26/10/16

Bonne Continuation, d'Olivier Tallec

Bonne Continuation

Olivier, il faut qu'on cause ! Cette tendance crapuleuse à épingler les travers de nos petites vies est tout bonnement... jouissive ! Sur ce, je dénonce : un ton mordant, parfois méchant et ironique, flirtant aussi avec un humour noir et morbide, hmmm, ça sent l'insubordination à plein nez. Et ça me plaît. Lire Olivier Tallec dans un univers aussi décalé et cinglant, oui ça a du bon.
Après avoir signé ses premiers méfaits en nous souhaitant une Bonne journée, l'auteur récidive dans cet exercice du dessin humoristique particulièrement féroce avec une nouvelle série de tableaux qui brassent des thèmes, des symboles et des époques sans fil conducteur mais où la dérision domine le monde. Les cadeaux de Noël, la garde alternée, la mode, le paraître, les rencontres amoureuses, l'incompréhension au sein du couple, la cigarette, la sexualité, les licornes, le safari, les penchants SM, les cornes, le plug anal, les très flippantes moaï (ces célèbres statues de l'île de Pâques), les vaches normandes, les mille-pattes, les ours polaires, les chauve-souris, les oies, mais aussi l'écologie, le réchauffement climatique, le foie gras, la frénésie médiatique, et j'en passe ! Tout est sujet à moquerie, surtout quand c'est aussi bien appréhendé, d'un simple tacle subtil et hardi. 
Il y a du Voutch dans l'art de tailler des portraits aussi incisifs, selon une base de dessin au pastel, mais la tendresse particulière au papa de Grand Loup et Rita & Machin, qui assume ici un rôle à contre-emploi de son registre habituel, rend le contraste réjouissant. Il sort plus d'une fois de sa zone de confort, avec notamment des scènes bien gore, bien sanglantes, qui figurent aussi parmi les meilleures séquences de lecture (honte, moi ? jamais !). De toute façon, j'aime cette facette irrévérencieuse du personnage, son caractère fripon qui se dévoile. Cette nouvelle lecture caustique confirme ainsi l'étendue du talent d'Olivier T. Applaudissements dans la salle. 

Rue de Sèvres / Octobre 2016

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25/10/16

Akissi Tome 7 : Faux départ de Marguerite Abouet & Mathieu Sapin

Un peu de soleil pour égayer la saison automnale ! Faites place à l'adorable Akissi, championne des 400 coups. ☺

Akissi 7Ce septième tome annonce une cascade de drames : d'abord, Pélagie informe son groupe de copains que ses parents vont divorcer et qu'elle va bientôt déménager pour suivre sa mère en rase campagne. Accablement général. Tous se creusent la tête pour trouver une solution. Akissi propose alors de caser sa maman avec son père ! Après tout, c'est une coutume répandue de prendre une deuxième femme. Akissi décide de jouer les entremetteuses et provoque une secousse sismique à la maison.
De toute manière, la fillette est convaincue d'être un boulet pour ses parents. Pour preuve, ils ont prévu de l'envoyer en France chez un oncle installé à Paris. Strictement opposée à l'idée de partir, Akissi déploie des trésors d'ingéniosité pour échapper à ce triste dessein. ^-^
Elle tente d'être adoptée par le charbonnier, puis décide de faire une fugue, et pourquoi pas la grève de la faim ? Ses potes sont solidaires... sauf devant une platée d'allers-retours (des beignets farcis au maquereau). Quelle débandade. Comble de tout, ses parents ne lâchent rien et ne se formalisent même pas de ses cauchemars qui lui font pousser de grands cris chaque nuit.
Akissi partira dans ce lointain pays glacial, peuplé de loups affamés, et aura pour seule consolation la possibilité de rencontrer en vrai son héros Rahan. Héhéhé. Calquée sur leurs lectures et leur imagination débordante, la vision qu'ont Akissi et ses amis de la France est franchement cocasse, mais savoureuse. De toute façon, il n'existe qu'un paradis terrestre - c'est Yopougon. 
Et c'est vrai que l'ambiance y est chaleureuse et enchanteresse. C'est toujours un bonheur de suivre les parties de rigolade des jeunes bambins, les poésies récitées en classe, les ruses pour tromper la vigilance des adultes, les blagues et autres taquineries entre frère et sœur. Cette série ne dément pas son succès et garantit la promesse d'une lecture pétillante. Au vu des derniers rebondissements, il me tarde déjà de connaître la suite des aventures d'Akissi... 

