02/07/16

L'Inversion de la courbe des sentiments, de Jean-Philippe Peyraud

L'inversion de la courbe des sentiments

Plongeons dans une histoire contemporaine, à Paris, en plein été...

Robinson, la quarantaine, traîne ses désillusions et son attentisme en collectionnant les rencontres sur internet et les liaisons sans lendemain, pendant ce temps, sa petite copine vide son appartement et le plaque pour vivre à la campagne avec un nouveau mec. Robinson est un paumé, qui vivote dans son existence, sans grande ambition. Il n'a même plus le goût de rester une journée dans son vidéoclub et délègue toutes les responsabilités à son associé et meilleur ami Emmanuel, sans se douter que celui-ci va prochainement lâcher l'affaire pour satisfaire aux caprices de sa dulcinée. Robinson a aussi d'autres chats à fouetter - son père est arrivé en ville avec ses valises sous le bras, sa sœur s'inquiète de n'avoir plus de nouvelles de son rejeton Gaspard, dix-sept ans, avant de découvrir qu'il serait en pleine escapade amoureuse avec la femme du voisin ! Ce dernier menace de tout péter si on ne le renseigne pas de suite sur la cachette des amants... Robinson s'épanche auprès d'Alice, qui tient le café d'en face, et pour laquelle ses sentiments semblent bien confus. Pas très loin de ce micmac, deux jeunes parisiennes courent dans les rues de la ville à la recherche du père de Charlène, en pleine rupture amoureuse, de retour d'un voyage au Pérou, décidée d'en découdre sur ses origines. Et là, Amandine lui confie aussi ses petits soucis et son besoin d'engranger des marques de tendresse avant le saut dans le vide.  

Cette lecture m'a très agréablement surprise, tour à tour intense, bouleversante, ironique et cocasse, elle réserve un panel d'émotions assez large et plutôt convaincant. JP Peyraud a le dessin nerveux et intraitable, il expose les corps, les regards et les sentiments sans complexe, il se joue des gens et renouvelle pour eux une valse en trois temps. Un temps pour aimer, un temps pour quitter, un temps pour recommencer. Et ainsi de suite. Cette proposition des dérives sentimentales, définie par l'auteur comme une bedenovela, reprend les grandes lignes des feuilletons romanesques, sans jamais tomber dans le sirupeux. L'histoire entre-croise habilement les destinées des uns et des autres, chatouille les personnages avec malice, embrouille les cœurs, distille un zeste de folie et d'humour, injecte aussi du suspense, de la tension, de l'émotion... Ce sont autant de variations possibles, qui brossent une idée de la vie de couple ou de famille en une intimité souvent douce-amère, et dont on ressort pourtant pleinement enchantés. La mise en scène est ciselée et nous entraîne en toute légèreté dans un tourbillon passionnel, dont il faut néanmoins se méfier des couleurs acidulées ! Piquant, savoureux, original. Très bon ! 

Futuropolis, juin 2016

 

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Une aventure des Spectaculaires, Tome 1 : Le Cabaret des ombres, par Régis Hautière & Arnaud Poitevin

Une aventure des Spectaculaires

Lorsqu'une troupe d'acrobates est embauchée par un savant fou pour combiner leurs talents de prestidigitation à une affaire criminelle, le résultat dépasse de loin les attentes les plus folles dans cette bande dessinée aussi fraîche, drôle et exaltante à lire. J'ai beaucoup aimé.

Dans le Paris du début du XXe siècle, les Spectaculaires peinent à mobiliser les foules pour applaudir leurs exploits - Félix le féroce lycanthrope, Eustache l'homme le plus fort du monde, Évariste l'homme volant et Pétronille la chef d'orchestre déguisée en M. Loyal font pourtant preuve d'imagination et de rouerie pour épater la galerie. Las, à l'heure du cinématographe, les parisiens boudent leurs numéros de trucage et d'illusion, ce qui plonge la trésorerie du théâtre dans la plus grande misère. Nos artistes n'ont plus lieu de faire la fine bouche en accueillant le Professeur Pipolet et ses discours fantaisistes pour sauver le monde. On vient de lui voler les plans de sa machine infernale, censée instaurer la paix universelle, mais désormais entre les mains d'un individu cynique et sans scrupule, son invention risque d'être utilisée pour de mauvaises intentions. 

