21/09/09

La face cachée de Margo ~ John Green

Gallimard Scripto, 2009 - 390 pages - 14,00€
traduit de l'anglais (USA) par Catherine Gibert

« Margo était le seul mythe vivant habitant à côté de chez moi. Margo Roth Spiegelman, dont le nom aux six syllabes était souvent prononcé avec une sorte d'admiration muette. Margo Roth Spiegelman, dont le récit des aventures épiques traversait le lycée, tel un orage d'été : un vieil homme de Hot Coffee dans le Mississippi lui avait appris à jouer de la guitare dans sa masure. Margo Roth Spiegelman avait passé trois jours dans un cirque qui lui avait trouvé un don pour le trapèze. Margo Roth Spiegelman avait bu une tisane en coulisse avec les Mallionaires à l'issue d'un concert à Saint-Louis, quand tout le monde était au whisky. Margo Roth Spiegelman avait réussi à assister au concert en racontant aux videurs qu'elle était la copine du bassiste. Mais enfin comment se faisait-il qu'ils ne la reconnaissaient pas, franchement les mecs, je m'appelle Margo Roth Spiegelman, si vous pouviez retourner en coulisse demander au bassiste de venir voir à quoi je ressemble, il vous dirait que si je ne suis pas sa copine, il rêverait que je le devienne. Alors les videurs y étaient allés et le bassiste avait dit : Oui, c'est ma copine, laissez-la entrer. Et plus tard, il avait essayé de la brancher et elle avait repoussé le bassiste des Mallionaires ?
Ces histoires, quand elles étaient racontées à d'autres, se terminaient invariablement par des Tu le crois, ça ?
Ce qui était effectivement difficile, bien qu'elles se soient toutes révélées vraies.
»

la_face_cachee_de_margoA l'approche du bal de fin d'année, Quentin et ses camarades se cherchent des petites copines pour les accompagner au grand raout. Q. a pourtant dans le coeur et la tête une seule fille qu'il aime depuis toujours : Margo, sa voisine et son amie d'enfance. A neuf ans, ils avaient découvert un macchabée dans une mare de sang, de quoi les chambouler l'un et l'autre, même la nuit, nourrir leurs cauchemars et faire dire à la jeune fille, un truc du style, « Si ça se trouve, toutes ses cordes intérieures ont cassé. ». Le temps a passé et les deux amis se sont éloignés, sans plus jamais évoquer cette histoire. Jusqu'à ce dernier événement : Margo débarque en pleine nuit chez Q. et l'entraîne dans une virée de règlements de compte. Trompée par son petit ami, la demoiselle a établi un plan de vengeance qui concerne tout son joli monde hypocrite. Quentin demeure son seul complice, ce qui le comble de joie, malgré son tempérament petit garçon modèle et consciencieux. Le lendemain, le coeur battant la chamade, Q. s'attend à retrouver son amie Margo... qui est portée disparue. Plus de nouvelles de la belle, elle s'est volatilisée, on parle même de suicide et de drame, bref c'est un monde pour Q. qui refuse de croire à cette théorie.

« Margo a toujours adoré les mystères. Et la suite des événements n'a cessé de me prouver qu'elle les aimait tellement qu'elle en est devenue un. »

Ce roman m'est apparu tellement proche de Qui es-tu Alaska ? (le premier livre de John Green) qu'il m'a semblé étrange de le dissocier et de le considérer à part. On y trouve les mêmes thèmes : le narrateur érudit, intelligent, posé et fasciné par une jeune fille, d'où Margo, personnage quasiment fantasmé, à la personnalité tourbillonnante, stellaire, envoûtante, et pourtant qui cache des failles, des blessures, etc. Sa disparition entraîne le narrateur dans une quête, plusieurs masques vont tomber, la vérité apparaître, mais de bien étrange façon, et pour une conclusion pas forcément attendue. Le style y est, impeccable, bien écrit, drôle, brillant. C'est un très bon roman, aucun doute. Pourtant, j'ai ce sentiment d'avoir relu une histoire que je connaissais déjà. J'avais aimé Alaska, alors j'ai aimé Margo... mais j'espère que l'auteur ne va pas répéter sans cesse le même schéma mais nous proposer une prochaine fiction totalement différente, si ce n'est ce ton excentrique, singulier, riche en humour et suspense que j'affectionne particulièrement.

A tenter.

