06 décembre 2007
Le conte des hérétiques - Sarah Singleton
Angleterre, au 16ème siècle. En ce temps-là, la reine Elizabeth fait adopter la religion protestante à tous ses sujets, mandatant certains émissaires pour chasser les prêtres envoyés de France pour servir l'Eglise catholique d'Angleterre. Les catholiques sont brimés, soupçonnés de trahison et considérés comme des hérétiques.
La famille Dyer a longtemps été de fervents catholiques pratiquants, aujourd'hui le père est envoyé pour des voyages d'affaires qui l'éloignent du foyer, la mère et les deux filles vivent dans des conditions difficiles, et le frère est étudiant à Oxford. Un jour, celui-ci leur rend visite en compagnie d'un prêtre pourchassé, Thomas Montford, qui demande asile. Le frère repart aussitôt, n'ignorant pas la menace qui pèse sur les siens.
Elizabeth assume très vite le poids du secret. Elle-même vient de rencontrer une créature étrange en se rendant à l'ermitage. C'est une jeune fille à la peau verte, qui se nomme Isabella Leland. Qui est-elle ? Que fait-elle, d'où vient-elle ? Elizabeth l'ignore encore. Pour l'instant, lady Catherine qui vit au manoir Spirit Hill fait appel à ses services de demoiselle de compagnie et lui demande de vivre quelques jours auprès d'elle. La proposition n'est pas pour ennuyer l'adolescente, mais ne peut se refuser. La venue de Kit Merrivale, envoyé de la Reine, inquiète davantage Elizabeth. C'est un bel homme, au charme ténébreux, qui dégage un mélange d'attirance et de crainte.
Elizabeth a double raison de se soucier de son sort : sa famille cache un prêtre en fuite, recherché par Merrivale, et Isabella vient également d'être recueillie au manoir. Et elle fait bien de se méfier, lady Catherine lui avoue que Kit va arrêter sa mère et que la jeune fille doit à sa bénéfiction d'avoir la vie sauve. De plus, Isabella semble détenir des secrets et des pouvoirs qui font d'elle, aux yeux d'une catholique, un être maléfique et démoniaque.
Elizabeth va se retrouver au coeur d'un lot d'actions tournoyantes, elle seule peut sauver sa mère, ne pas trahir le prêtre Thomas et lui assurer une nouvelle cachette, sans éveiller les soupçons de Merrivale. Or, ce dernier n'est pas facile à duper et sa soif de vengeance va décupler après avoir découvert que la jeune fille manipulait son entourage. Quant à Isabella Leland, son mystère est révélé au lecteur au fil des pages. En attendant, elle joue un rôle qui demeure dans le clair-obscur, et c'est dans un tourbillon de fantastique qu'apparaîtra enfin son utilité.
Aventure romanesque ou féérique, conte légendaire et intrigue merveilleuse, le roman de Sarah Singleton pioche dans le genre imaginaire pour raconter une histoire passionnante. Le théâtre redoutable de cette Angleterre du 16ème siècle est admirablement dessiné, dans un style soigné et irréprochable. On suit le personnage d'Elizabeth en vibrant, se demandant comment elle pourra sortir de ce traquenard. Tout la condamne, et soudain l'histoire nous entraîne dans un monde totalement différent, un univers du pays des ombres, le monde caché d'Isabella (mais là, inutile d'en dire plus !).
L'histoire est envoûtante, elle plaira aux jeunes (dès 14 ans) et aux plus vieux !!!
Plon jeunesse - 333 pages - Traduit de l'anglais par Myriam Borel - 17,50 €
à découvrir également son premier roman publié en France : Les fantômes de Century
26 novembre 2007
La folie des hommes
« Les treize nouvelles de ce recueil ont pour théâtre le Moyen-Orient. Passant de l'humour au drame, elles offrent autant de points de vue intimes et lumineux sur l'une des régions les plus explosives du monde. »
Le cruel dilemme avec les nouvelles est qu'elles sont toutes d'inégales valeurs, parmi celles que j'ai le plus aimé, notons « Un soir à Beyrouth » qui parle d'une famille inconsciente du drame qui court dans les rues de leur ville, mis à part le petit dernier qui implore les siens de se mettre aux abris, quand surgit leur voisin M. Antoum qui fait chorus aux supplications du garçon avant l'arrivée de miliciens tout de vert vêtus...