Nos joyeux drilles se lancent donc avec enthousiasme, et beaucoup de maladresse, dans une aventure complètement folle, mais ô combien hilarante. Ils ont pour eux leur courage, leur intelligence, leur humour et les gadgets improbables de Pipolet pour sauver le monde ! Au secours... ^-^ Face à eux, l'ennemi est redoutable, possède une longueur d'avance et des amis bien placés pour assurer ses arrières. La tâche est rude, mais jubilatoire. À lire, c'est franchement extra. La lecture offre une distraction appréciable, sans prise de tête, avec des plages d'humour et des séquences illustrées souvent magnifiques. L'histoire est simple, efficace et burlesque, à l'instar des personnages, caricaturaux et impayables. 

Vivement leurs prochaines aventures ! Ce 1er tome a su me régaler par sa bonne humeur et son rythme virevoltant. 

Rue de Sèvres, Janvier 2016

 

 

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21/06/16

Yin et le dragon, Tome 1 : Créatures célestes, de Richard Marazano & Yao Xu

YIN ET LE DRAGON

Yin vit avec son grand-père dans la ville de Shanghai. Tandis qu'il part chaque nuit sur sa barque pêcher dans les mers de Chine, la fillette parcourt les allées du marché pour vendre ses poissons. Or, Yin est souvent alpaguée par une bande de mauvais garçons qui lui chipent toute sa marchandise en se moquant d'elle. Les temps sont durs dans cette province chinoise en 1937. La pauvreté menace Yin et son grand-père, mais celui-ci refuse de baisser les bras et prend tous les risques pour gonfler leur cagnotte. Par une nuit de pêche, un événement extraordinaire va se produire : Liu piège dans son filet un dragon d'or tandis que Yin lui sauve la mise in extremis. Ils vont ramener la bête dans leur hangar en catimini et découvrir le lendemain matin que l'armée japonaise vient d'envahir le pays ! 

Très, très belle bande dessinée, empreinte de charme, de douceur, de sensibilité, d'émotion et de magie ! Cette série, annoncée en trois tomes, promet des heures de lecture enivrante et dépaysante. L'histoire nous fait également revivre les débuts du conflit sino-japonais (qui s'étendra jusque 1945) à travers l'invasion des troupes du pays du Soleil-Levant, venue perturber le quotidien déjà difficile des habitants de Shanghai. Réveil douloureux pour notre petite famille réduite au grand-père Liu et sa petite-fille Yin, adorable gamine pleine d'énergie et d'intelligence, qui va convaincre son aïeul de protéger le dragon en le soignant à l'abri des regards. Cette décision sera lourde de conséquences, mais ceci appartient au prochain chapitre. La symbolique du dragon, créature céleste par excellence, trouvera également plus de poids dans le récit à venir. Qu'il me tarde de découvrir la suite des aventures ! Je suis pour l'instant pleinement séduite par cette histoire aussi joliment racontée que délicatement dessinée. Finesse et poésie se dégagent de cette bande dessinée aussi gracieuse que captivante... 

Rue de Sèvres, Janvier 2016

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16/06/16

Maudit manoir, Cocktail de saveurs, de Paul Martin & Manu Boisteau

Maudit Manoir

Drôle de quotidien au Maudit Manoir ! Entre les tâches ménagères, les factures à payer, le frigo à remplir, les expériences scientiques à conduire, nos monstres assaisonnent toutes les situations ordinaires à leur sauce (excessive et abominable).

C'est souvent beurk, proche de l'impensable, comme la visite médicale de Hans, qui se plaint d'un petit mal de dent, et qui va être décortiqué de fond en comble, tripes et boyaux à l'air... erk ! Notre ami n'aura plus que ses yeux pour pleurer.

