12/02/16

Hector et les Pétrifieurs de temps, de Danny Wallace

Hector et les Pétrifieurs de temps

Hector Obel a 10 ans et vit à Starkley, décrite comme étant la quatrième ville la plus ennuyeuse d'Angleterre, car il ne se passe jamais rien de palpitant. Jusqu'au jour où Hector, en train de se morfondre en classe, surprend son professeur et ses camarades figés sur place. Comme si le temps s'était arrêté net. Tout rentre finalement dans l'ordre au bout de quelques minutes. Le garçon n'a pas l'éternité devant lui, pour y réfléchir, que la situation se répète déjà, mais cette fois il a décidé de chronométrer la durée de la Pause. Sept minutes et sept secondes. Au lieu de se retourner le cerveau, Hector choisit de tirer profit de la situation et va s'amuser à parcourir la ville avec une Vespa flambant neuve, se venger de ses tortionnaires ou se rendre dans la boutique de bonbons pour faire des emplettes. La propriétaire, Mme Cou Cous, lui en a interdit l'accès sur un coup de tête. Hector a d'ailleurs remarqué que plusieurs adultes de Starkley se comportaient de façon très étrange, de plus en plus mauvaise et méchante. Est-ce que cela aurait un lien avec les Pauses ? Et puis, au bout de 100 pages, l'étau se resserre quand le garçon surprend des créatures affreuses, les Terribles, se faufiler dans la ville pour kidnapper ses habitants pétrifiés... L'heure est grave. L'histoire n'est plus à la rigolade. Hector doit agir, vite. Trouver des forces alliées (oui ! ... ça va arriver), sauver sa petite ville de cette invasion sournoise et se convaincre que son père disparu fait aussi partie du lot. 

Pour son intronisation dans la littérature jeunesse, Danny Wallace sort les grands moyens (univers déjanté, monstres terrifiants, péripéties à rebondissements, sur un ton sans cesse désopilant). Et c'est clair que le livre vise haut et fort. Au départ, l'histoire semble déjà écrite et préfigure les thèmes du genre : Hector est un gamin sensible, maltraité par des grosses brutes, et qui porte en lui le départ de son père comme un poids lourd insurmontable, sa mère bosse comme une dingue et son frère est devenu un ado renfrogné. Et puis, tout bascule vers une aventure délirante, fantastique et même de plus en plus sombre et inquiétante. Il faut le lire pour le croire. Les méchants ne font pas semblant, les enfants entrent en résistance et montent une association de Transpauseurs. On découvre alors une intrigue complètement loufoque, mais où règnent l'action, l'émotion et le danger. C'est efficace, raconté de façon hilarante et néanmoins détachée. Nul doute que cette dose d'énergie bouillonnante plaira aux plus jeunes (dès 9 ans pour les bons lecteurs, le livre fait 300 pages et est largement illustré). Jamie Littler a contribué par sa touche d'encre à une atmosphère décalée et fascinante. À tester, pour le fun et l'atmosphère frissonnante.

Gallimard Jeunesse / Février 2016 ♦

Traduit par Marie Leymarie (Hamish and the Worldstoppers) ♦ Illustrations de Jamie Littler

