13/09/09

Les étranges soeurs Wilcox 1. Les Vampires de Londres ~ Fabrice Colin

Gallimard jeunesse, 2009 - 285 pages - 13,50€
illustrations : Erwann Surcouf

Je dis bravo pour ce premier tome d'une nouvelle série écrite par Fabrice Colin, je dis bravo car ce premier livre vous transporte immédiatement et ne vous donne plus envie de faire autre chose que lire, lire et ce jusqu'à la dernière page.

les_etranges_soeurs_wilcoxL'histoire se passe à Londres, en 1888. Deux soeurs se réveillent d'un lourd sommeil, terrorisées d'être enfermées dans un cercueil, enterrées donc. Amber et sa cadette Luna sont perdues dans les rues de Londres, elles se rendent chez elles et trouvent une maison en ruines, brûlée depuis les fondations jusqu'à la pointe du toit, il ne reste plus rien. Son père a disparu, leur belle-mère idem. Le jour pointe et les demoiselles s'évanouissent.
C'est un gentil docteur qui viendra les secourir, un homme du nom de Watson avec son acolyte Sherlock Holmes ! Amber et Luna Wilcox découvrent également qu'elles sont vampires, possèdent des capacités extraordinaires et sont recrutées par une société secrète pour mettre un terme à la guerre des clans et éradiquer la menace vampirique.
Je fais bref, mais en fait il se passe énormément d'événéments avant d'en arriver là. Les soeurs Wilcox sont placées sous le patronage de Watson, Holmes et la société des Invisibles. On croise aussi Bram Stoker, un raconteur d'histoires qui aime frayer avec les forces obscures pour échapper au chagrin qui l'assomme. Et Jack l'Eventreur, telle une ombre maléfique, s'avère la puissance absolue à combattre, en plus de Dracula et ses comparses.
Je ne voudrais pas trop en dévoiler, laissez-vous surprendre, c'est le premier conseil que je puisse vous donner. La suite, c'est du plaisir sur toute la ligne, qui dure près de 300 pages, avec moults rebondissements, des faits nouveaux et surprenants, des clichés revisités, abattus, dépoussiérés, donc que du bon ! Fabrice Colin signe une nouvelle série (en combien de tomes ?) très, très enthousiasmante. Ce livre nous offre par exemple un prologue et un épilogue à faire frémir d'excitation... et c'est épuisant, oui, épuisant de se lancer dans une nouvelle série, d'en rester là, comme deux ronds de flan, et de n'avoir plus que ses ongles à ronger en attendant la suite.
Aaaaah, je déteste les séries ! Elles me rendent malade d'envie, d'impatience et de nervosité. Mais tout n'est qu'allégresse et euphorie, aussi. Le principal, c'est d'avoir tout simplement adoré me promener à Londres en 1888 et d'avoir croisé tous types de figures - sympathiques, effrayantes, royales et fantastiques, pour ne pas dire fantasmagoriques.
Au boulot, monsieur Colin !   

 

