21/06/10

Les étranges sœurs Wilcox, 2. L'ombre de Dracula de Fabrice Colin

Les_soeurs_Wilcox_Tome_2

Après un premier tome ô combien réjouissant, et une fois les souvenirs des événements précédents évoqués, les aventures des sœurs Wilcox reprennent sans temps mort. Amber et Luna sont ainsi propulsées sur le devant de la scène et font face à d'autres coups durs, qui surviennent dès le début de ce deuxième tome - Amber est kidnappée et Luna doit mener une mission spéciale pour la comtesse Elizabeth Bathory !

À New York, Amber est à la recherche de sa belle-mère Rebecca afin de récupérer un fragment du Venefactor pour éviter qu'il ne tombe entre de mauvaises mains. Les alliés de Dracula sont sur les dents, la société des Invisibles continue de mener une guerre sans merci mais les trahisons sont légion. La tâche de Luna est périlleuse, mais l'épopée d'Amber connaît des revers troublants. Les deux sœurs, même séparées, ne baissent pas les bras et tentent de trouver des solutions et des réponses à leurs nombreuses questions : qu'est devenu leur père, pourquoi ont-elles été mordues et quel rôle joue Rebecca dans cette fable ?

La série s'installe définitivement avec ce deuxième tome bouillonnant d'action et d'émotion. L'histoire est toujours aussi captivante, la tension monte d'un cran (surtout du côté d'Amber dans les rues de New York). Le fait d'avoir séparé les deux sœurs a permis d'enrichir l'intrigue et d'élargir les horizons. Et OUI, j'ai beaucoup aimé. J'ai, de plus, instinctivement retrouvé mes marques et ma zone de confort en commençant ce roman. L'univers de Fabrice Colin autour des vampires de Londres ou de New York est chic, terriblement attirant et admirablement bien dépeint. Bien entendu, l'épopée que vivent les personnages ne manque pas d'attrait non plus ! En bref, c'est grisant et fascinant. Vivement la suite, tiens.
À votre tour, succombez ! 

Les étranges soeurs Wilcox, 2. L'ombre de Dracula - Fabrice Colin
Gallimard jeunesse (2010) - 316 pages - 13,50€
illustrations : Erwann Surcouf

rappel du tome 1 : Les vampires de Londres

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14/06/10

L'été où je suis devenue jolie

Je me suis demandé si les amours d'enfance mouraient toujours ainsi, lentement d'abord, dans un sanglot, avant de s'évanouir comme ça, d'un coup.

Jenny_Han

L'été où je suis devenue jolie, roman de Jenny Han, est un livre sur l'été et pour l'été. J'avais ce bonheur, en le lisant, de ressentir la chaleur des rayons du soleil, de savourer l'eau qui glisse sur le corps, des bains de minuit, du sable qui file entre les doigts, de l'huile qu'on applique sur la peau, du ronronnement de la mer, de la fraîcheur du thé ou de la grenadine... C'est un avant-goût appréciable. L'histoire aussi est pleine de charme et ne manque pas de nous renvoyer vers l'été de nos quinze ans.

Belly, devenue une vraie beauté, retrouve ses amis d'enfance, Conrad et Jeremiah, avec lesquels elle a toujours passé ses vacances dans leur maison près de la mer, à Cousins Beach. Depuis ses dix ans, Belly est amoureuse de Conrad mais n'a jamais osé lui avouer ses sentiments. Et cet été, particulièrement, promet d'être différent pour l'adolescente : son corps a changé, l'attitude des garçons aussi, leurs mères ne cessent de faire des messes basses, Belly s'ennuie, elle rencontre Cam, tombe amoureuse mais se fâche avec Conrad qui a choisi de saboter leurs vacances. Il boit, il fume, il est taciturne, il repousse Belly alors qu'il ne digère pas sa relation avec un autre, et au milieu, Jeremiah, charmant, drôle, séducteur...

