Chez Clarabel (2)

Des livres, de la passion de lire et des dessous chics

11 avril 2008

Spirit Lake - Sylvie Brien

spirit_lakeMai 1915. Un adolescent grelotte au fin fond d'une infirmerie, délirant entre la vie et la mort. Trois mois plus tôt, ce garçon, Peter, débarquait avec son frère Iwan et leur grand-mère sur le territoire canadien. Ce sont des réfugiés austro-hongrois, d'origine ukrainienne, qui ont choisi l'exil au Canada, mais seront dès leur arrivée arrêtés et emprisonnés dans des camps de détention, au large des plaines du nord, à Spirit Lake. C'est un no-man's land de glace, où cohabitent des baraques de bois et la vie à la dure dans un cadre désertique, cerclé de barbelés. Peter n'a que quatorze ans et va devoir subir la privation, le froid, la faim, l'humiliation et l'épuisement. Il est enrôlé pour devenir un interprète pour un militaire soupçonné de pratiquer du marché noir, cette mise en confidence mettra soudainement les jours de Peter en grave danger. Son frère Iwan est tombé amoureux d'une jolie pianiste, Tatjina. Il a décidé de se sauver mais devient à son tour le pion du jeu machiavélique du redoutable Wotton. Les conditions de vie à Spirit Lake n'avaient pas besoin de souffrir davantage de vicissitudes de la part d'êtres retors, Peter s'en rend compte. Le garçon va tomber malade, être envoyé à l'infirmerie où, dans sa somnolence, il voit le fantôme de sa grand-mère à son chevet, persuadé alors que ses propres jours sont comptés !

Spirit Lake ouvre un chapitre nébuleux de l'histoire canadienne sur les camps de détention des réfugiés de la Triple-Alliance, entrés clandestinement sur le territoire du Canada. Ces hommes, ces femmes et ces enfants, de simples civils, ont été considérés comme ennemis de l'Empire britannique et ont été emprisonnés dans des camps, dont Spirit Lake fut l'un des plus rudes (par sa situation géographique et par ses règles drastiques). Ce roman suit un jeune garçon de quatorze ans, qui s'attire les foudres d'un capitaine de l'armée canadienne, entêté et buté.  Car Peter n'a pas sa place à Spirit Lake, un site davantage destiné aux hommes les plus endurants, il faudra pourtant qu'il s'accroche. Heureusement, dans cette misère, l'adolescent va découvrir la force des liens affectifs sur lesquels il pourra s'appuyer pour se sortir des situations les plus difficiles.

C'est un roman singulièrement admirable, une superbe leçon de vie, qui donne matière à s'apitoyer, trembler et s'émouvoir. L'histoire est d'ailleurs construite de façon binaire, jonglant entre le présent et le passé pour ménager un suspense permanent. Aujourd'hui il ne reste rien de ces camps de détention, alors peut-être ce roman pourra cultiver la mémoire des disparus et des opprimés de cette époque compliquée. De plus, Spirit Lake fait appel au fantastique, l'endroit étant un lac sacré cher aux Amérindiens, et ce genre n'est pas usité ici à des fins inutiles !

Sylvie Brien est également l'auteur de la série des Enquêtes de Vipérine Maltais

Spirit Lake, de Sylvie Brien

Gallimard jeunesse, coll. Scripto, 2008 - 237 pages - 9.50 €

Posté par clarabel76 à 09:00 - Jeunesse - Commentaires [9] - Permalien [#]

10 avril 2008

Comment j'ai marié ma mère - Coleen Murtagh Paratore

comment_j_ai_marie_ma_mereWilla Havisham dévore les classiques littéraires et les chocolats à la cerise ! À chaque anniversaire, elle forme le voeu que sa mère, Stella, organisatrice de mariages, trouve elle-même un mari. Mais, jusqu'à présent, ce souhait ne s'est pas réalisé. Dès que Stella a une aventure un peu sérieuse, elle déménage... En douze ans, elles ont habité dans différentes villes de la côte Est. Aujourd'hui, elles vivent à Cape Cod, et Willa s'y sent vraiment bien : elle voudrait y rester éternellement. Surtout que, ô miracle, sa mère apprécie particulièrement Sam, leur voisin, poète à ses heures, et accessoirement craquant... Cette fois-ci, Willa parviendra-t-elle à convaincre sa mère de se marier ? Auront-elles enfin une vie un peu calme et rangée ?

