02/11/16

Les Royaumes du Nord ♦ 3, de Stéphane Melchior & Clément Oubrerie

Ainsi donc se termine le premier cycle de la fabuleuse trilogie de Philip Pullman (À la croisée des mondes).

LES ROYAUMES DU NORD 3Entourée d'alliés précieux et dévoués, Lyra est toujours à la recherche de son père, à qui elle veut remettre l'aléthiomètre. En survolant l'ancien royaume de l'ours Iorek Byrnison, le dirigeable de Lee Scoresby est surpris par une tempête et attaqué par un monstre des falaises. Dans la panique générale, Lyra tombe par-dessus bord et se retrouve seule, perdue au milieu de Svalbard, où les troupes de Iofur Raknison, l'usurpateur du trône, conduisent la fillette jusqu'à celui-ci. Pour tromper sa vigilance, Lyra invente une histoire de daemon humain mais précipite également son ami Iorek vers un duel d'une extrême violence.
Que de séquences fortes à la lecture de ce dernier volume ! On assiste à un dénouement d'une grande sensibilité, très poignant et néanmoins abscons, car l'histoire se termine sur une note de mystère et un grand point d'interrogation. La lecture n'en demeure pas moins entraînante et elle virevolte d'un point à un autre, d'une rencontre à une révélation, d'un choix à une trahison, enchaînant ainsi les pertes et les fracas. Les masques tombent, certains pions sont avancés et d'autres viennent pulvériser l'échiquier.
La fin est ainsi bouleversante, même si l'aventure est relancée vers une plongée dans cet univers toujours plus intense et passionnant. En attendant, ce premier cycle se conclut sans ménagement. C'est sombre, solennel, dramatique et saisissant. Lyra et ses acolytes affrontent coups bas et coups durs dans une quête complexe et riche en alternatives.
Totale réussite pour l'adaptation en bd ! Stéphane Melchior et Clément Oubrerie ont transcendé l'univers de Pullman à travers une vision prodigieuse et une mise en scène grandiloquente des Royaumes du Nord. Personnages et décors prennent vie dans cette magistrale orchestration de la folie humaine et des expériences scientifiques, avec ses dangers et ses sacrifices. Bref. La lecture est aussi remarquable que palpitante. Excellente série à découvrir.

Gallimard Bande Dessinée - Octobre 2016

source : http://www.oubrerie.net/

 

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Dans la forêt sombre et mystérieuse, de Winshluss

DANS LA FORÊT SOMBRE ET MYSTÉRIEUSEAvis aux amateurs d'aventure insolite et d'humour loufoque, cette bd de Winshluss va vous régaler !
Avertie de la mauvaise santé de la grand-mère, la famille d'Angelo part en catastrophe pour se rendre à son chevet, mais en cours de route, après une courte pause-pipi, la voiture repart dans l'urgence en oubliant le garçon sur le bas-côté. Angelo est terrorisé, puis prend la décision de poursuivre le chemin à pied, en traversant « la forêt sombre et mystérieuse ». 
L'ambiance dans les fourrés est clairement angoissante. Le garçon y croise des créatures toutes plus bizarres les unes que les autres (une luciole obèse, Fabrice l'écureuil qui se prenait pour un oiseau, un crapaud, une chenille, un chimpanzé camelot...), certaines cherchant à lui venir en aide, d'autres à le croquer tout cru. On puise aussi dans le folklore des contes pour enfants qui font frissonner plus que de raison (l'ogre, la maison de poupée, les bons petits plats pour endormir la proie...). C'est drôle comme ça frise le ridicule et ça ne loupe pas de faire ricaner ! 
Cet art de la dérision rend l'histoire grinçante et cocasse, mais aussi tellement amusante. Il faut suivre Angelo dans ses péripéties improbables et s'imprégner de l'absurde de chaque situation pour en apprécier tout le sel. C'est, de plus, follement distrayant. On stresse à chaque coin de page, on glousse, on tremble de peur, on s'interroge et on éprouve de la compassion. Autant d'émotions fortes et exaltantes qui attendent le lecteur au tournant. 
J'inscris cette bd parmi les incontournables pour rire, trembler et halluciner tout en même temps. Une lecture inattendue pour une aventure enfiévrée et délirante. Vraiment, une très bonne découverte. 