Au début, j'avais peur de me sentir une intruse au sein de cette famille, riche en souvenirs, soudée par des liens d'amitié et solidaire face à toutes les épreuves de la vie. Heureusement, l'histoire se déploie joliment, nous ouvre les pans du passé en sélectionnant quelques échantillons d'autres étés, et ainsi on les accompagne en toute confiance, on trouve progressivement sa place et on vit à leurs côtés, partageant leurs rires, leurs larmes, leurs colères, leurs doutes. C'est un roman touchant, juste et attachant, où l'on parle d'amitié et d'amour, de la vie vie qui change, de la douleur de grandir, de l'instant présent et fragile, de la confiance qui vacille et des certitudes qui perdent de leur superbe. C'est un roman qui se lit en quelques heures, et qu'on quitte à regret en souhaitant très vite lire la suite pour retrouver Belly au coeur de son propre tourbillon de la vie. 

Le deuxième tome (oui, il s'agit d'une trilogie) s'intitule It's Not Summer Without You. Cette lecture m'a aussi fait beaucoup penser à Toi et moi à jamais de Ann Brashares.

J'avais d'ailleurs noté cette citation à l'époque, et je la trouve également parfaitement adaptée au roman de Jenny Han, "L'amour peut-il durer toute une vie ? Peut-il passer indemne de l'enfance à l'âge adulte en survivant aux tourments et aux écueils de l'adolescence ? Est-il toujours le même à l'arrivée, simplement exprimé de façon différente ? Ou ces deux formes d'amour sont-elles radicalement étrangères et incompatibles ?"

Verdict : un roman adorable, qui nous prend par la main et qu'on lâche le coeur serré.

L'été où je suis devenue jolie ~ Jenny Han
Albin Michel, coll. Wiz (2010) - 300 pages - 13 euros
traduit de l'anglais (USA) par Alice Delarbre

09/06/10

The Agency, Le pendentif de jade

The Agency

Londres, 1853. Mary, douze ans, est condamnée à être pendue pour vol. Par chance, elle rencontre une bienfaitrice qui la fera entrer dans une école pour jeunes filles. Cinq ans plus tard, devenue institutrice, Mary ne peut cacher son ennui lorsque la providence vient de nouveau frapper à sa porte. Mary rejoint une organisation secrète, the Agency, qui consiste à infiltrer des lieux et à se familiariser avec des personnes pour servir une enquête.

Mary l'espionne reçoit pour première mission d'être embauchée comme demoiselle de compagnie chez les Thorold. La demoiselle de la famille est une peste insupportable, qui s'est jurée d'empoisonner l'existence de Mary. Cette dernière, contrainte de paraître affable, se sent frustrée et brûle d'envie de passer à l'action. N'en pouvant plus, elle se glisse un soir dans le bureau de Thorold et fait la rencontre de James.

Ah, James ! ... Brillant, arrogant, fasciné par cette beauté exotique, au tempérament volcanique. Il comprend tout de suite qu'elle n'est qu'une usurpatrice (fausse demoiselle de compagnie), mais ne souhaite pas la compromettre. Au contraire, il lui propose de collaborer et d'unir leurs efforts.

Le texte est extrêmement bien écrit et bénéficie aussi d'un incroyable travail de recherche. L'auteur a fignolé le cadre historique, la réalité sociétale, la dénonciation de la condition féminine en cette époque victorienne... Autre point fort du roman : les personnages ! Le couple Mary / James est juste formidable et noue un subtil jeu amoureux qui ne demande qu'à se déployer.

En somme, cette intrigue se veut délicate et pleine d'élégance, elle introduit un univers alléchant et prometteur. Quelques petits défauts subsistent, qui s'effaceront par la suite, je n'en doute pas un instant ! Dans un registre très proche, je recommande également les enquêtes d'Enola Holmes, mais aussi la série de Lee Jackson, avec Sarah Tanner, autrement dit Une femme sans peur . 

The Agency, Le pendentif de jade ~ Y.S. Lee
Nathan (2010) - 377 pages - 14,90€
traduit de l'anglais par Lilas Nord

à suivre : The Agency 2: The Body at the Tower (août 2010 pour la VO, 2011 pour la VF chez nathan)

 

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03/06/10

Le retour de l'allumeuse

Le retour de l'allumeuse est en fait la suite d'un livre déjà paru en 2006, Journal d'une allumeuse (+ Le grand livre des garçons, 2008). Par contre, j'ai lu celui-ci de façon totalement indépendante, même si j'aurais probablement préféré connaître les précédents détails, je n'ai pas été trop paumée non plus.