Voilà un livre à recommander pour les pré-ados, et les lecteurs dès 9-10 ans ! C'est trèèès léger, assez drôle, délicieusement saupoudré de références à la littérature, à la poésie (cf. le tiercé gagnant de Willa, en dernière page). Le scénario est cousu de fil blanc, et ça raconte le défi que se lance une gamine de 13 ans qui n'a jamais connu son père (mort le lendemain de ses noces) et qui fait le voeu, à chaque anniversaire, de trouver chaussure au pied de sa mère. En fait, l'histoire va davantage s'intéresser à la relation particulière et tendue qui existe entre Willa et Stella, pourquoi cette dernière se transforme en statut de pierre dès que les choses prennent un tour sérieux et pourquoi Willa se lève par nuit (et en cachette) pour ajouter le treizième ingrédient, si nécessaire à la bonne tenue des mariages organisés par sa mère. Confiez ce livre à vos filles, elles en seront ravies !

Comment j'ai marié ma mère, par Coleen Murtagh Paratore

Bayard jeunesse, coll. Millezime, 2008 - 216 pages - 10,90 €

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Joëlle Touati.

Posté par clarabel76 à 09:00 - Jeunesse - Commentaires [9] - Permalien [#]

08 avril 2008

Mes Premières Fois - Claire Loup

mes_premieres_foisJulie vient de décrocher le bac et s'apprête à passer un été rempli d'insouciance avec sa meilleure amie Lola, et du petit ami de celle-ci. Au gré des grands et petits événements estivaux, Julie fait aussi le point et se remémore ses premières fois marquantes, en tant que jeune adolescente. Cela passe par le premier examen scolaire (le Brevet), le premier petit ami et le premier baiser échangé, à la première visite chez les gynéco, les premières vacances sans les parents, la première cuite ou le premier chagrin d'amour. Joies et déboires d'une jeunesse dorée, actuelle et désinvolte.

J'ai été séduite par cette jolie couverture d'Audrey Charissoux et j'ai plongé en apnée dans ce roman pour la jeunesse qui me promettait plusieurs heures de détente. Et puis, cela me faisait doucement rigoler, je me revoyais également ci ou là, peut-être parce que nous avons toutes eu le même souffle de pensée devant les 27 premières fois présentées dans ce livre par Claire Loup (jeune auteur, qui signe là son premier roman), et ce malgré les écarts de génération. Si j'avais encore 14-15 ans, je serais la première à crier que c'est trop bien ; mais j'ai deux fois quinze ans et donc un recul trop mature pour être aveugle devant les quelques (légers) défauts de ce livre. Il est futile, léger, assez mièvre et puéril. Les remarques de Julie me font presque conclure que l'âge est plus qu'un chiffre, c'est un état d'esprit !

Bref, c'est mon constat à 30 ans passés, mais je ne vais pas mentir car j'ai tout de même lu ce livre d'une traite et je l'ai apprécié purement et simplement ! C'est frais, très drôle, c'est aussi un éclairage intéressant pour les petites jeunes qui vont l'ouvrir et pourront s'en servir comme un guide pour déculpabiliser, décomplexer et/ou déstresser. Et puis l'histoire de Julie est fichtrement bien ancrée dans son époque, avec une aisance remarquable. La demoiselle nous livre plusieurs chapitres de son expérience d'ado, dans un cadre propret et idyllique (citadine, à Paris, famille relativement aisée et hyper cool) et cela pourra accentuer la part romanesque de cet ouvrage rose ! Bon pour se relaxer et rigoler (en ce qui me concerne).