Gallimard Bande Dessinée / Octobre 2016

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26/10/16

Pile ou Face : Cavale au Bout du Monde, de Hope Larson & Rebecca Mock

♪♫ Tiens bon la vague et tiens bon le vent ... Hissez haut ! ♫♪

PILE OU FACESans nouvelle de leur père adoptif depuis des mois, Alexandre et Cléopâtre, des jumeaux de 12 ans, ont pensé rejoindre le gang du Crochet Noir pour survivre dans la jungle new-yorkaise, mais leur dernier larcin a tourné court et conduit le frère et la sœur au poste de police. Menacés d'être envoyés dans un centre de redressement pour mineurs, Alex et Cléo supplient la clémence de leur bourreau et acceptent de livrer la cachette du gang, trahissant ainsi un pacte inaliénable. Les enfants espèrent en échange quitter la ville au plus vite pour échapper aux représailles. Ils ont repéré dans le journal une annonce alléchante - un homme vivant à San Francisco recherche ses deux garçons perdus de vue depuis cinq ans. Les jumeaux mettent au point un plan pour duper l'individu et prétendre être ses fistons, mais en traînant sur les quais pour embarquer clandestinement à bord d'un bateau, Cléo et Alex démasquent deux autres frangins ayant eu la même idée qu'eux. Grosse bagarre générale. Retour à la case prison. Après quoi, les duos sont inversés. Alex et Edwin d'un côté, Cléo et Silas de l'autre. À eux quatre, la suite de l'aventure promet monts et merveilles. La narration enchâssée réserve naturellement de belles surprises et autres retournements de situations très appréciables. On suit nos loustics dans des péripéties tumultueuses, mêlant danger, suspense, amour, amitié, vie et mort. La dynamique du récit étant enlevée, la lecture n'en est que plus palpitante. De plus, l'ambiance et le décor des années 1860 invitent au voyage et à l'évasion, entre exotisme et piraterie, carte au trésor et poursuite infernale, épisodes en mer et courses folles dans la jungle, rencontres avec des autochtones et retrouvailles poignantes. Bref. Plus qu'une modeste entrée en matière, c'est tout bonnement passionnant ! Une bd de 224 pages au format souple très agréable à parcourir. Une belle surprise.

Rue de Sèvres - septembre 2016

Trad. de Fanny Soubiran [Compass South]

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Bonne Continuation, d'Olivier Tallec

Bonne Continuation

Olivier, il faut qu'on cause ! Cette tendance crapuleuse à épingler les travers de nos petites vies est tout bonnement... jouissive ! Sur ce, je dénonce : un ton mordant, parfois méchant et ironique, flirtant aussi avec un humour noir et morbide, hmmm, ça sent l'insubordination à plein nez. Et ça me plaît. Lire Olivier Tallec dans un univers aussi décalé et cinglant, oui ça a du bon.
Après avoir signé ses premiers méfaits en nous souhaitant une Bonne journée, l'auteur récidive dans cet exercice du dessin humoristique particulièrement féroce avec une nouvelle série de tableaux qui brassent des thèmes, des symboles et des époques sans fil conducteur mais où la dérision domine le monde. Les cadeaux de Noël, la garde alternée, la mode, le paraître, les rencontres amoureuses, l'incompréhension au sein du couple, la cigarette, la sexualité, les licornes, le safari, les penchants SM, les cornes, le plug anal, les très flippantes moaï (ces célèbres statues de l'île de Pâques), les vaches normandes, les mille-pattes, les ours polaires, les chauve-souris, les oies, mais aussi l'écologie, le réchauffement climatique, le foie gras, la frénésie médiatique, et j'en passe ! Tout est sujet à moquerie, surtout quand c'est aussi bien appréhendé, d'un simple tacle subtil et hardi. 
Il y a du Voutch dans l'art de tailler des portraits aussi incisifs, selon une base de dessin au pastel, mais la tendresse particulière au papa de Grand Loup et Rita & Machin, qui assume ici un rôle à contre-emploi de son registre habituel, rend le contraste réjouissant. Il sort plus d'une fois de sa zone de confort, avec notamment des scènes bien gore, bien sanglantes, qui figurent aussi parmi les meilleures séquences de lecture (honte, moi ? jamais !). De toute façon, j'aime cette facette irrévérencieuse du personnage, son caractère fripon qui se dévoile. Cette nouvelle lecture caustique confirme ainsi l'étendue du talent d'Olivier T. Applaudissements dans la salle. 

