11/03/19

Bordemarge, d'Emmanuelle Nuncq

BORDEMARGE

Une bibliothécaire cynique est propulsée dans un royaume imaginaire : séquestrée dans la cabine d'un séduisant pirate, elle comprend qu'elle est prise pour une autre (une princesse rebelle dont la tête est mise à prix). Cette dernière se trouve actuellement dans le monde réel mais ne trouve plus le passage secret pour rentrer au bercail.

Rien ne prédestinait Violette et Roxane à se rencontrer et unir leur force contre leur ennemi. L'une était figée dans sa routine qu'elle ne supporte plus tandis que l'autre est une boule d'énergie incandescente, ainsi nos deux héroïnes vont dépasser leurs différences pour sortir de ce guêpier. Et que d'aventures à prévoir ! C'est un tourbillon de folie et d'action : humour, dialogues, clins d'œil, émotions et amour. On ne s'ennuie pas une seconde.

C'est aussi le revival du roman de cape et d'épée : Roxane voyage en tenue de mousquetaire, elle dégaine son épée comme une plume et possède un caractère farouche. Son adversaire, coriace et retors, lui réserve un affrontement sans pitié. Comptez à la distribution un vieux magicien, des enfants perdus, des pirates sanguinaires et une fée clochette malicieuse. En gros, on s'amuse des clichés qui roulent d'un chapitre à l'autre : l'ambiance est joyeuse et insouciante, même si ça zigouille pas mal. Ça reste super entraînant à lire. L'histoire est à la fois subtile et insolite. Elle dégage en plus une belle énergie et une bonne humeur qui donnent envie de prendre place sous un plaid avec une boisson chaude et du chocolat à portée de main. Ce n'est sans doute pas une actualité (titre paru en 2012) mais j'ai savouré cette pépite sortie de l'oubli. Un redécouverte charmante.

Castelmore (2012) - couverture illustrée par Boulet

 

 

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08/03/19

Ne dites jamais jamais, de Nathalie Stragier

Fait suite à Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous et Ne retournez jamais chez une fille du passé.

Ne dites jamais jamaisNe dites jamais jamais :

... parce qu'à force de voyager dans le temps, vous savez que rien ne se passe jamais comme prévu. 

... parce que dans le futur on fait des trucs dingues, comme se baigner nue dans la Seine. 

... parce qu'il vous reste encore pas mal de boulot pour sauver les hommes ! 

C'est désormais au tour d'Andrea de se rendre dans le futur pour retrouver son frère. Ce dernier voyage est une juste réplique aux précédentes expériences vécues par Pénélope. Ou quand une fille du Moyen Âge doit s'adapter aux Temps Modernes... encore un choc culturel.

Pour nos deux héroïnes, c'est aussi la prise de conscience d'une société à réinventer et de frontières à dépasser. Leur odyssée est toujours rocambolesque : amour, action, suspense et humour se donnent la main. C'est super distrayant à lire - la vision de notre monde victime de ses excès est politique mais interpelle les jeunes têtes pensantes. 

Cette série révélée courant 2016 offre une issue pertinente et tire sa révérence sur une belle pirouette.

Syros, 2017

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28/02/19

Les secrets de Temple College, de Cathryn Constable

Les secrets de Temple CollegeAprès une année difficile, marquée par la maladie de sa meilleure amie, Livy Burgess accepte de s'inscrire dans une nouvelle école, le Temple College, où son père vient de décrocher le poste de bibliothécaire. La famille s'installe rapidement dans leur logement de fonction. Livy trouve refuge dans la chambre sous les combles, d'où elle peut se faufiler discrètement et ainsi gambader sur les toits. Depuis quelques temps, la jeune fille se sent attirée par les statues de sentinelles qui encadrent la cour. Livy s'imagine même pouvoir converser avec l'une d'elles. Réalité ou hallucination ? Une nuit, elle croise un garçon qui lui fait comprendre qu'elle n'est pas à sa place et qu'elle doit s'en aller. 

Prenez place à bord d'une histoire envoûtante, portée par une héroïne à mi-chemin entre Lyra Belacqua et Harry Potter. Livy est une élève réservée, chahutée par ses camarades, préférant se replier sur elle-même, loin du réel. Logique qu'elle trouve autant de réconfort dans ses rêves ou ses échappées nocturnes. Pourtant, le danger est réel : la directrice de l'école cache son jeu, le vieil homme dans le parc insiste pour lui donner des livres, vu que la bibliothèque est sens dessus dessous, interdite d'accès.