Mes Premières Fois, par Claire Loup

Plon jeunesse, 2008 - 248 pages - 13€

Posté par clarabel76 à 08:30 - Jeunesse - Commentaires [4] - Permalien [#]

07 avril 2008

Le coeur à la renverse - Robert Bigot

coeur_a_la_renverseDans le petit bourg de Taverny, au nord-ouest de Paris, Colin Clarisse, seize ans, grandit dans le milieu paysan, au coeur des vignes, dans la pure tradition familiale. Le garçon a le béguin pour sa jeune voisine, son amie d'enfance Toinette. Il espère en faire sa mie un jour, quand sans comprendre il est tourneboulé par l'arrivée de la demoiselle Delbos, Fleur de son prénom, jolie comme un coeur, et appartenant au milieu  bourgeois. C'est-y pas possible qu'une fille comme elle lui fasse les yeux doux, pense-t-il. Et pourtant, Fleur est hardie et entreprenante, au grand dam de Toinette qui souffre de jalousie, au point de commettre un acte désespéré, le soir du bal de la Saint-Jean.

Les choses vont changer entre nos amis, Colin a le coeur à la renverse, écrit-il. Il aime d'amour profond sa Toinette, bouleversé par le drame qui la frappe, mais il est attiré par Fleur, si différente de son milieu. Dans le même temps, nous sommes en 1787 et le milieu paysan crève de plus en plus de faim, étranglé par les taxes et la somme de privilèges que s'octroie le Prince de Conti, et d'autres notables. L'heure des doléances va sonner, les assemblées brouillonnes se réunissent pour clamer leur colère, mais la honte aussi les frappe (à cause de l'illettrisme, par exemple).

Ainsi, sur fond de premiers troubles révolutionnaires, l'histoire d'amour tendre et tragique se dessine, contée en grande partie par Colin lui-même, avec ses manières de langague, précise-t-il. C'est un roman sensible, tantôt émouvant, aussi drôle, mais bouleversant dans son ensemble, avec le contexte historique en filigrane. Il est planté dans le milieu paysan, qui tire la langue car les temps sont durs, la rogne est de plus en plus puissante. Nous ne sommes pas loin de Paris non plus, on y aperçoit même le long panache d'une fumée grise en fin de roman. Et la relation noueuse et conflictuelle entre Colin, Toinette et Fleur apporte sa touche émotionnelle, avec son soupçon d'intrigues, de roublardise et de trahison. Cela se lit très vite, et qu'on ne me dise plus littérature jeunesse, littérature mineure ou mais pourquoi tu lis de la littérature POUR la jeunesse, parce que ce roman-là n'est pas QUE pour la jeunesse ! C'est fort, captivant, avec quelques rebondissements, bref on se passionne pour cette communauté de Taverny, pour Colin et ses élans du coeur. Vraiment très, très bien !

Le coeur à la renverse, Robert Bigot

Seuil Jeunesse, coll. Karactère(s). 198 pages, 9€

Editions du Seuil, 2008

Posté par clarabel76 à 09:00 - Jeunesse - Commentaires [10] - Permalien [#]

04 avril 2008

Incantation - Alice Hoffman

incantationNous sommes dans un petit village d'Espagne, au XVIème siècle. L'histoire commence par un bûcher élevé sur la Plaza où sont lâchées des tonnes de livres appartenant à des Juifs. Un vieil homme portant un manteau avec un cercle rouge assiste à la scène, impuissant. Deux autres jeunes filles sont également spectatrices de ce sacrilège, deux meilleures amies, Estrella et Catalina. Unies depuis toujours, presque semblables avec leurs longs cheveux noirs, elles se donnent du Corbeau et Corneille pour souder leur amitié. Mais les temps changent, un vent mauvais souffle et les demoiselles, qui ont seize ans, commencent à ressentir leurs premiers émois amoureux.

Et c'est ce détail qui aura son importance, car la jalousie va ronger le coeur de Catalina qui, pour se venger de l'inclination d'Estrella pour son cousin, va la dénoncer aux grands prêtres, sur crédit d'un lourd secret que semble cacher sa famille. L'heure du déchirement, de la trahison et de l'effondrement va sonner. 

Si nos vies sont des rivières, pourquoi s'étonner que les changements qui les affectent ne nous soient perceptibles qu'une fois rendus en pleine mer ? Il arrive un jour où, balayant du regard ce qui nous entoure, nous constatons que plus rien n'est pareil, pas même notre visage. (...) J'ai traversé les mers pour me rendre dans une contrée où je n'aurais jamais imaginé me rendre un jour. Je suis devenue quelqu'un dont je n'avais pas idée. Un secret. Un rêve. C'est ce que je suis, corps et âme. Brûlez-moi. Noyez-moi. Mentez-moi. Je demeurerai celle que je suis.

