08/07/16

Une belle brochette de bananes, de Jean-Philippe Arrou-Vignod

Une belle brochette de bananes

« On est six garçons. Six frères avec les mêmes oreilles décollées et le même épi au sommet du crâne.
Vivre dans une famille nombreuse, c'est un peu comme être un simple exemplaire dans une collection de figurines publicitaires. Impossible de passer inaperçus quand on sort le dimanche. Surtout habillés tous pareils, avec nos blazers anglais, nos culottes de flanelle et les petites cravates que nous offre grand-maman à chaque Noël... Les gens qu'on croise nous comptent et nous recomptent mentalement en faisant les yeux ronds, comme s'ils étaient victimes d'une illusion d'optique.
- Ils sont à vous, tous ces garçons ?
- Oui, pourquoi ? demande maman.
- Une bien belle famille, s'enthousiasment les gens du ton dont ils parleraient d'un tremblement de terre ou d'une catastrophe ferroviaire. Mais six garçons, tout de même, ça ne doit pas être facile tous les jours...
- Oh ! répond maman avec un petit sourire, il suffit d'un peu d'organisation, voilà tout.
C'est vrai que maman est très organisée : on a tous deux ans d'écart, ce qui est commode pour se refiler nos vieux vêtements, et on est tous prénommés Jean-Quelque-Chose. Comme ça, papa et maman ne peuvent pas se tromper quand ils nous appellent pour mettre la table ou ranger les pièces de Meccano répandues sur le tapis du salon.
À chaque rentrée des classes, papa nous photographie deux par deux, la main sur la porte, quand on part à l'école. On a nos gros cartables sur le dos et l'air réjoui d'une cordée d'alpinistes qui s'apprêtent à escalader l'Himalaya sans oxygène en pleine tempête de neige. »

On retrouve avec grand bonheur de nouvelles anecdotes savoureuses sur la famille des Jean-Quelque-Chose : vacances chez les grands-parents, colos à la neige, Jean-Claude Killy et les JO de Grenoble, photographies, premières amours, bagarres entre frangins, principes éducatifs, lectures et animaux... On s'amuse drôlement chez les Jean ! Et on ne s'en lasse pas.  

Je ne vais pas disserter des heures sur le bienfait de cette lecture (et de la série en général), mais il est toujours bon de rappeler les valeurs essentielles qui en font tout le charme : humour, tendresse et batailles de chaussettes sales. Un vrai feu d'artifice !

Gallimard Jeunesse / Mars 2016

Illustrations de Dominique Corbasson

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29/06/16

Le Pays qui te ressemble, de Fabrice Colin

Le Pays Qui Te Ressemble

Engluée dans le chagrin et le deuil depuis un an, la famille Farrow est au bord du gouffre. « Un frère génial mais triste comme l'hiver, incapable d'exprimer ses sentiments. Un père aimant et 100% paumé. La définition même de la grand-mère indigne. Et maintenant, cette boule de poils blanc acajou qui s'était reconnue en notre désespérance. Nous avions de quoi être fiers. »

Il est plus que temps de larguer les amarres ! Marilyne, la grand-mère fantasque et rock-n-roll, prend les devants en embarquant tout ce petit monde à bord d'un camping-car pour une mission très spéciale, une mission secrète visant à guérir leur cœur brisé. Cette mission consiste à tracer les anciennes petites copines du père pour leur faire passer un test en douce. L'une d'elles est probablement la mère biologique des jumeaux de quinze ans, Lucy et Jude. Peu avant de mourir, leur maman d'adoption leur a fait jurer de retrouver leurs racines, sans éveiller les soupçons de leur père. Ce dernier broie du noir. Depuis un an, il vit dans sa bulle, écoute des heures durant tous les albums des Beatles, souffre en silence, pleure, maugrée et s'apitoie sur son sort. Il accepte néanmoins de se joindre à la troupe pour parcourir les routes de France et de Navarre... Direction Rome, puis Montreux (en Suisse), avant de faire escale à Bruxelles, puis Oxford, et ce n'est pas tout !