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06/09/09

D'Or Que Landes, ou L'étrange aventure d'Harvey Squire ~ Denis Bretin

Syros "Hors Série", 2009 - 224 pages - 14,90€

dor_que_landesCe livre appelle les soirées d'hiver, pas celles qui vous dépriment toute la saison, mais celles qui vous voient blottis sous la couette ou au coin du feu en train de bouquiner au point de ne plus vouloir mettre le nez dehors.
C'est l'histoire d'un fils de barbier, Harvey Squire, il a dix ans et il est forcé de sortir par la glaciale nuit de Noël pour raser le mort du manoir des Fearnwood. Le chemin est long, le gamin doit traverser les landes mystérieuses et inquiétantes de ce bourg écossais, nous sommes en 1862.
Accueilli par le majordome revêche, Harvey pénètre chez les Fearnwood en tremblant comme une feuille. Il accomplit sa tâche, s'apprête à repartir lorsqu'il surprend une conservation entre deux types dans la bibliothèque de la maison. Le mort aurait caché un trésor, mais impossible de trouver le moindre indice. La suite se perd dans un brouhaha, car Harvey doit regagner le foyer où son père est en train de cuver son vin.
Depuis cette nuit de Noël, la vie d'Harvey Squire va changer. Il va faire la connaissance d'un libraire, Boniface Swifft, et d'une charmante et intrépide demoiselle, Amélia Fearnwood, qui lui confiera la suite de la discussion entendue dans le secret.
Inutile de vous en révéler davantage, si ce n'est que l'histoire s'annonce palpitante. Tout se passe dans un cadre fantastique, avec des énigmes à décoder, des vieilles légendes vont revoir le jour pour comprendre le secret du vieux Fearnwood qui est mort, probablement empoisonné, et rendu fou par ses propres découvertes.
Ambiance merveilleuse et fascinante !
De plus, le narrateur est un jeune garçon sympathique, naïf et courageux, malgré les nombreuses embûches sur son chemin. Et puis, il n'a pas la vie facile mais il trouve un formidable appui auprès de son meilleur ami Julius, avec lequel il ambitionne de devenir libraire et éditeur.
A Drisdale, petit village écossais, la lande est sauvage, hantée par des fantômes et le théâtre de scènes hallucinantes, qui vous donneront le frisson. On croirait un roman d'inspiration victorienne, un conte ou une nouvelle fantastique, tout cela ensemble, c'est clair,  l'auteur n'a pas hésité à puiser dans divers registres pour nous servir une lecture savoureuse et tout simplement envoûtante !

 

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02/09/09

Eon et Le Douzième Dragon ~ Alison Goodman

édité par Gallimard jeunesse et les éditions de La Table Ronde
2009, pour la traduction française (par Philippe Giraudon)
520 pages -  19€

eon_douzieme_dragonCe roman-phénomène d'Alison Goodman possédait de nombreuses qualités pour séduire et enchanter la lectrice enamourée du Clan des Otori que je suis. Certes, je suis assez perspicace pour m'en détacher, c'est simplement l'époque et l'épopée qui m'interpellent principalement, d'où le rapprochement à trouver entre ces deux lectures. Foin du blabla. En fait, le livre d'Alison Goodman m'a désespérément déçue. La raison principale : sa longueur. Non, non, je ne trépigne pas parce qu'il s'agit d'un roman-fleuve qui dépassent les 300 pages chéries, je connais le bonheur de se noyer dans l'infini. Simplement, l'histoire ici m'est apparue beaucoup trop longue, trop alourdie de détails et de descriptions. Résultat, ça traîne (alors que d'autres y trouveront probablement un placement idéal et inévitable). Je ne sais pas. Lorsque j'ai entre les mains un épais ouvrage de 500 pages, j'en attends un élément incontournable : de suite, il m'embarque ou il me débarque. Et lorsque vous arrivez aux 100 premières pages avec le sentiment d'avoir déjà lu le double, c'est flippant.

L'histoire, pour faire court, est celle d'Eon qui a douze ans et se présente pour être choisi comme apprenti par l'un des douze dragons énergétiques de la chance, c'est-à-dire être initié à la Magie du dragon et prétendre au rang d'Oeil du dragon. En fait, Eon possède plusieurs handicaps : il est infirme avec une jambe boîteuse, a seize ans et se révèle être une fille ! Or, les femmes sont exclues du monde de la Magie du dragon et Eon risque la mort si son secret est dévoilé. Le maître de la jeune fille n'est pas idiot ni inconscient, il sent chez Eon(a) une faculté rare et incomparable, qui se vérifiera très certainement lors de la cérémonie au cours de laquelle le dragon Rat va choisir son apprenti. Je n'en dis pas davantage, sauf que les choses ne vont pas se passer comme il était convenu, en mieux ou en pire, c'est à découvrir. Et Eon va tout bonnement hériter d'une importance considérable à la cour impériale, d'où la jalousie, les rivalités et les trahisons vont apparaître et propulser notre héroïne dans des aventures incroyables.

Je ne blâme pas totalement cette lecture non plus, elle n'est pas ultra enthousiasmante mais elle sait être très intéressante aussi. Le contexte est dépaysant, et pour ceux qui apprécient, les descriptions sont importantes et détaillées. Et contrairement au début assez lent et ennuyeux, l'intrigue va se déployer et devenir excitante (pour aboutir à un final à bout de souffle, oui, oui, je vous le confie sans risque). Et là, grosse frustration, puisqu'il faut attendre l'année prochaine, en 2010, pour connaître la suite ! Bref, avec un minimum de recul, j'ai trouvé le roman déconcertant à force d'osciller entre le très bon et le passable - belle palette de personnages, au passage, mais Eon se montre parfaitement agaçante, à plusieurs égards. C'est ainsi, un yoyo perpétuel. Donc, pas un favori mais pas un déchet non plus. Toutefois, cette impatience d'attendre toutes les réponses dans le deuxième volume prouve bien un certain attachement...

