19/11/09
Le Souffle des Marquises ~ Muriel Bloch & Marie-Pierre Farkas
Naïve, 2008 - 250 pages - 14€
Eleonore, jeune lilloise qui ne vit que pour la musique, se heurte au refus obstiné de son père, pourtant premier piston de l'orphéon, qui prétend que ce n'est pas la place d'une fille d'être musicienne. Nous sommes en 1862. Pour la punir de jouer en cachette, il l'envoie à Paris travailler dans la blanchisserie de la tante Angèle. C'est un nouveau monde pour l'enfant, un monde bruyant, coloré, vivant et opportuniste. Car sur son chemin des livraisons, Eléonore découvre l'atelier d'Adolphe Sax, le génial inventeur du saxophone. Elle se fait passer pour un garçon afin de travailler chez lui, son rêve se réalise, même si elle ne peut plus jouer, elle vit auprès des instruments de musique. Son oncle et sa tante la soutiennent, jusqu'au jour où son identité est révélée.
D'autres aubaines vont se présenter à elle, comme de faire partie d'une fanfare de femmes (avec tous les déboires à venir, puisqu'elles n'avaient jamais le droit de jouer en public. Les filles aux aiguilles, dit-on.). Elle rencontre aussi un garçon, Joseph, lui aussi cleftier aux ateliers Sax, il deviendra son premier amour.
L'époque n'est pas uniquement à la fête, la France de Napoléon III va basculer dans la guerre, les quartiers populaires vont se révolter, la Commune s'installer. Eléonore va choisir son camp, elle fera aussi la connaissance de Louise Michel, son coeur battra toujours plus fort, ses certitudes vont s'envoler mais la demoiselle va comprendre que son existence est vouée à un destin extraordinaire.
La musique est toujours associée à ses pas, et ce sera sur un air entraînant et sur le swing de Mississippi qu'elle n'hésitera pas à faire le grand saut !
Le Souffle des Marquises est un titre prometteur et qui affiche bien son ambition : en plus du souffle romanesque, c'est un hymne à l'amour, à la liberté, à la vie, à la passion pour la musique. C'est aussi un roman historique, la deuxième moitié du livre - avec le soulèvement populaire sur les buttes de Montmartre - rend l'histoire plus authentique, plus soucieuse des détails, avec parfois le risque de s'éloigner des personnages, mais la palette des figures est vraiment belle, intéressante, la fiction se mêle à la réalité avec une aisance qui ne donne pas à rougir.
On suit le personnage d'Eléonore avec bonheur, ses choix et son caractère affirmé font d'elle une héroïne admirable, en avance sur son temps. Le vocabulaire, aussi, donne une tonalité joviale et enlevée à l'histoire, nous sommes vite transportés à une autre époque, nous suivons les tourmentes et c'est un formidable tourbillon qui emporte le lecteur.
La suite s'annonce d'ailleurs totalement dépaysante, mais tout aussi ^chantante^.
-) a été lu sur le conseil de gaëlle.
Le deuxième tome est déjà publié : Le Swing des Marquises.
Le troisième est prévu pour mars 2010 : La Samba des Marquises.
Autre idée de lecture, Toni Mannaro (Jazz Band) dans "Ballade Nocture" - un récit de Manuela Salvi, illustré par Maurizio A.C. Quarello (lu ICI)
13/11/09
Oscar Pill - La révélation des Médicus ~ Eli Anderson
Albin Michel, 2009 - 570 pages - 19€
Voilà un roman que j'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir !
Oscar Pill est un gamin de douze ans, aux cheveux roux et aux yeux bleus. Il n'a jamais connu son père, mort douze ans auparavant, et sa mère en parle rarement car cela lui cause encore beaucoup de chagrin. Sa vie est tout ce qu'il y a de plus ordinaire, au collège Oscar est un élève brillant mais dissipé, il se bagarre souvent avec une grosse brute, Ronan Moss. Du moins, Oscar n'est pas totalement commun puisqu'il a cette étrange faculté de soigner ses blessures rien qu'en passant la main dessus. Ceci est bien entendu un secret.