Quelle folle épopée ! A priori le voyage ne ressemble à rien. Lucy, son frère Jude, leur père Noel et la grand-mère Marilyne avalent des kilomètres, se posent à peine, s'éparpillent, courent après des objectifs aussi vagues qu'illusoires. De plus, leur parcours est jalonné de rencontres improbables et de situations burlesques, auxquelles on pourrait facilement n'accorder aucun crédit, mais c'est justement parce que cela ressemble à une cavalcade turbulente et invraisemblable qu'on adhère sans moufter. La famille est complètement décalée, drôle, vive, pétillante, derrière les couches de détresse et de larmes, et puis l'aventure gagne aussi en profondeur et en émotion. Le mélange est bien dosé, très réussi, pour une lecture dynamique, sensible et enjouée comme j'aime. Un super road-trip à se réserver pour les vacances !

Albin Michel, coll. Litt' / Septembre 2015

Magnifique couverture de Léa Chassagne qui annonce la couleur du roman !

 

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28/06/16

Comment j'ai écrit un roman sans m'en rendre compte, par Annet Huizing

Comment j'ai écrit un roman sans m'en rendre compte

Katinka a treize ans et a pour voisine une romancière excentrique, Lidwine, qui accepte de lui apprendre à écrire un roman en échange de quelques heures de jardinage. En réalité, Katinka en a gros sur le cœur. Sa maman est morte quand elle avait trois ans. Ses souvenirs s'effacent. Au tournant de l'adolescence, Katinka se sent désemparée, abandonnée et perdue. Depuis, son papa a rencontré la pétulante Dirkje, qui s'accommode à merveille à leur façon de vivre, sans jamais chercher à remplacer l'absente. Celle-ci occupe encore beaucoup leurs pensées. Et le fait d'en parler évoque toujours le manque, la perte, le chagrin.

De fil en aiguille Katinka livre ainsi son histoire entre tendresse et émotion, humour et fantaisie, bonheur et détresse. Elle nous raconte sa famille boiteuse, qui avance en se serrant les coudes, qui trébuche souvent mais qui se relève tout le temps, ses journées passées dans le jardin de sa voisine, à boire du thé ou à parler de la vie, de son travail, d'écriture... Tous les conseils prodigués par Lidwine sont précieux, on y découvre les trucs, les astuces, mais aussi la perspective, l'écriture sensuelle, le temps présent, les souvenirs au passé.

Katinka réalise qu'écrire un livre n'est finalement pas une mince affaire ! Ses pages sont toutes gribouillées de feutre rouge et de ratures, qui l'aident néanmoins à progresser et à débroussailler ses pensées foisonnantes. Car Lidwine va également aider la jeune fille à éclaircir ses émotions, à force de ressasser ses idées, celle-ci se sent de plus en plus submergée par ce qu'elle éprouve. Et l'on découvre une histoire poignante, très belle, juste, sincère, avec des personnages attachants et affectueux. 

À découvrir pour toutes ces raisons, en plus d'être un bon exercice de style où l'on décortique habilement l'art (pas si simple) d'être romancier et d'écrire un livre. 