Gallimard Bande Dessinée - Octobre 2016

 

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Les Effroyables Missions de Margo Maloo, de Drew Weing

Halloween approche. Alors, pour se mettre dans le bain, plongez dans cette lecture pleine de monstres dans le placard, qui donnent des frissons pour de vrai, et qui se proposent aussi de nous lancer dans des enquêtes excitantes en compagnie d'une experte ès phénomènes fantastiques & effrayants ! ☺

LES EFFROYABLES MISSIONS DE MARGO MALOOCharles Thompson, jeune blogueur chevronné, n'adhère pas du tout à la nouvelle lubie de ses parents - à savoir, emménager dans un vieil immeuble Art Déco dans la grande ville d'Écho City. Le gamin trouve leur nouvel appartement lugubre et délabré, la nuit il fait des cauchemars et pousse des cris de terreur en découvrant un monstre sortir de son placard...
Charles n'en peut plus et se sent incompris, jusqu'à ce qu'il rencontre la spécialiste Margo Maloo, une fillette capable de mater les créatures de l'ombre par sa parfaite connaissance de leur pédigrée. Fantômes, gobelins, ogres ou trolls n'ont aucun secret pour elle. Et inversement, ces monstres se montrent tous extrêmement obligeants à son égard. Pourquoi, comment ? Charles est estomaqué.
D'abord, la découverte de cet univers parallèle le sidère et l'émoustille en même temps. Or, Margo refuse d'accorder la moindre interview au jeune chroniqueur et lui impose même le silence. Son activité doit demeurer confidentielle, par respect pour les monstres aussi. Sic. Charles en a une frousse bleue. Et les monstres le lui rendent bien. Ils l'accusent même d'avoir kidnappé un bébé ogre et ont mis sa tête à prix. Ses jours sont comptés, seule Margo Maloo peut le tirer de ce vilain guêpier !
Que d'émotion, que d'action au programme ! Cette bd est terriblement pertinente à jouer des peurs des enfants et à mettre en scène des monstres dans des situations insolites et saisissantes. Cette lecture fait flipper pour de vrai... tout en collant le sourire aux lèvres. Car il y a de l'humour dans l'histoire, du mystère à travers les enquêtes de Margo et son personnage surgi de nulle part, mais aussi de l'inconnu dans les intentions des monstres, cette communauté fermée et revêche, qui adore terrifier les enfants pas sages et qui se plaint du non-respect des humains en leur arrachant tous leurs biens. Assistant l'intrépide détective, Charles Thompson s"impose aussi en tant que jeune héros froussard et attachant, tout en se familiarisant peu à peu à cet univers foisonnant et original. Suivez le guide ! Cette lecture laisse autant place à l'imaginaire qu'aux vieilles terreurs nocturnes... brrr, frissonnez ! 

Gallimard Bande Dessinée - septembre 2016 - trad. d'Alice Marchand

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Les lames d'Âpretagne, Tome 1 : Le tonnerre de Brest, de Noë Monin, Luc Venries & Yoann Courric

C'est l'histoire de trois potes qui se lancent dans l'écriture d'un scénario dopé à l'heroïc fantasy, à l'humour et à l'action, placé sous le signe des séries façon Game of Thrones ou Assassin's Apprentice, qui dédient au passage les seins de Pimprenelle à Régis Loisel, et qui osent le pari fou d'en faire une série en 3 tomes. Voici donc la quête de deux obstinés que tout oppose, dans un univers médiéval-fantastique empreint de légendes celtiques, absolument émoustillant.