L'explication viendra peut-être de sa rencontre avec Berenice Whiters, une gentille mamie en apparence, contre laquelle la mère d'Oscar se heurte aussitôt. Hors de question, du balai, sortez de notre vie. Qui est cette femme ? Elle prétend avoir connu le père d'Oscar, et aujourd'hui elle souhaite inviter le garçon à Cumides Circle pour lui donner un apprentissage intensif de sa réelle condition... Oscar Pill est en fait un Médicus, soit quelqu'un capable de rentrer dans le corps de toutes espèces vivantes pour affronter et combattre les maladies infligées par les Pathologus. Ces derniers sont représentés par le Prince Noir et ses suivants qui veulent dominer le monde en mettant toute l'humanité en danger.
Berenice Withers a donc pour mission de rassembler tous les Médicus existants pour les préparer à la menace imminente. Le redoutable Laszlo Skarsdale s'est échappé du Mont-Noir, la prison où il avait été enfermé depuis treize ans, grâce à l'action héroïque de Vitali Pill.
C'est très tentant pour Oscar, qui brûle de mieux connaître son père, ou qu'on lui parle de lui. Quant à la charge d'être un Médicus lui-même, le garçon est encore trop naïf pour réaliser l'impact que cela représente dans sa vie.
Un roman d'aventure, où l'aventure se passe dans le corps humain ? C'est l'ambition de l'auteur, et c'est plutôt bien trouvé. J'ai beaucoup aimé, en embarquant sans relâche dans les 500 pages menées à un rythme passionnant. Même si j'ai retrouvé une ambiance chère à mon coeur (Harry Potter, pour ne pas le nommer), j'ai aussi savouré ce monde des Médicus, la promesse de l'exploration des cinq mondes (de l'univers digestif pour commencer, des poumons et du coeur, des chromosomes et des gènes, de la reproduction - ça promet ! - et l'univers du cerveau, pour les tomes prochains), les découvertes d'Oscar, les nôtres aussi, sa confrontation avec ses origines, sa famille, ses amis et ses ennemis. Un beau programme en perspective !
Cela fait également fortement penser à Il était une fois la vie, parce que sans être dans une vocation strictement éducative, l'exploration du corps humain est assez surprenante, l'histoire est divertissante et drôle, mais promis j'arrête les références !
Ce premier roman s'inscrit dans une série de 5 livres au total. Et sous le pseudonyme d'Eli Anderson, on trouve l'auteur Thierry Serfaty ... :o)
deux adresses, pour en savoir plus et pour s'amuser à attraper un petit canari : le blog de l'auteur et le site Oscar Pill
12/11/09
Night World 1 : Le secret du vampire ~ L.J. Smith
Michel Lafon, 2009 - 282 pages - 14,95€
traduit de l'anglais (USA) par Isabelle Saint-Martin
Premier jour des vacances d'été.
Poppy tombe malade et apprend qu'elle a un cancer incurable.
Assommée par la nouvelle, elle accepte que James lui vienne en aide.
Comment son meilleur ami, son ami d'enfance, peut-il réussir là où la médecine s'avoue impuissante ?
Alors, James va lui confier son secret et convier la jeune fille à le rejoindre dans son Monde... peuplé de créatures de la Nuit (vampires, sorcières, loups-garous).
Mais les choses se compliquent, à commencer par la transformation. Par ses conséquences. En agissant ainsi, James a enfreint les Lois de sa communauté - ne jamais révéler son existence et ne jamais tomber amoureux d'un Humain.
Là aussi, c'est un sujet sensible car, en dépit des sentiments éclatants de la jeune fille, James s'est toujours protégé en refusant d'admettre son attachement profond.
Phillip, le frère jumeau de Poppy, veut protéger sa soeur, et naturellement il veut la protéger de James. Jusqu'où est-il capable d'agir pour son bien ?
Après ma première tentative (pour rappel, Vampire Diaries a également été écrit par LJ Smith), je suis maintenant fixée : l'univers de cet auteur n'est pas ma tasse de thé.
La couverture de cette série, également remise au goût du jour alors qu'elle date des années 90, est pourtant jolie et peut suffire pour attirer le lecteur.
Personnellement je n'ai pas accroché. C'est mon point de vue. Je n'y ai pas trouvé de suspense, tout m'est apparu très prévisible, la maladie, la mort et l'issue de secours qui ouvre la porte vers d'autres dangers, ok il y a bien quelques sursauts ici et là pour ponctuer l'intrigue, mais ce n'était pas assez pour me captiver. J'ai trouvé les personnages simples, à l'image de leurs sentiments... chastes, sans saveur, sans surprise. C'est bien le problème, tout est incroyablement simpliste et mou.