> lu aussi par l'accro des livres   

 

Posté par clarabel76 à 11:15:00 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
Tags : , ,


17/09/09

Les éveilleurs, Livre 1 : Salicande ~ Pauline Alphen

Hachette, 2009 - 520 pages - 14,90€

Les__veilleursOuhlala, encore un très bon roman que voilà ! Encore une nouvelle série aussi, ce n'est pas drôle, et puis ce premier tome frise les 500 pages, mais pardi ça vaut fichtrement le coup ! L'histoire est pleine de mystère et pleine de charme, les personnages ont énormément de charisme, l'action est assez lente pour commencer mais elle se déguste, tout se met en place tranquillement, et pas besoin de rebondissements haletants pour s'y sentir à son aise et pour apprécier suivre ce rythme en apparence débonnaire.

Nous sommes donc à Salicande, une cité créée en 2208 par le grand-père des jumeaux Claris et Jad. Les adolescents ont douze ans, ils ont toujours vécu dans le cocon du château et du village. Pourtant, il y a neuf lunées, leur vie a été bouleversée par la disparition énigmatique de leur mère Sierra. Leur père ne s'est d'ailleurs jamais remis de ce départ et a préféré se réfugier dans le phare, où sont entreposés des milliers de livres. L'éducation des jumeaux a été confié à Blaise, autrement dit le Mandarin, un précepteur hors pair qui manie le cynisme avec brio, c'est un homme très intelligent, avec des capacités aussi extraordinaires que communiquer avec son chat - le Gris - ou avec les chouettes. Et puis, Chandra, leur nourrice, très présente par sa tendresse, apporte aux deux enfants un équilibre quasi parfait. Claris est une jeune fille pleine d'énergie qui rêve d'aventure et de chevalerie, c'est aussi une grande lectrice, féministe et bornée. Jad, son frère, est plus renfermé, sérieux et calme, il est tombé gravement malade la nuit de la disparition de sa mère et depuis il souffre de migraines fréquentes et douloureuses. En fait, Blaise n'en dit mot mais il sent un changement imminent, dans la vie des jumeaux et pour Salicande. Trublion à sa façon, il n'hésite pas à confier des objets interdits, à parler des Temps d'Avant et à évoquer Sierra pour émoustiller nos protagonistes qui s'endormaient sur leurs lauriers.

Car le rythme du roman est indolent, n'attendez pas une explosion de faits nouveaux et insolites, mais admirez la finesse des personnages, leur beauté intérieure et profonde, leur personnalité délicieusement excentrique, la part des mystères et des questions qui fourmillent. Ici, pas besoin d' être retentissant, comme dit Blaise, "la magie n'existe pas, ce n'est qu'une autre façon de se servir de son cerveau". Le roman fait néanmoins place au fabuleux, grâce à son univers typique et prononcé, sa part d'imagination, son romanesque. Pauline Alphen signe là un premier roman débordant d'enthousiasme, où transpire aussi son amour pour la lecture (il suffit de relever les nombreux clins d'oeil aux oeuvres de la littérature jeunesse pour le comprendre !).

-> pour lire un extrait

merci Cécile d'avoir partagé ce coup de coeur !

coup de coeur aussi pour la librairie Rêv'en Pages

 

Posté par clarabel76 à 15:00:00 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags : , ,

15/09/09

Teen Song ~ Claudine Desmarteau

Albin Michel, 2009 - 185 pages - 11,50€

Ce livre de Claudine Desmarteau a été un vrai coup de fouet - largement mieux qu'une sonnerie de réveil vous rappellant qu'il est temps de sortir de votre hibernation ! Wooow, ça fait un bien fou !  

teen_song

TEEN SONG est un carnet, pas un journal et encore moins un journal intime, qui raconte la vie d'une adolescente de troisième dans un collège privé. Sa meilleure amie s'appelle Alice, elle est fan des Stones et du rock en général. La narratrice, elle, qui ne porte pas de prénom et se présente en gribouillant un dessin obscur et pas très défini, est raide dingue de Led Zeppelin. Mais alors, fan de chez fan. Elle surfe sur le net, elle passe au crible la moindre info ou intox, elle bouquine les bios, elle traduit les paroles des chansons, elle écoute à fond tous leurs albums, elle vit, elle respire Led Zep, et croyez-moi, c'est beau ! C'est même ravigotant. (Ce livre vous en apprendra d'ailleurs un paquet sur la vie du groupe, un détail non négligeable.)