Heureusement, le ton général est à l'humour. Dracunaze, Bernard le loup-garou, le professeur Von Skalpel, l'Horreur des marais, Céleste le fantôme et la baronne Béatrice se débattent pour résoudre leurs problèmes d'intendance et font souvent preuve d'une imagination débordante.

De l'art de faire place nette, de recycler les rats de laboratoire en terrine aux herbes, de tester l'instinct du ventre (avec pizza à l'appui), de trouver le voleur de porcelaines, de jouer au cerf-volant, de débusquer dans l'annuaire la formule qui transforme le plomb en or, de réparer la fuite du toit ou de déblayer la neige devant la porte... 

Les situations saugrenues s'enchaînent dans des séquences courtes, efficaces et irrésistibles. L'univers dépeint est bariolé, un peu criard, les créatures sont laides et vilaines. Une lecture simple, mais impayable. On se marre bien chez les monstres du manoir ! 

Casterman, juin 2016

 

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Les Rêves dans la Maison de la Sorcière, de Mathieu Sapin & Patrick Pion, d'après Lovecraft

Les rêves dans la maison de la sorcière

Étudiant en mathématiques, Walter loue une chambre de bonne chargée d'une histoire bien noire, puisque, deux siècles plus tôt, la vieille sorcière Keziah Mason y avait vécu en semant l'effroi et le scandale. Loin de paniquer, le garçon est intrigué par cette légende. Il est, de plus, convaincu d'avoir développé une sensibilité quasi surnaturelle, comme de percevoir plus que nettement les cavalcades des rats qui envahissent le grenier de la maison, ou de ressentir l'influence malfaisante qui gravite autour de lui. Walter va d'abord mettre son agitation sur le compte de sa fatigue, de la surcharge de travail et de la pression à l'université. Puis il réalise que ses rêves eux-mêmes vont outrepasser les bornes de la raison. Comme si la sorcière cherchait à entrer en contact avec lui.

Adaptée d'une nouvelle de H-P Lovecraft, cette bande dessinée impose un univers remarquable d'angoisse et d'épouvante. On y découvre un personnage qui fait des rêves hallucinatoires, de plus en plus effrayants, voire déstabilisants pour sa santé mentale, et qui ne cessent de l'aspirer dans la fameuse quatrième dimension (également le sujet de ses recherches). Mathieu Sapin a puisé du texte original toute la sève de ce récit fantastique méconnu pour permettre à Patrick Pion d'en dessiner la folie douce et l'affolement du garçon prisonnier de ses lubies paranoïaques et obsessionnelles. La technique des pages en noir et blanc, glissées exprès pour illustrer les nuits cauchemardesques de Walter, vient justement trancher avec l'opacité de la BD aux teintes crépusculaires. On tremble tout du long, entre peur et perplexité face à la chute implacable du héros qui sombre dans un délire poignant. Mais on absorbe tout en tournant les pages avec fébrilité. La lecture procure quelques frissons, elle séduit aussi pour son sens de la poésie et surprend pour son goût du morbide. Amateurs d'étrange et de surnaturel, cette plongée sensationnelle mérite bien qu'on y perd ses repères à tenter de décrypter la symbolique des rêves et leur emprise sur nos vies, au risque d'atteindre le point de non-retour et de basculer dans le gouffre des enfers. Une lecture terrible et saisissante !! 

“Étaient-ce les rêves qui avaient engendré la fièvre ou bien la fièvre qui avait engendré les rêves...”

Rue de Sèvres, Juin 2016

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Black Sands unité 731, de Tiburce Oger & Mathieu Contis

Black Sands

Tiburce Oger se fait scénariste pour le dessinateur Mathieu Contis, au service d’un thriller glaçant, inspiré de faits réels de la Seconde Guerre mondiale.