Rue de Sèvres / Octobre 2016

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25/10/16

Akissi Tome 7 : Faux départ de Marguerite Abouet & Mathieu Sapin

Un peu de soleil pour égayer la saison automnale ! Faites place à l'adorable Akissi, championne des 400 coups. ☺

Akissi 7Ce septième tome annonce une cascade de drames : d'abord, Pélagie informe son groupe de copains que ses parents vont divorcer et qu'elle va bientôt déménager pour suivre sa mère en rase campagne. Accablement général. Tous se creusent la tête pour trouver une solution. Akissi propose alors de caser sa maman avec son père ! Après tout, c'est une coutume répandue de prendre une deuxième femme. Akissi décide de jouer les entremetteuses et provoque une secousse sismique à la maison.
De toute manière, la fillette est convaincue d'être un boulet pour ses parents. Pour preuve, ils ont prévu de l'envoyer en France chez un oncle installé à Paris. Strictement opposée à l'idée de partir, Akissi déploie des trésors d'ingéniosité pour échapper à ce triste dessein. ^-^
Elle tente d'être adoptée par le charbonnier, puis décide de faire une fugue, et pourquoi pas la grève de la faim ? Ses potes sont solidaires... sauf devant une platée d'allers-retours (des beignets farcis au maquereau). Quelle débandade. Comble de tout, ses parents ne lâchent rien et ne se formalisent même pas de ses cauchemars qui lui font pousser de grands cris chaque nuit.
Akissi partira dans ce lointain pays glacial, peuplé de loups affamés, et aura pour seule consolation la possibilité de rencontrer en vrai son héros Rahan. Héhéhé. Calquée sur leurs lectures et leur imagination débordante, la vision qu'ont Akissi et ses amis de la France est franchement cocasse, mais savoureuse. De toute façon, il n'existe qu'un paradis terrestre - c'est Yopougon. 
Et c'est vrai que l'ambiance y est chaleureuse et enchanteresse. C'est toujours un bonheur de suivre les parties de rigolade des jeunes bambins, les poésies récitées en classe, les ruses pour tromper la vigilance des adultes, les blagues et autres taquineries entre frère et sœur. Cette série ne dément pas son succès et garantit la promesse d'une lecture pétillante. Au vu des derniers rebondissements, il me tarde déjà de connaître la suite des aventures d'Akissi... 

Gallimard Bande Dessinée - Octobre 2016

 

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Les Effroyables Missions de Margo Maloo, de Drew Weing

Halloween approche. Alors, pour se mettre dans le bain, plongez dans cette lecture pleine de monstres dans le placard, qui donnent des frissons pour de vrai, et qui se proposent aussi de nous lancer dans des enquêtes excitantes en compagnie d'une experte ès phénomènes fantastiques & effrayants ! ☺