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26/12/15

#Challenge Il était trois fois Noël 2015 : D'or que landes, de Denis Bretin

d'or que landes

Harvey Squire a dix ans, fils de barbier, il est forcé de sortir en pleine nuit de Noël pour raser le mort du manoir des Fearnwood. Le chemin est long, le temps glacial, le gamin doit traverser les landes mystérieuses et inquiétantes de ce bourg écossais. Accueilli par le majordome revêche, Harvey pénètre chez les Fearnwood en tremblant comme une feuille. Il accomplit sa tâche, s'apprête à repartir lorsqu'il surprend une conservation entre deux types dans la bibliothèque de la maison. Le mort aurait caché un trésor, mais impossible de trouver le moindre indice. La suite se perd dans un brouhaha, car Harvey doit regagner le foyer où son père est en train de cuver son vin. Mais cette nuit va boulerverser la vie d'Harvey Squire, lui faisant également rencontrer le libraire Boniface Swifft et une charmante et intrépide demoiselle, Amélia Fearnwood, qui lui confiera la suite de la discussion entendue dans le secret. Inutile de vous en révéler davantage, si ce n'est que l'histoire est franchement palpitante. Tout se passe dans un cadre fantastique, avec des énigmes et des vieilles légendes, un secret de famille et un probable empoisonnement. Ambiance merveilleuse et fascinante ! De plus, le narrateur est un jeune garçon sympathique, naïf et courageux, malgré les nombreuses embûches sur son chemin. Lui, dont la vie est loin d'être facile, a su s'entourer de bonnes personnes, dont son meilleur ami Julius, avec lequel il rêve de devenir libraire et éditeur. À Drisdale, petit village écossais, la lande est sauvage, hantée par des fantômes et souvent le théâtre de scènes hallucinantes, qui vous donneront le frisson. L'auteur n'a pas hésité à puiser l'inspiration dans les contes ou nouvelles fantastiques du XIXe siècle pour nous servir une lecture savoureuse et tout simplement envoûtante !

Syros / Septembre 2009

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12/12/15

#Challenge Il était trois fois Noël 2015 : Le Prince amoureux, de Michael Morpurgo

Ho-ho-ho, conte de Noël ! 🌟 ⛄ 🎁

Le Prince amoureux ~ Michael Morpurgo

Le prince Frederico vient d'épouser la belle Serafina, la joie éclate dans tout le royaume, leur bonheur inonde chaque parcelle du pays et il n'existe pas une âme qui ressente cet amour et s'en porte tout aussi grandie. Hélas, la princesse est soudainement atteinte d'un mal inexplicable, elle n'est plus capable de sourire et éprouve une grande tristesse. Si grande que sa santé commence à s'étioler, ses jours sont désormais en danger. Les fêtes de Noël approchent mais le prince refuse de les célébrer et interdit quiconque d'exprimer le moindre sentiment de félicité. Fou de rage et de colère, il prend son cheval et galope sans but. Il se perd dans une forêt, transi de froid, épuisé de fatigue, il fait alors la rencontre d'une famille de voyageurs. Son histoire les émeut. Ils n'ont pas de recette miracle mais suggèrent au prince de donner son royaume pour un sourire de sa princesse. Les plus beaux spectacles sont alors donnés, hélas, sans tirer la plus petite ombre d'un sourire, Frederico est désespéré jusqu'à l'arrivée d'une troupe de saltimbanques masqués, et d'une oie qui fait un boucan du tonnerre...

Cette histoire de Michael Morpurgo possède le charme, le classicisme et la fantaisie d'un beau conte de Noël. L'atmosphère, très vivante et vibrante d'émotions, nous plonge littéralement à l'époque médiévale avec simplicité et beaucoup d'authenticité. Bien entendu, la magie n'est pas en reste dans cette étonnante histoire de prince et de princesse, qui révèle une fin pour le moins surprenante (en rapport avec la crèche et la Nativité). Pour qui aime les histoires de cet auteur remarquable, n'hésitez pas !

Gallimard jeunesse, 2009 ♦ illustré par Emma Chichester-Clark ♦ traduit de l'anglais par Diane Ménard

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11/12/15

#Challenge Il était trois fois Noël 2015 : La Forêt des cœurs glacés, d'Anne Ursu

La forêt des coeurs glacés

Hazel et Jack sont deux inséparables amis d'enfance. Fantasque et rêveuse, Hazel passe pour une impertinente, limite cinglée, aux yeux de ses camarades d'école et des enseignants. Seul Jack l'accepte comme elle est. Ensemble ils jouent dans la neige, se lancent des boules en pleine face et puis paf ! c'est le pépin. Jack a reçu un éclat de verre dans l'œil et doit rentrer chez lui pour se soigner. Les jours d'après, plus de nouvelles du garçon. Hazel se rend chez lui et apprend qu'il est parti rendre visite à une tante. À son retour, Jack a changé. Il est froid, distant, méconnaissable. Il préfère jouer avec les garçons de sa classe, n'a plus envie d'être avec elle. Pour se consoler, Hazel décrète que son ami Jack est frappé d'une malédiction, après avoir été enlevé par une reine des neiges, dans son palais des glaces. Elle décide donc de se rendre dans la forêt pour le libérer de cette emprise.