Alors que la guerre fait rage entre le Japon et les USA, des marines débarquent sur une île paumée du Pacifique, avant de se faire massacrer par une entité inconnue. Peu de temps après, un torpiller américain sera également coulé par un sous-marin japonais, laissant une poignée de rescapés. Ces derniers vont échouer sur la même île, pour rapidement déchanter. C'est avec eux qu'on va alors pénétrer dans la touffeur de cette jungle mystérieuse et pleine de dangers... Attention les yeux ! Palpitant dans le rouge. Émotions fortes garanties.

Car sur cette île, des zombies surgissent de nulle part, des civils sont séquestrés et livrés à des expériences dans un centre de recherches tenu par la Tokeitaï, la gestapo  japonaise ! Au cœur de ce méli-mélo improbable, un homme - Joseph Grégovitkz - va s'acharner pour lutter contre le destin et dynamiter ce projet fou. 

L'univers très sombre et opaque de la BD accentue l'orientation énigmatique et un peu glauque de l'intrigue. Les couleurs crépusculaires aussi viennent plomber l'ambiance. On avance à l'aveuglette dans l'histoire et on sursaute à chaque coin de page. C'est terrifiant, bien rendu. Une lecture qui tient en haleine et qui interpelle par son aspect authentique des faits rapportés (puisque inspirés de la réalité). 

Rue de Sèvres / Mars 2016

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08/06/16

Le Journal d'Aurore : Jamais Contente - Toujours Fâchée, de Marie Despleschin & Agnès Maupré

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Après le succès des Quatre Sœurs de Malika Ferdjoukh, c'est au tour des romans de Marie Desplechin d'être adaptés en bande dessinée ! Autant vous dire que le résultat est aussi génial et très réussi. Les sarcasmes de la jeune héroïne qui livre son quotidien dans un journal décapant trouvent donc une pleine mesure à leur talent, dans cet univers imaginé par Agnès Maupré, carrément actuel et branché, qui allie efficacement esthétisme, humour et tendresse. Oh yeah. Rappel de l'histoire : Aurore a quatorze ans et est élève en troisième au collège. Elle ne fiche pas grand-chose, récolte des mauvaises notes, s'en tamponne le coquillard, se sent incomprise par sa famille, et trouve parfois que sa meilleure amie Lola, sa voisine de palier, est une cruche patentée et qu'elle porte la frange comme un poney. Aurore pense être amoureuse de Marceau, puis détecte chez lui une attitude de mollusque, tombe de nouveau amoureuse en vacances, mais les factures téléphoniques auront raison de sa folle passion. Aurore n'a même pas droit à son chagrin d'amour et doit plier face à la tyrannie parentale. La vie est injuste. Pour affronter de telles hostilités, Aurore affiche une moue boudeuse et un air perpétuellement renfrogné. Elle aime aussi se moquer des autres, casser l'ambiance par ses sarcasmes, ternir toute idée du bonheur et claquer la porte du foyer familial pour s'installer chez ses grands-parents, dans une magnifique chambre rose saumon, avant d'envisager une fugue le soir de Noël. N'importe quoi. Mais on se délecte de ce portrait authentique d'une ado tout à fait ordinaire - fainéante, râleuse et insatisfaite. Certes, Aurore est pénible et tête à claques, elle tente d'exister ou d'attirer l'attention à grands coups de provocations gratuites... en pure perte. Mais derrière ses attitudes farouches, c'est aussi une jeune fille paumée, sensible, extrêmement attachante, qui ne manque jamais d'humour ni de dérision. Une lecture savoureuse à confier à tous les jeunes ados et à leurs parents pour sourire et dédramatiser ce cap soit-disant délicat à franchir.  ^-^

Rue de Sèvres, juin 2016

 

Aurore au jardin...