Claudine Desmarteau sent la jeunesse d'aujourd'hui, elle sait leur parler, elle sait emprunter leurs codes, elle connaît les sujets qui les touchent et les concernent, enfin bref elle a parfaitement su les décrypter. Ce n'est pas surfait, ce n'est pas style je-fais-comme-si-pour-faire-djeuns, c'est beaucoup plus authentique, à la fois drôle, sincère, effronté, grossier, bref c'est très juste. Et c'est accompagné d'illustrations griffonnées à la va-vite, mais qui donnent un ton très rock'n roll à cette lecture, en plus de nous faire beaucoup rire.

Je l'ai lu d'une traite, et j'ai tout bonnement adoré ! 

 

lu et grandement apprécié par Jean de la Soupe de l'espace & lu aussi par nomie

Posté par clarabel76 à 18:30:00 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
Tags : , ,

13/09/09

Les étranges soeurs Wilcox 1. Les Vampires de Londres ~ Fabrice Colin

Gallimard jeunesse, 2009 - 285 pages - 13,50€
illustrations : Erwann Surcouf

Je dis bravo pour ce premier tome d'une nouvelle série écrite par Fabrice Colin, je dis bravo car ce premier livre vous transporte immédiatement et ne vous donne plus envie de faire autre chose que lire, lire et ce jusqu'à la dernière page.

les_etranges_soeurs_wilcoxL'histoire se passe à Londres, en 1888. Deux soeurs se réveillent d'un lourd sommeil, terrorisées d'être enfermées dans un cercueil, enterrées donc. Amber et sa cadette Luna sont perdues dans les rues de Londres, elles se rendent chez elles et trouvent une maison en ruines, brûlée depuis les fondations jusqu'à la pointe du toit, il ne reste plus rien. Son père a disparu, leur belle-mère idem. Le jour pointe et les demoiselles s'évanouissent.
C'est un gentil docteur qui viendra les secourir, un homme du nom de Watson avec son acolyte Sherlock Holmes ! Amber et Luna Wilcox découvrent également qu'elles sont vampires, possèdent des capacités extraordinaires et sont recrutées par une société secrète pour mettre un terme à la guerre des clans et éradiquer la menace vampirique.
Je fais bref, mais en fait il se passe énormément d'événéments avant d'en arriver là. Les soeurs Wilcox sont placées sous le patronage de Watson, Holmes et la société des Invisibles. On croise aussi Bram Stoker, un raconteur d'histoires qui aime frayer avec les forces obscures pour échapper au chagrin qui l'assomme. Et Jack l'Eventreur, telle une ombre maléfique, s'avère la puissance absolue à combattre, en plus de Dracula et ses comparses.
Je ne voudrais pas trop en dévoiler, laissez-vous surprendre, c'est le premier conseil que je puisse vous donner. La suite, c'est du plaisir sur toute la ligne, qui dure près de 300 pages, avec moults rebondissements, des faits nouveaux et surprenants, des clichés revisités, abattus, dépoussiérés, donc que du bon ! Fabrice Colin signe une nouvelle série (en combien de tomes ?) très, très enthousiasmante. Ce livre nous offre par exemple un prologue et un épilogue à faire frémir d'excitation... et c'est épuisant, oui, épuisant de se lancer dans une nouvelle série, d'en rester là, comme deux ronds de flan, et de n'avoir plus que ses ongles à ronger en attendant la suite.
Aaaaah, je déteste les séries ! Elles me rendent malade d'envie, d'impatience et de nervosité. Mais tout n'est qu'allégresse et euphorie, aussi. Le principal, c'est d'avoir tout simplement adoré me promener à Londres en 1888 et d'avoir croisé tous types de figures - sympathiques, effrayantes, royales et fantastiques, pour ne pas dire fantasmagoriques.
Au boulot, monsieur Colin !   