le_retour_de_lallumeuse

Alors voilà, Ruby Oliver a souffert d'une méchante réputation d'allumeuse durant l'année qui vient de s'écouler et, même si les vieilles rancunes sont tenaces, elle est déterminée à enterrer ce passé. Elle suit une thérapie auprès du docteur Z, cela fait maintenant quarante semaines qu'elle arbore un célibat sans failles et sans frémir. Elle a perdu sa meilleure amie et toute la bande des filles huppées du lycée de Tate, elle a fait une croix sur Jackson, son ex qui est maintenant avec Kim, et son amitié avec Noel, qui a cherché à l'embrasser tandis qu'elle le repoussait de façon charmante, est en perte de vitesse. Comble de tout, elle se découvre désormais un sérieux penchant pour lui et se mord les doigts d'avoir fait la fine bouche. Et pour alourdir l'un des plateaux de la balance qu'elle tente d'équilibrer dans le but de redorer son blason, Ruby a appris que son amie d'enfance, Nora, en pinçait sérieusement pour Noel. Le même Noel. Argh.

La partie s'annonce serrée. D'un côté, Ruby veut être considérée comme une amie sincère et compatissante, qui aimerait effacer la réputation d'allumeuse qui persiste sur les murs des toilettes, mais rien ne va comme elle le souhaiterait. Jackson a rompu avec sa petite copine et tente de renouer contact avec Ruby. Noel continue de la fuir, mais il dépose des petits billets à double sens dans sa boîte aux lettres, en même temps Nora se pâme d'amour pour lui mais n'ose pas lui avouer, et Ruby au milieu est partagée car, non, non, non elle n'a pas du tout envie que Nora et Noel sortent ensemble.

Autres signes que rien ne va dans sa petite vie : elle perd son job qu'elle adore, elle trouve une place de vendeuse de sandales Birkenstocks qu'elle déteste farouchement, ses parents s'amourachent d'un danois qui se régale des beignets cuisinés maison, et impossible pour Ruby de dresser sa carte au trésor comme il faut, le docteur Z vient de mettre le doigt sur un détail fâcheux, Ruby Oliver ne vit que pour les garçons et les histoires sentimentales ! Ruby Oliver souffre de la fièvre du lapin !

Vous l'avez compris, c'est très drôle. Le livre s'appuie sur le modèle du journal intime, agrémenté de pétillantes anecdotes sous forme de petites notes reçues en douce et même des extraits du grand livre des filles (une très grande référence culturelle !). De plus, l'auteur a su donner une fraîcheur irrésistible aux élucubrations d'une lycéenne qui exprime ses souhaits et ses espoirs afin de rendre plus harmonieuses ses relations avec les personnes de son entourage (oui, voilà en gros toute l'histoire !). L'humour ne masque pas la sensibilité de la jeune fille, sa souffrance d'être constamment jugée et incomprise, et même la fin échappe à toute mièvrerie. Bref, j'ai beaucoup aimé. C'est une lecture réjouissante, vive et espiègle, où l'on comprend que la vie est parfois riche d'un enseignement puisé dans le retro metal, avec des répliques cultes du genre : Les groupes à cheveux gras ont des vertus thérapeutiques insoupçonnées. (Entre autres choses, bien entendu.)

Dans le même style, vous apprécierez :  Teen Song de Claudine Desmarteau  ou  15 ans : Charmante mais cinglée de Sue Limb . 

Le retour de l'allumeuse ~ E. Lockhart
Casterman (2010) - 216 pages - 13,00€
traduit de l'anglais par Antoine Pinchot
illustration de couverture : Sibylle Delacroix

du même auteur : Journal d'une allumeuse (nouvelle édition illustrée par S. Delacroix) & Le grand livre des garçons