A lire, aussi, pour tous les amateurs de Chine impériale et de dragons : Liu et le vieux dragon de Carole Wilkinson (une série en trois tomes). 

Un lien : le site du Théorème de l'escarpin vous propose un concours avec la possibilité de gagner un exemplaire d'Eon le Douzième Dragon !

 

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Etranger à Berlin ~ Paul Dowswell

Naïve, 2009 - 420 pages - 18€
Traduit de l'anglais par Nathalie Peronny
Titre vo : Ausländer

etranger_a_berlinSuite au décès accidentel de ses parents, Piotr a été confié à un orphelinat polonais pendant deux ans. Dans le courant du mois d'août de l'année 1941, des soldats escortant des médecins allemands débarquent pour une procédure de "germanisation". Un par un, les garçons sont mesurés, pesés, étudiés au millimètre près, avant d'être séparés en deux groupes. Avec son physique typiquement aryen, Piotr gagne son ticket pour Berlin et est accueilli chez les Kaltenbach. Ce sont de farouches défenseurs du parti national-socialiste, ils ont trois filles nourries au même sein et comptent bien endoctriner ce jeune garçon de treize ans, très grand, blond aux yeux bleus, très beau aussi.

Piotr devient Peter. Il parle un allemand parfait, il est ébloui par le confort berlinois, adhère à toutes les idéologies de la famille Kaltenbach sans rechigner et intégre les Jeunesses Hitlériennes, où il fait preuve d'un zèle exemplaire. Il n'était pas franchement bien accepté en Pologne, du fait des origines bavaroises de sa mère, et avait essuyé des insultes après l'invasion des troupes ennemies en 1939.

A Berlin, le garçon grandit et apprend à développer son sens du jugement et de la critique, qu'il conserve pour lui, bien évidemment, trop soucieux du climat instable et délateur autour de lui. Il fait la rencontre de la délicieuse Lena Rieter, qui appartient à une famille fort appréciée et respectée au sein du Parti, sauf qu'au-delà des apparences, ce sont des opposants du régime qui n'hésitent pas à venir en aide aux juifs clandestins.

Mais tout ceci ne touche pas encore Peter, ni ne le concerne véritablement. Il mène sa vie sans se poser de questions, il ambitionne d'être pilote dans la Luftwaffen et la compagnie de Lena pimente son quotidien. Ensemble, ils se rendent à des soirées interdites, boivent du gin et écoutent du jazz. Ils se veulent libres et rebelles, à leur façon. Et ils rêvent d'une Allemagne rendue à elle-même, délivrée du fanatisme aveugle.

C'est progressivement que la situation dégénère. Peter s'oppose à la famille Kaltenbach en critiquant la politique du Führer, il découvre également la nature secrète de son tuteur, dont le travail à l'institut pour l'anthropologie, l'hérédité humaine et l'eugénisme cache des expériences honteuses et ignobles, et dans le même temps la ville de Berlin essuie une pluie de violence avec des bombardements répétitifs et virulents.
Nous sommes à un tournant de la guerre, et Peter décide de choisir son camp.

"Etranger à Berlin" est un roman remarquable, par son sujet et par son ton très entraînant, qui donne une lecture très agréable, fluide et attachante. J'ai beaucoup apprécié suivre le parcours de ce garçon Peter, qui va grandir dans un pays où la population agit comme une armée de robots, hypnotisée par les paroles d'un homme fou dangereux. L'auteur Paul Dowswell a su tirer profit de ses recherches en donnant des détails d'une précision mortifiante, comme les décorations de Noël en forme de croix gammée, et des exercices à consonnance xénophobe tirés des manuels scolaires. Du véridique ! Ce n'est pas un livre de trop sur la guerre, c'est un roman convaincant et passionnant. Et à l'égal de La voleuse de livres, le roman de Markus Zusak , il faut considérer "Etranger à Berlin" comme une lecture qui plaira à tous - jeunes et plus.   