« Corps perdu » raconte une histoire d'amour passionnel mais hélas vouée à l'échec qui conduira une femme folle (d'amour) prête à briser son honneur et à entraîner disgrâce et répudiation autour d'elle. Brillante démonstration de l'ampleur de la volupté dans cette société figée dans ses carcans !
Cela fait écho à « Premier amour », l'histoire d'un veuf de 79 ans qui revit grâce aux charmes d'une marchande de fruits et légumes, qui porte une petite culotte rouge ! Le scandale tombe sur la famille et les enfants supplient leur père de renoncer à cette passion navrante. En même temps, sa petite-fille de 11 ans se voit interdire à son tour la compagnie des garçons, sous prétexte que « c'est trop tard maintenant » ...
Trop tard aussi pour le grand-père Jiddo, agonisant, qui perd la boule et s'époumonne dans sa maison en réglant ses comptes, le petit-fils est spectateur, impuissant, chatouillant dans sa poche un cadeau précieux légué par cet homme dévasté.
Heureusement l'humour aussi est présent, dans « Le rêve d'Ali » par exemple, quand deux grands amis se chamaillent et réclament réparation devant le grand arbre, comme le veut le Xaar, la loi des Isaas. La chute vaut son pesant d'or !
Mais il est vrai que, personnellement, ce sont les textes décrivant un quotidien presque banal, de femmes, d'enfants ou d'hommes, qui ont leur ligne de vie menacée à chaque instant, à chaque coin de rue, et sans raison apparente, qui ont un réel impact. On retrouve ce sombre constat dans la mélopée du photographe arménien, dans « Jérusalem-photo », qui vit son job sur la corde raide entre juifs et arabes. L'homme est en colère, « Vous dites nous n'avons pas le choix, vous n'arrêtez pas de le dire, mais qu'est-ce qu'il vaut le choix que vous vivez ? ».
Ce petit livre, pas seulement réservé à des jeunes lecteurs, dégage un élixir de séduction, qui touche, blesse, interpelle. La prise de conscience est infime, mais au moins le charme n'aura pas agi dans le vide. Il restera forcément une petite musique après cette lecture !
A l'exception de "Hello ! hello !" et de "Touché !", les nouvelles de ce recueil ont été publiées une première fois en 1991 aux éditions Balland sous le titre L'homme assis.
Un soir à Beyrouth, par Sélim Nassib - Editions Thierry Magnier - 153 pages - 9,50 €
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Un ancien chevalier déchu cherche la rédemption en sauvant la vie d'une fillette de 12 ans, en souvenir d'un chaste amour... Sur les collines du Japon au 16ème siècle, un samouraï décide d'accomplir ses rêves de conquête pour les beaux yeux d'une demoiselle au charme redoutable... Un viking, décidé d'asseoir sa réputation, fait assaut vers le château qui protège un autre fils de guerrier, son homologue par-delà la mort... Un masque blanc au sourire glacial va commettre son acte de vengeance, par deux fois, et sans crier gare... Un militaire russe se trouve face au souvenir de la femme aimée, qui s'est enfuie en provoquant un séisme...
Ce sont au total neuf histoires fortes et implacables de chevaliers, samouraïs, vikings, des forces du mal qui assiègent, trucident sans état d'âme et qui parfois connaissent la damnation éternelle, piégées par des esprits et des revenants qui vont les hanter pour la nuit des temps. Non, la lecture n'est pas morbide ni surchargée de détails sanguinolents, à écarter loin des fortes sensibilités. C'est tout au contraire un piège d'y nicher son nez, l'écriture est vive, ne laissant aucun temps mort. Point le temps de s'épancher, plutôt d'assister à une danse macabre et qui vous emporte vers des temps anciens, révolus mais qui occupent toujours une place importante dans les références épiques.
Ces nouvelles ne semblent pas viser un « public jeune » en particulier, bien au contraire !
Par l'épée et le sabre, d'Armand Cabasson - Ed. Thierry Magnier - 156 pages - 9,50 €
24 novembre 2007
Shalom salam maintenant - Rachel Corenblit
Avant de croiser Camille et Chaïma dans les couloirs d'un hôpital toulousain en 2006, nous écoutons au fil des chapitres et des décennies les histoires de quatre personnages, en 1943 David fuit la France occupée, en 1948 Leah et Oumaïma vivent toutes deux des heures douloureuses avec la déclaration d'indépendance d'Israël, sachant que les deux jeunes filles ne sont pas de la même « caste »...