 

Posté par clarabel76 à 16:45:00 - - Commentaires [29] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

06/09/09

D'Or Que Landes, ou L'étrange aventure d'Harvey Squire ~ Denis Bretin

Syros "Hors Série", 2009 - 224 pages - 14,90€

dor_que_landesCe livre appelle les soirées d'hiver, pas celles qui vous dépriment toute la saison, mais celles qui vous voient blottis sous la couette ou au coin du feu en train de bouquiner au point de ne plus vouloir mettre le nez dehors.
C'est l'histoire d'un fils de barbier, Harvey Squire, il a dix ans et il est forcé de sortir par la glaciale nuit de Noël pour raser le mort du manoir des Fearnwood. Le chemin est long, le gamin doit traverser les landes mystérieuses et inquiétantes de ce bourg écossais, nous sommes en 1862.
Accueilli par le majordome revêche, Harvey pénètre chez les Fearnwood en tremblant comme une feuille. Il accomplit sa tâche, s'apprête à repartir lorsqu'il surprend une conservation entre deux types dans la bibliothèque de la maison. Le mort aurait caché un trésor, mais impossible de trouver le moindre indice. La suite se perd dans un brouhaha, car Harvey doit regagner le foyer où son père est en train de cuver son vin.
Depuis cette nuit de Noël, la vie d'Harvey Squire va changer. Il va faire la connaissance d'un libraire, Boniface Swifft, et d'une charmante et intrépide demoiselle, Amélia Fearnwood, qui lui confiera la suite de la discussion entendue dans le secret.
Inutile de vous en révéler davantage, si ce n'est que l'histoire s'annonce palpitante. Tout se passe dans un cadre fantastique, avec des énigmes à décoder, des vieilles légendes vont revoir le jour pour comprendre le secret du vieux Fearnwood qui est mort, probablement empoisonné, et rendu fou par ses propres découvertes.
Ambiance merveilleuse et fascinante !
De plus, le narrateur est un jeune garçon sympathique, naïf et courageux, malgré les nombreuses embûches sur son chemin. Et puis, il n'a pas la vie facile mais il trouve un formidable appui auprès de son meilleur ami Julius, avec lequel il ambitionne de devenir libraire et éditeur.
A Drisdale, petit village écossais, la lande est sauvage, hantée par des fantômes et le théâtre de scènes hallucinantes, qui vous donneront le frisson. On croirait un roman d'inspiration victorienne, un conte ou une nouvelle fantastique, tout cela ensemble, c'est clair,  l'auteur n'a pas hésité à puiser dans divers registres pour nous servir une lecture savoureuse et tout simplement envoûtante !

 

Posté par clarabel76 à 11:15:00 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
Tags : , , ,


02/09/09

Eon et Le Douzième Dragon ~ Alison Goodman

édité par Gallimard jeunesse et les éditions de La Table Ronde
2009, pour la traduction française (par Philippe Giraudon)
520 pages -  19€

eon_douzieme_dragonCe roman-phénomène d'Alison Goodman possédait de nombreuses qualités pour séduire et enchanter la lectrice enamourée du Clan des Otori que je suis. Certes, je suis assez perspicace pour m'en détacher, c'est simplement l'époque et l'épopée qui m'interpellent principalement, d'où le rapprochement à trouver entre ces deux lectures. Foin du blabla. En fait, le livre d'Alison Goodman m'a désespérément déçue. La raison principale : sa longueur. Non, non, je ne trépigne pas parce qu'il s'agit d'un roman-fleuve qui dépassent les 300 pages chéries, je connais le bonheur de se noyer dans l'infini. Simplement, l'histoire ici m'est apparue beaucoup trop longue, trop alourdie de détails et de descriptions. Résultat, ça traîne (alors que d'autres y trouveront probablement un placement idéal et inévitable). Je ne sais pas. Lorsque j'ai entre les mains un épais ouvrage de 500 pages, j'en attends un élément incontournable : de suite, il m'embarque ou il me débarque. Et lorsque vous arrivez aux 100 premières pages avec le sentiment d'avoir déjà lu le double, c'est flippant.

L'histoire, pour faire court, est celle d'Eon qui a douze ans et se présente pour être choisi comme apprenti par l'un des douze dragons énergétiques de la chance, c'est-à-dire être initié à la Magie du dragon et prétendre au rang d'Oeil du dragon. En fait, Eon possède plusieurs handicaps : il est infirme avec une jambe boîteuse, a seize ans et se révèle être une fille ! Or, les femmes sont exclues du monde de la Magie du dragon et Eon risque la mort si son secret est dévoilé. Le maître de la jeune fille n'est pas idiot ni inconscient, il sent chez Eon(a) une faculté rare et incomparable, qui se vérifiera très certainement lors de la cérémonie au cours de laquelle le dragon Rat va choisir son apprenti. Je n'en dis pas davantage, sauf que les choses ne vont pas se passer comme il était convenu, en mieux ou en pire, c'est à découvrir. Et Eon va tout bonnement hériter d'une importance considérable à la cour impériale, d'où la jalousie, les rivalités et les trahisons vont apparaître et propulser notre héroïne dans des aventures incroyables.