Un mystère plane entre les murs du Temple College, probablement dans le patrimoine génétique de Livy, qui vient d'apprendre que son aïeul en était le créateur. Dès lors, l'histoire nous entraîne dans une aventure passionnante, encore un coup de génie de Cathryn Constable (il faut lire Sophie et la Princesse des loups, un véritable enchantement). J'ai retrouvé dans cette fable la même atmosphère extraordinaire et merveilleuse qu'on prend plaisir à parcourir. Suis définitivement conquise !

Gallimard jeunesse (2018) - traduit par Alice Marchand

titre VO : The White Tower

Couverture illustrée par Helen Crawford-White

 

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19/02/19

Trouble vérité, d'E. Lockhart

Trouble véritéL'histoire s'ouvre sur une banale scène de rencontre dans un hôtel luxueux au Mexique. La jeune femme, convaincue d'avoir une détective privée à ses trousses, décide aussitôt de fuir sans tarder. Elle prend sa grosse valise, modifie son apparence et se sauve dans le coffre d'une voiture. Mais que cache Jule West Williams ?
Entre Manhattan et Londres, Cabo San Lucas jusqu'à Martha's Vineyard, on assiste à une course effrénée vers l'inconnu, on part aussi à la découverte d'une amitié sulfureuse. Lorsque Jule et Imogen se rencontrent, la connivence est immédiate : même physique, même soif de vivre, même désir d'indépendance. Pourtant, l'une est une riche héritière, l'autre est une orpheline sans le sou. Un destin comme Dickens aurait adoré. Et justement, Imogen vénère les romans victoriens qu'elle dévore à la pelle.
Quelques mois plus tard, les parents d'Imogen s'inquiètent de sa disparition, puis apprennent son suicide. Ils s'en remettent à Jule, sa meilleure amie, sa confidente. Toutefois, cela fait des semaines que celle-ci usurpe l'identité d'Imogen Sokoloff sans éveiller la moindre méfiance. Alors, manipulatrice ou victime ?
En fait, Jule West Williams est surtout un caméléon. Son incroyable histoire est retracée comme un puzzle, sauf que l'histoire est racontée à l'envers et accentue la grande confusion de son énigme. Chaque révélation renvoie à un fait supposé, chaque souvenir vient secouer un fait établi, en bref rien n'est acquis. Tout est chamboulé, relancé et remodelé. C'est très perturbant, en plus d'être assez complexe à suivre. Au final, l'exercice est usant et laborieux. Trop de tours de passe-passe, trop de pistes sans issue, trop d'audaces et de risques inutiles... Je n'ai pas été conquise par cette façon de faire. Je n'ai pas été séduite par les personnages. Et j'ai trop galéré pour démêler le vrai du faux, j'en sors déçue. #frustration

Gallimard jeunesse, 2018 - traduction de Nathalie Peronny

titre VO : Genuine Fraud

 

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13/02/19

Norman n'a pas de super-pouvoir, de Kamel Benaouda

Livre gagnant de la troisième édition du Concours du Premier Roman Jeunesse 
organisé par Gallimard Jeunesse, Télérama et RTL.

Norman n'a pas de super pouvoir

Norman est un adolescent tout ce qu'il y a de plus ordinaire. Peut-être trop ordinaire, à son goût. Autour de lui, il est tout à fait commun d'avoir un super-pouvoir. Chaque élève de son école doit d'ailleurs passer un test pour le révéler, puis suivre une formation en espérant décrocher une place à l'académie des super-héros. Or, pour Norman, aucun don spécial ne semble lui avoir été octroyé. À l'approche de son examen, le garçon s'interroge et s'inquiète. Il n'ose rien dire à ses parents, de peur de les décevoir. Seule sa grand-mère n'est pas dupe et lui suggère de ruser. Il met donc trois de ses camarades au courant pour élaborer un plan. Tricher, lui ? Voyons... Il préfère arrondir les angles. Dès lors, son destin est scellé. Plus possible de reculer. Le garçon est lancé dans une aventure qui va dépasser ses espérances... et que de rebondissements à prévoir !