Ce sont des années d'Histoire qui s'écrivent au sujet du conflit israelo-palestinien et la grande justesse de ce livre est de ne jamais tomber dans la prise de parti. C'est délicat, bien amené, douloureux et criant de vérité. Le fond politique est présent, rappelé en fin de roman avec une petite chronologie précise.
Ce n'est pas une surprise non plus, mais les chapitres qui racontent le parcours de ces différents personnages conduisent à une conclusion intelligente, car ils vont tous se croiser et cela se concrétise par la rencontre de nos jeunes filles en 2006.
Soixante ans d'Histoire dans un roman qui fait 178 pages, et jamais un soupçon d'ennui ! C'est aussitôt intriguant, très captivant. Pas forcément émouvant, même si certains passages vous serrent un peu le coeur, notamment lors de la confession de Chaïma qui, à l'âge de cinq ans, a connu l'enfer de l'attentat d'un illuminé qui s'est fait exploser en pleine rue.
C'est prenant, vraiment brillant. Un beau moment de lecture !
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Quatrième de couverture
Camille et Chaïma se rencontrent dans un hôpital, à Toulouse. L'une est au chevet de sa grand-mère, l'autre vient pour son grand-oncle qui est en train de mourir. Elles sortent en même temps respirer dans le couloir. Elles s'assoient par terre, elles rient, elles parlent. Elles ne savent pas encore ce qui les lie, elles et leur famille. Une histoire qui a commencé il y a longtemps, dans les années 1940. Ou plutôt quatre histoires, celles de Léah, Oumaïma, David et Yashin. Deux garçons et deux filles qui ne se connaissaient pas. L'un se cache dans un petit village de France, les deux filles se terrent dans une cave à Jérusalem en attendant que ça explose, pendant que le dernier est en route vers un camp de réfugiés, en Cisjordanie.
Le destin, la fatalité, on peut ne pas y croire. Mais entre Camille, d'origine juive et Chaïma, palestinienne, il y a plus qu'une simple rencontre. Ce jour de juin, à Toulouse, elles se racontent leur histoire, par-delà leurs différences, par-delà les haines et les souffrances des leurs.
Editions du Rouergue - coll. doAdo monde - 178 pages - 9,00 €
23 novembre 2007
Rita, New York, 1964 - Unni Nielsen
Quatrième de couverture
Lorsque Rita, une jeune Norvégienne, débarque à New York en 1964, le rêve américain brille toujours aussi fort pour ceux qui viennent d'ailleurs. Et tout s'enchaîne si vite quand on a dix-huit ans. Elle rencontre Ove, un garçon silencieux. Ils passent des nuits ensemble à s'aimer sur le toit de leur immeuble, à Brooklyn. Mais durant cet été si chaud de l'année 1964, la roue de l'Histoire tourne vite. Ove est appelé par l'armée américaine pour aller se battre au Vietnam. Personne ne proteste contre cette guerre. Pas encore. Et Rita n'ose pas lui écrire ce secret dont elle est si fière. Bientôt, la guerre sera terminée, non ?
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Il y a trois éléments clefs dans ce livre, comme l'indique le titre : une héroïne de 18 ans, Rita, qui débarque à New York après une longue mission en mer à bord d'un navire de la United Fruit Company où elle était télégraphiste, en plein dans l'année 1964. A la même époque, la société américaine va vivre sa période la plus troublante avec les mouvements sociaux, le début des droits civils (le Black power, l'assassinat de Malcolm X, la persécussion raciale) et le désastre annoncé de la guerre au Vietnam.
En 1964, il fait très chaud, Rita traîne sur les toits d'un appartement de Brooklyn, elle est amoureuse et passe son temps en compagnie d'un groupe d'accordéonistes, de jeunes insconcients et des idéalistes. Mais la guerre les rattrape, les premiers appelés doivent partir sur le front et découvrir l'ampleur du bourbier. Rita elle-même va se mouiller à la conscience politique, en suivant de près ou de loin les courants émergents grâce à sa rencontre avec Winnie, une Afro-américaine à la beauté renversante. Et puis Rita va tomber enceinte, attendre un enfant dans ce chaos international, et apprendre abruptement que sa place n'est plus souhaitée en Amérique.