Je ne blâme pas totalement cette lecture non plus, elle n'est pas ultra enthousiasmante mais elle sait être très intéressante aussi. Le contexte est dépaysant, et pour ceux qui apprécient, les descriptions sont importantes et détaillées. Et contrairement au début assez lent et ennuyeux, l'intrigue va se déployer et devenir excitante (pour aboutir à un final à bout de souffle, oui, oui, je vous le confie sans risque). Et là, grosse frustration, puisqu'il faut attendre l'année prochaine, en 2010, pour connaître la suite ! Bref, avec un minimum de recul, j'ai trouvé le roman déconcertant à force d'osciller entre le très bon et le passable - belle palette de personnages, au passage, mais Eon se montre parfaitement agaçante, à plusieurs égards. C'est ainsi, un yoyo perpétuel. Donc, pas un favori mais pas un déchet non plus. Toutefois, cette impatience d'attendre toutes les réponses dans le deuxième volume prouve bien un certain attachement...

A lire, aussi, pour tous les amateurs de Chine impériale et de dragons : Liu et le vieux dragon de Carole Wilkinson (une série en trois tomes). 

Un lien : le site du Théorème de l'escarpin vous propose un concours avec la possibilité de gagner un exemplaire d'Eon le Douzième Dragon !

 

Posté par clarabel76 à 17:30:00 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags : ,

Etranger à Berlin ~ Paul Dowswell

Naïve, 2009 - 420 pages - 18€
Traduit de l'anglais par Nathalie Peronny
Titre vo : Ausländer

etranger_a_berlinSuite au décès accidentel de ses parents, Piotr a été confié à un orphelinat polonais pendant deux ans. Dans le courant du mois d'août de l'année 1941, des soldats escortant des médecins allemands débarquent pour une procédure de "germanisation". Un par un, les garçons sont mesurés, pesés, étudiés au millimètre près, avant d'être séparés en deux groupes. Avec son physique typiquement aryen, Piotr gagne son ticket pour Berlin et est accueilli chez les Kaltenbach. Ce sont de farouches défenseurs du parti national-socialiste, ils ont trois filles nourries au même sein et comptent bien endoctriner ce jeune garçon de treize ans, très grand, blond aux yeux bleus, très beau aussi.

Piotr devient Peter. Il parle un allemand parfait, il est ébloui par le confort berlinois, adhère à toutes les idéologies de la famille Kaltenbach sans rechigner et intégre les Jeunesses Hitlériennes, où il fait preuve d'un zèle exemplaire. Il n'était pas franchement bien accepté en Pologne, du fait des origines bavaroises de sa mère, et avait essuyé des insultes après l'invasion des troupes ennemies en 1939.

A Berlin, le garçon grandit et apprend à développer son sens du jugement et de la critique, qu'il conserve pour lui, bien évidemment, trop soucieux du climat instable et délateur autour de lui. Il fait la rencontre de la délicieuse Lena Rieter, qui appartient à une famille fort appréciée et respectée au sein du Parti, sauf qu'au-delà des apparences, ce sont des opposants du régime qui n'hésitent pas à venir en aide aux juifs clandestins.

Mais tout ceci ne touche pas encore Peter, ni ne le concerne véritablement. Il mène sa vie sans se poser de questions, il ambitionne d'être pilote dans la Luftwaffen et la compagnie de Lena pimente son quotidien. Ensemble, ils se rendent à des soirées interdites, boivent du gin et écoutent du jazz. Ils se veulent libres et rebelles, à leur façon. Et ils rêvent d'une Allemagne rendue à elle-même, délivrée du fanatisme aveugle.

C'est progressivement que la situation dégénère. Peter s'oppose à la famille Kaltenbach en critiquant la politique du Führer, il découvre également la nature secrète de son tuteur, dont le travail à l'institut pour l'anthropologie, l'hérédité humaine et l'eugénisme cache des expériences honteuses et ignobles, et dans le même temps la ville de Berlin essuie une pluie de violence avec des bombardements répétitifs et virulents.
Nous sommes à un tournant de la guerre, et Peter décide de choisir son camp.