le site de l'auteur : http://www.pauldowswell.co.uk/

 

 

extrait : Peter était soulagé que Segur ne soit pas là. Il se serait mis à rire. En voyant l'expression sincère de ces jeunes filles s'appliquant à chanter les nouvelles paroles, il comprit qu'elles y croyaient corps et âme. D'un coup, il se sentit très seul. Plus il y pensait, plus cela l'angoissait. Fleischer avait raison. Il resterait toujours un étranger - un Ausländer - parmi ces gens. Mais au fond de son coeur, Peter savait qu'il avait raison. Quelque chose en lui refusait d'adhérer à cette adoration totale, à cette foi aveugle et dérangeante que tous les autres semblaient vouer à Hitler et aux nazis.
Il se sentait affreusement déloyal d'avoir de telles pensées en présence de ceux qui l'avaient accueilli comme un des leurs - ou plutôt "réclamé pour la Communauté nationale". Ils l'avaient aidé à oublier le chagrin causé par la mort de ses parents. Son père et sa mère lui avaient toujours donné le sentiment que l'Allemagne était un pays meilleur. Que les Allemands étaient un peuple meilleur. Peter voulait désespérement y croire, malgré le sort des Ostarbeiters qui le hantait toujours dans un coin de sa tête. Et il voulait faire partie de la famille Kaltenbach. Il n'avait jamais vraiment pensé à ce qui lui arriverait s'ils le rejetaient. Serait-il renvoyé en Pologne, ou bien expédié dans l'un de ces camps dont il avait entendu parler ? Il se mit à chanter à pleins poumons, comme pour chasser ces troublantes pensées de son esprit.

 

*-*-*-*-*-*

« Ce blog a décidé de s'associer à un projet ambitieux : chroniquer l'ensemble des romans de la rentrée littéraire !

Vous retrouverez donc aussi cette chronique sur le site Chroniques de la rentrée littéraire qui regroupe l'ensemble des chroniques réalisées dans le cadre de l'opération. Pour en savoir plus c'est ici. »

 

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31/08/09

Je ne sais plus pourquoi je t'aime ~ Gabrielle Zevin

Albin Michel, coll. Wiz, 2009 - 315 pages - 14€
traduit de l'anglais (USA) par Valérie Le Plouhinec

je_ne_sais_plus_pourquoiUne chute dans les escaliers, un beau plongeon sur la tête et Naomi Porter, hospitalisée en urgence, se réveille amnésique des quatre dernières années de sa vie. Un cas étrange, auquel la médecine consacre peu d'intérêt, jugeant que l'adolescente de seize ans est en fait victime d'un trauma refoulé. C'est plutôt stressant pour elle, qui se demande alors quel genre de vie elle menait et quel genre de fille elle était ! ?
Aidée des listes de son père et des compilations musicales de son meilleur ami, Naomi tente de remodeler cette fille qui lui paraît de plus en plus étrangère : jolie, intelligente, sportive, superficielle. Elle a pour petit ami un joueur de tennis qui a un petit pois dans la tête, elle est adepte des soirées de beuverie sans lendemain, elle mange tous les midis avec une bande de m'as-tu-vu.
En fait, elle n'adhère plus du tout à cette image.
Elle découvre également qu'elle est fâchée avec sa mère, remariée avec une fillette de trois ans, et qu'elle accepte difficilement la liaison de son père avec une ancienne danseuse qui porte une fleur dans les cheveux.
Pas facile, cette vie nouvelle. Toutefois c'est l'occasion de redessiner un profil qui partait en sucette, Naomi s'en rend compte et fait son petit ménage.
Depuis le jour de sa chute, elle est aussi totalement obsédée par ce garçon, James Larkin, qui a été le premier à lui venir en aide. A l'accompagner à l'hôpital, sous prétexte qu'il était son petit ami. Un mensonge, bien évidemment.
Ce béguin aura un prix à payer, dont son amitié avec Will Landsman, un type charmant et vieux jeu, avec qui elle collabore pour réaliser l'album du lycée.
Bref, vous l'aviez déjà compris, cette histoire est avant tout une histoire d'amour. Et également une histoire d'identité, de quête, de hasard et de perte. 
J'ai aimé à un point que je n'ai pas pu fermer l'oeil de la nuit avant d'avoir tourné la dernière page ! Car c'est un roman attachant et captivant, où le ton  est tour à tour drôle, triste, sensé, sincère, léger, rempli de doutes et d'interrogations. D'une justesse appréciable et appréciée, malgré quelques caricatures et une intrigue prévisible. Néanmoins l'auteur parvient à nous attirer vers d'autres chemins, où elle traite des issues possibles et inattendues. C'est une vraie réussite. La possibilité de réfléchir à notre vie, s'il était possible de la changer et/ou de corriger certains chapitres.
Un roman qui se rapproche du coup de coeur, avec beaucoup d'émotion et d'humour au tournant.
Une lecture pleine de peps, qui donne foi en la vie !