Traduit du néerlandais par Myriam Bouzid pour les éditions Syros, avril 2016

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27/06/16

L'Invocateur - Livre 1 : Novice, de Taran Matharu

Novice Invocateur

Fletcher vit à Pelt, un petit village tranquille, où il est apprenti-forgeron chez un gros bonhomme attachant, qui le traite comme son fils. Le garçon est orphelin et ne sait rien de ses origines, mais a bénéficié d'une éducation pointilleuse, en apprenant à lire et à écrire, contrairement aux jeunes de son âge, qui vivotent ou chassent dans les bois. 
Fletcher aspire à un avenir sans relief, mais doit composer avec un gosse de riche, Didric Cavell, qui se comporte en fourbe et en tyran. Le garçon rêve d'une vengeance dans les règles de l'art, laquelle surviendra par l'intermédiaire d'un grimoire ayant appartenu à un invocateur.
Et là, notre jeune héros découvre l'univers des démons et des incantations. Seule une poignée d'élus est capable de se plonger dans de tels ouvrages et procéder aux rituels d'usage. Fletcher tente sa chance... et bingo ! Une salamandre apparaît et fait immédiatement corps avec lui, en se scotchant à sa gorge pour ne plus en déloger. 
Après, les choses se compliquent pour lui. Provoqué par Didric, le garçon se défend en semant le chaos. Il n'a plus d'autre choix que de fuir et va ainsi faire la rencontre providentielle du capitaine Arcturus qui l'envoie à l'Académie Vocans. Cette école accueille tous les jeunes invocateurs, désireux de servir l'Empire, pour ensuite prêter leurs savoirs à la guerre qui sévit dans tout Hominum. 
Une nouvelle vie s'offre à Fletcher, avec son lot d'amitiés fusionnelles (le nain Othello et la jolie elfe Sylva) et ses conflits inéluctables. Les enjeux politiques prennent également de l'ampleur, les pions prennent place sur l'échiquier, le compte à rebours est lancé...
Ce premier tome est handicapé par son rôle introductif où tout un univers et des personnages doivent être présentés. Cela casse un peu le rythme, même si la lecture n'en demeure pas moins entraînante dans son genre. Le scénario est suffisamment bien ficelé pour intriguer le lecteur et l'inviter à tourner les pages pour connaître la suite.
Cette série a réussi à créer son identité, tout en réunissant les codes du genre de l'heroïc fantasy auquel elle se rapporte. On se croirait dans du Tolkien vulgarisé, mais pas seulement. Ajoutez une très belle couverture, illustrée par Malgorzata Gruszka, et vous vous surprenez à plonger dans un ailleurs captivant !
Une lecture pleine de promesses, qui révèle aussi un jeune auteur, né en 1990, dont le texte publié sur Wattpad a rapidement remporté un gros succès. Le monde de l'édition bouge... De nouvelles tendances émergent. À suivre, donc. ^-^

Traduit par Blandine Longre (The Novice : Summoner) pour les éditions Hachette, Mars 2016

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21/06/16

Ils ont grandi pendant la guerre (1939-1945), de Vincent Cuvellier

Ils ont grandi pendant la guerre

«Ce n'est pas un livre sur la Seconde Guerre mondiale, mais sur des enfants qui ont grandi pendant la guerre. J'ai rencontré des vieilles dames et des vieux messieurs... des râleurs, des sympas, des tristes, des gais, des combatifs, des politisés, des victimes, des rigolards. Y en a pas deux qui se ressemblent, mais tous ont un point commun: le stress et la peur. J'ai voulu montrer dans ces entretiens que ce sont des enfants d'hier qui parlent aux enfants d'aujourd'hui. Ainsi Jean, Yvan, Marie et les autres se souviennent et racontent...» Vincent Cuvellier

Remarquable ouvrage qui se penche sur l'histoire de nos parents ou grands-parents et leur enfance durant les années noires entre 39 et 45 ! 

On y découvre une poignée de témoignages tous plus passionnants et intéressants les uns que les autres : de la jeune Livia, fille de réfugiés italiens installés dans une ferme de l'Isère, qui redouteront d'être pointés du doigt à cause de leurs origines, mais qui n'hésiteront pas à donner un coup de pouce pour d'autres exilés ou pour soutenir la résistance française ; du jeune François, fils de bonne famille, qui suit la tendance, sans faire de vagues, rapport à une éducation rigide et religieuse ; du jeune Charles, dont le père est juif polonais, et qui échappera de justesse avec sa mère à la Rafle du Vél' d'Hiv ; du jeune Lionel Rocheman, qui deviendra le grand amateur de folk américaine, qui a porté une étoile jaune, qui a quitté Paris pour devenir agent de liaison chez les maquisards, qui a tracé sa route et qui est revenu à Paris désabusé, meurtri à jamais, comme souvent les rescapés comme lui... Et il y a la Tante Marie, en Normandie, courageuse et intrépide, bravant le feu pour récupérer l'essence d'un avion, pédalant crânement jusqu'à Caen pour prendre des nouvelles de sa grand-mère, partageant la liesse populaire à l'arrivée des soldats américains...