LES EFFROYABLES MISSIONS DE MARGO MALOOCharles Thompson, jeune blogueur chevronné, n'adhère pas du tout à la nouvelle lubie de ses parents - à savoir, emménager dans un vieil immeuble Art Déco dans la grande ville d'Écho City. Le gamin trouve leur nouvel appartement lugubre et délabré, la nuit il fait des cauchemars et pousse des cris de terreur en découvrant un monstre sortir de son placard...
Charles n'en peut plus et se sent incompris, jusqu'à ce qu'il rencontre la spécialiste Margo Maloo, une fillette capable de mater les créatures de l'ombre par sa parfaite connaissance de leur pédigrée. Fantômes, gobelins, ogres ou trolls n'ont aucun secret pour elle. Et inversement, ces monstres se montrent tous extrêmement obligeants à son égard. Pourquoi, comment ? Charles est estomaqué.
D'abord, la découverte de cet univers parallèle le sidère et l'émoustille en même temps. Or, Margo refuse d'accorder la moindre interview au jeune chroniqueur et lui impose même le silence. Son activité doit demeurer confidentielle, par respect pour les monstres aussi. Sic. Charles en a une frousse bleue. Et les monstres le lui rendent bien. Ils l'accusent même d'avoir kidnappé un bébé ogre et ont mis sa tête à prix. Ses jours sont comptés, seule Margo Maloo peut le tirer de ce vilain guêpier !
Que d'émotion, que d'action au programme ! Cette bd est terriblement pertinente à jouer des peurs des enfants et à mettre en scène des monstres dans des situations insolites et saisissantes. Cette lecture fait flipper pour de vrai... tout en collant le sourire aux lèvres. Car il y a de l'humour dans l'histoire, du mystère à travers les enquêtes de Margo et son personnage surgi de nulle part, mais aussi de l'inconnu dans les intentions des monstres, cette communauté fermée et revêche, qui adore terrifier les enfants pas sages et qui se plaint du non-respect des humains en leur arrachant tous leurs biens. Assistant l'intrépide détective, Charles Thompson s"impose aussi en tant que jeune héros froussard et attachant, tout en se familiarisant peu à peu à cet univers foisonnant et original. Suivez le guide ! Cette lecture laisse autant place à l'imaginaire qu'aux vieilles terreurs nocturnes... brrr, frissonnez ! 

Gallimard Bande Dessinée - septembre 2016 - trad. d'Alice Marchand

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Les lames d'Âpretagne, Tome 1 : Le tonnerre de Brest, de Noë Monin, Luc Venries & Yoann Courric

C'est l'histoire de trois potes qui se lancent dans l'écriture d'un scénario dopé à l'heroïc fantasy, à l'humour et à l'action, placé sous le signe des séries façon Game of Thrones ou Assassin's Apprentice, qui dédient au passage les seins de Pimprenelle à Régis Loisel, et qui osent le pari fou d'en faire une série en 3 tomes. Voici donc la quête de deux obstinés que tout oppose, dans un univers médiéval-fantastique empreint de légendes celtiques, absolument émoustillant.

Les lames apretagne

Faust est un gamin des rues, qui rêve de s'échapper de sa vie de misère, en compagnie de son petit frère Klein. Mais sa rencontre avec une bande de mercenaires met un terme à ses maigres ambitions, et le voilà enchaîné sur le marché des esclaves, d'où l'extirpe le très capricieux Van, fils du souverain d'Âpretagne. Ce n'est pourtant pas par bonté d'âme que le garçon vient d'agir, puisque celui-ci est davantage mû par un instinct de distraction et une volonté d'affirmer son pouvoir. Et pourtant, lui aussi verra son destin basculer, lorsque son père le condamnera à l'isolement, puis à l'exil, afin de le soumettre à une série d'épreuves et faire de lui un héritier digne de ce nom. Pour mener à bien cette quête, Van se voit imposer pour compagnon l'intrépide Faust, aussi morveux et belliqueux que le jeune prince. Ces deux-là se détestent, mais “rien de mieux que de bonnes beignes pour forger une amitié” ! 
Classique, mais efficace. Ce volume d'introduction n'est pas en reste pour planter le décor, les personnages, les enjeux et ne fait pas dans la dentelle avec son ambiance dramatique, faite de trahison et de cruauté, qui pourrait en déconcerter plus d'un. L'aventure, pourtant, est plaisante. Agile et trépidante, elle raconte essentiellement l'apprentissage de deux jeunes rebelles, arrogants et écervelés, qui vont devenir deux amis liés par une quête longue et semée d'embûches. Héros impétueux, ils n'en demeurent pas moins naïfs des tractations politiques qui s'opèrent en coulisse et qui vont jouer de leur vie à grandes rasades de gnôle. Les rebondissements vont ainsi bon train et dictent une narration entraînante, plongée dans un univers parfois brouillon mais animé d'un réel enthousiasme débordant. Dialogues truculents, personnages chafouins, action et émotion au tournant... Les premiers pas en Âpretagne ne manquent franchement pas de saveur !