"Etranger à Berlin" est un roman remarquable, par son sujet et par son ton très entraînant, qui donne une lecture très agréable, fluide et attachante. J'ai beaucoup apprécié suivre le parcours de ce garçon Peter, qui va grandir dans un pays où la population agit comme une armée de robots, hypnotisée par les paroles d'un homme fou dangereux. L'auteur Paul Dowswell a su tirer profit de ses recherches en donnant des détails d'une précision mortifiante, comme les décorations de Noël en forme de croix gammée, et des exercices à consonnance xénophobe tirés des manuels scolaires. Du véridique ! Ce n'est pas un livre de trop sur la guerre, c'est un roman convaincant et passionnant. Et à l'égal de La voleuse de livres, le roman de Markus Zusak , il faut considérer "Etranger à Berlin" comme une lecture qui plaira à tous - jeunes et plus.   

le site de l'auteur : http://www.pauldowswell.co.uk/

 

 

extrait : Peter était soulagé que Segur ne soit pas là. Il se serait mis à rire. En voyant l'expression sincère de ces jeunes filles s'appliquant à chanter les nouvelles paroles, il comprit qu'elles y croyaient corps et âme. D'un coup, il se sentit très seul. Plus il y pensait, plus cela l'angoissait. Fleischer avait raison. Il resterait toujours un étranger - un Ausländer - parmi ces gens. Mais au fond de son coeur, Peter savait qu'il avait raison. Quelque chose en lui refusait d'adhérer à cette adoration totale, à cette foi aveugle et dérangeante que tous les autres semblaient vouer à Hitler et aux nazis.
Il se sentait affreusement déloyal d'avoir de telles pensées en présence de ceux qui l'avaient accueilli comme un des leurs - ou plutôt "réclamé pour la Communauté nationale". Ils l'avaient aidé à oublier le chagrin causé par la mort de ses parents. Son père et sa mère lui avaient toujours donné le sentiment que l'Allemagne était un pays meilleur. Que les Allemands étaient un peuple meilleur. Peter voulait désespérement y croire, malgré le sort des Ostarbeiters qui le hantait toujours dans un coin de sa tête. Et il voulait faire partie de la famille Kaltenbach. Il n'avait jamais vraiment pensé à ce qui lui arriverait s'ils le rejetaient. Serait-il renvoyé en Pologne, ou bien expédié dans l'un de ces camps dont il avait entendu parler ? Il se mit à chanter à pleins poumons, comme pour chasser ces troublantes pensées de son esprit.

 

*-*-*-*-*-*

« Ce blog a décidé de s'associer à un projet ambitieux : chroniquer l'ensemble des romans de la rentrée littéraire !

Vous retrouverez donc aussi cette chronique sur le site Chroniques de la rentrée littéraire qui regroupe l'ensemble des chroniques réalisées dans le cadre de l'opération. Pour en savoir plus c'est ici. »

 

Posté par clarabel76 à 10:30:00 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
Tags : ,

31/08/09

Je ne sais plus pourquoi je t'aime ~ Gabrielle Zevin

Albin Michel, coll. Wiz, 2009 - 315 pages - 14€
traduit de l'anglais (USA) par Valérie Le Plouhinec