Et puis le style de LJ Smith est assez caractéristique, les thèmes pas tellement novateurs, la fin évite tout danger, c'est dommage, mais ce bouquin va néanmoins plaire et trouver son public (cible visée : collège-lycée) parce que ce que je trouve basique va au contraire soulever émotion et palpitation dans le coeur d'autres lecteurs.
Chacun ses goûts, après tout... ;o)
Annoncée avec un total de 10 tomes au compteur, la série Night World est particulière car il n'est pas besoin de lire les livres les uns après les autres. Chaque volume correspond à une histoire différente, le seul point commun est d'y retrouver des créatures appartenant au Night World. Donc, sur les 10 livres, on peut tout lire ou en lire une partie. Ce 1er livre nous a fait connaître Poppy et James, le prochain livre est déjà annoncé : Les soeurs des ténèbres (l'histoire de trois soeurs vampires qui vivent parmi les humains jusqu'au jour où leur frère Ash vient les rechercher pour les ramener au sein de leur communauté, mais au même moment le garçon tombe amoureux d'une amie de ses soeurs).
La sortie française n'a pas encore été communiquée.
> l'avis de Camille, plus enthousiaste > Ankya et Virginie ont également beaucoup aimé !
(mode *seule au monde* on) 
11/11/09
Lottie Biggs n'est presque pas cinglée ~ Hayley Long
Albin Michel, coll. Bliss, 2009 - 252 pages - 10€
traduit de l'anglais par Dorothée Zumstein
illustration de couverture : Pénélope Bagieu
Lottie Biggs est une adolescente de quatorze ans, bientôt quinze, qui vit à Cardiff, dans le quartier de Whitchurch, avec sa maman, commissaire de police. Lottie a une vie plutôt ordinaire : le lycée, son petit boulot de vendeuse de chaussures et sa meilleure amie Goose. Toutes les deux ont le béguin pour un type nommé Neil Adam, et lorsque celui-ci commence à sortir avec Goose, Lottie va carrément perdre la boule.
Le jour même de son anniversaire, les choses empirent. Entre fous rires et crises de larmes, Lottie Biggs n'est pas simplement jalouse ni atteinte par une crise d'ado aigüe. C'est plus fort et plus sérieux qu'on ne le pense.
Au départ on s'imagine lire un roman de filles, une petite bulle légère, à l'humour déjanté et délicieusement british. On se trompe, car au bout du compte, on pénètre avec sensibilité dans les affres de la maniaco-dépression, une maladie pas facile à gérer, traitée ici avec la délicatesse d'une jeune fille, paumée, de quinze ans. Mais non Lottie Biggs n'est pas cinglée.
Le roman s'organise autour d'un devoir à rendre à son professeur de français, un projet d'écriture personnel, qui ressemble davantage à un journal intime. On y trouve des petits dessins, des confessions pudiques et touchantes, un regard sur elle toujours drôle (les colorations pour les cheveux, par exemple), et même un passage où l'exercice est écrit à la main.
La couverture fraîche et ravissante, signée Pénélope Bagieu, peut induire en erreur. Ce n'est pas qu'un simple roman de poulettes, c'est aussi plus sincère et émouvant qu'en apparence.
Une jolie découverte, qui ouvre la toute nouvelle collection Bliss chez Albin Michel.
D'autres titres sont disponibles : Hollywood starlet de Lola Douglas et Une fille haute couture de Lucy Sweet (parution en janvier 2010).
06/11/09
La jeune fille à la plume ~ Katherine Sturtevant
Bayard jeunesse, coll. MilléZime, 2009 - 320 pages - 11,90€
traduit de l'anglais (USA) par Maïca Sanconie
illustration de couverture : Aline Bureau
Londres, 1681. Meg a seize ans et passe son temps dans les livres. Elle lit beaucoup, elle vit dans la librairie de son père et elle rêve d'écrire. Or, nous sommes au XVII° siècle et il est strictement mal venu pour une demoiselle d'assouvir sa passion au lieu de s'accomplir dans le mariage. Et voici qu'un jeune prétendant, Edward Gosse, le frère de sa meilleure amie, vient lui présenter ses hommages. Embarrassée, la jeune fille l'éconduit proprement. Elle commet même la sottise de lui suggérer d'être kidnappé par des pirates mauresques alors que le chemin d'Edward le mène toutes voiles dehors vers la Toscane, dans la ville de Livourne, où il est appelé à suivre un apprentissage de plusieurs années.