C'est aussi un vrai bonheur à lire. Au départ, j'ai trouvé l'histoire assez plate, basée sur la vie de collège, entre amitié, chatouillis amoureux, souci des apparences et harcèlement. C'est avant de réaliser qu'on nous raconte surtout les déboires d'un gamin ordinaire dans un monde extraordinaire. Autour de Norman, tous sont surdoués. C'est la norme. Lui se sent affreusement banal et ne l'accepte pas. Il a peur du regard des autres, peur d'être mis à l'écart et peur de trahir la confiance de ses proches. Mais à vouloir préserver son secret, le garçon va surtout provoquer sa chute. En fait, c'est très drôle à analyser car l'auteur en vient à dire qu'être insignifiant n'est pas une tare non plus et qu'on peut s'inspirer des petits riens pour être heureux tout simplement. On ne le rappelle jamais assez. Bon point pour ce roman. Il est non seulement addictif et réjouissant, combine l'humour, les personnages attachants et le suspense, propose une intrigue originale et décalée, et pour finir nous fait passer un très bon moment. Pour un premier roman, c'est une véritable aubaine. D'ailleurs, bravo pour le concours : c'est mérité.

Gallimard jeunesse (2018) - illustration de couverture : Gazhole

En janvier 2018, Gallimard Jeunesse, RTL et Télérama ont lancé la troisième édition du concours du Premier roman jeunesse. Parmi plus de 900 manuscrits, un jury composé d'éditeurs, d'auteurs, de journalistes, de libraires et de blogueurs a désigné le gagnant (Norman n'a pas de super-pouvoir de Kamel Benaouda)... lequel succède à La Passe-Miroir de Christelle Dabos, révélée en 2013 et aux Mystères de Larispem de Lucie Pierrat-Pajot, grande gagnante de 2016.

 

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12/02/19

Signe particulier : Transparente, de Nathalie Stragier

TransparenteEsther se sent invisible aux yeux du monde : sa famille toujours débordée remarque à peine ses absences, ses profs ou ses camarades au lycée ne la calculent jamais. Reste son amie Romane qui la pousse à sortir de sa bulle et cherche à l'entraîner dans un semblant de vie sociale. Ou même Simon, un copain du lycée, timide mais souriant. Esther a néanmoins décidé de taper du poing sur la table en préparant une fugue... avant de se raviser. Encore un constat d'échec. Esther se sent plus pathétique que jamais - elle n'a aucun courage et demeure désespérément inexistante. Pire, elle a de plus en plus l'impression de disparaître. De devenir transparente. Sauf que ce n'est pas qu'une impression : Esther est vraiment en train de se métamorphoser. Sans comprendre pourquoi, là voilà capable d'être invisible et de voyager dans une dimension parallèle. Grisée par cette perspective excitante, elle peut enfin surprendre les conversations ou se défouler en accusant les uns et les autres de l'ignorer sans raison. Quel pouvoir. Ça marche à tous les coups. Elle se sent libre comme l'air et décomplexée. Jusqu'au jour où elle croise une femme à la mine sombre et qui fonce sur elle en la menaçant de déguerpir...

Impatiente de découvrir ce nouveau roman de Nathalie Stragier, après avoir adoré sa série La fille du futur, j'avais énormément d'attentes envers cette lecture. On découvre alors une configuration assez originale, avec une héroïne ordinaire dans une vie tout aussi ordinaire, mais à qui il arrive finalement un truc improbable. Mi-fantastique, mi-roman à suspense, le mélange des genres fonctionne très bien car la lecture est pleine de surprises. Quel est ce phénomène qui frappe notre héroïne, comment se manifeste-t-il, pourquoi Esther, que veut cette vieille folle et que cache le monde des transparents... En fait, le tout est assez enthousiasmant. On tourne les pages avec frisson. On est curieux de connaître la suite. On est troublé aussi par l'équilibre subtil qui se joue sous notre nez, entre rêve et réalité, réalisme et fantastique. Oui, la frontière est mince. L'esprit parfois vacille. Manque peut-être un peu d'humour et de légèreté, à mon goût, car Esther est une demoiselle farouche et bourrée de complexes. Je n'ai pas réussi à m'y attacher. Attendez-vous donc à une lecture sensible et plus réfléchie... loin d'être aussi addictive que La fille du futur.