Ce court roman pour la jeunesse est un exemple remarquable de la persécution contre un peuple. L'histoire traite ici de l'Inquisition qui sévit dans l'Espagne du XVIème siècle. Le propos est rapporté par Estrella de Madrigal, une adolescente qui avait grandi sans se poser de questions, subissant l'indifférence de son grand-père et le silence méprisant de sa grand-mère, adorant sa mère qui possède une grande beauté et le don de guérir par les plantes. Les récents événements qui frappent leur petit contrée d'Encaleflora vont lui ouvrir les portails de son rêve. Estrella va apprendre qu'elle est une marrane, une juive convertie au christianisme, ce qui est bien pire que le simple fait d'être de la juderia. Le roman est pudique, sobre, assez poignant face à l'escalade de violence et d'injustice, mais il est aussi le portrait admirable d'une jeune fille courageuse, qui choisira de témoigner pour protéger la Vie. Sois toi-même et ton âme sera sauvée. Un devoir de mémoire, à découvrir.

Incantation, d'Alice Hoffman. Traduit de l'anglais par Catherine Gibert.

Gallimard jeunesse, Coll. Scripto. 160 pages. 8€

2006 pour le texte, 2008 pour la traduction.

Posté par clarabel76 à 08:30 - Jeunesse - Commentaires [9] - Permalien [#]

20 mars 2008

La Disparition d'Anastasia Cayne - Gregory Galloway

anastasia_cayneC'est au début une histoire simple et ordinaire autour d'une rencontre entre deux lycéens que tout séparait. Le narrateur est un garçon effacé, la jeune fille - Anna - vient d'arriver en ville et affiche une attitude qui la différencie d'emblée du reste du troupeau. Avec son look gothique, ses mèches blondes et son maquillage noir, elle impose son style, en plus d'être totalement imprévisible et foncièrement originale. Par exemple, Anna aime écrire des nécrologies, 1516 au total, soit le nombre de tous les habitants de la ville. C'est une fille qui cultive une curiosité insatiable : elle lit sans arrêt, écoute de la musique, regarde des tonnes de films et surfe sur le Net pour se chercher de nouveaux bouquins à lire, de nouveaux disques à écouter, de nouvelles choses à voir. Il n'existait rien au monde qu'elle n'ait pas envie de connaître. Le narrateur est rapidement séduit par Anna. Ils vont sortir ensemble, et la jeune fille pimente leur relation avec des cartes postales, des livres, des chansons, des codes secrets... Et puis un jour, Anna disparaît. Le narrateur va tenter de comprendre les messages codés qu'elle a laissés, persuadé que ce sont des indices pour la retrouver.

C'est un roman singulier, où règne une atmosphère étrange et indicible. Dès la deuxième moitié du récit, l'histoire plonge un peu plus dans la quête des indices pour retrouver la jeune fille disparue. Mais au début, la narration patine à présenter Anna / Anastasia (seulement pour ceux qui l'appréciaient) et la relation entre les deux lycéens de 16 ans. Simplement, d'instinct on perçoit la petite faille qui peut gripper la belle mécanique, le titre ayant déjà  indiqué la tournure des événements, on se surprend alors à être plus scrupuleux, plus vigilant sur les détails. Au final, cependant, Anna Cayne demeure un mystère à part entière, une entité floue et insaisissable. C'est alors qu'on peut légitimement se questionner sur le propos du roman. La pêche aux renseignements n'est qu'une goutte d'eau dans ce vaste décor noyé sous la neige ; il reste du récit une ombre planante, fugitive. Ce roman n'est pas sans rappeler Qui es-tu Alaska de John Green (Scripto Gallimard) pour le traitement réservé à la disparition subite d'une adolescente, et qui reste sans explication. Délicat et poignant pourraient correspondre à ce livre, également fort déstabilisant.