Quel merveilleux conte d'hiver, qui colle parfaitement aux envies du moment, où il fait bon se blottir chez soi en bouquinant des histoires qui nous transportent vers un ailleurs où la réalité n'a plus lieu d'être. Hazel et Jack rappellent bien évidemment la célèbre Reine des Neiges d'Andersen, mais Anne Ursu nous propose une réécriture soignée, très séduisante, où l'ambiance est tout aussi sombre, frileuse et poignante. Hazel est une héroïne hyper touchante, solitaire incomprise, elle a su trouver dans son imaginaire un refuge réconfortant. La petite fille adore les romans comme Narnia, Harry Potter ou A la croisée des mondes. Elle ne manque jamais d'idées farfelues pour s'évader et voir le monde autrement. Il faut dire aussi que Hazel et Jack ont tous deux de gros soucis chez eux (divorce et dépression), des problèmes souvent perçus avec leurs regards d'enfant. Du coup, le ton général du roman reste simple et accessible, mais néanmoins féerique (dès l'entrée dans les bois, les références fantastiques ne manquent pas). C'est une lecture sans grande surprise, qui n'en demeure pas moins douce et délicate. La couverture signée Olivier Balez est de toute beauté !

Seuil, Septembre 2012 ♦  traduit par Rosalind Elland-Goldsmith (Breadcrumbs) ♦ illustration de couverture : Olivier Balez

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08/12/15

#Challenge Il était trois fois Noël 2015 : Café givré, de Suzanne Selfors

Café givré

Toute la vie de Katrina tourne autour du café de sa grand-mère Anna, qui l'a élevée comme sa fille, depuis que celle-ci a perdu ses parents durant l'enfance, mais hélas les affaires vont mal et menacent de fermeture son havre de paix. Comble de malchance, leur voisin a ouvert un café branché et moderne, qui leur vole toute leur clientèle. La jeune fille fait alors la rencontre d'un type à la beauté troublante - un clochard avec un kilt - un dénommé Malcolm. Katrina est méfiante, mais son bon cœur lui fait porter des petits gâteaux et une boisson chaude. Malcolm prétend aussi être un Messager et a pour mission d'offrir à Katrina ce qu'elle désire le plus. Il lui confie trois grains de café pour exaucer ses désirs les plus fous. La jeune fille ne le prend pas au sérieux et doit d'ailleurs gérer les nombreux soucis qui s'accumulent et mettent en péril ses remparts de protection.

J'ai littéralement dévoré ce roman, tellement il est savoureux, réconfortant et romanesque pour de vrai. Il y a de jolies choses qui surviennent dans l'histoire, parfois prévisibles et d'autres fois non. Quoi qu'il advienne, ce livre saura vous séduire car il parle de confiance en soi et évoque l'amitié comme étant fondamentale pour se sortir la tête de l'eau. Katrina est loin d'être seule, en plus d'Elizabeth et Vincent, ses amis de lycée, elle peut compter sur les Garçons (une bande de petits vieux fidèles clients du café Chez Anna) et sur Irmgaard, qui a fait vœu de silence et qui n'a pas son pareil pour cuisiner des soupes. L'ambiance fait penser à un cocon douillet, où il fait bon s'y nicher et où on s'y sent instinctivement bien, à l'aise, comme chez soi... Un régal de lecture en cette saison bien tristounette. 

Flammarion / Janvier 2012 ♦ Traduit par Marie Hermet (Coffeehouse Angel)

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Le Château de Cassandra, de Dodie Smith

Ne loupez pas la réédition en format poche - chez Gallimard jeunesse, collection Pôle Fiction - du grand classique de Dodie Smith. La couverture est magnifique ! 