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28/08/09

Les mille ruses du renard volant ~ Jean-François Chabas

Casterman Feeling, 2009 - 83 pages - 7,00€
illustré par David Sala

les_mille_rusesJ'attribue le prix d'excellence à ce roman, rien que pour sa couverture. Et comme l'a fait remarquer ma fille, cette rouquine me rappelle quelqu'un... Mais poussons plus loin le bouchon, dépassons le bout de notre nez pour plonger dans l'histoire que nous raconte Jean-François Chabas.
J'étais très excitée de lire ce roman, en fait. Je suis tombée en amour avec les Monts de l'Eléphant, c'est dire combien j'espère être enchantée par la prose de cet auteur, livre après livre.
Bon, cette fois, l'émotion sera moins forte. Moins d'emballement au programme, trop d'attente aussi, probablement.
Pourtant cette histoire d'amour qui lie un père à sa fille a tout pour me plaire, elle ne m'a d'ailleurs pas laissée insensible.
Présentation : Waldo a divorcé de son épouse américaine, Dorothy, et est retourné vivre dans son pays, au Canada, en abandonnant malgré lui sa petite fille, Lillian. A vingt ans, cette dernière s'engage dans le corps des US Marines pour financer ses études. Peu de temps après, elle est envoyée en Irak. Vous imaginez l'angoisse ET la colère du papa... Tout va s'amplifier lorsque Lillian est blessée par une roquette, le cerveau endommagé, elle est rapatriée d'urgence, limite cantonnée légume vivant dans un hôpital militaire.
Lillian a perdu la mémoire, elle se comporte comme une petite fille qui réapprend toute la vie, avec une spontanéité effarante. Sa mère choisira de la placer dans une institution spécialisée, au grand dam de Waldo qui vitupère, cogne, explose de colère et se voit expulsé du territoire américain pour sa conduite !
Ce roman très court se lit facilement, il possède de nombreuses qualités et il dénonce des vérités qui ont besoin d'être répétées, cela n'empêchera pas le monde de tourner, et la bêtise humaine sera toujours aussi flagrante !
Ce qui demeure très beau et touchant dans cette histoire concerne l'amour du papa - Waldo est prêt à tout perdre, à renverser des montagnes, à boire des tasses d'eau pour sauver son enfant. Il s'en veut d'avoir été écarté de son éducation lorsqu'elle était enfant, le fait de la retrouver avec sa peau neuve lui offre une seconde chance. C'est sûr que c'est dur, Lillian ne réfléchit pas aux conséquences et n'a pas la notion du danger. Et puis il n'est pas idiot non plus, il ne saute pas de joie de savoir sa fille blessée à vie, traumatisée par cette fichue guerre-bidon et c'est effroyable d'en arriver là.
Voilà en gros tout ce que nous propose ce roman... des instants de douceur, de patience, d'injustice et de fureur. Et au bout du tunnel, l'espoir. Le regard rempli d'étoiles. Le sourire aux lèvres. La joie sur le visage.
Bah si c'est pas beau tout ça...

-> à lire aussi, l'avis de Gaelle

 

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27/08/09

Bleu de Rose ~ Marie Chartres

Médium de l'Ecole des Loisirs, 2009 - 125 pages - 8,50€

bleu_de_roseAttention, coup de coeur.
Ce roman est une pépite de douceur, de sensibilité, de tendresse, de silence, de fantaisie, de larmes, de questions, de doutes, de sursis, de maladresse, de bêtises, d'émotions, de poésie, de colère, d'impuissance, de mort qui plane, d'injustice, de rires, de mouchoirs, de bleu et de Rose.