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02/06/10

Quatre soeurs, Malika Ferdjoukh

Pour la première fois réunie en un seul volume, la tétrade de Malika Ferdjoukh ! (si vous l'aviez loupée, il n'y a maintenant plus d'excuse)

quatre_soeurs

Contrairement à ce que laisse entendre le titre, il s'agit de l'histoire des cinq soeurs Verdelaine (Enid, Hortense, Bettina, Geneviève et Charlie), dont les parents ont disparu dans un accident, et qui vivent par leurs propres moyens dans la Vill'Hervé, leur maison familiale qui compte aussi comme un personnage dans la série tant elle est mystérieuse, biscornue, avec des passages secrets, des coins et des recoins, un escalier rebaptisé le macaroni, le tout battu par les vents et bercé par le ronron de la mer. C'est une belle saga qui parle d'amour, de rêves et d'espoirs, forte en rencontres (toutes les demoiselles ont des personnalités attachantes, exubérantes, un brin fofolles). Les coups durs ne sont pas écartés, le souci d'argent, l'éducation entre soeurs, le besoin d'indépendance, le manque de repères. On parle aussi de maladie, de perte tragique, de séparation et de responsabilité. Non, tout n'est pas rose non plus, mais ce n'est jamais déprimant. Et surtout, il y a ce zest de poésie et de folie douce, Malika Ferdjoukh est en pleine extase littéraire, son écriture est un cadeau, merci tout court !

De son côté, l'éditeur parle d'un festival de personnages, de péripéties et de dialogues piquants, l’équivalent moderne et littéraire des bonnes vieilles grandes comédies américaines des années 40 et 50. Un régal pour le coeur et l’esprit. (je suis d'accord !)

Le livre coûte 19,50€  (école des loisirs, 2010 - 610 pages).
illustration de couverture : Gwen le Gac 

mon coup de coeur de l'été 2007

La série sera prochainement adaptée en bande dessinée, par Cati Baur et Malika Ferdjoukh, à paraître en octobre (tome 1 : Enid) chez delcourt.

quatresoeurscouv4

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25/05/10

Jean-Noël Sciarini

Je m'appelle Toni Canetto, j'ai seize ans, et comme je ne sais pas qui je suis, que j'en crève de ne pas le savoir, je cherche l'amour dans les chansons.

garcon_bientot_oublie

En voilà un roman absolument déconcertant, qui n'est pas tendre avec son lecteur car il choisit sciemment de le bousculer. C'est l'histoire d'un garçon de seize ans intimement persuadé d'être une erreur de la nature ("être un garçon manqué, un garçon râté"), il ne se sent pas dans la peau d'un garçon comme les autres, mais un garçon en passe de devenir une femme. Et c'est en découvrant une chanson d'Antony & the Johnsons, puis en rencontrant Rose à Paris qu'il va comprendre que son destin est tracé. L'histoire de son parcours et de cette révélation nous apparaît hallucinante et bouleversante de beauté brute. C'est un texte dur, un vrai électrochoc, qu'on reçoit comme une claque. La fin du roman, notamment, n'est pas facile. Tout s'embrouille, tout se met en branle, c'est le chaos. Toni a pris conscience d'un tas de choses, il va agir et basculer dans un univers cotonneux, presque onirique. J'étais un peu paumée mais je n'ai pas  regretté.

Néanmoins, au-delà de toutes les considérations sur le sexe et l'identité profonde, c'est aussi un livre qui laisse libre cours à de pleines pages de bonheur musical. Associer la découverte d'une chanson à la renaissance, à la vie qui se révèle et aux émotions que cela implique, j'ai trouvé que c'était tout simplement merveilleux.

Je pose le disque dans mon lecteur CD, et pendant des heures, plus rien n'existe.
Que cette chanson. Et moi.
Des dizaines de fois, je l'interromps, ne l'écoutant que par bribes, comme un corps si longtemps désiré, et annexé millimètre après millimètre, sans pouvoir y croire, à cette beauté et à cette chance de pouvoir le toucher, enfin ; toute cette attente, ce n'était pas en vain.
Je m'écroule alors, trop-plein de sensations physiques dont j'ignorais l'existence - moi qui n'ai jamais vécu que dans ma tête.
Recroquevillé sur le sol de ma chambre, je fonds en larmes, mon corps parcouru de sanglots violents inséminés par une voix nouvelle, comme un ouragan le traversant, le dévastant.
Comme s'il fallait détruire tout ce qui était pour laisser tout l'espace du monde à ce qui sera.
 

Le garçon bientôt oublié ~ Jean-Noël Sciarini
Médium de l'école des loisirs (2010) - 196 pages - 10€
illustration de couverture : Rascal

L'auteur s'était déjà illustré dans un premier roman, Nous étions des passe-muraille, tout aussi complexe et troublant.

