Chez Clarabel (2)

Des livres, de la passion de lire et des dessous chics

13 février 2008

Le secret du choriste - Sylvie Brien

secret_du_choristeIl s'agit donc de la troisième aventure de Vipérine Maltais, jeune élève du couvent Sainte-Catherine, devenue une spécialiste reconnue pour sa grande perspicacité à dénouer les affaires suspectes. Une nouvelle fois, elle est appelée à résoudre l'origine d'un drame qui a presque coûté la vie d'un jeune garçon de 14 ans : Idola Desrochers est plongé dans un profond coma, après avoir été assommé par un lustre, lors d'une représentation de la chorale du collège du Portage. L'incident ne serait pas la source du hasard, mais bien une tentative d'assassinat !
Vipérine et sa grand-tante Saint-Ignace se rendent toutes deux sur place. L'enquête sera-t-elle une affaire de routine, pour notre jeune Miss Marple en culottes courtes ? Gageons que ces entretiens avec les protagonistes de ce mystère vont éclairer sa petite lanterne. On parle des cellules grises pour Hercule Poirot, ici ce sera « l'étincelle, la petite lumière perçant sous les rameaux quasi impénétrables d'une forêt profonde et sombre, qu'on aurait dite sans fin et sans issue ».
Plusieurs points me font apprécier cette série. C'est d'abord très divertissant, une enquête simple et efficace, de quoi bien nous divertir et nous embarquer. Cela se passe dans le Québec des années 1920, dans un pensionnat religieux. L'écriture est colorée, vraiment exaltante, pleine d'humour et de dépaysement. Un régal. Les personnages portent tous des noms joliment excentriques, mais d'une classe folle : Hermance Livernois, l'abbé Télesphore, Philibert Babin, Alphonse Sansoucy, Zotique Huot, Fridaline Philippon... Et la scène finale n'est pas sans rappeler les manières théâtrales d'une certaine Agatha Christie ! De plus, l'édition est soignée, avec la touche de Gianni De Conno pour illustrer le propos.
A noter, au passage, les piques contre un féminisme ronronnant... « Où allons-nous, je me le demande, si les bonnes soeurs et les couventines commencent à s'occuper des affaires de l'Etat plutôt que de l'état de leurs affaires ! »

Gallimard jeunesse, coll. Hors Piste - 155 pages. Dès 10 ans.   8.50 €

Les premiers tomes, disponibles, sont :

  1. Mortels Noëls  (2004)

  2. L'affaire du collège indien  (2006)

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12 février 2008

Le Clan des Otori, tome 1 : Le Silence du Rossignol - Lian Hearn

otori_1    otori_1_poche

Un jeune garçon de 16 ans, qui vivait auprès des siens dans un village tranquille au coeur des montagnes, échappe de peu à un massacre orchestré par le redoutable sire Iida, chef du clan des Tohan. Il doit la vie sauve à un voyageur réfugié près des grottes, qui est en fait sire Shigeru du clan des Otori.
Tomasu devient alors Takeo, fils spirituel de Shigeru qui désire l'adopter, mais les guerres des clans faisant rage, l'homme doit faire preuve de patience et de prudence. De plus, Takeo possède des secrets qu'il semble lui-même ignorer, mais qui vont peu à peu s'éclairer sous l'enseignement de sire Kenji, un ami dévoué des Otori.
Le temps, aussi, va révéler au garçon la splendeur de Kaede, l'héritière des pays de l'Ouest, qui est retenue en otage chez un seigneur du clan des Tohan, et qui est promise en mariage à sire Shigeru, pour sceller un pacte de paix entre Otori et Tohan.
Il n'est point besoin d'en révéler davantage !

J'avais à peine ouvert le livre que déjà je réalisais avec stupeur que j'avais littéralement dévoré les 50 premières pages ! Ce livre a su d'emblée me captiver, m'envoûter et je n'ai plus su le lâcher avant d'en connaître l'issue.
J'ai été totalement emballée par cette épopée, plongée dans ce Japon médiéval, peuplé de traditions, de contes et de légendes, animé par des notions d'honneur souvent bafouées par la folie des hommes. Le destin du jeune Takeo connaît ici un revirement étonnant, qui n'a bien sûr pas fini de surprendre.
Aux amateurs de sagas romanesques, d'aventures héroïques et flamboyantes, aux histoires d'amour qui sentent le tragique et le sublime, bref, je ne peux que vous conseiller de lire sans attendre ce 1er Tome d'une longue suite ! ...

Le site Le Clan des Otori

Gallimard, 370 pages. Septembre 2003.

Traduit de l'anglais par Philippe Giraudon.

Un tome 5 vient effectivement de paraître : Le fil du destin . C'est le livre qui raconte l'histoire du Clan des Otori, au tout début. Celui qui s'achève là où commence Le silence du Rossignol ... 