Au fil des portraits croisés, on parcourt aussi plusieurs aspects de la guerre (vivre sous l'occupation, le rôle de Pétain, le régime de Vichy, survivre avec le marché noir, organiser la résistance, suivre De Gaulle ou pas, la persécution des juifs, le débarquement des alliés, les bombardements, la bataille des Ardennes, le retour des prisonniers, la libération des camps...). Entre chaque témoignage, deux pages de documentaire sont glissées en intercalaire pour allier efficacement la part romancée et l'apport éducatif. C'est super enrichissant.

La lecture vaut de toute façon qu'on s'y attarde. Elle alterne les émotions, nous captive par la délicatesse des personnalités rencontrées, par les histoires confiées parfois avec une pointe de nostalgie, ou une immense tristesse. Certaines sont plus bravaches que d'autres. Et l'on découvre alors une guerre aux multiples visages. Une guerre qui a laissé des traces, qui a creusé des sillons sur les visages, qui hantent les mémoires et qu'il est nécessaire de cultiver par la force du souvenir. L'initiative de Vincent Cuvellier est excellente, à donner la parole aux témoins de l'époque, à cette génération qui s'épuise et qui va prochainement se taire à jamais, d'où l'importance de délier les langues, encore et toujours. 

« La vie normale va pouvoir reprendre. Mais quand on a connu la guerre, rien n'est vraiment normal. »

Une lecture indispensable ! 

Gallimard Jeunesse, coll. Giboulées / Novembre 2015

Textes documentaires : Odile Gandon

Illustrations : Baron Brumaire

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Tobie Lolness, de Timothée de Fombelle **édition 10ème anniversaire**

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Déjà dix ans que Tobie Lolness a croisé mon chemin, avec son millimètre et demi de la racine des cheveux à l'ongle des pieds, ce petit bonhomme a su m'embarquer dans un imaginaire stupéfiant, au prix de longues heures de lecture inoubliable !

Cette édition collector, réunissant les deux tomes de cette folle aventure, prolonge donc la magie. À cette occasion, la jaquette se déplie et révèle un grand poster recto-verso illustré par François Place. Magnifique ! Tobie Lolness, c'est l'histoire d'un garçon qui vit dans un grand chêne, en totale communion avec la nature. Lorsque son père refuse de livrer le secret d'une invention pour transformer la sève de l'arbre en énergie motrice, le Grand Conseil entre dans une fureur noire et condamne les Lolness à l'exil dans les basses branches. Dans ce territoire sauvage, Tobie y fait la rencontre de la jolie Elisha et retrouve ce sentiment de confiance qu'il croyait avoir perdu. Hélas, le danger n'est jamais loin et Tobie doit de nouveau fuir et vivre caché loin de ses anciens camarades qui le traquent férocement. Selon le postulat schématique de l'affreux individu qui asservit toute une communauté en la maintenant sous la coupe de la terreur et l'humiliation, Tobie va entrer en résistance pour protéger les siens et préserver leur mode de vie mis en péril. Tournant le dos à son enfance, à ses rêves et ses espoirs, à une vie où l'on s'imagine que l'amitié dure toujours et la trahison n'existe pas, Tobie se lance dans une épopée grandiose et palpitante. L'histoire est à la fois belle et magique, aussi bien dans son écriture que dans l'émotion qui naît au fil des pages. Vivre en harmonie avec la nature et ses semblables est donc primordial pour Tobie Lolness, qui nous entraîne dans cette formidable croisade avec l'envie dévorante d'en découdre. Même dix ans après, ce roman magistral ne cesse d'enchanter ses lecteurs ! 

