02/03/15

Le Bureau des Objets perdus, de Catherine Grive

« Je passais ma vie à chercher mes affaires ... »

Le bureau des objets perdus

Ce court roman de 120 pages nous régale par son écriture légère et poétique et son histoire insolite d'une adolescente habituée de perdre ses affaires. Mais quand disparaît son blouson fétiche - un cuir usé, offert par le frère de son grand-père et donc chargé de souvenirs - elle va remuer ciel et terre pour résoudre ce mystère.

C'est un fait, l'héroïne a coutume de vivre dans sa bulle et ne voit plus les indices sous son nez, ni la menace qui place sur son cocon douillet. Et de s'interroger alors sur le détachement de la jeune fille ou la place des objets dans sa vie. L'approche est sympathique, avec juste ce qu'il faut de fantaisie, car le portrait de cette rêveuse est brodé avec beaucoup de tendresse.

L'histoire au format court reste constamment sur la retenue, de manière subtile et délicate, et propose une jolie réflexion existentielle (« cette mémoire de ce qui avait disparu, nous allions la placer contre notre cœur en nous forçant à bien regarder le monde qui nous entourait »). Le plaisir est fugace, mais la lecture ne demande qu'à se dévoiler. Premier roman. Doux et prometteur.

éditions du Rouergue, février 2015

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27/02/15

L'Anneau du Sorcier : La marche des rois (Tome 2), de Morgan Rice

Parution rapprochée de la suite de L'Anneau du sorcier - tome 1 : La Quête des héros. ALERTE SPOILERS.

Anneau du Roi

La tentative d'empoisonnement contre le roi MacGil a échoué, pourtant sa vie est toujours menacée. Profitant de la confusion générale, un individu va ainsi se faufiler dans ses quartiers pour le poignarder. Le monarque succombera à ses blessures, sous les yeux de sa famille éplorée. Thor, qui croupissait au fond de sa cellule, va obtenir sa grâce in extremis et être le témoin privilégié des derniers mots du roi. Celui-ci lui promet également un grand destin et l'encourage à percer le secret de ses origines, au-delà des frontières du royaume. 

Le garçon doit justement embarquer avec la Légion pour l'Épreuve des Cent Jours, qui consiste à prendre la mer et affronter ses dangers. Ce départ signifie aussi des adieux avec sa dulcinée, alors que le couple venait tout juste de se réconcilier. Gwendolyn est terriblement abattue par le drame qui déchire sa famille, sa mère n'est plus que l'ombre d'elle-même, Gareth impose sa loi et fait trembler le conseil. La nouvelle de son accession au pouvoir par des procédés fourbes s'est déjà propagée chez les territoires voisins, où les troupes ennemies affûtent leurs armes avec impatience.

Cette série ne révolutionne peut-être pas le genre de l'heroic fantasy, mais parvient inexplicablement à m'intriguer malgré ses défauts récurrents (des personnages stéréotypés, une histoire cousue de fil blanc et une écriture assez pauvre). Pour qui débute dans ce créneau, notamment de très jeunes lecteurs, cela reste un choix judicieux pour mettre le pied à l'étrier. Le niveau y est accessible, la lecture est aisée et agréable, même l'histoire se lit sans déplaisir, bien qu'elle soit sans surprise. Mais c'est déjà un bon début, avant de s'attaquer aux classiques (Robin Hobb & George R-R Martin).

Par contre la série comprend 17 tomes - c'est beaucoup pour une série d'aussi faible envergure. :-(

Albin Michel, février 2014 ♦ traduit par Hélène Bury (Book 2 : A March of Kings)

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25/02/15

Force noire, de Guillaume Prévost

Force noire

Alma, comme beaucoup d'adolescentes, déteste les récits de guerre, jusqu'au jour où elle croise dans son immeuble un vieil homme noir, Bakary Sakoro, qui accepte de lui ouvrir sa porte pour s'y réfugier quelques heures (la jeune fille ne supporte plus l'ambiance chez elle, une crise typique, sans importance). L'homme, en train de feuilleter ses albums, se met à lui raconter son histoire.