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07 février 2008

L'Horloge du Temps - Jeanette Winterson

horloge_du_tempsLondres, en 2009. Silver Rivière, 11 ans, suit sa tante Mme Jetandor, désormais sa tutrice légale, chez un antiquaire, grand collectionneur d'horloges, qui tient boutique, appelée Tempus Fugit, dans la capitale. Cet homme se nomme Abel Abysses et c'est une vieille connaissance de la famille Rivière. Abysses recherche un objet rare et précieux, le Garde-Temps, et espère cuisiner la petite fille pendant son séjour à Londres, avec toute la complicité de la sotte Mme Jetandor.
Il y a quatre ans, les parents de Silver et sa petite soeur ont pris le train pour rejoindre Abysses et lui présenter cette horloge, mais la famille a brutalement disparu, emportée par une Tornade Temporelle.
Qu'est-ce donc ? Le gouvernement s'alarme, les scientifiques n'ont aucune réponse. Brutalement, le Temps s'emballe et fait un arrêt sur lui-même, parfois les personnes plongent dans le passé, parfois dans le futur, mais il est impossible d'en revenir.
Il y a une personne capable d'apporter des solutions : Régalia Mason, de la société Quanta qui s'occupe d'acheter le temps pour le revendre aux plus offrants. Mais collaborer avec cette femme redoutablement belle, potentiellement dangereuse, ressemble à s'y méprendre à pactiser avec le Diable !
De son côté, Silver ignore véritablement où se trouve l'horloge convoitée par Abel Abysses ET Régalia Mason. Mais elle comprend très vite qu'il faut fuir ces deux-là et se réfugier auprès du peuple des Divergents, des habitants sous Terre, où Silver vient de rencontrer un nouvel ami, Gabriel, qui a pour fidèle compagnon un Mammouth du nom de Goliath.

L'aventure commence dans le manoir familial, Château-Chevêtre, étrange demeure qui tombe un peu en ruines, mais qui semble vivante et pleine de trésors cachés. Puis l'histoire nous emporte à Londres, dans une boutique extraordinaire, mais habité par un antiquaire faussement débonnaire. Et puis brusquement, c'est la découverte de nouveaux décors, de possibilités infimes et innombrables, d'ouvertures à une imagination complètement folle. C'est passionnant, étourdissant presque. Mais il faut s'accrocher aux détails, car ça tourbillonne dans tous les coins.
C'est un réel divertissement, un pur bonheur d'évasion et c'est très richement décrit, soigneusement paré, avec une ingénieuse solution pour la fin, qui a d'ailleurs failli me duper ! A noter, aussi, que la jeune héroïne, Silver Rivière est la digne héritière de ses ancêtres les pirates, et doit son prénom en clin d'oeil à Long John Silver de L'Île au Trésor.
Un roman qui ne finit pas de nous surprendre !

Albin Michel jeunesse - coll. Wiz - 360 pages.  15 €

Traduit de l'anglais par Hélène Collon. Titre vo : Tanglewreck.  Couverture : David Wyatt.

A aussi été lu par Mélanie (Book in !)

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06 février 2008

On voit la vie en jaune (aujourd'hui) !

tirez_sur_l_ambulanceColin Thibert a osé faire drôle avec ce qui n'est pas censé l'être ! Personne ne comprend ? Je m'explique, alors.
Au cours des 10 textes de ce livre, il va choisir des thèmes à faire frémir et mettre en scène des personnages assez pathétiques dans des situations tout aussi sordides et réussir à extirper des sourires, et même des éclats de rire. Un comble ?
Peut-être bien, mais cela serait mentir !
Je n'ai jamais cessé d'être étonnée et franchement déboussolée, mais j'ai adoré ça ! Dans Sardanapale, par exemple. C'est un couple très bourgeois, très clinquant, qui sort son argent pour avoir une belle maison, partir en cure et s'acheter un chat à 400 €. Ce chat au pedigree exceptionnel pose toutefois problème pour les vacances à la neige, et naturellement le couple se tourne vers la voisine, une petite vieille malade. Mme Benoît viendra plusieurs fois par jour soigner la bête, on peut lui faire confiance. Mais la surprise, en rentrant, sera elle aussi à la hauteur de leurs grands airs !
Absolument horrible et démoniaque !
Une autre histoire nous emmène en Birmanie, avec un couple très bobo, passionné de voyages à travers des contrées exotiques, de plus en plus folles et excitantes. Le couple est pourtant prévenu des 'risques', mais qui a cure des ruses de la faune locale ? Au diable tout cela !
Pas de quoi se retourner, mais sûr et certain de s'en mordre les doigts !
Tout est très elliptique, mais il ne faut pas gâcher la chute. Toutes les histoires sont extrêmement bien cousues, elles épinglent en passant les dérives de la société actuelle qui consomme trop vite et très mal, mais l'auteur ne se gausse pas de donner des leçons. Au contraire, il rit de tout facilement, en prenant à témoin le lecteur. Une belle prise d'otage ! En plus de tirer sur l'ambulance, Colin Thibert s'en prend - sans honte - aux ados, aux vieux, aux riches, aux chats. Il plante le clou, ça ne fait pas mal et ça chatouille.
Le rire, lui, sera jaune et un peu grinçant.
Bien, bien, bien...

En moins de 30 mots : Recueil d'une dizaine de nouvelles toujours drôles, souvent cyniques, mais jamais de mauvais goût, dans la tradition de la littérature de genre et de l'humour noir.