Albin Michel jeunesse, coll. Wiz Suspense - 362 pages - 15€

Traduit de l'anglais (américain) par Nathalie Peronny.

http://www.assimpleassnow.com

D'autres avis de lecture : Cuné ; Marie ; Chez Claire (bis) ; Citrouille ; Ricochet ; Sitartmag ; Les Minots

Posté par clarabel76 à 07:30 - Jeunesse - Commentaires [31] - Permalien [#]

17 mars 2008

Skully Fourbery - Derek Landy

Aujourd'hui nous sommes le 17 mars, jour de la Saint Patrick, qui est la fête du patron des Irlandais. Alors pourquoi je vous cause de tout ça ? Parce que la blogosphère a fait cause commune cette date fétiche pour nos amis irlandais (le mari de Mélanie, par exemple), libre à tous de présenter en ce jour un livre d'un auteur natif de ce vert pays. J'ai choisi Derek Landy, le nouveau phénomène de la littérature jeunesse qui fait un carton outre-Manche ! (Souhaitons lui la même chose chez nous !!!)

skully_fourberyC'est un dandy, il est sarcastique, ne porte que des costumes taillés sur mesure, conduit une Bentley, c'est un détective hors pair, également magicien puissant et champion des coups fourrés. Son nom : Skully Fourbery. Signe particulier : c'est un squelette.

Il débarque dans la vie de Stephanie Edgley, une gamine de 12 ans assez précoce, lors d'une cérémonie d'ouverture de testament. L'illustre auteur de romans noirs, Gordon Edgley, vient de mourir et lègue à sa nièce fortune, maison et son lot de mystères. Cette décision étonne toute la famille, même si l'oncle et la jeune fille entretenaient une vraie relation confidentielle. Gordon avait aussi la réputation d'être excentrique et de fréquenter de drôles d'individus. L'arrivée de ce Fourbery en est la preuve. Silencieux et déguisé pour dissimuler son apparence, personne ne se doute qu'il est détective, magicien et revenu d'entre les morts ! Pour Stephanie, l'aventure commence. Lors de sa première nuit dans la maison de Gordon, elle est agressée par un sale type qui veut son nom et exige une clé. Skully Fourbery arrive à temps pour la protéger et choisit de la prendre sous son aile pour mener une enquête bien délicate...

Il faudra à Stephanie un nouveau nom, comme lui explique le détective. Cela lui permettra de se défendre contre ses ennemis qui ne vont pas tarder à rappliquer. Il semblerait que la demoiselle soit également devenue l'héritière d'un lourd flambeau tendu par son oncle Gordon, d'outre-tombe ! A Stephanie, aussi, de comprendre qu'elle vient de mettre les pieds dans un univers en parallèle de sa petite vie tranquille à Haggard : ici, existent des mages, des bons et des mauvais, comme le dénommé Mevolent qui était le chef des Forces des Ténèbres. Après sa disparition, c'est son bras droit, Scelerian Serpine, qui a repris la lutte sanglante. L'individu porte notamment la responsabilité de la mort atroce de Skully. Toutefois, ce dernier n'a jamais pu obtenir vengeance car la Trêve a été décrêtée par les Anciens, clamant ainsi une paix circonstancielle pour les deux clans. Or, notre dandy squelette n'a jamais cru en cette accalmie et tente de démontrer la rouerie de Serpine qu'il soupçonne vouloir accaparer le Spectre des Anciens pour lever une armée puissante et redoutable.

Ce livre ne veut absolument pas passer inaperçu ! Sa couverture, ses couleurs qui flashent, son look et son histoire de squelette détective et magicien sont de lourds arguments pour faire peser dans la balance des plus circonspects. Cessez cette moue, vos enfants vont adorer ce coup de génie de notre auteur irlandais. Imaginez un monde où le lecteur va côtoyer le merveilleux, la magie, la mort et la destruction, ça ne vous rappelle pas un certain sorcier de Poudlard ? La comparaison est aisée, mais très vite ça coule de source que toute association est inenvisageable. Nous sommes ici dans un cadre fantastique de l'Irlande (le décor n'est pas franchement flagrant, n'attendez pas de longues descriptions précieuses et idylliques, mais nous sommes bel et bien dans les environs de Dublin). La quête du Spectre et le combat contre des créatures horribles et terrifiantes sont inscrits dans le cahier des charges ; il y a aussi une sympathique enquête menée par notre détective squelette, qui cherche à déjouer les plans du vil Serpine. Il est seul contre tous, personne ne croit en sa théorie du complot. L'action est dense, enrichie de rebondissements imprévus et étourdissants, des coups de théâtre un peu fracassants. Bref, pas de quoi s'ennuyer ! Le petit truc, en plus, dans cette histoire est cet humour noir, décalé et ironique, très présent du début à la fin, même au coeur des scènes les plus palpitantes. Franchement, on n'a rien inventé de mieux que le rire pour sauver de toutes les situations !