 

 

SOURCE : Agnès Maupré

 

Autre actualité : Sortie du film réalisé par Emilie Deleuze le 12/10/2016 [Bande-Annonce]

Mention Spéciale du Jury Generation, Berlinale 2016

 

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Aliénor Mandragore, Tome 2 : Trompe-la-mort, de Séverine Gauthier & Thomas Labourot

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Après les événements tragiques et mouvementés du tome 1 (cf. Merlin est mort, vive Merlin), Aliénor file un mauvais coton et s'inquiète pour la santé de son père qui s'obstine à snober l'Ankou et à s'enfermer chez lui pour veiller sur sa propre dépouille où une espèce rarissime de champignon vient d'éclore. Cette situation, en plus de la miner, inquiète sincèrement notre jeune héroïne, qui se confie à l'Ermite puis à son ami Lancelot. C'est d'ailleurs en sa compagnie qu'elle est témoin d'une prophétie lancée par Viviane, la Dame du Lac, et toujours avec lui qu'elle va partir dans une folle aventure, à dos de cochon. Une épopée cocasse et exubérante, qui finira par basculer dans une dimension plus sombre et poignante, sur les Monts d'Arrée ou dans un cimetière de dragons, pour une quête sans trêve et mystérieuse, cernée de dangers, avec en ligne de mire le collecteur d'âmes, l'Ankou, que seule la jeune fille a la capacité de voir et d'entendre. Des défis inimaginables attendent donc nos deux sympathiques héros, portés par le souffle romanesque de leur aventure, et qui se surprendront après coup d'avoir accompli des miracles annonciateurs d'autres prouesses légendaires ! Mais ceci est une autre histoire. 

Cette deuxième partie des aventures d'Aliénor Mandragore est autrement plus obscure et terrifiante, mais tout en se révélant enlevée et trépidante. La série ne cesse de se bonifier et trouve ici une âme plus solennelle et une touche plus mélancolique. Le cocktail est très, très bon. On s'embarque dans une lecture passionnante, finement illustrée, magnifiquement coloriée, capturée dans un univers riche et foisonnant, que les jeunes lecteurs auront également le goût de découvrir. C'est captivant, intelligent et drôle. Le trio gagnant ! 

Rue de Sèvres, juin 2016

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20/05/16

Les Rêveries d'un gourmet solitaire, de Jiro Taniguchi & Masayuki Kusumi

Les rêveries d'un gourmet solitaire

Magnifique ! Vingt ans après les pérégrinations du gourmet solitaire (qui bénéficie pour l'occasion d'une réédition) on retrouve ce cher Gorô qui, par son activité de représentant, voyage de ville en ville et s'en va toujours en quête de petites gargotes où il pourra manger seul et avec appétit. Car notre gourmet n'a pas usurpé son titre. Il aime tester de nouvelles expériences culinaires, retrouver d'anciennes saveurs et faire vibrer sa corde nostalgique. Il est curieux de tout, même si chacune de ses approches vers de nouvelles adresses se soldent aussi par un instinct de précaution et une brève hésitation. Pourtant, rarement notre homme sortira frustré de ses découvertes ! Et celles-ci seront toutes plus savoureuses les unes que les autres. Il faut le voir parcourir avec envie les cartes des restaurants, sélectionner ses mets et s'attabler avec excitation dans l'attente du festin. Avant de plonger avec voracité dans sa dégustation, il contemple toujours ses bols et ses assiettes avec admiration et appétence. Puis, il part à l'assaut. Il bondit, il avale, il goûte, il commente, il se remplit la panse jusqu'à n'en plus pouvoir. Une coutume, d'ailleurs, veut qu'au Japon certains restaurants font payer des pénalités si vous ne finissez pas votre assiette. Lorsque vous vous invitez chez quelqu'un, vous vous devez de lui faire honneur en ne laissant pas une miette du repas. C'est une forme de respect pour la nourriture et la personne qui la prépare. Aucun souci pour Gorô qui se repaît jusqu'à satiété et frise souvent l'orgasme gustatif. C'est épatant. On le regarde s'empiffrer avec délectation, on en salive presque derrière notre bouquin !  C'est comme s'il était « en roue libre dans le sésame, les feuilles de moutarde, le gingembre rouge, les nouilles râmen, la soupe et le riz, il nage dans l'épicurisme jusqu'à ne plus avoir pied. Les calories, les régimes, la retenue sont laissés sur le quai, c'est aussi pour cela qu'on l'aime. Il nous allège l'âme. » (postface de Yôko Hiramatsu)