Tirez sur l'ambulance ! de Colin Thibert - 190 pages - 9.50 €

des_petits_riensAvec le livre de Régine Detambel, ma première impression a été d'applaudir cette limpidité dans l'écriture, ce qui donne immédiatement cette sensation de flotter et de glisser sur une vague, de ne jamais rencontrer d'aspérités !
C'est tout simplement un vrai plaisir, pour le lecteur.
Ensuite, le contenu est aussi un très grand moment de lecture, car pas un instant on ne s'ennuie au cours des 12 textes de ce recueil. Peut-être l'ouverture laisse échapper un petit goût amer, celui du citron jaune, glissé dans un cocktail pour libérer la rancoeur d'une femme désabusée en amour. Mais bien vite, j'ai trouvé l'humour, la grâce, les clins d'oeil et la douce ironie qui sont les retombées afférentes à ce genre d'exercice.
Le drôle, on le croise dans l'histoire de cette adolescente qui suit son petit ami pour une escapade à Paris, contre l'avis de ses parents. Elle pense déjà à leurs angoisses, car pour elle cette virée est une fugue. Et puis, c'est la catastrophe quand son chéri arrive - en retard - avec un pantalon qui casse tout le mythe.
La gravité, on la trouve dans une vérité plus douloureuse, celle qui s'ouvre à un garçon, à force de chercher et de connaître qui était son grand-père, décédé dix ans plus tôt, d'une mort violente, rapporte-t-on dans la famille. Mais personne ne s'ouvre à lui, ne répond à ses questions. Peut-être, parfois, la vérité n'est pas bonne à entendre ...
La bêtise humaine est abordée dans un portrait xénophobe, un père complètement opposé au campement de manouches près de chez lui, sa fille est plutôt fascinée par le garçon qui joue de la guitare sur les marches de sa roulotte. Le choc de deux cultures, une rencontre viendra après quelques nuages de cendres.
C'est tout aussi beau et poétique dans l'ennui d'une lycéenne, dans sa classe, attendant désespérément un signe, un SMS de son petit copain. Et les lentes et belles descriptions de son agonie donnent lieu à de superbes pages, mélancoliques et vraiment lyriques !
Cela peut paraître solennel, à découvrir ainsi, sauf que c'est véritablement des petites perles mises bout à bout. Ce sont des instants fragiles, fugaces, des éclats de vie. J'ai trouvé que l'ensemble était super agréable à lire, très reposant, distrayant, offrant une belle leçon de style, avec des histoires très parlantes, à la fois fortes et amusantes.
Bien joli tout ça !

En moins de 35 mots : Ces petits riens, ce sont de petits moments qui passent comme une ombre, mais qui parfois changent la vie, des moments d'héroïsme ou de lâcheté qui filent sans laisser de trace, la plupart du temps...

Des petits riens au goût de citron, de Régine Detambel - 170 pages - 9.50 €

Tirez sur l'ambulance ! avait été lu par Gawou (la libraire)  

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03 février 2008

si tu n'existais pas & l'amour vache

si_tu_n_existais_pasSa maman, Alice, est folle... de Joe Dassin. Elle connaît toutes ses chansons par coeur. Lui, Fredo, est fan de Mac Spitte (comprenez Mark Spitz, le champion de natation). Tous les jours, il s'entraîne dans sa baignoire et compte jusqu'à combien il peut rester sous l'eau sans respirer.
Tout ça vous enlève quelques soucis de la vie. Parce que la vie, la vraie, n'est pas drôle. Alice est un peu folle (pour de vrai), elle cherche un homme, ou un père, qui pourrait remplacer celui qui a disparu. Elle veut le faire pour son fils, mais Fredo préférerait que sa maman, si jolie, soit un peu plus rangée, raisonnable, prévisible. Vous en connaissez beaucoup qui se rendent à des funérailles pour pleurnicher sur le défunt et provoquer un mini scandale auprès de l'épouse, des enfants et des proches ? Résultat : une bousculade, une maman au fond d'un trou et un tailleur en lambeaux. Pour le jour de la rentrée, c'est pas top !
A l'école, il y a les copains, Nono et ses vacheries, Bien-Bien le prof qui croit en son potentiel de champion, et les cours de piscine, où Fredo devient une étoile filante ! La classe.
Et puis les ennuis, toujours, reviennent et vous emportent une maman qui est partie à Rio. Comme dans la chanson de Claude François. Les copines d'Alice sont là, Mado qui aime le jaune canari et Michel Sardou à en mourir (de plaisir) et la jolie Lulu, une gosse de 20 ans qui a un corps de déesse, mais un amant marié.
Ce roman vous en raconte des belles et des pas mûres, avec des clins d'oeil aux artistes délicieusement kitsches des années 60. Bien sûr, derrière le ton badin, l'histoire est plus amère car c'est un portrait délicat d'un fils sans père et d'une femme qui cherche à se caser à tout prix (mais qui finit par se casser les dents). L'histoire est racontée par un Fredo qu'on adore, et qui n'a pas sa langue dans sa poche, il est flanqué d'une maman foldingue, qui reste très touchante ! Un mélange d'humour, de doute et de tendresse : un beau, bon roman attachant !

Si tu n'existais pas, Williams Crépin.