Rose est une narratrice attachante, douée, accablée de chagrin parce que son frère Nathan est malade, atteint de mucoviscidose. La mort est là, toute proche. C'est triste, c'est sûr. Cela fait peur, c'est vrai. Mais surtout, ça gronde de rage et de désespoir.
Malgré tout, Rose se montre touchante de fragilité, elle a dans le coeur et dans la tête des réflexions qui font d'elle une personne remarquable. Il faut lire les sous-titres de son récit, c'est drôle, spirituel, plein de bon sens :
Le mot placé entre esplanade et esprit dans le dictionnaire est interdit de séjour chez nous - Les pantalons de maman sont la cause de tous nos problèmes - La vie est si rapide que ma tête en reste vide - Les adolescents ont trop de mains et parfois trop de boutons - Sous mes paupières existe un monde magique.
Et j'en passe.
Ce livre, en fait, est truffé de bons mots, de mots justes, de phrases qui font schebam pow blop wizz. Et tant mieux, cela permet d'éviter le pathos inutile. Ce n'est pas parce que le sujet est triste qu'il faut rendre l'histoire pesante et au bord du gouffre.
Tout ceci tient du prodige, ou du miracle. Vous sentez les araignées sur les poumons, vous les voyez tisser leur vilaine toile, mais vous apercevez aussi la touche de bleu en plein milieu du coeur.
J'ai beaucoup aimé ce roman, j'ai du mal à trouver les mots qui seraient à la hauteur de son talent. J'ai aimé sa touche de fantaisie, sa note de sensibilité. Les deux, ensemble. Je me suis sentie aussi tellement proche de Rose, une jeune fille toute emmêlée avec ses noeuds partout dans le corps. La Miss France des filles bizarres, avec l'écharpe en soie bleue sur laquelle est brodé en lettres d'or Folle à lier - Ne pas toucher.
Il s'agit du tout premier roman de Marie Chartres et j'ai hâte de lire les prochains ! Gros, gros potentiel droit devant. Ça fait du bien !

 

Un roman « avec de la camomille et une petite molécule qui fera tout briller. »

 

 

*-*-*-*-*-*

Ce roman figure parmi la sélection du prix des lecteurs 2010 organisé par la Médiathèque Louis Aragon , la Bibliothèque départementale de la Sarthe, l’Association "La 25e Heure du Livre", en savoir plus en cliquant ici.

Sélection du PRIX DES LECTEURS 2010

BLONDEL Jean-Philippe – Au rebond / Actes Sud Junior
BONDOUX Anne-Laure - Le temps des miracles / Bayard jeunesse (Millézime)
BORDAGE Pierre – Ceux qui sauront / Flammarion (Ukronie)
CHABAS Jean-François – Saia / Ecole des loisirs (Médium)
CHARTRES Marie – Bleu de Rose / Ecole des loisirs (Médium)
COLEMAN Michael – Barjo / Ed. du Rouergue (DoAdo noir)
FONTENAILLE Elise – Chasseur d’orages / Ed. du Rouergue (DoAdo)
HONAKER Michel - Le département du diable / Flammarion (Tribal)
MAZARD Claire – De chaque côté des cimes / Seuil (Karactère(s))
PERCIN Anne – L’âge d’ange / Ecole des loisirs (Médium)

Un simple coup d'oeil et je peux vous affirmer que cette sélection est excellente ! (J'en ai lu quelques-uns, tous de très bons souvenirs !)

Le prix des lecteurs 2009 avait été attribué au roman Be Safe de Xavier-Laurent Petit.  (cf la lecture de Laure)

 

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Moi sauvage ~ Isabelle Rossignol

Médium de L'école des Loisirs, 2009 - 150 pages - 9,00€

moi_sauvageLéa a loupé sa dernière année scolaire, ses parents ont adopté la mesure d'urgence en l'inscrivant dans une école privée et huppée. C'est la catastrophe pour l'adolescente, issue de la banlieue populaire, et la rentrée lui confirme toutes ses craintes. Des bourges, que des bourges. Jugement implacable. En tête, le beau gosse qui n'arrête pas de relever sa mèche en regardant la plèbe autour de lui, d'un air tellement frimeur. Sur lui, ce sont mille euros de fringues qui suffiraient à nourrir un village africain.