Le propos du roman est foncièrement brutal, et pourtant l'auteur norvégienne, Unni Nielsen, s'est contentée d'un tableau épuré où son écriture subit les mêmes cahots que ce que vivent les personnages. Elle-même parle d'une « langue plus jeune, plus rapide, plus impertinente par moments ». Personnellement je n'ai pas été totalement séduite par ce style, mais je trouve qu'il colle à merveille dans le récit et le message annoncé. Outre la naissance de la prise de conscience politique qu'aborde ce livre, il traite aussi d'une société en rupture, déracinée et déroutée par un manque de repères, et qui voit dans la musique un moyen de se raccrocher à la beauté du monde, à l'espoir d'une paix pour tous (citons pour exemple les Beatles, Hendrix, Bach et la chanson folk...).
C'est en quelque sorte un roman engagé contre toutes les guerres « qui n'en finissent par de finir » et qui sont « une maladie de l'âme » (dixit Martin Luther King), c'est aussi et avant toute chose un roman sur les années 60 et qui parle d'une certaine jeunesse tiraillée, porteuse de tant de révoltes et de rêves unifiés ! Difficile à lire, à destiner pour les lycéns qui étudient ce sujet dans leur programme d'histoire.
Editions du Rouergue - coll. doAdo monde - 252 pages. 11,50 €
Traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud.
22 novembre 2007
Si jamais ... - Meg Rosoff
David Case, en sauvant son petit frère d'un an d'une chute de fenêtre, découvre alors le poids du Destin sur ses épaules et décide de tout mettre en oeuvre pour lui échapper, car il est persuadé d'être pourchassé, la cible idéale pour ce guerrier assoiffé de rendement. David change, il devient Justin [Just-In-Case, pour les anglophones] et adopte un nouveau look, se met à pratiquer du cross, trouve un chien imaginaire (un lévrier du nom de Gaillard) et rencontre une jeune femme, Agnes, dans une friperie.
Justin Case décide de courir comme un fou pour échapper à la Fatalité, qui le poursuit sans trêve. Ses jours sont comptés, il en est sûr et certain. Mais est-ce une conviction, une folie ou de la paranoïa délirante ? L'histoire de Justin va connaître des bouleversements stupéfiants, qui n'en finiront pas de surprendre et de déconcerter le lecteur !
Perplexe et déroûtant, mais aussi bizarre, original et incroyable. C'est ce qu'inspire ce roman de Meg Rosoff, cet auteur pour la jeunesse a décidé de briser les règles conventionnelles de la narration linéaire pour raconter son histoire totalement surréaliste ! Et c'est vers la toute fin du livre qu'on découvre enfin le pot-aux-roses, avec des yeux ronds commes des billes, tant l'issue est hallucinante !
Voici un livre qui aura matière à plaire et agacer, tant on ne peut décemment pas rester neutre. Plus d'une fois je n'ai rien compris à son délire, trouvant l'ensemble assez complexe et difficile à cerner. Cet auteur a bien du mal à faire l'unanimité, même si les critiques sont enthousiastes, les lecteurs (dès 15 ans) seront surpris par les méandres soulevés dans ce récit.
Hachette jeunesse - 357 pages - 16 € - Traduit de l'anglais par Luc Rigoureau.
20 novembre 2007
Qui es-tu Alaska ? - John Green
Miles Halter, 16 ans, est un lycéen studieux qui décide de quitter sa Floride natale pour rejoindre Culver Creek en Alabama. C'est une pension dirigée par l'Aigle, directeur pointilleux qui proteste contre le tabac, l'alcool et la transgression du couvre-feu. L'école est un établissement pour petits génies qui comprend deux groupes : les pensionnaires normaux et les weekendeurs, des gosses de riches qui rentrent chez eux en fin de semaine.