Gallimard Jeunesse, mai 2016 pour la présente édition

Illustrations de François Place

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14/06/16

Ses griffes et ses crocs, de Mathieu Robin

Ses griffes et ses crocs

Invitée à passer leurs vacances dans un chalet perdu en pleine montagne, la famille Coogan débarque avec leurs amis pour un séjour de détente, vivement conseillé pour calmer les crises d'angoisse de leur fils Marcus.
Or, très vite, un climat hostile et électrique s'installe entre eux. Anika et son mari se déchirent pour des querelles stupides. Lia, l'aînée, en profite pour semer la zizanie. Adolescente instable, au caractère fort et boudeur, elle se comporte comme une effrontée.
Marcus, sous calmant, n'en reste pas moins fragile, prêt à exploser. Son premier réflexe avait été de demander à partir. Les lieux ne lui inspirent aucune confiance. Le cadre de la nature environnante le terrifie, sans expliquer pourquoi.
Habitués à ses troubles, ses parents ont balayé ses protestations, lui assurant que ces vacances leur seraient bénéfiques à tous !
Marcus va finalement oublier ses mauvais pressentimments et chercher du réconfort dans la lecture. Il trouve ainsi un ouvrage sur une légende indienne, mais se voit confisquer le livre sans explication.
Inutile d'alimenter sa psychose avec des contes populaires... 
Et puis un jour, ses parents et leurs amis partent en randonnée. Le temps passe... Le garçon va se faufiler dans leur chambre pour retrouver son bouquin. Le reste de l'histoire va alors basculer dans l'innommable.
Jusqu'à la fin, on ignore à quelle sauce l'histoire va nous manger. Entre thriller fantastique et récit initiatique, le roman nous malmène avec dextérité et jubile in petto. C'est super angoissant, bien écrit, planté dans des paysages fascinants, qui font voyager dans les grands espaces américains, en donnant l'illusion d'une échappée. Cela tient aussi toutes ses promesses pour nous tenir en haleine, pour donner du champ à toute interprétation et autres spéculations. On sait en préambule que la suite va être rude et implacable... Alors installez-vous et bonne lecture ! 

Actes Sud Junior, Juin 2015

« Impossible de savoir combien de temps s'est écoulé. Dehors la lumière a changé. Le visage de Marcus est éclairé par un crépuscule rouge presque irréel. Un bruit sourd et massif se répète. Encore sous l'effet du médicament, Marcus émerge difficilement. Il a du mal à se redresser sur le lit. Il entend simplement ce lourd martèlement qui se rapproche, comme un bruit de pas, mais des pas de géant tant le sol tremble. Puis, plus rien, le silence. Marcus essaie de se lever pour aller à la fenêtre mais la tête lui tourne, il retombe sur le lit. Il appelle sa sœur, mais personne ne lui répond. Il crie à nouveau et tend l'oreille. La réponse qu'il reçoit n'est pas celle escomptée : un hurlement rauque, monstrueux, résonne dehors. La marche reprend, pesante, colossale, si proche que la vitre de la fenêtre vibre à chaque enjambée. Marcus, tétanisé, aperçoit par la fenêtre les cimes des arbres  bouger à l'horizon, écartés comme de vulgaires buissons. Et si la légende disait vrai ? La Bête arrive droit sur lui ! »

 

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Erik Vogler et les Crimes du Roi Blanc, de Beatriz Osés

Erik Vogler

Erik Vogler passe pour un adolescent excentrique et monomaniaque, avec ses petites lubies, ses manies, ses tics et ses tocs. Sa grand-mère Berta de Grasberg a beaucoup de mal à supporter ses bizarreries. Pourtant, c'est chez elle que le garçon devra passer ses vacances, au lieu d'un voyage à New York avec son père. Erik est très contrarié lorsqu'il arrive à la campagne et s'installe dans sa petite chambre poussiéreuse. Son séjour va être un calvaire. De plus, le garçon et la grand-mère ne cachent pas leurs sentiments réciproques à subir cette cohabitation sous la contrainte.