Syros, 2018

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29/01/19

ReBorn (tome 2), d'Alex Scarrow

ReBornDans cette suite de ReMade, on replonge pour des heures d'angoisse, de courses-poursuites infernales et de rebondissements incroyables ! Une expérience stupéfiante. Mais je n'ai pas été déçue du voyage.
L'ambiance est également toujours électrique et survoltée : le chaos est en marche, les survivants au virus se rassemblent et s'organisent. On parle aussi d'un rendez-vous à Southampton où des navires viendraient au secours des miraculés. Qui ne tente rien n'a rien, après tout.
Quid du virus ? Tous ont conscience qu'il n'a pas été éradiqué et doit somnoler avant un retour fracassant. Car le virus est très intelligent. Depuis le début de la crise, il a démontré ses capacités d'adaptation et d'efficacité. Le virus juge, tâte le terrain, anticipe les actions humaines et ne se laisse jamais surprendre. Tant de perfidie... c'est malin et terrifiant.
D'ailleurs, devinez quoi ? Grace est de retour ! Je ne spoile pas, mais les lecteurs avertis en tombent forcément des nues. De son côté, Léo et son amie Freya avancent au hasard, font des rencontres à peu près fiables, s'installent dans un château médiéval, subissent des tests, vont et viennent. On ne s'ennuie pas un instant. Leur parcours est constamment semé d'embûches, qu'on ne s'y trompe pas, le calme n'est qu'apparent et on s'attend sans cesse à un revirement de situation.
L'auteur multiplie les coups de force et les coups de chaud. La mécanique est bien huilée, très cinématographique aussi. Résultat, on ne voit pas le temps passer et les pages du livre défilent à toute vitesse. Une réussite totale. Pour moi, cette série est bluffante : elle est terriblement addictive et étonnante. Elle brasse une multitude d'émotions, malmène ses personnages, brouille les pistes, fait réfléchir et maintient l'intensité en haute estime. C'est grandiose. Je vois bien une série tv !

Casterman (2018) - Traduit par Pierre Szczeciner

 

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19/01/19

L'été où j'ai vu le tueur, de Claire Gratias

L'été où j'ai vu le tueurCoincé pour l'été dans son petit village tranquille, pendant que ses copains sont tous partis en vacances, Hugo a déjà prévu de dévorer des romans d'épouvante. Sa rencontre avec Vadim va chambouler son programme. Pour impressionner le chef de la bande, il commence à raconter qu'il existe la Porte du Diable - un conte à dormir debout - dans la cave de sa maison. Son pote mord à l'hameçon et demande à en savoir plus.
Commence donc un vrai challenge pour Hugo : donner le change avec des détails croustillants et ne pas montrer qu'il meurt de trouille au fond de lui. Car le garçon est loin d'être téméraire. Les frissons, les nuits blanches, il les réserve pour ses lectures. En vrai, il a peur de son ombre.
En plus, une drôle de rumeur enfle dans son village. Le chien de ses voisins a été empoisonné. Puis un autre, et encore un autre. Cette hécatombe n'est pas le fruit du hasard. Hugo est persuadé qu'un criminel court dans sa verte et paisible campagne. Il entraîne alors Vadim à sa suite pour résoudre ce mystère.
Que de suspense entre les pages de ce roman ! Les jeunes amateurs vont se délecter. Le déroulement de l'intrigue n'est peut-être guère surprenant (j'ai passé l'âge aussi) mais le reste est bichonné avec soin : on a une ambiance pesante, un climat angoissant, un vrai roman noir. On joue avec les codes du genre, on se prête au jeu et on tourne les pages avec excitation. Le décalage avec le charme bucolique en toile de fond est également admirable.
Une réussite en la matière. Très sympa.

rouergue jeunesse, collection doado noir (2019)

 