Les lames apretagne

Faust est un gamin des rues, qui rêve de s'échapper de sa vie de misère, en compagnie de son petit frère Klein. Mais sa rencontre avec une bande de mercenaires met un terme à ses maigres ambitions, et le voilà enchaîné sur le marché des esclaves, d'où l'extirpe le très capricieux Van, fils du souverain d'Âpretagne. Ce n'est pourtant pas par bonté d'âme que le garçon vient d'agir, puisque celui-ci est davantage mû par un instinct de distraction et une volonté d'affirmer son pouvoir. Et pourtant, lui aussi verra son destin basculer, lorsque son père le condamnera à l'isolement, puis à l'exil, afin de le soumettre à une série d'épreuves et faire de lui un héritier digne de ce nom. Pour mener à bien cette quête, Van se voit imposer pour compagnon l'intrépide Faust, aussi morveux et belliqueux que le jeune prince. Ces deux-là se détestent, mais “rien de mieux que de bonnes beignes pour forger une amitié” ! 
Classique, mais efficace. Ce volume d'introduction n'est pas en reste pour planter le décor, les personnages, les enjeux et ne fait pas dans la dentelle avec son ambiance dramatique, faite de trahison et de cruauté, qui pourrait en déconcerter plus d'un. L'aventure, pourtant, est plaisante. Agile et trépidante, elle raconte essentiellement l'apprentissage de deux jeunes rebelles, arrogants et écervelés, qui vont devenir deux amis liés par une quête longue et semée d'embûches. Héros impétueux, ils n'en demeurent pas moins naïfs des tractations politiques qui s'opèrent en coulisse et qui vont jouer de leur vie à grandes rasades de gnôle. Les rebondissements vont ainsi bon train et dictent une narration entraînante, plongée dans un univers parfois brouillon mais animé d'un réel enthousiasme débordant. Dialogues truculents, personnages chafouins, action et émotion au tournant... Les premiers pas en Âpretagne ne manquent franchement pas de saveur !

Casterman / Août 2016  **   “Qui titille la catin... bâtard aura demain !”  **  

 

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22/10/16

Un bruit étrange et beau, par Zep

Après avoir opéré un virage artistique avec Une histoire d'hommes et aussi son Carnet intime, Zep ne cesse de nous surprendre par l'étendue de son talent et sa sensibilité à fleur de peau, capable de convoquer des émotions vraies et sincères.

Un bruit étrange et beau

William a renoncé au monde, à la vie, à l'amour, aux femmes, à la richesse il y a vingt-cinq ans, en devenant simple chartreux dans le cloître de la Valsainte. Un jour, il reçoit une convocation chez un notaire parisien pour la lecture du testament de sa tante, avec laquelle il s'était fâché suite à sa décision de rejoindre l'ordre religieux. Ce retour à la civilisation est un électrochoc de mots, de sons, d'émotions pour cet homme qui pensait être sevré de tant d'artifices. Dans le train qui le conduit à Paris, il rencontre une jolie jeune femme, Méry, qui lui confie son histoire dramatique : une maladie grave et incurable, plus que quelques mois à vivre... Et les questions pleuvent sur la foi et la croyance, les doutes, l'engagement, les regrets. Comment expliquer à une nana qui croque la vie à pleines dents le choix de se retirer de cette agitation ? En quelques jours, le séjour de William (alias Don Marcus) va le conduire sur le chemin des souvenirs et le mener à ressasser des idées ou des sensations soudaines, parfois déstabilisantes. William retrouve ainsi les enfants de sa tante, Gabriel et Tolède, tous deux profondément marqués par les aléas de la vie. Ils ne sont clairement pas heureux et ils se contentent d'aligner leurs pas au fil du temps sans se donner la peine d'y trouver un sens. Ce sont des personnages éteints et usés par cette vie qui ne fait pas de cadeau. Hériter de biens et d'une fortune, certes... Mais sans la récompense d'un mot doux, d'une caresse, d'une vraie preuve d'amour. 
Zep tire profit de la situation pour exposer la valeur qu'on accorde à la vie en croisant des portraits et des destinées tous plus dissemblables, mais qui parviennent tous à nous toucher. William se confronte à sa vie d'avant et à sa vocation. Son choix du recueillement et du silence est-il le bon ? Qui sommes-nous pour juger ou inciter la balance à peser plus lourd d'un côté que d'un autre ? Cette histoire est infiniment profonde et touchante, elle fait écho à la noblesse de l'âme et du cœur dans le parcours d'un homme saint et en même temps faillible. Ce récit d'une grande pudeur exprime aussi sa force dans un graphisme épuré, aux teintes du passé, alternant entre le sépia ou le noir et blanc, mais où l'évocation est réellement poignante. Une lecture saisissante pour une bd émouvante.  

