lignes des feuilletons romanesques, sans jamais tomber dans le sirupeux. L'histoire entre-croise habilement les destinées des uns et des autres, chatouille les personnages avec malice, embrouille les cœurs, distille un zeste de folie et d'humour, injecte aussi du suspense, de la tension, de l'émotion... Ce sont autant de variations possibles, qui brossent une idée de la vie de couple ou de famille en une intimité souvent douce-amère, et dont on ressort pourtant pleinement enchantés. La mise en scène est ciselée et nous entraîne en toute légèreté dans un tourbillon passionnel, dont il faut néanmoins se méfier des couleurs acidulées ! Piquant, savoureux, original. Très bon ! 

Futuropolis, juin 2016

 

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Une aventure des Spectaculaires, Tome 1 : Le Cabaret des ombres, par Régis Hautière & Arnaud Poitevin

Une aventure des Spectaculaires

Lorsqu'une troupe d'acrobates est embauchée par un savant fou pour combiner leurs talents de prestidigitation à une affaire criminelle, le résultat dépasse de loin les attentes les plus folles dans cette bande dessinée aussi fraîche, drôle et exaltante à lire. J'ai beaucoup aimé.

Dans le Paris du début du XXe siècle, les Spectaculaires peinent à mobiliser les foules pour applaudir leurs exploits - Félix le féroce lycanthrope, Eustache l'homme le plus fort du monde, Évariste l'homme volant et Pétronille la chef d'orchestre déguisée en M. Loyal font pourtant preuve d'imagination et de rouerie pour épater la galerie. Las, à l'heure du cinématographe, les parisiens boudent leurs numéros de trucage et d'illusion, ce qui plonge la trésorerie du théâtre dans la plus grande misère. Nos artistes n'ont plus lieu de faire la fine bouche en accueillant le Professeur Pipolet et ses discours fantaisistes pour sauver le monde. On vient de lui voler les plans de sa machine infernale, censée instaurer la paix universelle, mais désormais entre les mains d'un individu cynique et sans scrupule, son invention risque d'être utilisée pour de mauvaises intentions. 

Nos joyeux drilles se lancent donc avec enthousiasme, et beaucoup de maladresse, dans une aventure complètement folle, mais ô combien hilarante. Ils ont pour eux leur courage, leur intelligence, leur humour et les gadgets improbables de Pipolet pour sauver le monde ! Au secours... ^-^ Face à eux, l'ennemi est redoutable, possède une longueur d'avance et des amis bien placés pour assurer ses arrières. La tâche est rude, mais jubilatoire. À lire, c'est franchement extra. La lecture offre une distraction appréciable, sans prise de tête, avec des plages d'humour et des séquences illustrées souvent magnifiques. L'histoire est simple, efficace et burlesque, à l'instar des personnages, caricaturaux et impayables. 

Vivement leurs prochaines aventures ! Ce 1er tome a su me régaler par sa bonne humeur et son rythme virevoltant. 

Rue de Sèvres, Janvier 2016

 

 

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21/06/16

Yin et le dragon, Tome 1 : Créatures célestes, de Richard Marazano & Yao Xu

YIN ET LE DRAGON

Yin vit avec son grand-père dans la ville de Shanghai. Tandis qu'il part chaque nuit sur sa barque pêcher dans les mers de Chine, la fillette parcourt les allées du marché pour vendre ses poissons. Or, Yin est souvent alpaguée par une bande de mauvais garçons qui lui chipent toute sa marchandise en se moquant d'elle. Les temps sont durs dans cette province chinoise en 1937. La pauvreté menace Yin et son grand-père, mais celui-ci refuse de baisser les bras et prend tous les risques pour gonfler leur cagnotte. Par une nuit de pêche, un événement extraordinaire va se produire : Liu piège dans son filet un dragon d'or tandis que Yin lui sauve la mise in extremis. Ils vont ramener la bête dans leur hangar en catimini et découvrir le lendemain matin que l'armée japonaise vient d'envahir le pays ! 