Editions Thierry Magnier - 169 pages -  8.50 €

Encore un peu d'amour, mais de façon plus vache !

amour_vacheRachel Corenblit, découverte avec son premier roman Shalom Salam maintenant, propose de décliner en 8 courtes leçons la façon d'aimer de jeunes ados d'aujourd'hui. On peut s'imaginer une approche facile et légère (pourquoi je suis la seule à ne pas avoir de petit copain, pourquoi personne ne m'embrasse jamais ...), la lecture nous ouvre finalement les portes vers des histoires plus touchantes.

On y croise une belle-mère qui fait meuh, mais finalement elle n'est pas si vilaine ni si vache que ça. On tient la main d'un père qui n'en finit pas de mourir depuis un an, et ça coûte et ça dure, mais à quoi ça sert de pleurer ? On donne des ailes à un garçon un peu tordu et qui n'a jamais eu de chance dans sa vie scolaire, parce qu'il n'est pas comme tout le monde. On se trouve à côté d'une ado prise dans l'engrenage du TOC et qui se frotte les mains jusqu'au sang pour se guérir du mal en elle. Et on découvre aussi le combat d'une maman pour sa fille atteinte d'un cancer, ou la fugue d'une soeur et ses frères pour échapper à des agissements horribles sous le regard noyé (de larmes ou de pluie) d'un gendarme empathique.

Bref tout ceci en quelques 120 pages, avec un peu de confiture sur une tartine, et cela vous donne beaucoup de noblesse à l'art d'aimer (un peu vache) ; des situations souvent difficiles, des jeunes blessés, touchés ou écoeurés, mais qui ne manquent jamais d'humour (un peu noir et grinçant)... On se cherche, on ne se trouve pas, mais il n'en reste pas moins beaucoup de vivacité et d'esprit dans tout cela !

« C'est d'amour dont je te cause. L'amour qui remplit et qui fait son boulot. Tordre les coeurs. Raccourcir l'âme. Essorer la volonté. Tombe pas amoureuse, poulette, c'est ce que je disais à ta maman quand elle avait ton âge. Laisse-les chavirer, tous, mais reste à bord du navire. Contrôle la direction du vent. Et si tu tombes à l'eau, pense à respirer.
- Tu te rends compte, papi, tu brises tout mon romantisme, elle disait.
- Va, poucette, vaut mieux être cul que culcul.
»

L'amour vache - Rachel Corenblit.

Le Rouergue, coll. doAdo. 122 pages. 7.50 €  

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27 janvier 2008

Les orphelins de Naja - Nathalie Le Gendre

orphelins_de_najaJ'ai beau cherché un qualificatif pour exprimer mon sentiment sur ce roman, je ne trouve pas mieux que le tout simple : « c'est fort » . J'étais préparée à une lecture un peu « coup de poing » , mais le résultat a dépassé toutes les attentes !
N'attendez plus : découvrez ce livre !!!
Le sujet peut paraître rebutant : nous sommes au XXIIIème siècle, sur une planète verte qui s'appelle Naja, où sont envoyés des millions d'enfants défavorisés, orphelins, délinquants, etc. La Terre a lancé un programme grandiloquent, mais qui fait froid dans le dos, « une Terre saine de corps et d'esprit » .
A vrai dire, on n'en finit pas de frissonner. L'histoire commence par un enlèvement, une petite fille de 3 ans, Ana, qui est la cadette du secrétaire général de l'OMPE (l'Organisation mondiale en charge du projet cité ci-dessus). Du jour au lendemain, l'enfant disparaît de la circulation. Aucune nouvelle.
Les années passent, et on retrouve cette petite fille dans un orphelinat sur Naja. Elle a 12 ans, se nomme Khisana et elle s'ennuie profondément. Elle a tout oublié de son passé et dépend aujourd'hui d'un tuteur, Hoel, son aîné de neuf ans.
Ce qu'on ignore au début, mais qu'on devine entre les lignes, c'est que la planète Naja est rongée jusqu'à l'os par un fléau dégoûtant. Des réseaux pédophiles ont noyé le système, et l'Eglise, qui contrôle cette station, a un rôle à jouer dans l'affaire. Il y a l'armée, aussi, présente sur Naja, et qui va mettre en place un service d'intervention spéciale pour infiltrer le milieu. Mais leurs procédés, autant le dire, ne sont guère très « catholiques ».
Pour en revenir, donc, à Khisana. La jeune fille souhaite quitter l'orphelinat à tout prix et suivre ces personnalités « haut placées » qui viennent rendre visite à la Mère Supérieure en choisissant les meilleurs éléments de l'établissement. Khisana veut être du nombre, mais Hoel refuse catégoriquement. Il essaie de lui expliquer, la jeune fille reste sourde, alors il décide d'employer les « grands moyens » .
Avis, de suite, à ceux et celles qui auraient entendu des échos, selon lesquels le roman pourrait être choquant pour les jeunes lecteurs : c'est totalement faux !
C'est certain que l'histoire aborde des thèmes fâcheux (l'abus sexuel, etc.) mais tout n'est qu'indiqué dans l'idée, dans l'esprit des lecteurs. Vous ne trouverez jamais de détails glauques et dérangeants dans le texte, jamais de gestes explicites et douteux. Jamais ! Vous montez seuls votre film dans votre tête, mais n'attendez pas du roman de vous livrer les fragments, les indications et autres accessoires.
Voilà, c'est dit. Je ne veux pas qu'on se perde dans ce livre pour des mauvaises raisons, ni qu'on n'envisage pas de le lire pour ces autres raisons !
Ce qu'il y a de tout à fait stupéfiant, c'est que « Les orphelins de Naja » est un roman captivant. Par son lot de chapitres courts, il impose de suite un rythme trépidant, qui ne laisse pas une miette de souffle au lecteur. C'est l'invitation immédiate à poursuivre une série d'événements grotesques et immondes (dans l'idée). Et c'est scotchant !
Khisana est l'un des personnages principaux, nous la retrouvons à l'âge de 17 ans, embringuée dans les services secrets. Sa mémoire a été nettoyée pour qu'elle puisse être opérationnelle, c'est une sorte de Nikita, moins sanguinaire. Elle a une beauté sauvage, qui fascine ceux qu'elle approche. Son caractère est tout aussi flamboyant, prêt à venir en aide aux plus démunis.
En tout point, le roman est une réussite pour l'intrigue, les personnages, l'action et l'écriture. Rien à dire. Par contre, est-ce une impression ou la fin aurait-elle été un tantinet polissée pour mieux coller aux attentes et ne pas trop chambouler les ligues bien pensantes ? Ceci n'est qu'un sentiment, parce que j'ai dévoré ces 200 pages d'une traite ! N'hésitez pas non plus !!!