Rue de Sèvres / Octobre 2016

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Au fil de l'eau, de Juan Diaz Canales

Scénariste de Blacksad et du nouveau Corto Maltese, Juan Diaz Canales dévoile cette fois son talent graphique dans une bande dessinée d'une intensité dramatique ô combien bouleversante.

Au fil de leau

Sur le trottoir juste en face du commissariat de police, ce sont bien des petits vieux qui arnaquent le monde en vendant à la sauvette des produits chipés ci ou là. Oui, une bande de fringants vieillards qui ne craignent rien ni personne ! Même quand la police fait mine de les interpeller, nos papis usent de leur carte vermeille pour obtenir la clémence des agents, non sans récolter un sermon d'usage. Niceto s'en soucie comme d'une guigne et file rejoindre ses potes autour de leur tablée de poker où ils jouent leur argent en avalant un cognac-anisette. Et pourtant, le vent tourne sur nos petits vieux. L'un d'eux a déjà déserté les rangs, sauf que son corps vient d'être retrouvé la nuque fracassée. Premier meurtre, pas le dernier. Car toute la bande est dans la ligne de mire. Les copains tombent les uns après les autres. Niceto panique et quitte sans prévenir le foyer de son petit-fils. Mort d'inquiétude, celui-ci avertit son père de la tournure des événements et tous deux vont fouiller les rues de Madrid pour sauver leur aïeul.  
Oubliez Les vieux fourneaux, cette histoire intégralement réalisée par Juan Diaz Canales (scénario et dessins) nous fait basculer dans un univers sombre et brouillon, rien qu'en noir et blanc, et où l'on perçoit avec un réalisme cuisant le désœuvrement des laissés-pour-compte, la démence sénile et le constat d'impuissance au crépuscule de sa vie. Et au milieu de tout ça, quand même, tous les codes du polar sont empreintés, ambiance glauque et poussée de tension, suspense et descente en enfer, bref on ne se marre pas à chaque coin de page mais on reste les doigts scotchés pour connaître le dénouement. C'est bon, très bon. La lecture est foncièrement passionnante, mais aurait peut-être gagné en intensité et pertinence avec quelques planches supplémentaires pour exploiter davantage les nombreux sujets esquissés, mais ceci n'est qu'un avis subjectif.^-^ Car cette bd évoque avec brio les zones d'ombre de la mécanique humaine avec ses failles et ses sursauts, en nous comprimant bien le cœur au passage. On soupçonne tout et n'importe quoi, avant d'admettre la triste réalité. Un vrai coup de bluff ! 

Rue de Sèvres / Septembre 2016 - Traduction de Sophie Hofnung

 

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04/07/16

Mon Père était boxeur, de Barbara Pellerin, Vincent Bailly & Kris

Mon père était boxeur

Après l'enterrement de son père, Barbara décide de lui consacrer un reportage vidéo à l'aide des photos et autres souvenirs de sa jeunesse. À cet exercice, elle propose aussi une bande dessinée qui raconte l'histoire d'un champion de boxe, et plus pudiquement, la relation entre un père et sa fille. Le résultat est très, très émouvant.

On découvre pourtant un portrait de famille en demi-teinte, avec ses rires et ses bonheurs, mais aussi ses cris et ses pleurs. Après avoir arrêté la boxe, le papa de Barbara est devenu représentant pour une marque de pastis. Loin de son foyer, quotidiennement plongé dans l'alcool, l'homme s'est métamorphosé en type impulsif, colérique, jaloux et violent. Cette violence, essentielle sur un ring, a fini par pulvériser le cadre familial. Hubert Pellerin, de tempérament sanguin, démarrait vite au quart de tour, pour un klaxon de trop, une voiture qui lui grille la priorité ou un simple mot de travers... Barbara a ainsi grandi dans un état d'angoisse et de vigilance permanent, sans cesse aux aguets, soucieuse des éclats incontrôlables de son père, attentive à maintenir la soupape de sécurité. La jeune femme en a hélas conservé une profonde amertume, sans renoncer à son père, devenu un vieil homme fatigué et dépressif, soucieux d'effacer les années noires, sous le regard souvent sans concession de sa fille. Barbara ne s'attribue pas non plus le beau rôle, en reconnaissant des bouderies futiles et inutiles, de celles qu'on regrette longtemps après le coup de fil matinal qui vient rompre la digue et vous submerger d'un trop-plein d'émotions. 