(...) j'ai proposé à Sarah de s'asseoir sur une banquette. Elle a fait non de la tête et s'est frayé un chemin parmi la foule. Puis elle s'est mise à danser, les yeux clos, indifférente à ce monde si vaste qui s'étendait à la frontière de son corps ; je ne l'avais jamais vue danser avant cette nuit. Et même maigre à pleurer, elle était encore si belle cette nuit-là, Sarah, ma ballerine, à danser sur la pointe des pieds, Sarah, se réappropriant son corps et abolissant, le temps de quelques chansons, cette frontière invisible qui la tenait depuis trop longtemps à l'écart du monde.
Je suis resté planté, à la regarder danser pendant plus d'une heure. J'étais paralysé, ne voulais rien faire. Il fallait que l'équilibre ne se rompe pas, il fallait qu'elle sente à nouveau le sang affluer dans ses veines d'or, qu'elle réanime les fonctions de son corps.
Quand elle a enfin ouvert les yeux, ils étaient pour moi. Elle a parlé - non, je n'ai pas rêvé, Sarah, j'ai entendu ta voix -, elle m'a dit :
- Jean, danse avec moi !
C'était une injonction. Un ordre comme je n'osais plus en rêver. Sarah reprenait les commandes, à l'écoute des battements du monde ; Sarah forte et fragile, sourire aux lèvres, tantôt narquoise, tantôt désarmante d'innocence non feinte. Et son regard comme  une contrepartie à l'obscénité du monde. Ses colères pour rien, aussi, que je fuyais au début comme la peste, préférant passer pour un lâche plutôt que d'affronter les coups millimétrés de ses mots, les fléchettes empoisonnées qu'elle me décrochait. Ses colères qui me manquaient tant à présent...
Alors j'ai dansé avec elle - tâchant d'oublier quelques minutes que je ne dansais presque jamais, tellement j'avais honte de la gaucherie de mes pas, de mes longues mains que je ne savais où mettre, excepté au fond de mes poches. A ce moment-là, nos vies battaient au rythme saccadé d'une mélodie minimale jouée par un DJ de Detroit.
Je n'aimais pas cette musique, je n'aimais pas cet endroit mais j'étais si heureux de voir Sarah danser comme une folle, Sarah assassinant père et mère, Sylvia Plath, Fernando Pessoa, puisqu'elle n'en avait plus rien à faire de la gravité et qu'elle était à nouveau prête à la défier, ce soir-là, dans cette ancienne fabrique cerclée de briques rouges.
Et puisqu'il y a déjà bien assez d'anges dans le ciel, redeviens un démon, Sarah, redeviens un démon et enivre-toi ; de Dionysos tu seras toujours la fille, Sarah.

passe_murailleC'est encore un texte pas facile du tout, mais très attachant et émouvant, admirablement écrit et d'une poésie pointilleuse. C'est l'histoire d'un couple improbable - lui, pataud et encombré d'un corps disgracieux, et elle, belle et rayonnante, mais qu'on dit folle alors qu'elle est malade, ne mange plus, ne parle plus. Elle est internée dans un centre d'où Jean, le narrateur, va la sortir pour l'emmener en Allemagne, pays que Sarah a quitté brutalement quand elle était enfant. Il espère ainsi que ce retour aux sources la guérisse ou lui redonne goût à la vie. C'est un petit roman sensible et sincère, qui m'a mise à plat, mais je savais les risques que je prenais. La lecture fut éprouvante, mais elle a su générer une énergie forte et revigorante. Envers et contre tout.

Nous étions des passe-muraille ~ Jean-Noël Sciarini
Médium de l'école des loisirs (2009) - 178 pages - 9,50€
illustration de couverture : Frank Juery
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16/05/10

Blue Cerises saison 3

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" Les Cerises, c'est la possibilité d'être nous, tels quels, sans masque, sans paraître. Un cocon, peut-être, où nous pouvons nous protéger de tout le reste. " (Satya, de musc et de havane)

Voilà une troisième saison beaucoup plus rude pour nos Cerises. C'est le soir du réveillon de la saint-sylvestre, tous les quatre se rendent à une fête costumée, mais rien ne se passe comme prévu. Violette apprend que son frère a disparu, Amos pète un câble et lui envoie un scud en pleine figure, Zik et Satya frisent le rapprochement avant de revenir sur terre pour recoller les pots cassés. Quelle soirée !