Mango, coll. Autres Mondes - 202 pages - 9.00 € 

A partir de 14 ans.

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18 janvier 2008

Juliette de la Flibuste - Bertrand Solet

juliette_de_la_flibusteVoici un livre absolument captivant, écrit tambour battant, et tout indiqué pour les amoureux des histoires de flibustiers, de pirates et de batailles navales !

Au port de La Rochelle, bourgeois et marchands se réunissent pour envoyer le capitaine Jean-Louis de Sérac dans les mers des Caraïbes pour mettre le grappin sur un navire espagnol, qui passe au large, avec à son bord un trésor colossal. Il lui faudra aussi signer un pacte avec les flibustiers de l'île de la Tortue pour que ces hommes rusés et malhonnêtes viennent lui prêter main forte. Un avenir prometteur s'annonce pour Jean-Louis, qui prépare son mariage avec la jolie et intrépide Juliette de Castelblanc avant son grand départ.

Or, un espion à la solde du roi d'Espagne fuit le port français pour prévenir les navires ennemis et tente d'enlever Juliette. L'opération échoue, mais la demoiselle est portée disparue. Qu'est-elle devenue ? Les proches de Jean-Louis lui annoncent sa mort, le jeune homme décide d'épouser une autre jeune fille et embarque avec elle sur sa caravelle, La Glorieuse. L'aventure sur les mers peut commencer ! Et c'est alors qu'on retrouve cette chère Juliette de Castelblanc, sur l'île de la Tortue, proposée sur un marché de ventes aux enchères ! Et qui se trousse la moustache noire ? Un dénommé François l'Enragé...

Ah ! quelles palpitantes aventures ! Ce roman se dévore - moins de 200 pages, aussi. Mais il est merveilleusement fourni en rebondissements, en portraits romanesques, en descriptions du milieu des flibustiers du 17ème siècle (un guide de quelques pages boucle le livre, pour en savoir plus). Peut-être pourra-t-on reprocher à cette histoire d'être trop expéditive par endroits, mais on ne frise pas l'overdose non plus. Pour moi, ce fut un régal et je ne regrette qu'une chose : la personnalité peu amène du capitaine Jean-Louis de Sérac ! Et j'espère une suite, pourquoi pas ?

Les 400 Coups - coll. Connexion. 194 pages. 12.00 €

A été lu par Sophie Pilaire, libraire. Classé en coup de coeur sur Ricochet !

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20 décembre 2007

De quoi se changer les esprits

Quelques emplettes de dernière minute, des suggestions en dernier recours pour des lecteurs impatients et gourmands d'un genre de plus en plus en vogue...

susan_cooperWill Stanton, un enfant de onze ans, voit sa vie bouleversée lorsqu'il découvre qu'il est le dernier né des Grands Anciens, ces immortels au service de la Lumière qui luttent contre les Ténèbres, et qu'il lui faut retrouver les Six Signes de la Lumière pour sauver le monde. Ce livre avait déjà été publié en 2005 et ressort aujourd'hui en même temps que l'adaptation cinématographique  « Les portes du temps » ; il fut par ailleurs édité dans les années 70, rencontrant un énorme succès auprès des lecteurs américains.  « A l'assaut des Ténèbres », connu sous le titre de The Dark is rising, s'inscrit dans une série de cinq tomes (qui n'ont jamais été traduits jusqu'à présent !).

Les ouvrages de Susan Cooper s'alignent à la tradition des histoires de Tolkien ou C.S Lewis (qui furent les professeurs de l'auteur). On pénètre un univers truffé de magie, de fantastique et partagé entre le bien et le mal. Les chevaliers des ténèbres, dont le Cavalier Noir, rappelle ceux du Seigneur des Anneaux. Et plus de nos jours, ce livre pourra également faire penser à la série de Joseph Delaney et son Epouvanteur (on retrouve l'idéologie du septième fils d'un septième fils, par exemple).