Les mois passent. Un malheur frappe la famille Gosse et Edward doit rentrer au pays en toute urgence. Et c'est alors que la prophétie de Meg se réalise : Edward est aux mains des pirates, il va être vendu comme esclave en Afrique du Nord !
Parce qu'elle se sent responsable, Meg entreprend donc de rédiger des lettres de doléances auprès des vicaires pour apitoyer les ouailles et récolter la somme nécessaire pour payer la rançon qui délivrera Edward Gosse.
L'aventure ne s'arrêtera pas là ! Ce roman est absolument charmant. Il montre la difficulté pour une jeune anglaise de seize ans d'aller au bout de ses envies, de composer avec sa condition féminine et de revendiquer un droit à son goût de l'écriture, alors que c'était considéré comme une activité malsaine pour l'époque. Les femmes aux fourneaux ! Meg doit répondre à l'autorité de son père, elle se devra également obéissance à son futur époux, lequel devra être libraire, pour mieux comprendre ses ambitions secrètes. Ainsi s'imagine-t-elle vivre sa vie.
Or, la réalité n'est pas l'égale des nourritures romanesques et Meg risque fort de l'apprendre à ses dépens. Le coeur pris en étau, les émotions en ébullition, notre héroïne au tempérament frondeur et décidé fera la lourde expérience de la désillusion, du remords et du chagrin. Néanmoins, c'est avant tout un livre vif et intelligent, porté par une narratrice pleine d'esprit, qui ne s'avoue jamais vaincue, et qui suivra sa voie en même temps que la voix de la sagesse !
Très bonne lecture. Dès 12 ans.
NB : Meg Moore est également l'héroïne du premier roman de Katherine Sturtevant, At the Sign of the Star, qui n'a pas été traduit en français.
05/11/09
Mes Deux Allemagne ~ Anne C. Voorhoeve
Bayard jeunesse, coll. Millézime, 2009 - 348 pages - 11,90€
traduit de l'allemand par Florence Quillet
Mes Deux Allemagne est un roman plein de surprises, un roman avec des tiroirs, bref un roman dans le roman, et plus encore... Au début, la narratrice est une jeune adulte qui fait la connaissance d'un type dont le nom lui rappelle son propre passé, dans les deux Allemagne. En plus de sa propre histoire, c'est aussi celle de sa maman Rita et de sa tante Lena que Lilly va revivre et nous raconter. Un roman dans le roman, donc. L'histoire se tisse d'après les souvenirs et les flashbacks, pour un ensemble homogène et nécessaire pour dresser le portrait de cette famille tiraillée, déchirée par la carte géopolitique.
L'arbre de cette famille a du mal à se dessiner, les secrets sont encore présents, Rita a perdu son père très tôt, c'était un héros et c'est grâce à lui et à son amour pour Rita que sa mère a pu se sauver de l'Est pour se réfugier à Hambourg. Puis, Rita aussi décède, emportée par son cancer. Lilly se retrouve sans famille et va alors faire la connaissance de sa tante, qui vit dans l'autre Allemagne.
C'est un peu comme un coup de foudre entre la jeune fille et son aînée, mais l'heure des séparations sonne trop tôt et Lilly comprend qu'elle ne peut plus vivre sans elle et va prendre la décision de traverser la frontière pour vivre avec Lena.
A la fois oeuvre romanesque et ouvrage pédagogique, ce livre nous apporte un éclairage intéressant sur le climat pesant qui a longtemps régné sur cette parcelle d'Europe, un pays séparé en deux, des générations à jamais marquées, des familles chamboulées etc. Au centre, Lilly, treize ans, est encore trop jeune pour saisir toutes les nuances politiques, d'autant plus que sa propre mère était restée secrète sur son enfance en Allemagne de l'Est. C'est un peu le choc des cultures, une Wessi pour les uns, une Ossi pour les autres, bref Lilly conservera longtemps cette double identité, la preuve aussi d'un traumatisme certain, que les jeunes lecteurs tenteront aujourd'hui de cerner puisqu'on fête cette année les vingt ans de la chute du mur de Berlin (le 9 novembre).
Un très bon roman, écrit avec sensibilité et justesse, sans misérabilisme.