Né sur les rives du Niger, au Mali, l'homme avait 17 ans quand il a quitté son pays pour rejoindre l'armée française et venger l'honneur de sa famille. Il part à l'aventure, le cœur gonflé d'espoir et portant au cou un talisman, Force Noire, pour invoquer la puissance guerrière de son grand-père. Il croisera en chemin de joyeux drilles, le Siffleur, Goliath et l'Intellectuel, ses compagnons inséparables, mais aussi une belle demoiselle, Jeanne, avec qui il va vivre un amour impossible.

Son destin hors du commun est raconté en toute simplicité, entre émotion, nostalgie et spontanéité, et accorde une place essentielle aux oubliés de la Grande Guerre, soit les « Tirailleurs sénégalais », dont le courage et le sacrifice n'ont jamais démenti. Ce livre leur rend un bel hommage, poignant, au-delà d'une trame romanesque aux envolées “fleur bleue” qui prêtent parfois à sourire.

Ce récit, bien écrit et richement documenté, saura enthousiasmer de jeunes amateurs de romans historiques et autres passionnés d'histoires mêlant adroitement le réel et le fictif. 

Gallimard jeunesse, août 2014

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Ne tombe jamais, de Patricia McCormick

« Des nouveaux prisonniers arrivent au camp tout le temps. On ne les cache plus. Maintenant, les Khmers rouges leur font traverser la place. Attachés les uns aux autres, tête basse. Ils les frappent devant nous pour qu'on voie ce qui arrive aux gens qui ont mauvais esprit. Les Khmers rouges nous observent sans arrêt. Ils observent pour voir si vous montrez de l'émotion pour les victimes. Si oui, ils vous tuent.
Un jour, un garçon de mon groupe, il voit sa sœur arriver sur la place. La sœur le voit aussi. Mais elle regarde ailleurs. Fait semblant de ne pas le connaître. Parce qu'elle comprend qu'il peut être tué simplement parce qu'il est parent avec elle.
Les Khmers rouges, ils frappent les prisonniers, un par un, avec un bâton et ils nous obligent à regarder. Maintenant, c'est le tour de la sœur du garçon. Je lui tiens la main, très fort, je serre sa main. Ils la frappent avec un bâton, la frappent sur la tête, les épaules, les jambes, et chaque fois je serre la main du garçon pour qu'il ne crie pas. Elle tient sa tête bien droite, puis, très vite, elle tombe, plus de vie en elle et très lentement, en silence, j'emmène le garçon. »

Ne tombe jamais

Ce livre renvoie à un chapitre peu glorieux de l'histoire du Cambodge (l'arrivée des Khmers rouges au pouvoir), qu'on découvre à travers le témoignage du jeune Arn, un récit raconté dans l'urgence et avec une terreur palpable. Car « essayer de saisir cette voix, c'était comme essayer de capturer une luciole » rapporte l'auteur. À maintes reprises, elle a en effet tenté de glisser les bonnes formules grammaticales et syntaxiques, avant de s'avouer vaincue car « la lumière s'éteignait ».

Et c'est donc naturellement, avec une façon de parler si personnelle et si belle, que le récit découle. Arn a onze ans quand il a été envoyé dans un camp de travail, pour cultiver le riz, et a vécu l'enfer (famine, maladie, coups et tortures) mais c'est finalement grâce à sa passion pour la musique (il adorait chanter Elvis et danser le twist) qu'il va sauver sa peau. Un jour, des soldats décident de monter un petit orchestre de fortune, avec pour ordre d'apprendre à jouer des instruments et de produire des chants patriotiques.

Le garçon comprend très vite qu'il tient là sa roue de secours et motive la troupe, à commencer par leur prof déprimé, de redoubler d'efforts pour tirer d'eux le meilleur. Au fil du temps, Arn va devenir une célébrité sur les camps, il peut manger à sa faim mais n'hésite pas à partager avec ses compagnons d'infortune, et finit par s'attirer l'attention insistante d'un certain Sombo au regard de requin.

C'est une vie rude et éprouvante, en plus d'une expérience bouleversante, qu'on partage. On y croise la barbarie la plus ignoble, la violence, la haine, la bêtise humaine, mais aussi de belles rencontres et des promesses d'amitié. Un peu d'étincelle dans un récit sans fard, transmis par un regard d'enfant chargé de révolte et pourtant lucide. Tout ce qu'il voit, comprend, ressent est glacial. Froid, distant. Comme si le garçon s'était lavé de toute émotion. Blindé, pour ne pas tomber.