je_ne_sais_plus_pourquoiUne chute dans les escaliers, un beau plongeon sur la tête et Naomi Porter, hospitalisée en urgence, se réveille amnésique des quatre dernières années de sa vie. Un cas étrange, auquel la médecine consacre peu d'intérêt, jugeant que l'adolescente de seize ans est en fait victime d'un trauma refoulé. C'est plutôt stressant pour elle, qui se demande alors quel genre de vie elle menait et quel genre de fille elle était ! ?
Aidée des listes de son père et des compilations musicales de son meilleur ami, Naomi tente de remodeler cette fille qui lui paraît de plus en plus étrangère : jolie, intelligente, sportive, superficielle. Elle a pour petit ami un joueur de tennis qui a un petit pois dans la tête, elle est adepte des soirées de beuverie sans lendemain, elle mange tous les midis avec une bande de m'as-tu-vu.
En fait, elle n'adhère plus du tout à cette image.
Elle découvre également qu'elle est fâchée avec sa mère, remariée avec une fillette de trois ans, et qu'elle accepte difficilement la liaison de son père avec une ancienne danseuse qui porte une fleur dans les cheveux.
Pas facile, cette vie nouvelle. Toutefois c'est l'occasion de redessiner un profil qui partait en sucette, Naomi s'en rend compte et fait son petit ménage.
Depuis le jour de sa chute, elle est aussi totalement obsédée par ce garçon, James Larkin, qui a été le premier à lui venir en aide. A l'accompagner à l'hôpital, sous prétexte qu'il était son petit ami. Un mensonge, bien évidemment.
Ce béguin aura un prix à payer, dont son amitié avec Will Landsman, un type charmant et vieux jeu, avec qui elle collabore pour réaliser l'album du lycée.
Bref, vous l'aviez déjà compris, cette histoire est avant tout une histoire d'amour. Et également une histoire d'identité, de quête, de hasard et de perte. 
J'ai aimé à un point que je n'ai pas pu fermer l'oeil de la nuit avant d'avoir tourné la dernière page ! Car c'est un roman attachant et captivant, où le ton  est tour à tour drôle, triste, sensé, sincère, léger, rempli de doutes et d'interrogations. D'une justesse appréciable et appréciée, malgré quelques caricatures et une intrigue prévisible. Néanmoins l'auteur parvient à nous attirer vers d'autres chemins, où elle traite des issues possibles et inattendues. C'est une vraie réussite. La possibilité de réfléchir à notre vie, s'il était possible de la changer et/ou de corriger certains chapitres.
Un roman qui se rapproche du coup de coeur, avec beaucoup d'émotion et d'humour au tournant.
Une lecture pleine de peps, qui donne foi en la vie !

Posté par clarabel76 à 12:00:00 - - Commentaires [26] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

28/08/09

Les mille ruses du renard volant ~ Jean-François Chabas

Casterman Feeling, 2009 - 83 pages - 7,00€
illustré par David Sala

les_mille_rusesJ'attribue le prix d'excellence à ce roman, rien que pour sa couverture. Et comme l'a fait remarquer ma fille, cette rouquine me rappelle quelqu'un... Mais poussons plus loin le bouchon, dépassons le bout de notre nez pour plonger dans l'histoire que nous raconte Jean-François Chabas.
J'étais très excitée de lire ce roman, en fait. Je suis tombée en amour avec les Monts de l'Eléphant, c'est dire combien j'espère être enchantée par la prose de cet auteur, livre après livre.
Bon, cette fois, l'émotion sera moins forte. Moins d'emballement au programme, trop d'attente aussi, probablement.
Pourtant cette histoire d'amour qui lie un père à sa fille a tout pour me plaire, elle ne m'a d'ailleurs pas laissée insensible.
Présentation : Waldo a divorcé de son épouse américaine, Dorothy, et est retourné vivre dans son pays, au Canada, en abandonnant malgré lui sa petite fille, Lillian. A vingt ans, cette dernière s'engage dans le corps des US Marines pour financer ses études. Peu de temps après, elle est envoyée en Irak. Vous imaginez l'angoisse ET la colère du papa... Tout va s'amplifier lorsque Lillian est blessée par une roquette, le cerveau endommagé, elle est rapatriée d'urgence, limite cantonnée légume vivant dans un hôpital militaire.
Lillian a perdu la mémoire, elle se comporte comme une petite fille qui réapprend toute la vie, avec une spontanéité effarante. Sa mère choisira de la placer dans une institution spécialisée, au grand dam de Waldo qui vitupère, cogne, explose de colère et se voit expulsé du territoire américain pour sa conduite !
Ce roman très court se lit facilement, il possède de nombreuses qualités et il dénonce des vérités qui ont besoin d'être répétées, cela n'empêchera pas le monde de tourner, et la bêtise humaine sera toujours aussi flagrante !
Ce qui demeure très beau et touchant dans cette histoire concerne l'amour du papa - Waldo est prêt à tout perdre, à renverser des montagnes, à boire des tasses d'eau pour sauver son enfant. Il s'en veut d'avoir été écarté de son éducation lorsqu'elle était enfant, le fait de la retrouver avec sa peau neuve lui offre une seconde chance. C'est sûr que c'est dur, Lillian ne réfléchit pas aux conséquences et n'a pas la notion du danger. Et puis il n'est pas idiot non plus, il ne saute pas de joie de savoir sa fille blessée à vie, traumatisée par cette fichue guerre-bidon et c'est effroyable d'en arriver là.
Voilà en gros tout ce que nous propose ce roman... des instants de douceur, de patience, d'injustice et de fureur. Et au bout du tunnel, l'espoir. Le regard rempli d'étoiles. Le sourire aux lèvres. La joie sur le visage.
Bah si c'est pas beau tout ça...