Après la saison des secrets, voici la saison des révélations et du sentiment de trahison. Les masques tombent, le fantôme d'Olivia revient tous les hanter, entre apparition surréaliste ou harcèlement d'un dégénéré, les Cerises sont paumés et ont besoin de leur amitié pour ressouder les liens qui se desserrent. Or, l'amitié bat des ailes. Zik a le sentiment d'avoir été mise de côté, Amos a cru pouvoir se séparer de sa famille qui part au Canada en se consolant auprès des Cerises, mais soudain le déchirement devient vif et inexplicable, Violette a bafoué la confiance de ses proches, aujourd'hui elle en paie douloureusement le prix, et enfin Satya ne veut pas entendre parler de ce type débarqué de New York qui aurait bien connu ses parents en Inde. A l'instar de ses amis, il préfère se protéger de la réalité, ne pas affronter certaines vérités, trouver un refuge ailleurs, à la Cinémathèque par exemple. Quand on a toujours compté l'un pour l'autre, et l'un sur l'autre, cela devient subitement troublant de ne plus rien retenir et de découvrir que tout se délite. Et le désespoir de Zik est juste beau, poignant et émouvant.

" J'y ai tellement cru, aux blue Cerises, j'ai tellement cru qu'ils m'aidaient à vivre. Notre mot de passe n'est-il pas : "On en parle ?"
Dans ce cas, pourquoi est-il si difficile de se dire les choses ? N'y a-t-il pas une gigantesque supercherie à croire que l'on ne peut être rien sans les autres ? Je n'en peux plus. J'ai envie de hurler. Je ne supporte plus cette hypocrisie de merde. "
  (Zik, lonely cat)

Les blue Cerises, c'est l'amitié puissance 4. Une amitié fusionnelle, qui n'est pas épargnée par les coups de griffes, mais après tout il faut aussi grandir dans la douleur, et comme nos petits Cerises ont un goût inné pour la dramaturgie (on ne se gave pas de cinémathèque en apprenant par coeur les répliques implacables pour rien !), tout ça vous vrille le coeur et le corps. Cette saison se boucle donc sur une note d'amertume, en même temps lire quatre fois une cinquantaine de pages où les émotions sont intenses et exarcerbées ne peut pas se terminer autrement. Et c'est avec une certaine boule au ventre qu'on repose nos quatre petits bouquins, avec des questions qui passent en boucle, comme de ne pas comprendre où Amos a perdu la raison, à une lettre près (ça signifie "entendre son coeur") et sur quelle épaule Zik a calé sa tête (en se glissant dans la peau de Scarlett).

Donc, les larmes, les cris, la colère, la boisson, les notes de musique ont beaucoup versé dans cette saison mais c'est un mal pour un bien. Cette série, à travers son concept, son idée, son style et son portrait de quatre adolescents inséparables, montre que l'union fait la force.

En attendant un dénouement apaisant (Zik / Satya ?!?), la saison 3 a posé les bonnes questions : " Pourquoi cette violence ? (...) Où est ma place dans cette histoire ? Je suis libre d'être ce que je suis. Les ailes froissées, je me cogne, encore et encore, aux lumières de la vie. Et je me consume. " (Violette, la minute papillon)

La saison 3 des Blue Cerises comprend :

* Violette, la minute papillon ~ Cécile Roumiguière
* Zik, lonely cat ~ Maryvonne Rippert
* Amos, anticorps ~ Sigrid Baffert
* Satya, de musc et de havane ~ Jean-Michel Payet

Milan, coll. Macadam (2010) - 4€ chaque livre. 

24/04/10

Bon sang, on est comme Buffy et Spike.

De_si_jolies_chosesUn été à Londres. Quatre jeunes de dix-sept ans s'inscrivent à un stage de théâtre où ils devront mettre en scène La mégère apprivoisée de Shakespeare. Il y a Charlie, Lucy, Daisy et Walker. Ce dernier a une réputation de don juan, il saute sur tout ce qui bouge, et a actuellement dans sa ligne de mire la pulpeuse Daisy. Mauvaise pioche. La miss a un caractère revêche, très sarcastique, elle se revendique lesbienne jusqu'au bout des ongles et abhorre un type comme Walker qui réunit tous les défauts du genre masculin. Charlie, lui, a le béguin pour Walker et lui confie en pure perte ses sentiments, alors que Lucy, sa meilleure amie, brûle d'amour pour lui, sans aucune chance de retour. 