Même son retour à la « vie normale » sera un lent apprentissage vers le droit au bonheur. Arn aura la chance d'être adopté par le Révérend Pond et partira vivre en Amérique, où son adaptation ne se fera pas sans heurt non plus. Il ressort toutefois de cette lecture une très belle leçon de courage et un devoir de mémoire pour ne plus accepter l'inacceptable. Un récit vibrant de puissance et de sensations fortes, que l'on absorbe les yeux écarquillés.

Gallimard jeunesse, coll. Scripto, octobre 2014 ♦ traduit par Jean-François Ménard (Never fall down)

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24/02/15

Justice pour Louie Sam, par Elizabeth Stewart

« Lynché. C'est un mot brutal, plus violent que pendu. Pourtant, c'est bien ce qui s'est passé. »

Justice pour Louie Sam

Une maison brûle près des marécages, le corps d'un homme est retrouvé dans les décombres, son crâne a été fracassé. Témoin sur place, George Gillies, 15 ans, attend l'arrivée du shérif et participe à l'enquête en prêtant une oreille indiscrète. Un nom circule rapidement sur toutes les lèvres, Louie Sam, un jeune indien aperçu sur les lieux du crime, l'arme au poing. Son ami Pete l'a croisé dans les bois, alors qu'il cherchait à fuir, il avait « une lueur meurtrière dans le regard ».

Le doute n'est plus permis et tous les hommes réclament justice. Une nuit, ils organisent une expédition punitive, silhouettes masquées et visage barbouillé de charbon, pour confronter le criminel. La sentence ne se fait pas attendre, le garçon est pendu à un arbre, seul George est choqué par cette scène d'une rare violence. Les jours qui suivent le verront désemparé, car il a interdiction d'en parler à quiconque.

Pourtant, la rumeur gronde, les menaces affluent, les indiens sont mécontents et se rassemblent près du village, le gouvernement veut également faire le point sur la situation et réclame qu'on dénonce les « membres du groupe d'autodéfense ». L'ambiance à Nooksack est à couteaux tirés. Des clans se forment, font pression sur la famille Gillies, à qui on reproche une trop forte sympathie pour la cause indienne. George se débat de plus en plus avec sa conscience et pose des questions, pour s'enlever des doutes, puis pour découvrir la vérité.

À qui profitait le crime ? Le garçon est assailli de remords, les souvenirs de cette nuit terrifiante ne cessent de le hanter, George se sent coupable d'avoir suivi le troupeau en bêlant et veut se racheter. Le roman est ainsi construit comme une intrigue policière qu'on suit avec excitation, mais propose aussi une véritable réflexion sur le racisme, l'injustice et la rédemption. Tirée d'une histoire vraie, qui s'est déroulée au Canada en 1884, la lecture n'en est que plus passionnante et digne d'intérêt.

éditions Thierry Magnier, août 2014 ♦ traduit par Jean Esch (The Lynching of Louie Sam)

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13/02/15

L'Allée du Bout du Monde, d'Isabelle Wlodarczyk

« Il m'a demandé de l'emmener au bout du monde. Au bout du monde, est-ce que je sais où c'est, moi ? »

L'Allee du Bout du Monde

Parlons peu, parlons bien : ce roman est franchement hors du commun, admirablement écrit, proposant une histoire fouillée, sur fond historique, et mêlant avec tendresse et émotion l'aventure et la passion amoureuse ! Je n'en demandais pas tant, j'ai donc été enchantée par cette découverte.

L'histoire nous transporte dans l'Angleterre du XVIIe siècle, sous Charles Ier, dont le pouvoir est contesté par les parlementaires, entraînant révolution et guerre civile. Le roi est exilé sur l'île de Wight mais envisage un retour en force. Ce chaos politique est illustré par deux familles que tout oppose, les Osborne et les Temple, et par l'histoire d'amour impossible entre leurs enfants, Dorothy et William.

C'est extraordinairement bien raconté, dans un style soutenu et précieux, dont j'apprécie la finesse et le vocabulaire recherché (par contre, de jeunes lecteurs non avertis risquent de s'y perdre). L'intrigue est romanesque, riche en complots, voyages et rencontres palpitantes. On y évoque l'enfance des personnages, leur éducation et leur parcours chamboulé par les affaires publiques. C'est dense, captivant. 