L'histoire a de quoi séduire les adolescents férus de ce genre d'action car reconnaissons que le roman de Susan Cooper réunit tous les canons de la littérature fantastique.

Folio junior - 395 pages -   7,00 €  (existe en Hors-Série, pour le prix de 15 €)

Traduit de l'anglais par Philippe Morgaut. A partir de 10 - 11 ans.

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Place à une petite merveille qui a déjà eu le don de me surprendre ! ...

L_alphabet_des_revesDans une grotte de la cité des Morts, vivent Ramin et son jeune frère Babak. Ce sont les descendants d'une famille royale, qui connaissent aujourd'hui l'exil décrété par le roi Phraates. Ramin porte le déguisement d'un adolescent de 14-15 ans et masque sa véritable identité de fille - Mitra - pour subvenir aux besoins de son petit frère. Ce dernier est fragile, mais révèle un don extraordinaire : les rêves prophétiques.

Pensant que cela permettra aux enfants de sortir de leur misère, Ramin accepte de négocier avec Zoya, une vieille commère qui vit également en paria, les capacités de Babak. Mais très vite la jeune fille réalise son erreur et comprend que son frère est prisonnier de sa condition, qu'il est même menacé et qu'il leur faut fuir pour éviter que les Yeux et les Oreilles du roi surprennent ce jeune prodige.

Alors Ramin et Babak rejoignent la caravane du mage Melchior, mais de nouveau le jeune garçon est sollicité pour décrire ses rêves. Babak a parlé d'étoiles, et l'attention du mage a semblé atteindre un intérêt vif et acéré. Le temps sera trop court pour en apprendre davantage, qu'aussitôt Ramin décide de suivre une nouvelle piste pour retrouver son frère aîné Suren, qui a disparu sans laisser de traces. Car le but dans la vie de Ramin - Mitra - est de parvenir à atteindre Palmyre où elle pense retrouver sa famille qui vit là depuis la tentative de renversement du roi orchestrée par leur père.

L'histoire est passionnante, absolument époustouflante, riche en rebondissements, exaltante et dépaysante. L'épopée de Ramin et Babak nous entraîne dans le désert, à une époque lointaine, sur les traces des rois mages - tels qu'on ne les imagine pas un instant ! On est très loin du contexte biblique, ici le roman est brûlant. Il nous raconte le parcours initiatique de deux enfants, plus particulièrement à travers le courage d'une jeune fille qui se déguise en garçon pour passer inaperçue. Tout au long du roman, Mitra n'aura de cesse de douter, de prendre des décisions qui ne sont pas toujours les meilleures. Et en chemin, elle connaîtra aussi ses premiers sentiments amoureux !

Incroyablement surprenant, ce roman de Susan Fletcher se lit d'une traite, guidé par un style entraînant. L'histoire a tout du conte, le lecteur est envoûté du début à la fin. Et pas un instant il ne regrettera le temps passé entre ses pages !

Folio junior - 456 pages. Traduit de l'anglais par Philippe Morgaut. Titre vo : Alphabet of dreams. 7,50 € 

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17 décembre 2007

C'est pas que pour les enfants !

La bonne confiture du jour, c'est un mélange de lectures publiées sous l'étiquette jeunesse mais, comme je m'escrime à le dire, ce n'est pas réservé qu'aux enfants ! ... Tout adulte pourra y passer un bel instant, savourant la générosité et la facétie des styles divers.

Alizé apprend un jour par sa mère que son père, qui avait besoin de souffler un peu, était sorti prendre l'air. La petite fille en conclut alors que son père n'est autre que le Vent. Au cours de vacances au bord de la mer, elle tombe amoureuse du moniteur de windsurf et pense ainsi que son destin s'accomplit : la fille du Vent ne peut s'unir qu'à un sublime sportif qui ne manque pas d'air.

r_serv____ceux

C'est MA découverte et un enchantement profond. Audren aime butiner la planète, découvrir des lieux, comparer des cultures, voyager. Elle aime rompre le train-train quotidien en chantant et en écrivant des romans, des poèmes, des chansons. On l'apprécie pour son univers si particulier, son humour décapant et ses personnages peu ordinaires.
Une bombe terroriste dans un hôtel, une maladie éprouvante, la mort et le danger l’ont quelquefois frôlée. Depuis, elle vit chaque instant comme un bonus de bonheur.  (présentation de l'éditeur l'Ecole des Loisirs)

Son site : http://audrenofficialweb.free.fr/

Dans ce livre, j'ai été enthousiasmée par la petite narratrice de 9 ans qui souffre de l'absence de son papa courant d'air. L'expression est jolie, mais l'enfant a opté de la prendre au pied de la lettre. Peu avant sa naissance, le géniteur a pris la poudre d'escampette, et c'est devenu ainsi Papa Le Vent. Alizé est la fille d'un courant d'air. La fille du vent. C'est ce qu'a dit sa maman. Pour mieux communiquer avec lui, Alizé est convaincue de sentir sa caresse dans le souffle d'une brise, ou de subir sa colère à chaque bourrasque ou rafale de vent.