Miles se lie d'amitié avec son camarade de chambre, le Colonel, puis rencontre Takumi et la délicieuse et sexy Alaska Young. Ensemble, ils vont vivre une amitié très forte, parce qu'elle sera aussi éphémère. Alaska, brillante jeune fille auréolée de mystères, fascine notre jeune narrateur. Pourtant celle-ci est lunatique, cafteuse et insaisissable. Le drame qui va frapper le groupe sera également une remise en question personnelle et délicate, les uns se sentant coupables, les autres rancuniers.
Miles et son copain le Colonel vont mener une enquête après le drame, mais très vite les garçons seront persuadés de courir après un fantôme fuyant. Peine perdue.
Difficile de faire bref avec ce roman, tant il m'a semblé très dense et intelligent sur les rapports de l'adolescence concernant l'amitié, l'amour, le désir sexuel et l'enfance. Dès le début, on a déjà le goût de l'originalité et de la subtilité, ce n'est pas qu'un banal roman pour la jeunesse parmi d'autres, celui-ci me semble sortir du lot. Pourquoi ? D'abord l'histoire est bien écrite, l'auteur est un jeune homme qui signe là son premier roman, prometteur et encourageant. Il a su créer dans l'univers de Culver Creek un milieu érudit et confiné où l'on partage les farces, les leçons et les petites bravades contre l'interdit. Ce lieu clos exacerbe les désirs et les passions : les amitiés sont fusionnelles, la perte devient ainsi une épreuve intolérable et douloureuse. Ce qu'il se trame à Culver Creek est secret. Les adolescents entre eux adoptent des noms de code, ils dégagent aussi une image plutôt positive avec leurs réussites scolaires et leur érudition exemplaire. Miles, par exemple, cultive la passion des dernières paroles de morts célèbres, et a débarqué en Alabama guidé par le précepte de Rabelais « Je pars en quête d'un Grand Peut-Être ».
Tout semble tellement disproportionné dans cette histoire, voilà qui peut marquer sa singularité. De même, j'ai trouvé que la sexualité était franchement abordée, parfois avec des détails qui pourraient interpeller toute âme pudibonde ! Mais cela reste accessoire, car le roman souhaite avant tout traiter du deuil chez les adolescents. Peut-être la solution apportée par John Green manquera de toucher le public concerné, et peut-être le roman est-il un peu longuet par moments... Il n'en demeure pas moins que cette lecture est passionnante, assez flamboyante par ses excès et qu'on passe facilement du rire aux larmes sans rien y comprendre !
Gallimard jeunesse, coll. Scripto - 360 pages - 13 €
17 novembre 2007
La fille qui dort - Florence Hinckel
Quinze ans, complexée par son physique et embrouillée par la séparation de ses parents, Johanna réalise qu'elle est sujette à des crises qui la laissent sans force : elle s'évanouit, s'endort même en pleine journée ou durant les cours. La ronde des médecins est incapable de diagnostiquer son mal, jusqu'au soir du 31 décembre. Un mot vient expliquer qu'elle est malade : narcolepsie.
Entre le soulagement de n'être pas folle et l'ennui de gérer sa vie ordinaire à cette maladie orpheline, Johanna va aussi chercher refuge dans sa passion du théâtre. Au même instant, son lycée ouvre un club et prépare la pièce « Antigone ». L'adolescente voit ses rêves s'accomplir, en plus son coeur s'est sérieusement amouraché du beau gosse, Benjamin, élève en terminale.
« La fille qui dort » est un roman très drôle, aussi bizarre que celui puisse paraître ! La maladie de Johanna n'est pas évidente, plutôt handicapante dans sa vie de jeune fille qui aimerait se fondre dans la masse, car soudain ce mal la propulse sur le devant de la scène. Or, Johanna n'est pas une fille qui aime la célébrité facile et vite acquise, elle s'en rend compte à force d'être trompée par ses rêves qui la troublent et lui donnent un aperçu de la réalité complètement truquée (ce sont des hallucinations hypnagogiques).
Ce qui est tout à fait surprenant dans cette histoire, c'est la dédramatisation de la maladie, sans toutefois négliger son sérieux et sa difficulté. Pour cela, l'auteur a recours à l'humour (vraiment présent et tout à fait rafraîchissant !) et envisage la passion du théâtre comme un sauf-conduit libérateur ! Une lecture étonnante et très intéressante, qui pourra sensibiliser les jeunes lecteurs sur la narcolepsie et la cataplexie. A découvrir !