Comme dit l'éditeur : Ce livre émouvant met en scène l’antagonisme Est-Ouest vu par le prisme d’une famille, avec un luxe de détails proches de l’histoire vraie, et sans pour autant porter de jugement de valeur. C’est un bel hommage à la réunification de l’Allemagne.
04/11/09
J'irai au Pays des licornes ~ Jean-François Chabas
Médium de l'Ecole des Loisirs, 2009 - 180 pages - 9,00€
illustration de couverture : Franck Juery
Malédiction ! Il fallait que ça m'arrive, j'étais trop étourdie de bonheur et d'amour, cela devait cesser. Jean-François Chabas est pour moi MA fantastique révélation littéraire de cette année, et je lis chacun de ses livres avec la garantie d'être émue et bouleversée par son contenu.
Oui, jusque là tout était émerveillement et petit lait à boire... sauf que je suis tombée des nues avec ce titre, J"irai au Pays des licornes. Pourtant, tout était réuni pour me plaire. Hélas, la magie n'a pas eu lieu.
L'histoire se passe en Ukraine. Pavlo n'a pas douze ans, il est orphelin et a été recueilli dans un établissement mauvais, sale et dégoûtant, où les pires sévices se jouent en toute impunité, le directeur ferme les yeux, qui ne dit mot consent ? Un soir, Pavlo manque d'être violé par un plus grand et il se rebiffe. Un oeil crevé pour son adversaire, la mise en quarantaine dans une cellule fermée pendant deux ou trois semaines pour lui. La punition lui semble sévère et injuste, cela va forger son caractère. Pavlo devient un gamin dur, qui n'accepte plus de courber l'échine, il se découvre aussi une faculté au combat qui l'étonne lui-même.
Bref, le garçon va se sauver de l'orphelinat et se retrouver dans la rue. Une autre galère commence, il a faim, il a froid et il est seul au monde. Chaque minute, il doit sauver sa peau, surtout qu'un type costaud et idiot l'a choisi comme bouc émissaire et lui mène la vie dure. Jusqu'au jour où il est ^kidnappé^ par deux individus dans leur camionnette vers une autre étape de son existence vraiment pas rose du tout...
De mal en pis, l'histoire ne cesse d'aller. J'ai eu un mal fou à m'y accrocher, à me sentir à l'aise dans mes baskets, d'ailleurs j'ai fini par passer plusieurs pages, je n'en pouvais plus de lire autant de noirceur, d'amertume, de rudesse et de coup dur. C'est un roman pas facile, pas gai non plus et vraiment pas optimiste. Il fiche le moral à zéro, en dépit de l'écriture toujours impeccable de Chabas.
Je n'ai pas trouvé que ce roman pouvait me mener quelque part, ou disons que je n'ai pas accepté de suivre cette voie. J'ai bifurqué, j'ai moi aussi voulu trouver mon Pays des licornes, cette histoire était en fait un conte raconté par la maman de Pavlo et le garçon aime y repenser, comme s'il s'accrochait à une chimère, pour se consoler, s'évader de son univers âpre et douloureux.
Pfiou, ça fait du bien d'en sortir... tant ça fait mal et ça pèse lourd dans le ventre, et aussi dans le coeur.
ce qu'en dit l'éditeur : La rue, ses menaces et ses combats, Jean-François Chabas connaît bien. Mais c’est la situation de la Thaïlande contemporaine qui a été le déclic de ce roman. Là-bas, les combats d’enfants sont légaux et les fortunes gagnées grâce aux paris, colossales. Avec amertume, poésie, réalisme et pudeur, c’est la face sombre de sa Boxe du Grand Accomplissement que l’auteur nous livre ici, ainsi que sa façon, subtile, originale, de parler de l’antisémitisme.
Madeline de la Libraire L'Eau Vive explique pourquoi la fin du roman la dérange...
03/11/09
Le Baiser du Vampire ~ Melissa de la Cruz
Albin Michel, coll. WiZ, 2009 - 410 pages - 13,50€
traduit de l'anglais (USA) par Valérie Le Plouhinec
titre vo : The Van Alen Legacy
Lecteurs français de la série de Melissa de la Cruz, cette sortie inopinée du tome 4 est une excellente nouvelle ! Elle coincidence approximativement avec celle des USA, soit un mois après, alors qu'en juin dernier, nous tournions la dernière page des Sang d'Argent avec une certaine fébrilité.