Du peps, du suspense, de l'animation... cette lecture saura en distraire plus d'un !

Gallimard jeunesse - 296 pages - 16 €

Traduit de l'anglais par Jean Esch.

Posté par clarabel76 à 07:45 - Jeunesse - Commentaires [26] - Permalien [#]

27 février 2008

L'enfant d'argent - Cliff McNish

Un univers étrange et fantastique, qu'on pénètre avec quelques frissons... Bien vite, la chair de poule se confirme, surtout ressentie à travers l'ambiance (glauque), les descriptions (réalistes) et le flot d'émotions et d'actions. Impressionnant.

enfant_d_argent_1Cela commence presque normalement, un dimanche, autour d'un repas de famille. Milo, un garçon comme un autre, se met à dévorer de plus en plus les patates, les légumes rôtis et le maïs. Il n'arrête plus et son comportement alarme sa mère et sa soeur. Incontrôlable, l'enfant découvre son corps en pleine mutation et décide de fuir le foyer au plus vite. Direction : Coldharbour. Une ville étrange, proche de l'océan, prise d'assaut par des gangs d'enfants. Thomas aussi vient d'arriver après un long voyage depuis la maison qu'il a quittée, sans savoir pourquoi, si ce n'est qu'il a été poussé par une force invisible, irrésistible. Il fait la rencontre des jumelles Emily et Freda qui flairent dans les décharges pour trouver les enfants hors du commun, et Thomas est du nombre. Viendra se joindre au groupe la petite Helen, puis Walter un géant, et Milo. Ce dernier est le plus impressionnant, le plus énigmatique. Il subit une transformation pénible et douloureuse, face à laquelle ses camarades ne sont que de pauvres spectateurs. En présence de Milo, Thomas perd son énergie car Milo se nourrit de sa Beauté pour supporter sa métamorphose. Toutefois, la vie de Thomas court un grand danger. Alors le garçon décide de bondir et de réagir contre Milo. Apparaît ainsi Le Moment Crucial. (Quel est-il ? Suspense ! ) ...

Dans ce Livre 1, on découvre le deuxième tome de la trilogie de McNish intitulée La Ville d'Argent. La situation semble plus nette depuis l'Arrivée à Coldharbour de l'Enfant d'Argent. Nos jeunes héros mutants ont compris qu'ils allaient être rejoints par tous les enfants du monde, dont Jenny, la soeur de Milo. Tous ont conscience qu'ils sont appelés à guetter la Rugissante, une créature brutale, une bête immense et affamée, une créature venue des étoiles, selon Helen qui est capable de lire dans les pensées. Thomas va partir de son côté pour accueillir cette nouvelle génération d'enfants spéciaux et il va atterrir chez les Déterreurs, dont le chef naturel est Tanni, et sa coéquipière, Parminder. Ce drôle de couple n'a pas fini de surprendre notre jeune héros...  

La première partie montre la rencontre des six enfants originels qui vont former le commencement d'une défense contre la Rugissante - cette chose qu'on entend d'abord en fond sonore, sorte de grondement féroce et guère rassurant. C'est aussi l'approche de cette équipe avec des dons spéciaux, qu'on cerne peu à peu. Dans la deuxième partie, la résistance se met en place et l'ennemi prend enfin forme, après n'avoir existé qu'à travers le terme de Rugissante. Elle apparaît vorace et répugnante, accompagnée de deux nouveaux-nés, prêts à engloutir tout sur leur passage, et détourner la vigilance des Protecteurs. Leur cible : les enfants ! Dans ce livre, on assiste avec effroi à la première attaque de la créature.