-> à lire aussi, l'avis de Gaelle

 

Posté par clarabel76 à 10:15:00 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , ,

27/08/09

Bleu de Rose ~ Marie Chartres

Médium de l'Ecole des Loisirs, 2009 - 125 pages - 8,50€

bleu_de_roseAttention, coup de coeur.
Ce roman est une pépite de douceur, de sensibilité, de tendresse, de silence, de fantaisie, de larmes, de questions, de doutes, de sursis, de maladresse, de bêtises, d'émotions, de poésie, de colère, d'impuissance, de mort qui plane, d'injustice, de rires, de mouchoirs, de bleu et de Rose.

Rose est une narratrice attachante, douée, accablée de chagrin parce que son frère Nathan est malade, atteint de mucoviscidose. La mort est là, toute proche. C'est triste, c'est sûr. Cela fait peur, c'est vrai. Mais surtout, ça gronde de rage et de désespoir.
Malgré tout, Rose se montre touchante de fragilité, elle a dans le coeur et dans la tête des réflexions qui font d'elle une personne remarquable. Il faut lire les sous-titres de son récit, c'est drôle, spirituel, plein de bon sens :
Le mot placé entre esplanade et esprit dans le dictionnaire est interdit de séjour chez nous - Les pantalons de maman sont la cause de tous nos problèmes - La vie est si rapide que ma tête en reste vide - Les adolescents ont trop de mains et parfois trop de boutons - Sous mes paupières existe un monde magique.
Et j'en passe.
Ce livre, en fait, est truffé de bons mots, de mots justes, de phrases qui font schebam pow blop wizz. Et tant mieux, cela permet d'éviter le pathos inutile. Ce n'est pas parce que le sujet est triste qu'il faut rendre l'histoire pesante et au bord du gouffre.
Tout ceci tient du prodige, ou du miracle. Vous sentez les araignées sur les poumons, vous les voyez tisser leur vilaine toile, mais vous apercevez aussi la touche de bleu en plein milieu du coeur.
J'ai beaucoup aimé ce roman, j'ai du mal à trouver les mots qui seraient à la hauteur de son talent. J'ai aimé sa touche de fantaisie, sa note de sensibilité. Les deux, ensemble. Je me suis sentie aussi tellement proche de Rose, une jeune fille toute emmêlée avec ses noeuds partout dans le corps. La Miss France des filles bizarres, avec l'écharpe en soie bleue sur laquelle est brodé en lettres d'or Folle à lier - Ne pas toucher.
Il s'agit du tout premier roman de Marie Chartres et j'ai hâte de lire les prochains ! Gros, gros potentiel droit devant. Ça fait du bien !

 

Un roman « avec de la camomille et une petite molécule qui fera tout briller. »

 

 

*-*-*-*-*-*

Ce roman figure parmi la sélection du prix des lecteurs 2010 organisé par la Médiathèque Louis Aragon , la Bibliothèque départementale de la Sarthe, l’Association "La 25e Heure du Livre", en savoir plus en cliquant ici.

Sélection du PRIX DES LECTEURS 2010

BLONDEL Jean-Philippe – Au rebond / Actes Sud Junior
BONDOUX Anne-Laure - Le temps des miracles / Bayard jeunesse (Millézime)
BORDAGE Pierre – Ceux qui sauront / Flammarion (Ukronie)
CHABAS Jean-François – Saia / Ecole des loisirs (Médium)
CHARTRES Marie – Bleu de Rose / Ecole des loisirs (Médium)
COLEMAN Michael – Barjo / Ed. du Rouergue (DoAdo noir)
FONTENAILLE Elise – Chasseur d’orages / Ed. du Rouergue (DoAdo)
HONAKER Michel - Le département du diable / Flammarion (Tribal)
MAZARD Claire – De chaque côté des cimes / Seuil (Karactère(s))
PERCIN Anne – L’âge d’ange / Ecole des loisirs (Médium)

Un simple coup d'oeil et je peux vous affirmer que cette sélection est excellente ! (J'en ai lu quelques-uns, tous de très bons souvenirs !)

Le prix des lecteurs 2009 avait été attribué au roman Be Safe de Xavier-Laurent Petit.  (cf la lecture de Laure)

 

Posté par clarabel76 à 17:30:00 - - Commentaires [16] - Permalien [#]
Tags : , ,