Le château de Cassandra

Cassandra est une jeune fille de 17 ans qui vit dans un château délabré. Son père, auteur d'un roman à succès, n'a pas retouché la plume depuis des années. Il vit cloîtré dans son bureau, lit des romans policiers à la pelle et ne se préoccupe nullement des soucis domestiques. Car la vie quotidienne est une succession de petites débrouilles et autres sacrifices pour les femmes de la maison. Topaz, la belle-mère, use de ses charmes auprès de ses relations à Londres pour décrocher quelques contrats (elle était modèle pour les peintres à la mode), Rose, l'aînée de 21 ans, s'abîme les mains avec les lessives et les trempages de teinture verte pour redonner de l'éclat à leurs toilettes. C'est elle qui souffre le plus de la situation. Elle rêve de s'échapper de sa condition, de rencontrer un riche parti et de l'épouser. La providence s'invite au château lorsque leurs nouveaux voisins débarquent à l'improviste. Deux frères, Simon et Neil Cotton, venus tout droit d'Amérique. Aussitôt, les esprits romantiques des jeunes filles s'embrasent et Rose papillonne de bonheur.

Le journal de Cassandra nous fait ainsi partager les événements qui jalonnent leur existence, de mars à octobre, avec autant de sensibilité que d'ironie. Fine observatrice, pleine d'esprit et de talent, la jeune fille a pour ambition d'écrire un roman et s'entraîne à l'écriture rapide en relatant les exploits de sa famille. Elle-même est submergée par ses premiers émois sentimentaux, avec le jeune jardinier qui n'a d'yeux que pour Cassandra, sauf qu'elle se sent empruntée et confuse... Ce roman vintage à souhait possède un charme fou et réserve un instant de lecture précieux et délectable. L'histoire est d'un classicisme absolu, un brin poussiéreuse, délicieusement guindée, c'est un bonbon anglais, avec un zeste de fantaisie. Un mélange sucré et acidulé... J'ai a-do-ré ! 

Gallimard Jeunesse, coll. Pôle Fiction / Novembre 2015 ♦ Traduit par Anne Krief (I Capture the Castle)

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03/11/15

Les Autodafeurs, Tome 1 : Mon frère est un gardien, de Marine Carteron

Les autodafeurs - tome 1

Il me tardait de découvrir cette série couverte d'éloges - et je maudissais ma procrastination légendaire - quand enfin j'ai tout envoyé balader pour me plonger dans les aventures de la famille Mars. Et quel bonheur ! J'ai été littéralement transportée par l'histoire qui nous réserve de belles surprises, habilement mises en scène pour notre plus grand plaisir. Découvrons, donc. 

À la mort de leur père, Auguste se voit quitter Paris avec sa mère et sa petite sœur Césarine, pour vivre avec leurs grands-parents à La Commanderie, une demeure qui appartient à la famille depuis des générations. Le garçon tente de cacher sa détresse et son chagrin derrière des attitudes de guignol et des répliques sarcastiques, mais la perte tragique de son père le taraude. Son entrée au lycée ne lui réussit pas non plus - épinglé par le directeur dès le premier jour, il récolte aussi coups et blessures par un trio de choc, aux manches retroussées, qui fait la pluie et le beau temps sur l'école. Son existence va finalement s'éclairer par une nouvelle révélation en faisant de lui un maillon indispensable au sein d'une Confrérie secrète, qui s'oppose depuis des siècles aux Autodafeurs, afin de protéger la connaissance qui se trouve dans les livres, jalousement conservés comme des trésors. Les enjeux sont énormes et c'est tout doucement, parfois par la force des choses, qu'Auguste en prend conscience, alors que sa jeune sœur Césarine a déjà une longueur d'avance selon sa logique d'«artiste» (comprendre : autiste).