Plus qu'une histoire d'amour contrarié, c'est aussi un roman d'action et d'espionnage bien ficelé et surprenant jusqu'au bout ! Il y a dans ce texte de la beauté mélancolique, une touche de poésie, du sang, des larmes, des âmes damnées et des issues improbables. Car l'histoire se boucle sur une note vaporeuse (un brin fantastique) qui en frustrera plus d'un, mais qui m'a diablement séduite et comblée.

Une lecture à l'esprit romantique et torturé, qui a su faire preuve d'élégance tout en se voulant originale et intelligente.

Éditions Philomèle, octobre 2014

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05/02/15

Adam et Thomas, d' Aharon Appelfeld & Philippe Dumas

« N'aie crainte, tu connais notre forêt et tout ce qu'elle contient. »

Adam et Thomas2

Fabuleux et inclassable, ce petit roman d'Aharon Appelfeld vous séduira pour sa simplicité, sa générosité, sa tendresse et son humanité. L'histoire raconte comment deux enfants, Adam et Thomas, vont survivre seuls dans la forêt, où ils ont été “abandonnés” par leurs mamans, pour échapper aux rafles et aux enlèvements. La guerre fait rage, les familles ont éclaté, il n'y a plus d'école, plus de toit sous lequel se réfugier. La forêt offre donc aux garçons un abri, loin du monde extérieur, et on se sent divinement bien dans leur nid douillet, dans les arbres.

L'histoire ne cherche pas à fanfaronner et décrit une aventure charmante, avec deux personnages très attachants. Adam et Thomas n'ont rien en commun, l'un a grandi dans la nature, la comprend et s'y sent comme un poisson dans l'eau. L'autre, plus réservé, préfère les livres et les études, l'un croit aux rêves, l'autre aux prières. Bref, on partage leur quotidien, à se nourrir de fraises et de cerises, repérer un point d'eau, parler aux animaux, partager leurs espoirs, leurs attentes, écouter les bruits de la forêt et de la nuit...

C'est assez ordinaire, mais pas insignifiant, et forcément très touchant ! Cette lecture ressemble davantage à un conte, même si l'histoire est ancrée dans la réalité de la Seconde Guerre mondiale, il s'en dégage une ambiance surnaturelle, presque féerique. Naturellement, les illustrations de Ph. Dumas apportent une touche de poésie qui accentue cette confusion, pour notre plus grand bonheur.

École des Loisirs, mars 2014 ♦ traduit par Valérie Zenatti 

♠ élu meilleur livre jeunesse de l'année 2014 par le magazine LIRE ♠

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03/02/15

Le ciel nous appartient, de Katherine Rundell

« Sophie eut du mal à tenir en place. Elle mordilla le bout de sa natte. Elle remua les orteils en tous sens. Elle s'interdit de se ronger l'ongle du pouce, puis se désobéit. Finalement, elle avait presque rejoint le pays des songes quand trois violons, un violoncelle et un alto entrèrent en scène, escortés par leurs musiciens.
Ils se mirent à jouer, et ce fut une musique différente. Plus douce, et plus sauvage aussi. Sophie se redressa convenablement, puis s'avança tellement sur son siège qu'à peine un centimètre de son postérieur le touchait encore. C'était si beau qu'elle en avait le souffle coupé. Si la musique avait émis une lumière, pensa Sophie, alors cette musique-là aurait été éblouissante. C'était comme si toutes les voix de tous les chœurs de la ville résonnaient ensemble dans une seule et unique mélodie. Elle eut l'étrange sensation que son cœur se gonflait dans sa poitrine.
- C'est comme huit mille oiseaux, Charles ! Charles ! Tu ne trouves pas que c'est comme huit mille oiseaux ?
- Oui ! Mais chut, Sophie.
La mélodie s'accéléra, et le cœur de Sophie battit la mesure. C'était famillier et nouveau à la fois. Ça lui chatouillait les doigts et les orteils.
La fillette n'arrivait plus à tenir ses jambes tranquilles. Elle s'agenouilla sur son siège. Puis, au bout d'un moment, elle se risqua à un murmure : Charles ? Écoute ! Le violoncelle ! Il chante, Charles ! 
Quand le morceau prit fin, elle applaudit jusqu'à ce que tous les autres spectateurs aient cessé d'applaudir et jusqu'à ce que ses mains brûlent et se couvrent de taches rouges. Elle applaudit jusqu'à ce que tous les regards soient tournés vers elle, la petite fille aux cheveux de la couleur des éclairs, et dont les yeux et les souliers illuminaient toute la deuxième rangée.
Il y avait un je-ne-sais-quoi dans cette musique qui parlait à Sophie.
- J'ai l'impression, expliqua-t-elle à Charles, d'être chez moi. Tu vois ce que je veux dire ? C'est comme une bouffée d'air pur. »