« Qu'y avait-il de commun entre nous tous ? Je pensai à Walter, à ses hanches colossales. Et les jumelles : leur rapidité d'araignées, leur flair exacerbé. Tous les trois étaient des enfants très spéciaux. Moi aussi j'avais un don, ma beauté. Comme Freda le disait souvent, nous formions une sorte de famille. Je crois même que la fille, Helen, était des nôtres. Dès la première seconde, j'avais eu cette impression. Puis Milo était arrivé. Tout allait bien entre nous, jusqu'à ce qu'il rampe hors des ténèbres ! Qu'était-il ? Simplement un être désespéré et en danger ? Quelqu'un à prendre en pitié, à aider ? Je le croyais, d'abord. Mais si je repensais à ce qui s'était passé, comment nier l'évidence ? Ne s'était-il pas incrusté en moi dès le début ? N'avais-je pas vomi dès mon premier regard sur lui, comme si je savais déjà ? A la seconde même, il avait attaqué, aspirant ma beauté ! Au début, ça ne me gênait pas, mais il n'arrêtait pas d'en prendre ! Et maintenant, alors que je n'en avais pratiquement plus, il en prenait encore ! Depuis qu'il était entré dans ma vie, j'étais malade, si malade maintenant que je pouvais à peine me déplacer ! A chaque minute, je me sentais plus mal. »

enfant_d_argent_2Les enfants ont enfin découvert qu'il existait un ennemi de la Rugissante qui l'avait combattue dans le passé et qui vit aujourd'hui au fond des flots. Une équipe d'enfants-océan va donc s'employer à le libérer des algues et de la vase, mais la créature est affaiblie. Le Protecteur peut aussi communiquer par l'esprit et entretient Helen de sa faible consistance. Ses duels avec la Rugissante et sa situation actuelle l'ont profondément amenuisé. Il va cependant aider du mieux qu'il peut les enfants de Coldharbour, car la Grande Attaque approche.

D'autres vérités apparaissent dans ce deuxième livre et concernent Jenny. Son don a été révélé à la fin du livre 1 et aujourd'hui il peut servir d'arme contre l'opposant. En clair, chaque enfant originel doit maintenant exploiter son don spécial pour battre la Rugissante qui, en plus d'être une créature démoniaque, pousse le vice à court-circuiter la télépathie d'Helen pour brouiller les cartes. Le face-à-face promet d'être bouillant !   

Un deuxième livre fidèle à l'annonce du départ. Ici l'épisode est plus stratégique, les personnages sont bien en place, leurs caractères affirmés. Ils sont tous attachants à leur manière, et puis finalement on fait abstraction de l'atmosphère lugubre et dégoûtante (bah oui, ça se passe dans la vase, les déchets, etc.). L'idée est bien construite, la narration captivante... bref j'ai été entraînée malgré moi dans cette épopée incroyable.

Il faut noter que les éditions Gallimard ont publié la série en deux livres, alors que l'éditeur anglais proposait trois livres. Petit bémol pour les couvertures françaises, que je ne trouve pas attrayantes. Elles sont dans l'esprit du livre, mais elles inspirent davantage d'y aller à reculons que la curiosité piquée du premier coup d'oeil... 

A partir de 14 ans.

Folio Junior - 648 + 247 pages.

Traduit de l'anglais par Bruno Krebs.

Le site de l'auteur : http://www.cliffmcnish.com/

Posté par clarabel76 à 08:30 - Jeunesse - Commentaires [4] - Permalien [#]

25 février 2008

Glaise - David Almond

glaiseStephen Rose arrive dans un vieux taxi pétaradant à Felling, petite ville anglaise bercée dans le culte chrétien, nous sommes dans les années 60. Davie et son meilleur ami Geordie le suivent du regard se rendre chez sa vieille tante dévote, surnommée Mary-la-Folle, et font sa rencontre quelques temps après, autour d'un morceau de glaise. Stephen Rose est un féru de la sculpture, il étonne par son talent mais démontrera à Davie qu'il est capable d'encore plus. Stephen a en effet le projet délirant de créer un monstre en glaise et de lui donner vie. Davie, fasciné et tout acquis à sa science, va suivre ce nouveau camarade -  bon gré, mal gré.

Car d'autres événements viennent ruminer à Felling. Les rumeurs sur la famille de Stephen, aux ascendants de malades mentaux, son affiliation au culte du diable et à l'exorcisme font de lui un type louche. Puis une mort soudaine frappe la brute qui martyrisait Davie et son pote. Bref, de plus en plus circonspect, le garçon cherche à s'écarter de l'empire de Stephen Rose.