L'histoire se bouclait à Rio, le Conclave avait déménagé de New York pour une réunion exceptionnelle qui avait viré à la catastrophe. Beaucoup de pertes parmi les vampires sont à déplorer, et Theodora est dans un sacré pétrin. Un an a déjà passé, elle a fui le pays avec Oliver et se réfugie à travers le monde pour échapper aux Venator. La jeune fille est en effet suspectée d'avoir tué son propre grand-père !
Ce quatrième tome s'articule autour des trois personnages féminins : Theodora, Mimi et Bliss. Elles sont chacune les maillons forts de l'intrigue : la première, la sang-mêlée, doit donc se cacher ; Mimi, de son côté, nous surprend totalement car elle s'est lancée aux côtés de Kingsley dans des missions d'aventure en tant que Venator et recherche activement Jordan, la jeune soeur de Bliss ; et cette dernière, dont la véritable identité a été révélée à la fin du t3, est en plein cauchemar. Son existence a viré au noir, mais je ne peux pas en dire plus.
En fait, j'ai trouvé ce livre excellent ! Le tome précédent avait été longuet, mis à part le final explosif. C'était attendu que la suite devait nous fournir des réponses, accélérer la cadence et expliquer, donner des pistes, débroussailler les sentiers perdus.
Je vous assure que l'intrigue ne manque pas de piquant ! Et les révélations pleuvent, accompagnées d'un festival d'action. Je retiens ma langue, mais il faut reconnaître que M. de la Cruz a su nous régaler grâce à une mise en scène très théâtrale et parfaitement maîtrisée. Des instants forts, dramatiques et émouvants sont à prévoir !
Côté sentimental, une fois encore, ça s'éclaircit. Avec d'étonnantes perspectives, qui ne sont pas pour me déplaire.
Le titre original est cependant tellement plus révélateur, the Van Alen legacy fait référence à l'héritage de la famille de Theodora, et connaissant son pedigree, le cadeau risque d'être empoisonné. Vivement la suite, donc. L'auteur est en train de l'écrire, mais on connaît déjà le titre : Misguided Angel. De quoi alimenter les plus folles spéculations...
Très franchement, je ne suis pas fan des couvertures françaises. Ce qui expliquerait peut-être pourquoi j'ai toujours un mal fou à me représenter, mentalement, les personnages. Et finalement, en vagabondant sur le net, j'ai trouvé une vidéo faite par un internaute dont voici le ^casting^ (que j'approuve, dans l'ensemble, même si, hélas, il manque Oliver), le lien. :-)
Oui, j'assume, j'aime bien ce genre de fantaisie...
NB : à ce jour, aucun projet cinématographique n'est envisagé pour cette série ; par contre, warner a acheté les droits de l'autre série de Melissa de la Cruz, Filles au pair (en 4 tomes).
comme c'est de plus en plus coutume, il existe un excellent trailer (officiel) du tome 4 : the Van Alen Legacy / le Baiser du Vampire :
02/11/09
La plus belle fille du monde ~ Agnès Desarthe
Médium de l'Ecole des Loisirs, 2009 - 163 pages - 9,00€
illustration de couverture : Sereg
La plus belle fille du monde vient de faire son entrée dans la classe de Sandra, quatorze ans, élève de seconde au lycée. Liouba Gogol est éblouissante de beauté, d'intelligence, de simplicité et de gentillesse. Son charisme est dévastateur, la petite bande que forme Sandra et ses amis (deux filles, un garçon) risque de ne pas résister à ce grand bouleversement. Mais en fait, au début, tout semble paisible... Liouba n'est pas une insupportable peste, le danger vient peut-être de là, elle a tout pour elle et elle est irrésistible. Sandra et ses amis n'osent pas reconnaître que cette nouvelle élève leur pose un problème, ou si, ils l'avouent en pointillés, et bien maladroitement. Pire ils se chamaillent bêtement et se lancent des propos vexants. Résultat, le groupe fait bande à part, avec haute trahison puisque l'un d'eux se lie d'amitié avec Liouba et, clash final, Sandra tombe malade et s'absente pendant trois jours. Elle vit mal ce champ libre imposé, c'est une défaite, elle sent que ses amis vont l'abandonner un par un et que Liouba Gogol va creuser son trou dans leur bande.