Illustration : Marion Arbona
Editions Les 400 Coups - 140 pages - 9,00 €
Le site de l'auteur : http://florencehinckel.com/index.html
Le blog : http://florencehinckel.hautetfort.com/
15 novembre 2007
Au pays de mes histoires - Michael Morpurgo
Voici un livre qui va plaire aux parents et qui va être dévoré par les enfants !
C'est aussi un livre destiné aux enseignants qui trouveront dans ces pages une matière étonnante pour lire et partager, tout en brassant des thèmes essentiels et incontournables (l'enfance, le goût de lire, la passion d'écrire, la guerre, le deuil et les légendes...).
J'ai été chavirée par ce livre de Michael Morpurgo, d'abord par cette couverture soignée et douce, une belle invitation à plonger son nez dans ce pays des histoires, puis j'ai été totalement captivée par les confessions de l'auteur, sur son parcours de jeune lecteur, d'apprenti écrivain et sa conception de la littérature. Quel regard ! Quelle intelligence !
Rien que pour cela, il faudrait placer ce livre entre toutes les mains des écoliers pour qu'ils comprennent d'où peut provenir l'essence des mots, ce qui fait qu'on s'attache à un lieu et qu'on s'y sente à jamais lié.
Enfin, ceci n'est qu'un détail dans l'ensemble de ce livre qui se présente sous la forme d'une anthologie ponctuée d'illustrations (de Peter Bailey). Les courts chapitres s'entrelacent au fil des souvenirs d'enfance, de textes inédits et bouleversants, de lectures et de rencontres qui ont marqué M. Morpurgo.
Certains passages expliquent même la genèse de romans aussi célèbres que Le roi Arthur, Soldat Peaceful, L'histoire de la licorne, Le naufrage de Zanzibar ou Le royaume de Kensuké.
C'est bien simple, vous sortez de ce livre avec l'envie d'en lire toujours plus, c'est insatiable !
Cet ouvrage est absolument précieux, et vous confirme quel conteur merveilleux est Michael Morpurgo, qui se décrit lui-même comme un « cultivateur d'histoires, un tisseur de rêves », et ce livre est selon lui « non pas l'histoire de ma vie, mais celle du voyage au cours duquel l'écrivain que je suis forge ses histoires ».
Gallimard jeunesse - 304 pages - Traduit de l'anglais par Diane Ménard - 13,50 €
Les premières lignes
Introduction : expliquez-vous
«Expliquez-vous, Morpurgo». C'est ce qu'on me demandait assez souvent lorsque j'allais à l'école. Le truc, bien sûr, était de trouver une excuse qui me sorte d'affaire. Je devins assez bon dans ce domaine, je crois, probablement parce que j'y étais obligé. C'était une question de survie, une technique absolument nécessaire que la plupart d'entre nous avaient dû apprendre à maîtriser à l'époque.
Dans ce livre, je ne suis pas en train de me justifier, mais j'essaie de m'expliquer, pour comprendre pourquoi et comment j'écris ce que j'écris. Je vais tenter de m'expliquer les choses à moi-même, et par la même occasion, je l'espère, vous les expliquer à vous aussi.
Pourquoi se donner cette peine ? Pourquoi un écrivain chercherait-il à exposer son travail à ses lecteurs ? Dans quel but ? Les histoires ne se suffisent-elles pas à elles-mêmes ? N'est-ce pas en les lisant que l'on appréhende l'esprit et la méthode d'un auteur ? Cela semble évident, et devrait être suffisant. C'est pourquoi vous trouverez surtout des histoires dans ce livre. Cependant, il y a des gens qui aimeraient aller un peu plus loin, qui ne se contentent pas de regarder, émerveillés, le champ de blés mûrs qui dansent dans la brise. Ils veulent comprendre comment pousse un seul grain, d'où il vient, comment il est planté et fertilisé, comment la terre le berce, comment le soleil et la pluie le fortifient. Cette approche permet peut-être d'apprécier les histoires elles-mêmes avec plus de profondeur, mais ce qui est plus important encore, elle peut indiquer au lecteur que le processus qui mène à écrire une histoire ou à la raconter appartient à tout le monde, que nous avons tous le grain de blé des histoires en nous, qu'il reste simplement à le planter et à l'aider à pousser.