Très, très belle bande dessinée, empreinte de charme, de douceur, de sensibilité, d'émotion et de magie ! Cette série, annoncée en trois tomes, promet des heures de lecture enivrante et dépaysante. L'histoire nous fait également revivre les débuts du conflit sino-japonais (qui s'étendra jusque 1945) à travers l'invasion des troupes du pays du Soleil-Levant, venue perturber le quotidien déjà difficile des habitants de Shanghai. Réveil douloureux pour notre petite famille réduite au grand-père Liu et sa petite-fille Yin, adorable gamine pleine d'énergie et d'intelligence, qui va convaincre son aïeul de protéger le dragon en le soignant à l'abri des regards. Cette décision sera lourde de conséquences, mais ceci appartient au prochain chapitre. La symbolique du dragon, créature céleste par excellence, trouvera également plus de poids dans le récit à venir. Qu'il me tarde de découvrir la suite des aventures ! Je suis pour l'instant pleinement séduite par cette histoire aussi joliment racontée que délicatement dessinée. Finesse et poésie se dégagent de cette bande dessinée aussi gracieuse que captivante... 

Rue de Sèvres, Janvier 2016

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16/06/16

Maudit manoir, Cocktail de saveurs, de Paul Martin & Manu Boisteau

Maudit Manoir

Drôle de quotidien au Maudit Manoir ! Entre les tâches ménagères, les factures à payer, le frigo à remplir, les expériences scientiques à conduire, nos monstres assaisonnent toutes les situations ordinaires à leur sauce (excessive et abominable).

C'est souvent beurk, proche de l'impensable, comme la visite médicale de Hans, qui se plaint d'un petit mal de dent, et qui va être décortiqué de fond en comble, tripes et boyaux à l'air... erk ! Notre ami n'aura plus que ses yeux pour pleurer.

Heureusement, le ton général est à l'humour. Dracunaze, Bernard le loup-garou, le professeur Von Skalpel, l'Horreur des marais, Céleste le fantôme et la baronne Béatrice se débattent pour résoudre leurs problèmes d'intendance et font souvent preuve d'une imagination débordante.

De l'art de faire place nette, de recycler les rats de laboratoire en terrine aux herbes, de tester l'instinct du ventre (avec pizza à l'appui), de trouver le voleur de porcelaines, de jouer au cerf-volant, de débusquer dans l'annuaire la formule qui transforme le plomb en or, de réparer la fuite du toit ou de déblayer la neige devant la porte... 

Les situations saugrenues s'enchaînent dans des séquences courtes, efficaces et irrésistibles. L'univers dépeint est bariolé, un peu criard, les créatures sont laides et vilaines. Une lecture simple, mais impayable. On se marre bien chez les monstres ! 

Casterman, juin 2016

 

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Les Rêves dans la Maison de la Sorcière, de Mathieu Sapin & Patrick Pion, d'après Lovecraft

Les rêves dans la maison de la sorcière

Étudiant en mathématiques, Walter loue une chambre de bonne chargée d'une histoire bien noire, puisque, deux siècles plus tôt, la vieille sorcière Keziah Mason y avait vécu en semant l'effroi et le scandale. Loin de paniquer, le garçon est intrigué par cette légende. Il est, de plus, convaincu d'avoir développé une sensibilité quasi surnaturelle, comme de percevoir plus que nettement les cavalcades des rats qui envahissent le grenier de la maison, ou de ressentir l'influence malfaisante qui gravite autour de lui. Walter va d'abord mettre son agitation sur le compte de sa fatigue, de la surcharge de travail et de la pression à l'université. Puis il réalise que ses rêves eux-mêmes vont outrepasser les bornes de la raison. Comme si la sorcière cherchait à entrer en contact avec lui.

Adaptée d'une nouvelle de H-P Lovecraft, cette bande dessinée impose un univers remarquable d'angoisse et d'épouvante. On y découvre un personnage qui fait des rêves hallucinatoires, de plus en plus effrayants, voire déstabilisants pour sa santé mentale, et qui ne cessent de l'aspirer dans la fameuse quatrième dimension (également le sujet de ses recherches). Mathieu Sapin a puisé du texte original toute la sève de ce récit fantastique méconnu pour permettre à Patrick Pion d'en dessiner la folie douce et l'affolement du garçon prisonnier de ses lubies paranoïaques et obsessionnelles. La technique des pages en noir et blanc, glissées exprès pour illustrer les nuits cauchemardesques de Walter, vient justement trancher avec l'opacité de la BD aux teintes crépusculaires. On tremble tout du long, entre peur et perplexité face à la chute implacable du héros qui sombre dans un délire poignant. Mais on absorbe tout en tournant les pages avec fébrilité. La lecture procure quelques frissons, elle séduit aussi pour son sens de la poésie et surprend pour son goût du morbide. Amateurs d'étrange et de surnaturel, cette plongée sensationnelle mérite bien qu'on y perd ses repères à tenter de décrypter la symbolique des rêves et leur emprise sur nos vies, au risque d'atteindre le point de non-retour et de basculer dans le gouffre des enfers. Une lecture terrible et saisissante !! 