Le ciel nous appartient

Sophie a survécu au naufrage d'un paquebot, après avoir été découverte dans un étui à violoncelle flottant au beau milieu de la Manche. Charles Maxim, un doux rêveur, a pris l'enfant sous son aile, lui promettant une existence harmonieuse et libre de toute contrainte. Ce ne sera pas du goût des services sociaux, qui vont établir que la demoiselle, à l'âge de 12 ans, ne peut plus partager le même toit qu'un célibataire du sexe opposé.

Charles et Sophie plient bagage pour la France où ils espèrent retrouver la trace de la mère de la jeune fille. Depuis toujours, elle est convaincue que celle-ci existe et l'attend quelque part. Charles n'a jamais prétendu le contraire, sans totalement l'encourager dans ses fantasmes. Après tout, « you should never ignore a possible » ! La suite de l'aventure est tout aussi stupéfiante, fantasque et exubérante.

Car cette lecture fait du pied à votre âme d'enfant, elle lui redonne du souffle et un formidable élan qui vous fait gravir des sommets (ceux des toits de Paris !). L'ambiance est magique, pleine de tendresse, de poésie, de fougue et d'espoir. Sophie et Charles sont deux personnages enchanteurs, elle amoureuse des livres et maladroite, lui “parlant anglais aux personnes, français aux chats et latin aux oiseaux”. Quel beau duo !

Leur cavale, menée sous le signe de l'espoir, ponctuée de jolies rencontres (Matteo et sa bande de danseurs du ciel), offre un plaisir rare d'évasion et de fraîcheur. À déguster avec un sourire béat aux lèvres. 

éditions des Grandes Personnes, août 2014 ♦ traduit par Emmanuelle Ghez (Rooftoppers) ♦  

Prix Sorcières Romans Juniors 2015

prix sorcières2015

30/01/15

L'Éte où papa est devenu gay, par Endre Lund Eriksen

« Mon père ne peut quand même pas être homo
Indiane s'est renfrognée.
- C'est quoi le problème si on est homo?
J'ai essayé de lui expliquer que je ne voyais aucun inconvénient à ce que les homos soient homos ; le problème, c'était que papa le soit, parce qu'en vrai, au fond de lui, il ne l'était pas. S'il l'avait été, encore ! Admettons. Mais il avait été marié à ma mère pendant une éternité, et franchement, il n'avait vraiment rien d'une pédale. Alors là, Indiane a froncé les sourcils, l'air furibard.
- Qu'est-ce que tu veux dire exactement par « il a rien d'une pédale » ?
Impossible de lui avouer ce que j'avais en tête. Marcher en roulant du cul comme une fille. Parler mode, fringues et jardinerie d'une voix efféminée. Trottiner en faisant tout le temps des mouvements du poignet. Écouter de la musique disco et s'habiller avec des trucs en cuir moulants.
On ne pouvait pas dire que son père était comme ça. Au contraire : c'était le type le plus viril que j'aie jamais rencontré - enfin, si on exceptait le coup de la musique disco. Ça, on pouvait difficilement faire plus homo. »

L'Ete Ou Papa Est Devenu Gay

Séparé de son épouse, le père d'Arvid emprunte une caravane pour les vacances et s'installe sur le terrain près des toilettes les plus célèbres de Norvège (ambiance psychédélique, boule à facettes et musique disco). Le moral n'est pas au beau fixe, père et fils passent leur temps à bouquiner ou errer en pleine campagne sous une pluie diluvienne.