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16/01/19

Pëppo, de Séverine Vidal

PeppoUn matin, Pëppo découvre un petit mot de sa sœur Frida lui annonçant qu'elle vient de mettre les voiles et lui confie ses deux dodus le temps de se retourner. Le môme de 17 ans tombe des nues.
Déjà, il faut savoir que Pëppo vit dans une caravane et dans un camping délabré. Ses parents sont actuellement en tournée sur une croisière et ne rentrent qu'à la fin de l'été. Le reste du temps, le frère et la sœur doivent se débrouiller avec le quotidien. En plus, Frida est maman de deux bambinos et trime comme une malade pour faire bouillir la marmite.
Résultat des courses, Frida a capitulé et filé sans demander son reste. Pëppo en reste comme deux ronds de flan mais ne va pas se débiner. Les marmots, il en fait son affaire. Les biberons, les couches, il gère. Puis cap sur la plage à bord d'une vieille charrette de marchand de glaces qu'il a bidouillée exprès pour trimballer les jumeaux.
Car la vie de Pëppo, c'est le surf. Il passe des journées entières à attendre la vague et glisser sur sa planche. Parfois il envisage de se rendre au lycée, même si côtoyer ses congénères lui donne souvent de l'urticaire. Et il y a cette Marie-Lola, au prénom ridicule, avec ses bagues sur les dents et ses étoiles sur les ongles, qui parle tout le temps mais qui commence aussi à lui faire du bien... C'est nouveau, ça. Pëppo ne comprend pas.
Enfin, la vie est une pochette-surprise avec ses rencontres, ses routes, ses lumières, ses chansons et son café-chaussette. Ça rigole pas mal dans cette histoire, ça tire aussi la langue. Mais au bout du compte, ça chante et ça danse sous les étoiles. Au final, ça propulse une formidable énergie et une envie de croire en son prochain. Amitié, solidarité, entraide et roublardise se bousculent et composent cette lecture aux accents franchouillards.
C'est très sympa comme lecture estivale. En tout cas, ce que j'apprécie par-dessus tout, c'est la plume de l'auteur. Un style inimitable, des mots qui semblent glousser sur la ligne... C'est une démonstration sans fausse note d'une parfaite virtuose. N'hésitez pas à jeter un petit coup d'œil en passant : ça se savoure en faisant claquer sa langue contre le palais. Tutto finisce a tarallucci e vino !

Bayard jeunesse (2018) - illustrations : Chez Gertrud

 

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19/12/18

Nos vies en mille morceaux, de Hayley Long

Nos vies en mille morceauxDylan et son frère Griff ont passé leur enfance à parcourir le globe avec leurs parents. Libres et insouciants, ils incarnent la famille aimante et offrent un aperçu du bonheur de vivre ensemble. Mais peu avant le 13ème anniversaire de Griff, leurs parents ont un accident de voiture. Un drame puissance mille. Les garçons sont anéantis, privés de repères, ils se retrouvent seuls au monde. D'abord recueillis par une collègue d'école, la sublime et attachante Beyoncé (keep on dreaming), ils sont ensuite envoyés dans une petite ville du Pays de Galles, chez une cousine qu'ils n'ont jamais rencontrée de leur vie.
Commence une autre étape pour recoller les morceaux de leur existence brisée. Et là, moi j'étais effondrée avec mon roman entre les mains : ses éclats de rires et ses cascades de larmes vont et viennent en alternance. Ascenseur émotionnel droit devant. J'ai pourtant tout encaissé car cette lecture est aussi extrêmement positive. Elle vous envoie de bonnes ondes vivifiantes, elle déborde d'amour, de poésie et de musique, en même temps qu'elle évoque le chagrin insurmontable, la perte et la solitude.
L'auteur avait déjà produit ce numéro de haute voltige avec son héroïne Lottie Biggs, ou comment raconter une histoire poignante, sans verser dans le mélodrame, en rappelant qu'il faut s'accrocher et croire en la vie. Elle récidive donc avec Dylan et Griff à travers un portrait magnifique et bouleversant des deux frères dont la détresse est à couper le souffle. Et même si on a le cœur lourd et la boule au ventre, même si on tend l'oreille pour écouter leurs murmures, on sourit aussi tout du long à la lecture de cette histoire miraculeuse.
On fait ainsi provision de mots doux, on ramasse des mots piochés ci et là : “avec ou sans moi, la vie continue”, “on se sent toujours mieux après un bon thé gallois”, “parfois, malgré tout, la vie est belle”. Et on court écouter l'album des Beach Boys et leur chanson, The Nearest Faraway Place. « On aurait dit la musique qui clôt un film. Du genre doux et triste et, en même temps, plein d'espoir. » 
Ce roman est magique.

Gallimard jeunesse (2018) - Traduit par Laetitia Devaux

Titre VO : The Nearest Faraway Place

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