“Étaient-ce les rêves qui avaient engendré la fièvre ou bien la fièvre qui avait engendré les rêves...”

Rue de Sèvres, Juin 2016

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Black Sands unité 731, de Tiburce Oger & Mathieu Contis

Black Sands

Tiburce Oger se fait scénariste pour le dessinateur Mathieu Contis, au service d’un thriller glaçant, inspiré de faits réels de la Seconde Guerre mondiale.

Alors que la guerre fait rage entre le Japon et les USA, des marines débarquent sur une île paumée du Pacifique, avant de se faire massacrer par une entité inconnue. Peu de temps après, un torpiller américain sera également coulé par un sous-marin japonais, laissant une poignée de rescapés. Ces derniers vont échouer sur la même île, pour rapidement déchanter. C'est avec eux qu'on va alors pénétrer dans la touffeur de cette jungle mystérieuse et pleine de dangers... Attention les yeux ! Palpitant dans le rouge. Émotions fortes garanties.

Car sur cette île, des zombies surgissent de nulle part, des civils sont séquestrés et livrés à des expériences dans un centre de recherches tenu par la Tokeitaï, la gestapo  japonaise ! Au cœur de ce méli-mélo improbable, un homme - Joseph Grégovitkz - va s'acharner pour lutter contre le destin et dynamiter ce projet fou. 

L'univers très sombre et opaque de la BD accentue l'orientation énigmatique et un peu glauque de l'intrigue. Les couleurs crépusculaires aussi viennent plomber l'ambiance. On avance à l'aveuglette dans l'histoire et on sursaute à chaque coin de page. C'est terrifiant, bien rendu. Une lecture qui tient en haleine et qui interpelle par son aspect authentique des faits rapportés (puisque inspirés de la réalité). 

Rue de Sèvres / Mars 2016

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08/06/16

Le Journal d'Aurore : Jamais Contente - Toujours Fâchée, de Marie Despleschin & Agnès Maupré

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Après le succès des Quatre Sœurs de Malika Ferdjoukh, c'est au tour des romans de Marie Desplechin d'être adaptés en bande dessinée ! Autant vous dire que le résultat est aussi génial et très réussi. Les sarcasmes de la jeune héroïne qui livre son quotidien dans un journal décapant trouvent donc une pleine mesure à leur talent, dans cet univers imaginé par Agnès Maupré, carrément actuel et branché, qui allie efficacement esthétisme, humour et tendresse. Oh yeah. Rappel de l'histoire : Aurore a quatorze ans et est élève en troisième au collège. Elle ne fiche pas grand-chose, récolte des mauvaises notes, s'en tamponne le coquillard, se sent incomprise par sa famille, et trouve parfois que sa meilleure amie Lola, sa voisine de palier, est une cruche patentée et qu'elle porte la frange comme un poney. Aurore pense être amoureuse de Marceau, puis détecte chez lui une attitude de mollusque, tombe de nouveau amoureuse en vacances, mais les factures téléphoniques auront raison de sa folle passion. Aurore n'a même pas droit à son chagrin d'amour et doit plier face à la tyrannie parentale. La vie est injuste. Pour affronter de telles hostilités, Aurore affiche une moue boudeuse et un air perpétuellement renfrogné. Elle aime aussi se moquer des autres, casser l'ambiance par ses sarcasmes, ternir toute idée du bonheur et claquer la porte du foyer familial pour s'installer chez ses grands-parents, dans une magnifique chambre rose saumon, avant d'envisager une fugue le soir de Noël. N'importe quoi. Mais on se délecte de ce portrait authentique d'une ado tout à fait ordinaire - fainéante, râleuse et insatisfaite. Certes, Aurore est pénible et tête à claques, elle tente d'exister ou d'attirer l'attention à grands coups de provocations gratuites... en pure perte. Mais derrière ses attitudes farouches, c'est aussi une jeune fille paumée, sensible, extrêmement attachante, qui ne manque jamais d'humour ni de dérision. Une lecture savoureuse à confier à tous les jeunes ados et à leurs parents pour sourire et dédramatiser ce cap soit-disant délicat à franchir.  ^-^

Rue de Sèvres, juin 2016

 

Aurore au jardin...

 

 

SOURCE : Agnès Maupré

 

Autre actualité : Sortie du film réalisé par Emilie Deleuze le 12/10/2016 [Bande-Annonce]

Mention Spéciale du Jury Generation, Berlinale 2016

 

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