Le premier soir, par un nuit d'orage, Erik est surpris par une panne de courant au moment de prendre sa douche. Au même instant, il aperçoit un fantôme derrière la fenêtre et croit mourir de peur. Les jours suivants, d'autres indices lui font tourner la tête (une pièce d'un jeu d'échecs qui apparaît et disparaît, la sonate de Schubert qui s'enclenche sans raison, une page d'un poème de Goethe qu'il trouve dans ses affaires...). Inutile d'attendre de sa grand-mère un quelconque soutien. Au lieu de ça, Erik finit par comprendre qu'ON cherche à lui adresser un message et va s'intéresser aux récents faits divers. Chez lui, à Brême, une jeune fille de son âge, Sandra Nadel, a été retrouvée assassinée, mais son criminel court toujours. Erik va donc chercher à résoudre l'énigme.

Ce fantastique petit bouquin se lit d'une traite, tant il nous happe dans son histoire au suspense efficace. Les personnages aussi ne manquent pas de mordant et cassent la routine d'une osmose familiale idyllique. Erik Vogler est un garçon assez triste, solitaire, enfermé dans des mimétismes qui lui ôtent toute spontanéité, attaché à des petits gestes snobs (sa coiffure impeccable, ses chaussures de marque, sa tenue de rigueur, son eau plate à température ambiante qu'il commande tous les jours au café...). Sa grand-mère va vicieusement perturber ses habitudes, lui servir des soupes froides, des plats peu appétissants, lui présenter un voisin, Albert Zimmer, un prétentieux imbattable aux échecs.

C'est ainsi que ce trio improbable nous convie à suivre leurs aventures cocasses et palpitantes dans ce petit roman qui croque aussi bien leurs portraits avec humour sans alléger l'attente anxieuse et le climat angoissant de l'histoire. D'autres livres existent en version originale. Ce serait sympa de les voir traduits pour retrouver ce jeune héros hors du commun ! 

Traduit du castillan par Anaïs Goacolou (Erik Vogler y los crímenes del rey blanco) pour Hachette, mai 2016

 

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27/05/16

Amanda et les amis imaginaires, par A.F. Harrold & Emily Gravett

Amanda et les amis imaginaires

Amanda est une fillette solitaire, qui découvre un jour dans son placard un garçon qui prétend s'appeler Rudger. Elle est bien sûr la seule à le voir, mais décrète qu'il est son meilleur ami pour la vie. C'est si bon de s'amuser ensemble, de jouer dans le jardin, de créer des mondes magiques dans lesquels s'évader. Sa maman tolère cette douce excentricité, mais veille au grain. Après tout, c'est durant l'enfance que l'imagination la plus folle trouve son terreau ! 

Et puis, le drame. Amanda est victime d'un accident, elle tombe dans le coma. Son ami Rudger se retrouve seul, menacé. Sans enfant réel, comment un être imaginaire peut-il survivre ? Alors, Rudger part en quête de nouvelles sources énergisantes... avant de réaliser que seule Amanda compte pour lui et qu'il se doit de tout faire par la sauver de sa lente dérive vers l'inconnu... 

Ce conte pour enfants est tout simplement remarquable et impressionnant ! En plus des illustrations savoureuses d'Emily Gravett, on découvre un texte d'une poésie raffinée qui nous transporte dans un univers onirique, comme il est rarement permis d'en rencontrer dans la littérature jeunesse. Imaginez un livre qui traite de la mort d'un enfant, et vous voyez votre public fuir à toutes jambes. Que nenni.

L'histoire ici est capable de surpasser vos craintes superflues. Car ce récit vous réserve une plongée extraordinaire dans un imaginaire farfelu et foisonnant... On y croise des créatures démoniaques, un M. Butor fort, fort flippant, des scènes d'une intensité folle, de l'amitié, de l'abnégation, de l'amour... et des rires, et des larmes. Bref, cette lecture n'est pas prête de vous laisser dans l'indifférence !  