L'histoire joue  beaucoup sur les images, la poésie et les expressions et donnent lieu à des chapitres savoureux. Il y a aussi énormément de tendresse, de l'humour et il me semble impossible de ne pas s'attacher à cette Alizé, qui se décrit volontairement comme « poète et super-chieuse. A défaut d'être encore la fille du vent, je restais la fille d'avant. »

Extrait :  « Il avait dit à Maman qu'il sortait prendre l'air et qu'il avait besoin de souffler. Ce qui, venant du vent, ne m'étonnait guère. Depuis ce départ, Maman craignait exagérément les courants d'air. Elle se plaignait d'avoir froid à la moindre brise et refusait d'aérer la maison dès que les feuilles des marronniers de notre avenue frémissaient, trahissant ainsi quelques doux zéphyrs. Une épaisse couche de laquel fixait en permanence ses cheveux mi-longs, car aucune bourrasque ne devait avoir emprise sur elle. »

Collection Neuf - 53 pages - 7,50 €   * Illustration de couverture : Soledad Bravi *

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Etienne a toujours detesté lire. Mais voilà que ses parents divorcent. Le soir de l'annonce, seul, perdu, enfermé dans le bureau de sa mère, Etienne attrape un livre. Un recueil de nouvelles de Salinger. Etienne plonge dans l'histoire. Il se distrait de la sienne. Il devient curieux des livres, au point d'avoir envie d'en écrire un.

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La narration est étonnante puisqu'elle implique que c'est l'adolescent de 16 ans qui livre son manuscrit entre les mains du lecteur. Se présente alors un mélange d'histoire à raconter et d'apartés à livrer sur la complexité d'écrire un livre, d'inventer et de délivrer des pans de sa vie personnelle.

Le garçon qui ne pouvait pas voir les livres en peinture a une réputation à tenir : celui d'être non lecteur, de détester les livres.  « Que tous ceux qui rabâchent que, pour faire aimer la lecture aux enfants, il suffit de les faire vivre entourés de livres, arrêtent de se raconter des histoires. Moi, j'ai toujours baigné dedans, au point qu'ils ont fini par me noyer. » C'est un peu la faute de son père, lecteur assidu de Dumas qu'il aime à lire et relire une à deux fois par an, et qui a harcelé le garçon pour s'y mettre un jour ou l'autre. Viendra ensuite le divorce de ses parents, et sans relation aucune, la rencontre avec Salinger (puis avec une certaine Cindy).

« J'ai eu envie de lire. Le titre m'avait tiré un sourire : c'était peut-être ma façon de lui être reconnaissant. A la cinquième ligne, il y avait le mot sexe, c'est aussi une raison que je peux avancer pour tenter d'expliquer mon soudain intérêt. »

J'hésite à parler de miraculé de la lecture car ce livre n'en fait pas systématiquement l'apologie. Lisez des livres, vous sauverez votre peau ! Non, c'est une parenthèse ouverte dans la vie d'un adolescent de 16 ans, fils de parents divorcés, qui connaît un réel défoulement dans l'écriture et les mots (petit étalage d'auteurs et de lectures pour dessiner ce parcours du combattant, on y croise aussi bien Dan Brown, Christine Angot, Jane Austen et Shakespeare). Ces observations servent aussi à tracer de balbutiants rapports amoureux, la relation sexuelle et c'est franchement drôle !

Jamais pathétique, ce portrait d'un adolescent d'aujourd'hui est tout sauf celui de l'étendard au nom d'une génération. C'est fin, bien déduit et captivant. On passe joyeusement de la réflexion de l'apprenti écrivain au lecteur malgré lui, au fils manipulé et à l'amoureux dupé. Ce portrait est une bouffée d'oxygène, servi par une écriture originale et qui ne pourra que plaire aux jeunes lecteurs !

Collection Medium - 94 pages - 8 €.   

A lire : l'article de Blandine Longre

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Madeleine Delande est le seul écrivain au monde qui n’écrit qu’avec des gants. Elle enfile une paire de gants en dentelle, de golf, avec un trou, rouges et très longs, et les mots, comme par enchantement, surgissent, grondent, s’emportent, n’en font qu’à leur tête.
Sur ses mains, l’habit fait l’histoire.Il suffit qu’elle porte des gants en dentelle et la jeune Annaig, apprentie dentellière sur son île bretonne au début du xxe siècle, apparaît à sa table d’écriture. Si elle décide d’habiller ses doigts de mitaines en cuir, la passion se déchaîne et un étrange visiteur susurre des phrases brûlantes d’amour à une belle Emma. D’où viennent les mots de cet écrivain ? Quel est son « truc » pour inventer la vie des autres ? Pourquoi les langoustines sont-elles la clé de cette énigme ?
Ce qui est certain, c’est que les costumes de Madeleine n’ont de cesse de la conduire de plus en plus loin...

autobiographie_d_un_fantome

Autour de Madeleine Delande, l'écrivain qui porte des gants, s'inscrivent des histoires toutes plus différentes les unes des autres, et qui prennent leur essence dans la nature du gant ; que ce soit de cuir, en dentelle, de soie ou en nylon, la paire de gants est génératrice d'une magie surprenante. Parfois, l'opération est caduque - mais en règle générale, la productivité est charmante, voir même intriguante.