Le duo frère/sœur est attachant et fonctionne à merveille dans la conduite de l'histoire (se glisser dans la peau de Césarine est d'ailleurs une expérience fantastique et incroyable). Tandis que l'un se débat avec ses problèmes d'ado parfaitement crédibles, qui se mouille aussi à une entreprise périlleuse et inquiétante, l'autre collecte des informations précieuses, sans avoir l'air d'y toucher, et ébauche une piste tangible vers leurs nombreux secrets de famille. Il y a du danger, du suspense, de l'action, mais aussi de la tendresse et de l'émotion dans ce roman d'aventures, qui est intelligent, drôle, original et passionnant. J'ai adoré et je me réjouis déjà de plonger dans la suite de cette trilogie franchement excitante.

éditions du Rouergue / mai 2014 ♦ couverture : © Barrère & Simon

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29/09/15

Teaser Tuesday #63

« Elle a retiré ses lunettes pour les essuyer et j'ai regardé ses yeux. Ils étaient plissés comme sous l'effet d'un rayon de soleil trop fort. Au coin de l'œil droit, une petite larme traçait son chemin dans un réseau de minuscules rides, comme un filet d'eau dans le désert. Soudain, j'ai eu l'impression qu'une main invisible m'étranglait. Tout ce que j'ai trouvé à dire, c'est ce truc complètement nul : 
- Mais pourquoi ?
Dans ma tête, ça voulait dire : « Comment t'as chopé ça ? » Mais aussi : « Pourquoi toi et pas une autre ? » La maman d'Élodie qui fume comme un pompier, par exemple. La nouvelle femme de papa qui est pleine de silicone dans les seins, tiens. Mais, dans ma bouche, ça sonnait comme une question de bébé : « Pourquoi le ciel est bleu, pourquoi il pleut, pourquoi on a des cheveux, pourquoi la neige est froide, et pourquoi les gens meurent ? » Pourquoi, pourquoi, pourquoi ?
- Je ne sais pas. Ils n'ont pas pu me dire. Ils disent que c'est un ensemble de facteurs. Je crois surtout que c'est la faute à pas-de-chance...
Elle a remis ses lunettes et m'a pris la main entre les deux siennes avant de m'annoncer d'un ton presque enjoué :
- Enfin, voilà, je suis malade. Mais j'ai bien l'intention de guérir, tu sais ! »

Ma mère, le crabe et moi - Anne Percin (Rouergue, 2015)

ma mère

Tania, 14 ans, apprend que sa mère est atteinte d'un cancer du sein. Je vois d'ici votre mine apeurée à l'évocation de la maladie, mais inutile de craindre les violons et les pleureuses en coulisses car l'histoire se révèle étonnante d'humour et d'optimisme. Comme un pied-de-nez au destin. Et c'est tant mieux (y'en a marre de ces bouquins qui nous font pleurnicher exprès). Anne Percin a choisi pour narratrice une ado crâneuse et caustique, qui aime tourner le monde en dérision et se blinde derrière les sarcasmes pour encaisser l'onde de choc et soutenir du mieux qu'elle peut sa maman dans son combat (la chimio, les nausées, les gros coups de pompe, la perte des cheveux, le désespoir et l'isolement). On ne va pas se mentir - Tania est naturellement morte de trouille mais refuse de baisser les bras. Elle se lance alors pour défi de rejoindre l'équipe de cross du collège - elle qui a longtemps considérait que l'EPS signifiait « ensemble de pratiques sadiques » - et va exorciser sa frustration et sa colère sur la piste de course.

Le roman est court (127 pages), mais livre avec justesse, sensibilité, tendresse et fantaisie deux parcours de combattantes, en clin d'œil aux mythiques amazones, et dessine une relation mère / fille attachante et riche en complicité. L'histoire fait fi des clichés et du pathos, grâce au choix de dédramatiser la maladie, sans en négliger l'aspect barbare et médical. Un parfait équilibre entre prévention et émotion. ♥

 

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22/09/15

Comme un poisson dans l'arbre, de Lynda Mullaly Hunt

Comme un poisson

Allie se rend tous les jours à l'école avec la boule au ventre. Les séances de lecture ou d'orthographe sont une torture pour elle. Elle pédale dans la semoule, ne comprend rien ou s'imagine dans une forêt de lettres qui s'éparpillent dans tous les sens. Parfois, elle s'échappe en dessinant dans ses cahiers ce qu'elle ressent. Mais cette attitude passe pour de la provocation ou de la nonchalance, et souvent la fillette est envoyée chez la directrice pour correction.