De l'insolite, du rêve et de l'espoir. Où croire en l'impossible est forcément permis. ^-^

Traduit par Isabelle Perrin pour les éditions Seuil Jeunesse (The Imaginery), Octobre 2015

« M. Butor s'était agenouillé comme pour refaire son lacet et sa moustache frémissait. C'est bizarre, les trucs qu'on remarque quand on est dans une situation critique face à un destin mystérieux : la moustache de M. Butor frémissait alors même qu'il ne parlait pas. En fait, il était en train d'ouvrir la bouche, de l'ouvrir plus grand qu'il n'était humainement possible, de se décrocher la mâchoire ou presque, comme un serpent, et une haleine chaude balaya le visage de Rudger. Une odeur de désert sec, rouge, saturé d'épices, qui imprégnait l'air humide, le ciel gris et lourd, le macadam couvert de flaques. Et emplissait le monde de Rudger. Dans cette bouche anormalement béante, Rudger vit des dents qui n'avaient rien de normal non plus. Carrées, émoussées, toutes identiques, elles s'alignaient en une spirale infinie jusqu'au fond de sa gorge. On aurait dit un tunnel carrelé de blanc s'enfonçant à perte de vue, avec un minuscule point de ténèbres absolues tout au bout, si loin qu'il aurait dû ressortir derrière la tête de M. Butor, mais évidemment que non, sinon c'était de la folie pure. En réalité, et c'était tout aussi fou, le tunnel aboutissait ailleurs. »

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L'Apothicaire, de Maile Meloy

Apothicaire

Quel étonnant roman ! Je ne l'avais pas encore ouvert que j'étais déjà séduite par la couverture, mais l'histoire a su également me réserver de belles surprises. Nous sommes au lendemain de la guerre, Jane et ses parents vivent à Los Angeles lorsqu'ils comprennent que leurs noms sont fichés et leurs agissements surveillés à la loupe. Craignant le pire, ils décident de quitter le pays pour s'installer à Londres, dans un appartement vétuste et glacial. En 1952, la ville porte encore les stigmates des bombardements et peine à se relever. Janie fait grise mine et souffre du mal du pays, quand elle fait la connaissance de l'apothicaire du coin de la rue qui lui confie une poudre miraculeuse. Sa rentrée au collège St Beden l'amène également à croiser un garçon boudeur et rétif aux consignes de leur école - se planquer sous la table en cas d'attaques atomiques, quelle blague selon lui ! Janie décide de le suivre dans la rue et découvre alors que Benjamin Burrowes est en fait le fils de l'apothicaire. Ils vont très rapidement se lier d'amitié et s'improviser de jeunes espions en surprenant des rendez-vous incongrus parmi des joueurs d'échecs dans Hyde Park. Ce garçon, qui rêve d'aventure loin de son destin d'apothicaire, va entraîner la jeune américaine dans une folle histoire d'enlèvement, de contre-espionnage et de grimoire aux remèdes magiques. C'est stupéfiant ! Jamais je n'aurais suspecté une telle intrigue, riche en rebondissements et autres péripéties, dans cet ouvrage. Et c'est tant mieux, ai-je pensé, car je n'avais aucune attente et le résultat n'en a été que meilleur. Imaginez un contexte de guerre froide et de maccarthysme, avec un zeste de magie, qui confère à l'intrigue une aura exceptionnelle. Cela invite à la découverte ! J'ai clairement été emballée par cette lecture, qui a plus d'un tour dans son sac, en plus des illustrations qui parsèment le récit en apportant des ombres envoûtantes. De quoi bien enfoncer le clou . Ce roman réunit ainsi charme, action et référence historique en un savant cocktail. Très goûteux. 

Bayard jeunesse, mai 2015 - Traduit par Martine Desoille (The Apothecary)

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