Et la mauvaise foi, elle connaît ? Léa se plante en agressant mentalement ce garçon, car Vincent est charmant. Il tente de l'intégrer auprès de ses camarades, il est gentil, à l'écoute, il cherche à la sortir de son désarroi et la mettre à l'aise dans ses baskets. De son côté, la demoiselle fait sa mauvaise tête, remontée par sa copine Rania, experte en discours antisocial-tu-perds-ton-sang-froid. Léa ne sait plus dans quel camp elle se situe. Comble de tout, en rentrant chez elle le vendredi soir, elle a horriblement honte de son père, qu'elle trouve subitement moche et plouc. C'est la crise !

Le roman n'est pas mauvais, il est même trèsintéressant, le problème c'est que la narratrice est particulièrement imbuvable. Léa est une pauvre fille paumée, on lui offre le monde sur un plateau, ou disons une chance de s'en sortir, et la nana choisit de casser la baraque. En clair, elle va fuguer. Tout au long du roman elle ne cesse d'avoir une attitude capricieuse et agaçante, je n'en pouvais plus de la supporter, mais oui, je sais, j'ai passé l'âge, je suis une ^adulte responsable^ maintenant, et j'oublie de me mettre dans la peau de cette fille, car tout est là : les sautes d'humeur, la haine crachée à la face du monde, l'ennui et l'envie de mourir, la peur collée au ventre, les jugements à l'emporte-pièce, la révolte à deux sous, la vérité qu'on n'affronte pas, la honte à admettre, car derrière tout ceci se cache le besoin de redevenir une petite fille à protéger.
Il en aura fallu du temps pour qu'elle comprenne ! Mais que vous voulez-vous, c'est compliqué de grandir...

(A me voir aussi exaspérée, c'est dire le potentiel du livre : il est très, très bien écrit et il a parfaitement su cerner les tourments de l'âge ingrat !)

 

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20/08/09

Cinq jours par mois dans la peau d'un garçon ~ Lauren McLaughlin

Pocket jeunesse, 2009 - 320 pages - 13,50€
Traduit de l'anglais (USA) par Sidonie Mezaize
Titre vo : Cycler

cinq_jours_par_moisLe titre et la couverture vous inspirent une certaine répulsion, du genre, pouah un livre pour jeunes adultes très cucul la praline, non merci ! Vous vous trompez !!! Ce roman est absolument hallucinant. Dès le départ, la première scène s'ouvre sur une métamorphose qui défie le lecteur, c'est un grand moment d'incompréhension et de stupéfaction mélangées, un peu dégoûtant aussi, je ne vous cache pas. Jill est une lycéenne de 17 ans qui mène une existence tout ce qu'il y a de plus ordinaire.  Elle a pourtant un gros souci, tous les mois, avant chaque cycle menstruel, et ce durant cinq jours, elle devient un garçon ! Aucune explication scientifique ou médicale existe, c'est à prendre ou à laisser.
Vous prenez ? C'est très bien.
Le double de Jill s'appelle Jack. C'est un type charmant, qui n'a pourtant pas le droit de se mêler à la vie de famille et doit rester dans la chambre, à manger et tuer le temps du mieux qu'il peut, car Jack exaspère, on le traite comme une vilaine verrue sur la jolie joue de Jill, et comble de tout, il s'avère un véritable obsédé sexuel, en pleine crise de libido.
A la place de Jill, nous n'en mènerions pas large. Aussi, la jeune fille s'adonne tous les mois à son plan B pour se remettre dans sa peau et chasser les pensées de Jack. Un bon décrassage mental et physique s'impose. Jusqu'à présent, elle gère bien sa barque.
Les choses se compliquent quand elle tombe amoureuse de Tommy, puis lorsque Jack s'amourache de Ramie, la meilleure amie de Jill. Tout va se mélanger, se confondre dans un monstrueux désordre sentimental et sexuel. De pleines, pleines pages de sensualité sont d'ailleurs à noter ! (page 240, notamment, avis aux curieux)