Jusqu'à présent, Allie n'a jamais trouvé le courage d'expliquer ses difficultés et souffre en silence de passer pour une débile. Ses camarades se moquent d'elle. Chez elle, sa mère travaille tard le soir et n'a pas le temps pour se pencher sur ses devoirs pour l'aider. Son frère Travis est adorable mais préfère la mécanique aux bouquins. Leur père est militaire, parti en mission depuis plusieurs mois. Aussi, l'arrivée du nouveau professeur, M. Daniels, va se révéler plus que providentielle !

L'enseignant affiche de suite une méthode de pédagogie fantaisiste, qui va inciter la classe entière à apprendre d'une façon différente et à considérer les particularités de chacun comme un enrichissement collectif ! Allie est dyslexique, son ami Albert est passionné par les sciences, Keisha est la reine des cupcakes ou Oliver pose inlassablement des questions sur le monde qui l'entoure. La cohésion du groupe ne s'opère pas en un claquement de doigts et c'est ce parcours qu'on s'attache à suivre, avec tendresse.

C'est donc un petit roman sympa, qui doit notamment son succès parce qu'on le présente aussi en édition spéciale pour lecteurs dyslexiques. Ce n'est pas non plus une lecture révolutionnaire mais j'espère qu'elle tiendra ses promesses pour déculpabiliser les enfants qui se sentent dévalorisés ou qui sont en perte de vitesse dans leur parcours scolaire.

Castelmore / Septembre 2015 ♦ Traduit par Paola Appelius (Fish in a Tree)

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28/07/15

Folio junior Version Originale : The Mozart Question, de Michael Morpurgo

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Une jeune journaliste doit interviewer l'illustre violoniste, Paolo Levi, avec pour seule consigne de ne pas aborder la question Mozart. Mais face au musicien, elle s'embrouille et lâche le morceau. L'homme réagit de façon tout aussi inattendue en murmurant : « Someone once told me that all secrets are lies. The time has come, I think, not to lie anymore. ». Sur ces mots, il lui raconte l'émouvante histoire de son père, ou comment un brillant violoniste est devenu barbier à Venise, après avoir renoncé à jouer de son instrument.

L'enfant a neuf ans et serine ses parents pour connaître la raison. Mais ces derniers se ferment comme une huître. Paolo finit par rencontrer dans la rue un musicien de 62 ans, Benjamin Horowitz, qui joue du Mozart à n'en plus pouvoir et va accepter de donner des leçons au garçon, en cachette des siens. Le jour où ses parents découvriront la supercherie, au lieu d'exploser de colère, ils se jetteront dans les bras de Benjamin. Toutes larmes dehors. Les langues vont se délier et raviver le souvenir de leur rencontre.

Vingt ans plus tôt, tous trois sont juifs et envoyés en camp de concentration, où ils sont recrutés pour jouer dans l'orchestre, d'abord pour divertir les soldats et officiers nazis, puis pour accueillir les convois et noyer l'angoisse des prisonniers, toujours plus nombreux. Du Mozart pour endormir leur vigilance. Les accompagner jusqu'aux portes de la mort. Tromper le monde et les apparences. Quelle ironie. Après quoi, Gino et Laura, traumatisés à vie, ont rangé leurs instruments au fond d'un placard. Pour tout oublier.

On lit cette histoire avec la boule au ventre, à mesure qu'on découvre le drame de ces musiciens brisés. C'est beau et poignant, raconté avec élégance et pudeur. Michael Morpurgo rend un formidable hommage de mémoire (« the memories we have are like nightmares, and we want to forget, but there is a time for truth ») en rappelant l'importance de la transmission. Un roman fabuleux, à découvrir dans sa langue originale. Accessible et bouleversant.

Folio Junior, coll. Version Originale / Juillet 2015 ♦ Illustration de couverture : Michael Foreman

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