Quel est le problème, après tout ?
Il faut remonter aux origines de cette amitié pour comprendre les liens sacrés qui les unissent... mais ce qui est sacré ne signifie pas être exclusif non plus.
Avant d'en arriver à une conclusion joyeuse et réconfortante, Sandra - la narratrice de cette histoire - nous emmène dans une haute considération à moitié philosophique sur ce qu'est l'adolescence, l'amitié, les études, l'absence du père, l'écriture aussi. Car Sandra a choisi d'ouvrir son histoire comme un roman en pleine éclosion. La demoiselle rêve d'être écrivain, elle ne connaît ni les règles ni les tournures, et elle s'en moque un peu, aussi nous propose-t-elle un livre ouvert à toutes ses considérations, ses pensées, sa façon d'élaborer son récit, ses digressions (nombreuses !) et son histoire avec la plus belle fille du monde prend peu à peu une forme plaisante et jubilatoire.
Agnès Desarthe est un auteur qui m'enchante, et j'aime particulièrement ses écrits pour la jeunesse. Ce titre ne fait pas exception à la règle, et j'imagine qu'il trouvera écho chez les jeunes de 13 ans et plus.
01/11/09
Le Voleur de magie ~ Sarah Prineas
Gallimard jeunesse, 2009 - 335 pages - 13,50€
traduit de l'anglais (USA) par Jean Esch
illustrations : Antonio Javier Caparo
Connwaer est un garçon des rues et un voleur. En fouillant les poches d'un passant, la chance va peut-être lui sourire puisqu'il vient de mettre la main sur une étrange pierre noire. Hélas, son propriétaire le retrouve mais ne paraît pas en colère. Il s'agit du magicien Nihil et il invite le garçon à le suivre dans une taverne pour casser la croûte. Méfiant mais affamé, Conny accepte et se remplit le ventre. Il apprend alors que c'est un miracle s'il est toujours en vie car cette pierre est en fait une locus magicalicus et qu'il aurait pu mourir simplement en la touchant.
Connwaer n'est pas au bout de ses surprises. Il est engagé par Nihil pour le suivre dans cette étrange demeure, Ataraxie, qui appartient à sa famille depuis des générations et qu'il a été contraint d'abandonner durant les vingt années de son exclusion de la ville de Wellmet.
Son retour s'explique parce que les magistères ont besoin de lui, ils comptent sur lui pour expliquer pourquoi la magie est en train de disparaître, affaiblissant Wellmet qui serait condamnée à mourir si le phénomène ne cesse d'amplifier. Pour cela, Nihil doit acquérir l'approbation de la duchesse Cedra Forestal, qui bien évidemment le déteste, et veiller à ne pas accorder sa confiance à tous les magistères, Connwaer lui-même émet une mise en garde immédiate contre l'un d'eux mais Nihil n'est pas encore prêt à écouter le gamin.
La présence de ce dernier va cependant s'avérer utile et étonnante, car il n'est pas le vulgaire pickpocket qu'on pourrait penser. Ses origines sont mystérieuses, et il démontre, en plus d'une grande intelligence, une certaine réactivité à la magie qui rend perplexe Nihil. Finalement, lui qui rechignait de s'encombrer de ce garçon des rues va le choisir comme apprenti. Mais pour y arriver, Connwaer doit à tout prix trouver sa propre pierre magique (sa locus magicalicus), à moins de retourner croupir dans les sombres quartiers du Crépuscule et tomber sous les coups des sbires de l'Underlord.
C'est un très bon premier roman, écrit par l'américaine Sarah Prinéas, où l'on plonge dans un univers victorien imprégné de magie. Certains détails font implicitement penser à Harry Potter, sans pour autant donner l'illusion d'une copie, cela reste une lecture entraînante et pleine de surprises, servie par une intrigue dynamique, teintée d'humour et d'ironie. Les personnages gagnent à être connus, car s'il s'agit là du premier tome d'une série, le livre trouve une fin en soi mais la richesse des personnages tend à vouloir en savoir plus et découvrir davantage sur le passé de Connwaer ou sur celui de Nihil.
Le Voleur de magie est à l'origine une trilogie, qui devient une série de quatre volumes, voire plus, compte tenu de son succès international. Le tome 2, publié en mai 2009 aux USA, sortira en France en 2010.
www.sarah-prineas.com