Il ne faudrait surtout pas envisager cette bd comme une lecture triste ou déprimante, au contraire l'histoire y est remarquable, puissante, poignante. Il y a une grande tendresse et surtout une grande part de lucidité dans le texte de Barbara, superbement soutenues par les dessins et couleurs de Vincent Bailly. C'est une très belle bande dessinée, une lecture qui vous prend aux tripes et qui vous rappelle sans cesse que la vie est courte, qu'il faut pardonner rapidement et aimer véritablement.

L’album est accompagné du DVD du film écrit et réalisé par Barbara Pellerin. Ce que le film ne dit pas, le livre le montre. Deux récits complémentaires qui révèlent le portrait unique d’une relation d’un père à sa fille.

Futuropolis, mai 2016

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02/07/16

L'Inversion de la courbe des sentiments, de Jean-Philippe Peyraud

L'inversion de la courbe des sentiments

Plongeons dans une histoire contemporaine, à Paris, en plein été...

Robinson, la quarantaine, traîne ses désillusions et son attentisme en collectionnant les rencontres sur internet et les liaisons sans lendemain, pendant ce temps, sa petite copine vide son appartement et le plaque pour vivre à la campagne avec un nouveau mec. Robinson est un paumé, qui vivote dans son existence, sans grande ambition. Il n'a même plus le goût de rester une journée dans son vidéoclub et délègue toutes les responsabilités à son associé et meilleur ami Emmanuel, sans se douter que celui-ci va prochainement lâcher l'affaire pour satisfaire aux caprices de sa dulcinée. Robinson a aussi d'autres chats à fouetter - son père est arrivé en ville avec ses valises sous le bras, sa sœur s'inquiète de n'avoir plus de nouvelles de son rejeton Gaspard, dix-sept ans, avant de découvrir qu'il serait en pleine escapade amoureuse avec la femme du voisin ! Ce dernier menace de tout péter si on ne le renseigne pas de suite sur la cachette des amants... Robinson s'épanche auprès d'Alice, qui tient le café d'en face, et pour laquelle ses sentiments semblent bien confus. Pas très loin de ce micmac, deux jeunes parisiennes courent dans les rues de la ville à la recherche du père de Charlène, en pleine rupture amoureuse, de retour d'un voyage au Pérou, décidée d'en découdre sur ses origines. Et là, Amandine lui confie aussi ses petits soucis et son besoin d'engranger des marques de tendresse avant le saut dans le vide.  

Cette lecture m'a très agréablement surprise, tour à tour intense, bouleversante, ironique et cocasse, elle réserve un panel d'émotions assez large et plutôt convaincant. JP Peyraud a le dessin nerveux et intraitable, il expose les corps, les regards et les sentiments sans complexe, il se joue des gens et renouvelle pour eux une valse en trois temps. Un temps pour aimer, un temps pour quitter, un temps pour recommencer. Et ainsi de suite. Cette proposition des dérives sentimentales, définie par l'auteur comme une bedenovela, reprend les grandes lignes des feuilletons romanesques, sans jamais tomber dans le sirupeux. L'histoire entre-croise habilement les destinées des uns et des autres, chatouille les personnages avec malice, embrouille les cœurs, distille un zeste de folie et d'humour, injecte aussi du suspense, de la tension, de l'émotion... Ce sont autant de variations possibles, qui brossent une idée de la vie de couple ou de famille en une intimité souvent douce-amère, et dont on ressort pourtant pleinement enchantés. La mise en scène est ciselée et nous entraîne en toute légèreté dans un tourbillon passionnel, dont il faut néanmoins se méfier des couleurs acidulées ! Piquant, savoureux, original. Très bon ! 