Chassés-croisés amoureux, recherche de soi à travers son identité sexuelle (attention à la cible des lecteurs jeunes, la couverture est jolie, toute fraîche mais l'histoire parle d'alcool, de baiser et de sexe), bref ce petit roman de Sarra Manning m'a étonnamment séduite. On y parle d'amour qui vous tombe dessus sous crier gare. De confusion des sentiments, des sens en éveil, des contradictions entre le coeur et la tête. Lucy, Charlie, Daisy et Walker, tour à tour, s'amourachent de la mauvaise personne, c'est vécu comme un drame (normal, c'est l'âge), un vrai casse-tête où chacun tente de sauver sa peau, de préserver l'autre, de vouloir ci et choisir ça. L'histoire en elle-même part un peu dans tous les sens et se conclut de manière convenue (à une exception). Et pourtant, je me suis attachée aux quatre personnages, à leur valse des hésitations, à leurs prises de conscience. Ce n'est pas profond de chez profond, tout reste à la surface aussi, mais j'ai trouvé chez chacun des failles, des forces qui touchent ou qui agacent, donc c'est obligé de tous les aimer à un moment ou à un autre. Qu'on soit d'accord avec eux, qu'on les pousse à agir d'une façon au lieu d'une autre, qu'on tolère l'impensable ou le comique. C'est le cadeau bonux qu'on aimerait trouver plus souvent, la sensation d'avoir 300 pages d'une lecture qui s'oubliera vite, mais qui conservera pour elle d'avoir réussi à nous tenir compagnie sans nous ennuyer. Bien au contraire.

Sarra Manning est un peu la Meg Cabot anglaise, j'avais très envie de la découvrir, notamment depuis ce billet où elle nous parle des *toxic boys* (et là, forcément elle devient notre copine, parce qu'on se comprend parfaitement ! It's a crying shame.)

De si jolies choses... ~ Sarra Manning
Pocket jeunesse (2010) - 300 pages - 12,50€
traduit de l'anglais par Marie Leymarie
illustration de couverture : Solène Debiès

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21/04/10

Qui choisirait un hamburger quand il peut avoir du filet mignon ?

Avalon_HighEncore une petite sucrerie dégotée dans le fin fond de mon escarcelle.
Ce livre à la couverture rose de chez rose nous raconte une bluette romantique, pas bien désagréable et surtout drôle et divertissante (cela reste du Meg Cabot avant tout). Et plus dingue encore, l'histoire nous fait croire que nos jeunes lycéens sont des réincarnations du roi Arthur et de ses suivants.
Cela commence par l'arrivée d'Elaine dans la ville d'Annapolis où ses deux parents, professeurs, ont posé leurs valises pour leur année sabbatique. Ce sont deux excentriques, deux médiévistes passionnés,  qui entretiennent avec leur fille une relation enrichissante.
Un matin, alors qu'elle fait son jogging, elle croise un garçon au sourire charmant. Comme si elle recevait une flèche en plein coeur. Le jour de la rentrée, elle le retrouve au lycée d'Avalon High, en compagnie de son meilleur ami Lance. Il s'agit de Will, capitaine de l'équipe de foot, le type le plus populaire de l'école. Il est drôle, intelligent, a un succès fou et une petite copine, Jennifer, jolie, blonde et leader des pompom girls.
Bizarrement, Elaine et Will vont tisser un début d'amitié plutôt paradoxal - il passe beaucoup de temps en sa compagnie, prétend la connaître ou l'avoir déjà vu. De son côté, même si son coeur bat la chamade, Elaine se retient de lui sauter au cou et prend même à coeur de le préserver lorsqu'elle découvre que Jennifer et Lance sont tombés dans les bras l'un de l'autre.
Et l'on suit ainsi cette histoire ahurissante en se prêtant au jeu, en acceptant de voir sous les traits de Will Wagner le roi Arthur Pendagron, entouré de son fidèle Lancelot qui le trompe en s'amourachant de la belle Guenièvre, tandis que dans l'ombre Mordred, déchaîné par la jalousie, cherche à semer la zizanie.
Elaine, parce qu'elle est la progéniture d'amoureux du Moyen-Âge, doit bien évidemment son prénom d'un personnage de la littérature, soit celui de la Dame de Shallot, alias Lady Elaine qui s'est tuée parce que Lancelot lui préférait la reine Guenièvre.
Que d'intrigues amoureuses nous réserve donc ce roman (et de situations téléphonées aussi). Nulle prétention à son bord, juste du clin d'oeil et une approche astucieuse pour se familiariser avec les légendes arthuriennes (un lexique des personnages est d'ailleurs glissé à la fin du livre). Lire ce livre ne demande pas beaucoup de temps, et puis c'est un livre de Meg Cabot, donc un billet direct pour une comédie romantique et distrayante.
Conviendra parfaitement aux adolescentes.