Casterman / Août 2016  **   “Qui titille la catin... bâtard aura demain !”  **  

 

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22/10/16

Un bruit étrange et beau, par Zep

Après avoir opéré un virage artistique avec Une histoire d'hommes et aussi son Carnet intime, Zep ne cesse de nous surprendre par l'étendue de son talent et sa sensibilité à fleur de peau, capable de convoquer des émotions vraies et sincères.

Un bruit étrange et beau

William a renoncé au monde, à la vie, à l'amour, aux femmes, à la richesse il y a vingt-cinq ans, en devenant simple chartreux dans le cloître de la Valsainte. Un jour, il reçoit une convocation chez un notaire parisien pour la lecture du testament de sa tante, avec laquelle il s'était fâché suite à sa décision de rejoindre l'ordre religieux. Ce retour à la civilisation est un électrochoc de mots, de sons, d'émotions pour cet homme qui pensait être sevré de tant d'artifices. Dans le train qui le conduit à Paris, il rencontre une jolie jeune femme, Méry, qui lui confie son histoire dramatique : une maladie grave et incurable, plus que quelques mois à vivre... Et les questions pleuvent sur la foi et la croyance, les doutes, l'engagement, les regrets. Comment expliquer à une nana qui croque la vie à pleines dents le choix de se retirer de cette agitation ? En quelques jours, le séjour de William (alias Don Marcus) va le conduire sur le chemin des souvenirs et le mener à ressasser des idées ou des sensations soudaines, parfois déstabilisantes. William retrouve ainsi les enfants de sa tante, Gabriel et Tolède, tous deux profondément marqués par les aléas de la vie. Ils ne sont clairement pas heureux et ils se contentent d'aligner leurs pas au fil du temps sans se donner la peine d'y trouver un sens. Ce sont des personnages éteints et usés par cette vie qui ne fait pas de cadeau. Hériter de biens et d'une fortune, certes... Mais sans la récompense d'un mot doux, d'une caresse, d'une vraie preuve d'amour. 
Zep tire profit de la situation pour exposer la valeur qu'on accorde à la vie en croisant des portraits et des destinées tous plus dissemblables, mais qui parviennent tous à nous toucher. William se confronte à sa vie d'avant et à sa vocation. Son choix du recueillement et du silence est-il le bon ? Qui sommes-nous pour juger ou inciter la balance à peser plus lourd d'un côté que d'un autre ? Cette histoire est infiniment profonde et touchante, elle fait écho à la noblesse de l'âme et du cœur dans le parcours d'un homme saint et en même temps faillible. Ce récit d'une grande pudeur exprime aussi sa force dans un graphisme épuré, aux teintes du passé, alternant entre le sépia ou le noir et blanc, mais où l'évocation est réellement poignante. Une lecture saisissante pour une bd émouvante.  

Rue de Sèvres / Octobre 2016

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Au fil de l'eau, de Juan Diaz Canales

Scénariste de Blacksad et du nouveau Corto Maltese, Juan Diaz Canales dévoile cette fois son talent graphique dans une bande dessinée d'une intensité dramatique ô combien bouleversante.