Cet ouvrage montre combien la nourriture est aussi un art de vivre, en plus d'une nécessité terrestre. Les sensations, les émotions sont perceptibles, vivaces et sensuelles. Chaque repas relève d'un cérémonial très pointilleux, au-delà de la simplicité du bonhomme. C'est avant tout un esthète, en plus d'être un fin gourmet. Mais jamais snob. Gorô privilégie les petites cantines conviviales et familiales, qui ne servent pas d'alcool et qui respectent aussi bien les traditions tout en explorant des territoires méconnus. Lors de son passage à Paris, Gorô se rend dans un quartier populaire pour y déguster un couscous, où il retrouve les trois points qui font tourner son monde - du riz, un accompagnement et une soupe. « Quand ces trois piliers sont réunis, c'est Nippon où que vous soyez dans le monde ! »

Casterman, collection Écritures - mars 2016

« Je joue des baguettes avec application dans ma sériole et mon riz devient quintessence du repas. »

 

À signaler la parution chez Casterman, début juin, de L'art de Jirô Taniguchi

L'Art de Jirô Taniguchi

Jirô Taniguchi incarne à lui seul la diversité de la création en bande dessinée. Cet artbook est un panorama de cette diversité et un portrait de l'artisan qui se mue au fil du temps en Auteur au sens le plus fort du terme. Si les travaux du maître sont régulièrement exposés (d'abord à l'abbaye de Fontevraud puis à Angoulême et aujourd'hui à Versailles), son art demeure diffcile à définir. Ce livre paraît aussi pour mieux donner à voir l'alliance rare de retenue et d'efficacité, de délicatesse et de clarté, au cœur de l'œuvre de Jirô Taniguchi. (prés. de l'éditeur)

 

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21/04/16

Les Contes de la ruelle, de Nie Jun

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« Les contes de la ruelle » est une lecture magnifique et magique !

C'est l'histoire d'un drôle de duo, formé par la petite Yu'er et son grand-père Doubao. Celui-ci, facteur à la retraite, veuf, est un doux rêveur, qui aime partager sa fantaisie et raconter à sa petite-fille des histoires extraordinaires. Il n'hésite pas à la faire voyager et rêver pour oublier son infirmité (la petite fille ne peut pas marcher) et se sert généreusement dans le folklore de son quartier où vont et viennent des figures pittoresques et même imaginaires ! On trouve donc quatre petites histoires, qui s'emboîtent page après page, au gré de la lecture et de la découverte. L'ambiance est précieuse, féérique, fabuleuse et éclatante de bonheur. C'est comme ça qu'on plonge dans le passé de Pépé Doubao, ce jeune facteur passionné de beaux timbres, qui va tomber amoureux et raconter cette belle aventure avec des larmes aux yeux, mais on les écarquille également en découvrant le paradis des insectes pour écouter les premières notes du récital donné par un chanteur grillon, une fée papillon et un batteur coléoptère, avant de rencontrer le vieux Citrouille, un artiste peintre qui ne supporte plus les histoires rocambolesques de Pépé Doubao, probablement jaloux de son succès... Leur quotidien est ainsi raconté à la manière d'un conte de fée, fabuleusement mis en scène dans des décors de toute beauté et d'une grande sensibilité. C'est peu de dire que j'ai été sous le charme tout du long... Cette lecture m'a transportée dans un univers enchanteur et poétique, où je serais bien restée encore un peu.

Une formidable lecture, qui fait la part belle à l'amitié, l'amour, la complicité et aux rêves. À découvrir d'urgence. ♥

Gallimard Bande Dessinée, Mars 2016 ♦ Traduit du chinois par Qingyuan Zhao et Nicolas Grivel

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