Avalon High (Un amour légendaire) - Meg Cabot
Hachette (2008) - 307 pages - 12€
traduit de l'anglais (USA) par Josette Chicheportiche

Par contre, l'édition française est une pitié : coquilles, fautes de frappe, pagination bizarroïde et j'en passe. Ce n'est pas très soigné !

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19/04/10

(...) parfois, les rêves se réalisent vraiment.

Paul_Charlie_et_Rose_de_Isabelle_MerlinTout commence par un blog : Trois Voeux. Rose, une adolescente de seize ans, affiche les siens : gagner une fortune au loto, avoir une paire de chaussures argentées et souhaiter que quelque chose de fantastique se produise. Peu de temps après, elle reçoit une invitation pour venir en France rencontrer son grand-père, le comte Valentin du Merle de la Tour d'Argent. La nouvelle fait l'effet d'une bombe ! Rose, dont les parents sont décédés dans un accident de voiture, se découvre une généalogie bien pompeuse et, sous l'insistance de sa tante, accepte de s'exiler (elle vit en Australie). A elle la vie de château ! Sur place, elle ne cesse d'être éblouie et séduite. Et comme l'indique la couverture, il y a bien deux garçons pour faire battre son coeur - l'un est Charlie, le fils de la secrétaire particulière de son grand-père (une femme très froide, surnommée la reine des neiges), l'autre est Paul, dont l'histoire de famille est fortement entremêlée avec celle des châtelains. Dans ce petit coin de paradis, les rancunes demeurent. La présence de Rose n'est pas au goût de tout le monde, puisque depuis son arrivée la jeune fille se sent la cible de menaces et de tentatives de meurtre.

C'est bien gentil, tout mignon, proche du Journal d'une princesse de Meg Cabot mais en beaucoup moins enlevé et pétillant. J'ai trouvé le texte un peu lourd, voulant se prendre presque trop au sérieux (il lui manque de l'humour pour le rendre attachant et léger). Un peu comme de la chick-lit, mais non. Certes, l'histoire respire le parfum du conte de fées, avec all's well that ends well. En plus, on trouve un zest d'intrigue à suspense avec des secrets de famille, un troll sur le net et un type qui harcèle notre héroïne aux abois. Le niveau est sympa, mais pas transcendant. La couverture, comme toujours dans la collection Bliss, est signée Pénélope Bagieu.

Ah bon ? La vie contient des éclats de magie, même s'ils sont différents de ceux des contes de fées.

Vrai ! Le monde d'Internet est vraiment bizarre. J'ai parfois l'impression qu'il s'agit d'un pays de contes de fées. On y trouve des trolls, des pirates, des zombies, des gens qui empruntent de fausses identités et d'autres qui transforment leur apparence. Il existe aussi tout un tas de méchants prêts à piéger les gens trop confiants, et de bonnes fées qui peuvent vous changer la vie. On peut s'y faire des amis invisibles, sans jamais les rencontrer. Et il semble y règner toute une gamme de magie étrange - bienfaisante ou maléfique.

Paul, Charlie et Rose ! ~ Isabelle Merlin
albin michel, coll. bliss (2010) - 390 pages - 15€
traduit de l'anglais (Australie) par Marie Cambolieu

à partir de 12 ans