Je suis un cultivateur d'histoires. Je les cultive aussi sûrement qu'un paysan fait pousser ses céréales. Je suis un tisseur de rêves, un conteur. Grâce aux histoires que ma mère m'a lues, et à celles que j'ai lues moi-même, grâce à des professeurs inspirés, et à mes grands mentors Robert Louis Stevenson, Ted Hughes et Sean Rafferty, grâce à de nombreuses années de travail, j'ai trouvé ma propre démarche. La voie de chaque écrivain est unique, j'en suis sûr, bien que nous ayons sans doute davantage de choses en commun que nous ne le croyons. Ma voie ne sera pas la seule, mais c'est la mienne, et j'ai pensé qu'il pourrait être intéressant et, peut-être même utile, encourageant, de raconter comment je suis devenu l'écrivain que je suis.
Voilà ce que je me suis efforcé de faire dans ce livre. J'ai entrecroisé certaines de mes histoires et de mes réflexions - écrites pour une bonne partie d'entre elles de 2003 à 2005 alors que j'étais Childrens Lauréate (ambassadeur de la littérature de jeunesse à travers le monde) de façon que les unes éclairent les autres, aident à mieux les comprendre, et les complètent. Ce n'est pas l'histoire de ma vie - que je raconterai peut-être un jour - mais celle du voyage au cours duquel l'écrivain que je suis forge ses histoires.
05 novembre 2007
Retourne à la vraie vie, Moldue Mordue !
Bah voilà, c'est fini ! Harry Potter vient de lâcher ma main, de me quitter, après 809 pages d'aventures qui mettaient mes nerfs à rude épreuve. Je pensais sortir de cette lecture effondrée, complètement liquifiée et puis non ! Je me sens heureuse et ravie ! (alors cela ne détermine pas l'orientation du bouquin et la façon dont il se termine, c'est juste ce que tout ceci m'inspire, maintenant que c'est fini !...)
Ce n'est pas un sentiment d'abandon, se dire que ça y est, l'univers créé par JK Rowling vient de fermer ses portes, qu'il ne nous reste que des bribes, des souvenirs, bons et douloureux, et qu'il faudra se contenter des miettes désormais. Bah non, étonnament je me sens en paix !
** aucune spoiler ne sera dévoilé !!!! **
Je fais donc partie des nombreux lecteurs complètement mordus de la saga Harry Potter. Moi aussi j'ai imaginé des tas de suppositions, j'ai craint pour la vie de untel ou de l'autre, j'ai refusé d'admettre l'impensable et je me suis ainsi longtemps demandé comment - mais, comment ! ? ! - allait se dépatouiller l'auteur avec sa fin de série. Pas facile, entre nous...
Parce qu'à bien lire et relire le début des aventures, les indices étaient probants : le destin de Harry est lié à celui de Vous-Savez-Qui, et donc ... Brrr ! Un face-à-face doit avoir lieu, les deux ennemis ne peuvent occuper l'un et l'autre le même territoire, imaginez donc : le bien contre le mal. Non, il faut trancher. Et il faut bien admettre que depuis quelques tomes, l'avenir était assez sombre pour l'Ordre du Phénix et l'armée de Dumbledore. Le Seigneur des Ténèbres étend son pouvoir sur le ministère, sur la banque des Gringotts et même sur Poudlard ! Harry est pourchassé, ciblé comme l'Indésirable selon les uns (et le Survivant, par les autres !).
Et depuis la fin du tome 6, Harry Potter est investi d'une mission secrète qu'il va décider de mener à son terme en compagnie de ses fidèles Hermione et Ron. Mais nul autre ne doit être tenu au courant du propos de cette quête ! Ainsi, ce tome 7 continue de s'enfoncer dans la tonalité déjà éprouvée depuis la fin du tome 4 (La Coupe de feu) avec une ambiance lourde, flippante, tantôt capturée par les doutes et les questionnements et aussitôt saisie par les rebondissements, les scènes d'affrontements avec les Mangemorts. Tandis que les partisans du Mal accomplissent leurs méfaits avec arrogance, la résistance peine à s'organiser depuis le départ de Harry, forcé de se cacher pour poursuivre sa propre mission ordonnée par Dumbledore.