Futuropolis, juin 2016

 

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Une aventure des Spectaculaires, Tome 1 : Le Cabaret des ombres, par Régis Hautière & Arnaud Poitevin

Une aventure des Spectaculaires

Lorsqu'une troupe d'acrobates est embauchée par un savant fou pour combiner leurs talents de prestidigitation à une affaire criminelle, le résultat dépasse de loin les attentes les plus folles dans cette bande dessinée aussi fraîche, drôle et exaltante à lire. J'ai beaucoup aimé.

Dans le Paris du début du XXe siècle, les Spectaculaires peinent à mobiliser les foules pour applaudir leurs exploits - Félix le féroce lycanthrope, Eustache l'homme le plus fort du monde, Évariste l'homme volant et Pétronille la chef d'orchestre déguisée en M. Loyal font pourtant preuve d'imagination et de rouerie pour épater la galerie. Las, à l'heure du cinématographe, les parisiens boudent leurs numéros de trucage et d'illusion, ce qui plonge la trésorerie du théâtre dans la plus grande misère. Nos artistes n'ont plus lieu de faire la fine bouche en accueillant le Professeur Pipolet et ses discours fantaisistes pour sauver le monde. On vient de lui voler les plans de sa machine infernale, censée instaurer la paix universelle, mais désormais entre les mains d'un individu cynique et sans scrupule, son invention risque d'être utilisée pour de mauvaises intentions. 

Nos joyeux drilles se lancent donc avec enthousiasme, et beaucoup de maladresse, dans une aventure complètement folle, mais ô combien hilarante. Ils ont pour eux leur courage, leur intelligence, leur humour et les gadgets improbables de Pipolet pour sauver le monde ! Au secours... ^-^ Face à eux, l'ennemi est redoutable, possède une longueur d'avance et des amis bien placés pour assurer ses arrières. La tâche est rude, mais jubilatoire. À lire, c'est franchement extra. La lecture offre une distraction appréciable, sans prise de tête, avec des plages d'humour et des séquences illustrées souvent magnifiques. L'histoire est simple, efficace et burlesque, à l'instar des personnages, caricaturaux et impayables. 

Vivement leurs prochaines aventures ! Ce 1er tome a su me régaler par sa bonne humeur et son rythme virevoltant. 

Rue de Sèvres, Janvier 2016

 

 

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21/06/16

Yin et le dragon, Tome 1 : Créatures célestes, de Richard Marazano & Yao Xu

YIN ET LE DRAGON

Yin vit avec son grand-père dans la ville de Shanghai. Tandis qu'il part chaque nuit sur sa barque pêcher dans les mers de Chine, la fillette parcourt les allées du marché pour vendre ses poissons. Or, Yin est souvent alpaguée par une bande de mauvais garçons qui lui chipent toute sa marchandise en se moquant d'elle. Les temps sont durs dans cette province chinoise en 1937. La pauvreté menace Yin et son grand-père, mais celui-ci refuse de baisser les bras et prend tous les risques pour gonfler leur cagnotte. Par une nuit de pêche, un événement extraordinaire va se produire : Liu piège dans son filet un dragon d'or tandis que Yin lui sauve la mise in extremis. Ils vont ramener la bête dans leur hangar en catimini et découvrir le lendemain matin que l'armée japonaise vient d'envahir le pays ! 

Très, très belle bande dessinée, empreinte de charme, de douceur, de sensibilité, d'émotion et de magie ! Cette série, annoncée en trois tomes, promet des heures de lecture enivrante et dépaysante. L'histoire nous fait également revivre les débuts du conflit sino-japonais (qui s'étendra jusque 1945) à travers l'invasion des troupes du pays du Soleil-Levant, venue perturber le quotidien déjà difficile des habitants de Shanghai. Réveil douloureux pour notre petite famille réduite au grand-père Liu et sa petite-fille Yin, adorable gamine pleine d'énergie et d'intelligence, qui va convaincre son aïeul de protéger le dragon en le soignant à l'abri des regards. Cette décision sera lourde de conséquences, mais ceci appartient au prochain chapitre. La symbolique du dragon, créature céleste par excellence, trouvera également plus de poids dans le récit à venir. Qu'il me tarde de découvrir la suite des aventures ! Je suis pour l'instant pleinement séduite par cette histoire aussi joliment racontée que délicatement dessinée. Finesse et poésie se dégagent de cette bande dessinée aussi gracieuse que captivante... 

Rue de Sèvres, Janvier 2016

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