Voici un roman qui rappelle par bien des côtés le mythe de Prométhée, avec quelques clins d'oeil à Frankenstein ci et là, c'est une histoire tour à tour sobre et tendue, établie dans une atmosphère étrange. L'art du mystère est tressé avec un talent indéniable, la mise en scène est impeccable, très pointilleuse, angoissante et troublante. Impossible de lâcher le livre avant la fin, le piège a été efficace : le lecteur est attrapé dans ses filets. Difficile, aussi, de sortir complètement indemne, tant le roman force à se poser des tonnes de questions. Intéressant, et pas mal dérangeant.

Gallimard, coll. Scripto - 286 pages / 10,50  €

Traduit de l'anglais par Julie Lopez. 

La chronique de Madeline Roth (Citrouille)

Posté par clarabel76 à 08:00 - Jeunesse - Commentaires [11] - Permalien [#]

19 février 2008

Fantômes à tous les étages - Laura Ruby

fantomes_a_tous_les_etagesLa charmante bourgade de Cape May se trouve à la pointe du New Jersey, en bordure d'océan, et est réputée pour « ses maisons victoriennes pareilles à des gâteaux nappés de sucre glace rose et blanc, ses plages ensoleillées et jonchées de diamants de mer, et ses nombreux fantômes égarés ».
Sur ce dernier point, l'information n'est pas de source publique.
Lily Caldwell, 13 ans, va en faire l'expérience, et ce, au terme d'une aventure éclatante, pleine de rebondissements, et étonnante de fraîcheur.
Sa mère Arden vient de quitter son énième boyfriend, n'a plus un sou en poche et trouve salutaire l'invitation de son oncle Wesley d'occuper la maison d'été de la famille Wood. Cette demeure au luxe rococo a toutefois été le théâtre de drames tenus secrets, qui impliquent un incendie criminel ayant coûté la vie de l'oncle Max et entraîné la mort prématurée de l'arrière-grand-mère Katherine...
Lily est une adolescente assez amère, forcée de suivre les lubies de sa mère fofolle et irresponsable. Elle voit dans cette nouvelle vie à Cape May une étape provisoire, en attendant son entrée au collège, et avant une prochaine virée vers un ailleurs plus réjouissant - pense-t-elle.
Aussi classe soit-elle, la maison lui apparaît lugubre et étrange. Des objets disparaissent, des souffles se font entendre, son linge est teinté en rose, ou son visage est barbouillé de maquillage grotesque. Pourtant rationnelle, Lily croit de plus en plus que la maison est hantée !
Pour comprendre les mystères du 206 Perry Street, Lily va donc espérer trouver dans les archives de la bibliothèque quelques précieuses indications sur sa famille. Aidée dans cette mission par un esprit fantôme, Lily est aussi soutenue par un garçon qu'elle vient de renverser près de chez elle, un dénommé Vaz, aussi séduisant que mystérieux !

Je n'ai pas assez de qualificatifs pour exprimer ce que la lecture de « Fantômes à tous les étages » saura vous apporter : elle est étonnante, captivante, pleine de rebondissements jusqu'à la fin. Elle n'est pas totalement du domaine du fantastique, même si quelques fantômes planent ci et là, ces derniers tiennent une place assez plaisante, mais que j'estime plutôt espiègle ! Oubliez toutes les histoires à la Casper ! Ce roman saura davantage vous épater, par sa fraîcheur et sa richesse. L'histoire fourmille d'anecdotes, de retournements de situations. C'est finalement plus une quête des origines, une recherche sur les secrets de famille. Et le résultat est une vraie réussite ! On se laisse happer par l'histoire, qu'on lit d'une traite.
A souligner aussi : la merveilleuse couverture a été réalisée par Benjamin Lacombe !

Albin Michel jeunesse, coll. Wiz. 296 pages / 13 €

Traduit de l'anglais (américain) par Nathalie Serval

Posté par clarabel76 à 08:00 - Jeunesse - Commentaires [17] - Permalien [#]
« Page précédente  1  2  3  4  5  6   Page suivante »