Mais c'est justement l'heure propice pour les détracteurs de salir l'image de l'ancien directeur de Poudlard en répandant dans la presse et un livre à scandale les pires horreurs sur le personnage, son passé et les erreurs commises par celui-ci. Tout ceci fait que Harry perd de plus en plus confiance en lui-même et se demande s'il n'est pas qu'une marionnette entre les mains de l'homme qu'il vénérait ! Et tout lecteur passionné que l'on est, on se dit que "aïe, aïe" le moindre voile d'incertitude est la porte ouverte aux cauchemars et à l'Ennemi.
Je ne pense pas en dire davantage, c'est tellement dense et touffu qu'il ne faut pas dénaturer ce gros pavé en tirant quelques morceaux. Cela sortirait de son contexte et cela deviendrait tout à fait dangereux. J'ai tellement veillé à ne pas saisir la moindre fuite sur ce dernier tome (j'avais hélas lu LA révélation du tome 6 par mégarde !!!). C'est pourquoi je vais respecter la même ligne de conduite.
Je crois que, selon ses attentes, tout lecteur sortira de ce tome 7 avec un sentiment de bien-être ou de frustration. De toute façon, c'est BIEN ! Comme d'habitude ce dernier livre montre une grande intelligence, véhicule des valeurs honorables, fait sursauter et trembler du début à la fin. Beaucoup d'émotion aussi, mais moins de larmes que prévu ! Enfin bref, il est à l'image de ce qu'on espère. La série avait débuté dans un esprit bon-enfant et se termine en apothéose. Jamais la tension ne faiblit, jamais les personnages ne déçoivent, jamais l'auteur ne pêche ou ne tombe dans la facilité - c'est la dernière ligne droite, celle de toutes les divulgations, tous les éclats et tous les dangers ! C'est LA FIN ! (retourne à ta vraie vie de Moldue Mordue !!!! ;o) )
Et comme d'autres, je pense maintenant à l'avenir de JK Rowling. Comment se reconstruire une autre 'vie' sans Harry ???
Harry Potter et les Reliques de la Mort (tome 7) - JK Rowling - Gallimard jeunesse. 809 pages - 26.50 €
25 octobre 2007
Elyon, t. 2 : La Vallée des Epines - Patrick Carman
Pour se remettre un peu dans le bain, je parlais donc du tome 1 en cliquant ici ...
Un an après les événements du tome 1, nous retrouvons Alexa qui rejoint la cité de Bridewell avec son père où l'attend une nouvelle inattendue. Son jeune ami Yipes, le petit homme, vient lui remettre une lettre très importante de la part de Warvold, qui demande à la jeune fille de 12 ans de partir sur le champ pour accomplir une mission périlleuse.
Aidée de Yipes, de Murphy l'écureuil, d'Odessa la louve et de John, un ancien forçat, Alexa doit traverser les Monts Obscurs, la Vallée des Epines et la Cité des Chiens pour tenter de renverser le tyran Grindall qui gouverne dans la Tour Ténébreuse. En chemin, elle va affronter la fatigue, la peur, la faim, rencontrer l'Essaim Noir (une troupe de chauves-souris qui s'abat violemment sur les passants) et faire la connaissance des géants, devenus des ogres, à l'aspect repoussant et qui dégagent une odeur pestilentielle.
Plus on progresse dans la lecture et plus on découvre un univers sombre et glauque, où la magie et le surnaturel n'occupent pas le territoire, car l'ambiance d'Elyon réside principalement dans l'aura nébuleuse, dans la quête d'une jeune héroïne désignée l'Elue pour affronter des forces maléfiques.
Contrairement au tome 1, ce deuxième épisode nécessite le troisième livre (de la trilogie) pour connaître la suite des aventures d'Alexa, appelant sans nul doute beaucoup de passion, de générosité et d'émotion dans les personnages, de rebondissements dans l'intrigue.
J'ai été encore une fois séduite et étourdie par la rapidité avec laquelle on plonge dans cette lecture, totalement captivante, sauf quelques passages bancals mais qui n'ont pas un poids défaillant pour l'appréciation générale ! C'est une série appétissante, réussie et qui évite certains écueils, donc pas mal, pas mal !!!
A découvrir, n'attendez plus !
Bayard jeunesse - 276 pages - Octobre 2007 - Traduit de l'anglais par Danièle Laruelle. 11.90 €