Leur quotidien s'égaye lorsqu'ils font la connaissance de Roger et sa fille Indiane. C'est une gamine délurée, qui s'amuse à titiller le garçon, coincé et bougon. Très libre et décomplexée, elle ne comprend pas la réaction du garçon lorsqu'ils surprennent l'accolade passionnée entre leurs pères. Arvid court se réfugier dans les WC, chipe le livre d'or et déverse toute sa frustration.

Ses confidences, sur le ton de la plaisanterie, font état de la trouille de l'adolescent, face à sa puberté naissante. À 13 ans, celui-ci se pose de plus en plus de questions sur la sexualité, son identité et son orientation, l'attitude de ses amis aussi le pousse à réfléchir, comme celle plutôt dégourdie de la jeune Indiane, terriblement curieuse et impatiente de dévoiler les mystères de la chose, bref tout ça plonge Arvid dans une grande perplexité.

Alors, pour oublier ce qui le contrarie en secret, le garçon prend pour cible son père et sa soudaine lubie d'une révolution sexuelle en plein été, durant leurs vacances. Arvid ne l'entend pas de cette oreille et échafaude des plans délirants pour faire capoter l'idylle florissante. Le ton général est léger, joyeux et totalement désinhibé (même le chien Waldo est pris de pulsions lubriques incontrôlables, on croit rêver !).

C'est raconté sur le ton de la blague, mais ça évoque avec beaucoup de subtilité l'adolescence, le corps qui change, les premiers troubles, les émotions contradictoires et l'homosexualité. Les romans pour ados sont encore trop timides à ce propos, donc saluons l'initiative écrite avec intelligence et un soupçon d'effronterie ! 

éd. Thierry Magnier, septembre 2014 ♦ traduit du norvégien par Aude Pasquier

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29/01/15

3 femmes et un fantôme, de Roddy Doyle

« Écoute, il faut que ça cesse.
- Quoi donc doit cesser ?
- Ce truc, là, tu-ressembles-à-ta-grand-mère. Tu ressembles à ta grand-mère, tu parles comme ton grand-père, tu aboies comme le chien de ta grand-mère.
- Mary !
- Et tu as la langue aussi bien pendue qu'elle, dit Tansey. Mais c'est juste. Aucune jeunesse n'a envie qu'on lui dise qu'elle ressemble à une vieille.
- C'est pas ça du tout, dit Mary. Tout ça est stupide. 
- Mary !
- Et je ne suis pas insolente, dit Mary à Scarlett. Je ne le suis pas ! Mais c'est vraiment stupide. Genre, tu ressembles à ta grand-mère, je ressemble à la mienne. Et alors ? Ta grand-mère est un fantôme et la mienne va mourir. Et c'est la seule chose ici qui ne soit pas stupide. »

3 femmes et un fantome

Mary, douze ans, rencontre le fantôme de son arrière-grand-mère, Tansey. Morte d'une grippe à seulement vingt-cinq ans, elle ne s'est jamais consolée d'avoir abandonné sa petite fille de trois ans, Emer. Aujourd'hui celle-ci est sur son lit d'hôpital, malade et affaiblie, mais avec toujours le sens de l'humour pour accueillir chaque visite de sa petite-fille.

La présence soudaine du fantôme dans leur vie fait délier les langues. Les souvenirs remontent à la surface, chacune raconte son enfance, la rencontre de l'amour, l'espérance d'une vie longue et merveilleuse, le drame, le chagrin et la perte incommensurable. Mary n'en perd pas une miette, derrière ses airs de friponne qui rouspète tout le temps. Elle devient la dépositaire d'une histoire familiale pétrie de tendresse, de chaleur et d'abnégation.

Et c'est beau de suivre ces portraits croisés, entre mère et fille, ces récits de partage et de transmission, où retentit avec force la fibre maternelle. Roddy Doyle rend un vibrant hommage aux racines et à l'amour maternel, sans jamais sombrer dans le mélo. C'est au contraire parsemé d'humour et de sarcasme. La lecture en devient touchante, attachante, bouleversante et on a autant envie de rire que de pleurer ! Une jolie découverte.

Flammarion, coll. Tribal, septembre 2013 ♦ traduit par Marie Hermet (A Greyhound of a Girl)

« Est-ce que les fantômes boivent du thé ?
- Non, mais ce fantôme-ci aimerait beaucoup voir une tasse de thé posée devant elle. Ce serait bien plaisant. »

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