Je ne m'attendais vraiment pas à un roman qui aborde avec autant de franchise et de culot la question de l'identité sexuelle chez les adolescents. C'est une histoire hors du commun, pas du tout le genre de comédie américaine pour teenagers aux dents blanches, non, non. C'est comique, parfois absurde, souvent tiré par les cheveux, et ça frise le grand n'importe quoi à la toute fin du livre.
Malgré tout, j'ai trouvé que c'était une réussite. Ce roman se lit d'une traite, il parvient à séduire de suite, tant il déborde de fraîcheur et d'humour. Les deux personnages partagent le même corps, mais pas les mêmes pensées, si bien qu'elles ont tendance à polluer l'esprit de l'autre contre son gré. Jack, pour ne pas le dénoncer, est d'ailleurs trèèèès porté sur le dessous de la ceinture, je vous laisse juger, tandis que Jill se débat avec ses pulsions, ses envies, ses questions. Cela donne un équilibre intéressant, et matière à des malentendus et  autres situations compromettantes.
Voilà donc un roman qui possède de nombreux atouts pour attirer le lecteur, et qui ose ou tente de proposer quelque chose de nouveau, de façon divertissante.

la suite (re)cycler (titre vo) est déjà disponible en anglais ! 

le blog de l'auteur : http://www.laurenmclaughlin.net/wordpress/

en librairie le 20 août.

 

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18/08/09

Violette : L'amour basta ! ~ Cécile Roumiguière

Collection : Blue Cerises
Milan, coll. Macadam, 2009 - 57 pages - 4€

violette_lamour_bastaPremière saison, quatrième livre.
Violette, la deuxième fille de la bande des Cerises, est verte de frustration de savoir qu'elle ne sera pas de la partie pour la fête de Satya ni qu'elle passera ses dix jours de vacances avec ses amis très proches puisqu'elle part dans les Corbières chez son grand-oncle Ernesto.
Sensation de partir loin de tout. L'envie est pourtant là, car elle aime beaucoup son tio Ernesto, et ce goût de l'enfance retrouvée, au coeur de ce village perdu, au fin fond du pays.
Cependant, Violette a la trouille. Elle a aperçu un type en noir la pister dans les rues de Paris. Cela aurait un lien avec le fameux secret des Cerises... va-t-on lever le voile ? !
Dans les Corbières, Violette va aussi rencontrer un charmant jeune homme qui campe dans les environs. Il dégage à lui seul le séduisant sex-appeal de Louis Garrel et Anthony Perkins réunis. Le regard, le grain de beauté, la fossette.
La terre tangue, Violette, le bateau secoue. C'est la tempête.
Et dire que la demoiselle avait fait une croix sur l'amour... basta ! C'est rien que des emmerdes, comme elle déclare.
Dernier volet des aventures d'un quatuor fort attachant, avec une personnalité qui se distingue, au fil des livres, et des histoires uniques et propres à chacun. Il règne malgré tout une connivence exemplaire, touchante. Et pas simplement parce qu'ils ont juré sur le sceau du secret. C'est bien plus que ça, et c'est ce qui rend cette série belle et juste.
Cécile Roumiguière boucle la boucle. Et je ne crois pas me tromper en affirmant que c'est elle l'instigatrice de ce projet, réunir quatre auteurs autour d'une même histoire, se raconter sans se la péter ni jamais se répéter. Ecrire donc quatre histoires, avec quatre amis et un seul secret.
Le résultat est une réussite sur toute la ligne, tant sur le plan de la qualité littéraire que sur l'intérêt des histoires, le format, quatre romans courts à des petits prix, et des personnages charismatiques, des histoires qui se croisent et se tissent délicatement, sans oublier le fil rouge autour du secret des Cerises.
Je n'avais pas espéré autant de bonnes surprises dans d'aussi petits livres ! C'est une vraie, belle découverte.

La deuxième saison paraîtra en octobre 2009 !

le blog créé par / pour Violette : http://violetteorlach.blogspot.com/

 

 

  phare

une photo empruntée sur le site de Cécile Roumiguière

avec cette belle phrase :

Les lecteurs sont de grands aventuriers. De phare en phare, de livre en livre, ils découvrent leurs continents intérieurs.

 

Posté par clarabel76 à 20:15:00 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
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