Au fil de leau

Sur le trottoir juste en face du commissariat de police, ce sont bien des petits vieux qui arnaquent le monde en vendant à la sauvette des produits chipés ci ou là. Oui, une bande de fringants vieillards qui ne craignent rien ni personne ! Même quand la police fait mine de les interpeller, nos papis usent de leur carte vermeille pour obtenir la clémence des agents, non sans récolter un sermon d'usage. Niceto s'en soucie comme d'une guigne et file rejoindre ses potes autour de leur tablée de poker où ils jouent leur argent en avalant un cognac-anisette. Et pourtant, le vent tourne sur nos petits vieux. L'un d'eux a déjà déserté les rangs, sauf que son corps vient d'être retrouvé la nuque fracassée. Premier meurtre, pas le dernier. Car toute la bande est dans la ligne de mire. Les copains tombent les uns après les autres. Niceto panique et quitte sans prévenir le foyer de son petit-fils. Mort d'inquiétude, celui-ci avertit son père de la tournure des événements et tous deux vont fouiller les rues de Madrid pour sauver leur aïeul.  
Oubliez Les vieux fourneaux, cette histoire intégralement réalisée par Juan Diaz Canales (scénario et dessins) nous fait basculer dans un univers sombre et brouillon, rien qu'en noir et blanc, et où l'on perçoit avec un réalisme cuisant le désœuvrement des laissés-pour-compte, la démence sénile et le constat d'impuissance au crépuscule de sa vie. Et au milieu de tout ça, quand même, tous les codes du polar sont empreintés, ambiance glauque et poussée de tension, suspense et descente en enfer, bref on ne se marre pas à chaque coin de page mais on reste les doigts scotchés pour connaître le dénouement. C'est bon, très bon. La lecture est foncièrement passionnante, mais aurait peut-être gagné en intensité et pertinence avec quelques planches supplémentaires pour exploiter davantage les nombreux sujets esquissés, mais ceci n'est qu'un avis subjectif.^-^ Car cette bd évoque avec brio les zones d'ombre de la mécanique humaine avec ses failles et ses sursauts, en nous comprimant bien le cœur au passage. On soupçonne tout et n'importe quoi, avant d'admettre la triste réalité. Un vrai coup de bluff ! 

Rue de Sèvres / Septembre 2016 - Traduction de Sophie Hofnung

 

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04/07/16

Mon Père était boxeur, de Barbara Pellerin, Vincent Bailly & Kris

Mon père était boxeur

Après l'enterrement de son père, Barbara décide de lui consacrer un reportage vidéo à l'aide des photos et autres souvenirs de sa jeunesse. À cet exercice, elle propose aussi une bande dessinée qui raconte l'histoire d'un champion de boxe, et plus pudiquement, la relation entre un père et sa fille. Le résultat est très, très émouvant.

On découvre pourtant un portrait de famille en demi-teinte, avec ses rires et ses bonheurs, mais aussi ses cris et ses pleurs. Après avoir arrêté la boxe, le papa de Barbara est devenu représentant pour une marque de pastis. Loin de son foyer, quotidiennement plongé dans l'alcool, l'homme s'est métamorphosé en type impulsif, colérique, jaloux et violent. Cette violence, essentielle sur un ring, a fini par pulvériser le cadre familial. Hubert Pellerin, de tempérament sanguin, démarrait vite au quart de tour, pour un klaxon de trop, une voiture qui lui grille la priorité ou un simple mot de travers... Barbara a ainsi grandi dans un état d'angoisse et de vigilance permanent, sans cesse aux aguets, soucieuse des éclats incontrôlables de son père, attentive à maintenir la soupape de sécurité. La jeune femme en a hélas conservé une profonde amertume, sans renoncer à son père, devenu un vieil homme fatigué et dépressif, soucieux d'effacer les années noires, sous le regard souvent sans concession de sa fille. Barbara ne s'attribue pas non plus le beau rôle, en reconnaissant des bouderies futiles et inutiles, de celles qu'on regrette longtemps après le coup de fil matinal qui vient rompre la digue et vous submerger d'un trop-plein d'émotions. 

Il ne faudrait surtout pas envisager cette bd comme une lecture triste ou déprimante, au contraire l'histoire y est remarquable, puissante, poignante. Il y a une grande tendresse et surtout une grande part de lucidité dans le texte de Barbara, superbement soutenues par les dessins et couleurs de Vincent Bailly. C'est une très belle bande dessinée, une lecture qui vous prend aux tripes et qui vous rappelle sans cesse que la vie est courte, qu'il faut pardonner rapidement et aimer véritablement.

L’album est accompagné du DVD du film écrit et réalisé par Barbara Pellerin. Ce que le film ne dit pas, le livre le montre. Deux récits complémentaires qui révèlent le portrait unique d’une relation d’un père à sa fille.

Futuropolis, mai 2016

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