Ce livre peut se considérer tel un recueil de nouvelles. C'est un ensemble, un filet de courses où on croise des histoires d'amour, l'élixir d'eau sauvage et tout le mystère sur sa fragance incomparable, la lettre de René sur l'exercice de  « que des mots en e, é, è, ê », la pomme de terre d'Irlande et la dentelle qui arrive en Bretagne grâce à Mlle Arabella Hand, la disparition d'Antonio qui désappointe Mlle Zita, et de l'entre-deux au sujet des gants dans l'existence de Madeleine Delande.

« Depuis quelque temps, je n'écris qu'avec des gants ou des mitaines, j'ai inventé un personnage d'écrivain comme ça (pour Autobiographie d'un fantôme), puis ça m'est resté, je choisis les gants qui vont avec l'humeur du moment, je mets aussi des bagues, des bracelets, achetés pour quelques euros, jamais d'or, pas de diamants, mais j'aime que la bague cogne sur la souris, la grosse souris sans fil "Time", ce temps à pile, ou bien ma petite souris qui s'illumine de 7 couleurs sur la mezzanine quand j'écris devant la grande fenêtre. »  sur http://almassyeva.blogspot.com/

Ce livre pourra très facilement séduire les plus grands lecteurs, ceux et celles qui picorent les bons mots, les histoires étranges, le trouble des recueils aux allures chics et folles d'élégance. Ce petit monde d'Eva Almassy a un goût d'extraordinaire, qui casse le lisse et l'attendu, et où se croisent la fantaisie et l'humour. A adopter !  « Adam, gant... et Eve, dentelle. »

Collection Medium - 107 pages - 8,50 €

A lire : l'article d'Angèle Paoli

Posté par clarabel76 à 08:00 - Jeunesse - Commentaires [24] - Permalien [#]

10 décembre 2007

Dans la hotte (2)

Continuons notre petite tournée des librairies pour remplir la hotte du père noël ... Voici un album au très grand format, avec une couverture de sombre beauté, un titre enchanteur et la promesse d'une histoire d'amour poignante et féérique.

phare_des_sirenesCela se passe sur un petit bout de terre, dans une cabane en bois qui sent le hareng, logée au bord de la falaise. Un garçon, orphelin de mère, vit seul avec son oncle Yann, pêcheur bourru mais compatissant. C'est un rapporteur de légendes et d'histoires mythiques, un homme qui aime la mer dont il brave les tempêtes, un papa de remplacement pour le petit Ange, aussi beau que le présage son prénom.

Après une nuit d'orage, oncle Yann n'est pas rentré de sa pêche et l'enfant découvre les débris de son bateau sur la plage. Désormais seul au monde, le garçon va se reconstruire une coquille de sécurité et reproduire les gestes du marin perdu. Quand soudain, au cours d'une promenade, Ange découvre une silhouette échouée sur la côte, rejetée par l'océan. C'est une sirène, blessée mais ensorcellante de beauté. Oncle Yann lui avait parlé de ses créatures, il n'est donc point étonné de la croiser pour de vrai.

Elle s'appelle Sidjwa, ce qui signifie Trésor. Dans la cabane en bois, Ange va apporter mille soins et tendresses, tomber amoureux avant de la rendre à son royaume des eaux. Mais toujours, Sidjwa et Ange se retrouvent et perpétuent leur histoire d'amour.

Puis survient la guerre où des soldats déboulent dans les villages arracher les garçons de leur foyer pour les conduire dans des tranchées. Ange aussi a été séparé de son amour, enrôlé de force et témoin d'un spectacle d'atrocités. Cette guerre va le tuer, physiquement. Un éclat d'obus va le défigurer et faire de lui une Gueule Cassée. Il rentrera chez lui, attendra sa sirène et n'aura de cesse d'espérer leurs retrouvailles.

Quelle poignante histoire d'amour, sur fond de guerre ! La beauté mise à mal par le combat des hommes, l'amour ruiné par la folie et l'espoir qui devient un os à ronger jusqu'à la moelle ... Ce livre figure parmi les albums à ne pas réserver qu'aux enfants, mais qu'on doit à tout prix leur destiner aussi pour qu'ils apprécient toute la préciosité d'un travail de création.

Les teintes brunâtres de Régis Lejonc donnent un charme ténébreux à cette histoire coincée entre bonheur et malheur, confortent une mélancolie très grave mais sereine. On absorbe les mots de Rascal telle une plongée en apnée, on suit la narration de cet homme brisé à force d'espérer, et on ressent une grosse boule au ventre devant ce concert d'émotions.

Une adresse à retenir : A l'endroit où les cosmographes inscrivaient jadis sur leur cartes Hic sunt sirenae - ici sont les sirènes. 45° lattitude nord. 35° longitude ouest. Phare des sirènes.

Editions Didier Jeunesse - 60 pages - 18,90 €

Posté par clarabel76 à 07:00 - Jeunesse - Commentaires [19] - Permalien [#]
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