11/03/16

Ma fugue chez moi, de Coline Pierré

Ma fugue chez moi

« Assister à ma propre disparition est dérangeant et désagréable. Personne ne fugue pour voir ses proches réagir. On fugue justement pour ne plus plus se préoccuper de rien. Pour ne pas avoir à affronter les raisons et les conséquences de son départ. »

Anouk a quatorze ans et ne supporte plus d'être devenue le souffre-douleur de son ex-meilleure amie, qui prend un plaisir sadique à la ridiculiser devant tout le collège. Un soir de décembre, l'adolescente quitte la maison avec son sac à dos et son banjo. Fuguer, pour tout oublier. Et puis, c'est le couac. Anouk, n'envisageant pas de dormir dans la rue, rentre en catimini chez elle et décide de se cacher dans le grenier où elle compte faire semblant d'être partie pour de bon. C'est peut-être excitant de jouer au Robinson sous son propre toit, mais Anouk n'avait pas prévu la réaction de ses proches - son père fou d'inquiétude et sa petite sœur malheureuse comme les pierres. Malgré tout, la jeune fille campe sur ses positions et se calfeutre dans son placard, témoin impuissante de la détresse de sa famille, partagée entre l'envie de les rassurer et ce besoin inexplicable de se couper du reste du monde pour réfléchir, avancer, comprendre, trier, grandir, ne plus paniquer. Bref, ce très court roman de 115 pages est juste une petite perle de douceur et de tendresse (qui a aussi broyé mon cœur de maman, rien qu'à l'idée de vivre pareille situation). On finit par saisir les intentions d'Anouk, adolescente à fleur de peau, qui se sent paumée dans sa famille qui n'entre pas dans la norme, avec une mère, climatologue passionnée par sa carrière, qui part six mois de l'année sur une île, un père accro au boulot et une frangine inscrite à la semaine dans une école de danse... En clair, Anouk se sent seule, abandonnée, complètement larguée. Fuguer, c'est aussi son cri d'alerte, un SOS pour réclamer de l'attention et renouer avec les siens, le temps que chacun partage ses envies, ses manques et son amour.

J'ai trouvé ce roman très beau, très doux, très touchant (pas très réaliste, mais qu'importe...) car l'histoire cherche avant tout à rassurer et esquisse un portrait original et attachant d'une “famille biscornue et rafistolée, une famille joyeusement bizarre” qui finit par raccommoder ses petits bobos dans un grenier désormais rempli d'histoires. C'est sincèrement une très, très jolie lecture, rythmée comme de la musique jouée sur un banjo, avec de la sensibilité, de la débrouille et de l'innocence. Une découverte exquise et émouvante. 

Rouergue / Mars 2016

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La Pyramide des besoins humains, de Caroline Solé

La Pyramide

Christopher est un gamin fugueur de quinze ans, qui vit maintenant dans la rue, sous un bout de carton, dans le quartier chinois de Londres. Christopher Scott est aussi le candidat n° 12 778 du nouveau jeu de télé réalité, la Pyramide des besoins humains, dont le principe - en plus de s'afficher sur internet et de gagner en popularité - consiste à gravir les échelons en se basant sur la théorie de Maslow. Un nom qui sonne comme le marshmallow, sans le moelleux et l'onctuosité. Christopher, donc, veut détourner la règle du jeu et être l'élément perturbateur du programme. Tout en préservant son anonymat, il poste le minimum syndical pour attiser la foule, obtenir des points et arracher son passe pour les étapes suivantes. Ce jeu finit toutefois par lui tourner la tête, par renforcer son écœurement, sa rage et sa colère, par le renvoyer à la source de son problème - le pourquoi de sa fugue, le tableau au vitriol de sa famille et du père. La lecture est sans nul doute poignante. Elle cogne direct en plein cœur et ne nous laisse pas souffler, mais cette perspective sombre est aussi démoralisante. Chris est un adolescent sans cesse sur le qui-vive, qui agit de façon contradictoire, d'une part il s'insurge des gloires éphémères et réclame un peu d'attention, mais refuse paradoxalement qu'on s'intéresse à lui et accorde difficilement sa confiance aux autres, sauf exception pour son pote Jimmy qui vend des hot-dogs en mettant trop de moutarde ou le vieux Scratch-Scratch qui repère les flics à des kilomètres à la ronde. Son quotidien dans la rue est lui aussi tristement réaliste (solitude, pauvreté, désespoir, bagarre) et vient accentuer l'amertume du roman. J'ai clairement mal vécu cette histoire, beaucoup trop négative, trop anarchiste, trop dénonciatrice de tout et rien à la fois (125 pages, c'est peu). Dans une intention de livrer un message fort et percutant, le roman finit par s'éparpiller et embrouiller le lecteur (du moins, en ce qui me concerne... car le livre a très bonne presse auprès de mes camarades). Je pense finalement en avoir trop attendu et être restée sur le carreau. Dommage. Mais la violence décrite dans l'histoire - déclamée comme du slam - résonne comme un cri du cœur, qui mérite sincèrement qu'on s'y attarde... Un roman qui suscite une rélle réflexion, à étudier en classe par exemple. 

L'École des Loisirs / Mai 2015

« Je coupe les fils. Plus de marionnette au bout de leurs ficelles. »

La-pyramide-des-besoins-humains-Campagne

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10/03/16

Moi, Boy (Souvenirs d'enfance) de Roald Dahl

Moi, Boy CD

Récit autobiographique de Roald Dahl, “Moi, Boy” retrace les vingt premières années de l'auteur - depuis son enfance au Pays de Galles à son départ pour l'Afrique - et rassemble une flopée de souvenirs à la fois joyeux, insouciants et poignants (la mort de son père, le cœur brisé par la perte de sa fille aînée, sa douloureuse expérience des pensionnats anglais, l'éloignement, l'enseignement rigoureux et les châtiments corporels...). La lecture conserve néanmoins toute la fraîcheur et l'impertinence de la jeunesse, car c'est avec son légendaire sens de l'humour et une bonne dose de tendresse que Roald Dahl se livre à cet exercice réjouissant.

Tout commence par l'installation de son père, venu de Norvège, à Cardiff où il fait fortune. Roald grandit au sein d'une famille nombreuse et unie, malgré les coups durs et les aléas de la vie. Il raconte ainsi les vacances en Norvège, les promenades en voiture, sans besoin de passer le permis, les petites bêtises pour se venger de l'épicière revêche (en glissant une souris morte dans un bocal à bonbons), ou comment s'interdire de manger des bâtonnets de réglisse pour ne pas attraper la maladie du rat, se payer la tête du petit copain de la frangine et lui donner du tabac de chèvre à fumer, trembler devant un professeur rouquin, à la grosse moustache, ou passer des heures à bouquiner aux WC pour réchauffer la cuvette...

À travers le récit de ses aventures, on découvre un jeune Roald Dahl qui ressemble étonnamment aux héros de ses livres (lire son chapitre sur le Chocolat, qui a tout lieu d'être la genèse de Charlie). C'est donc un formidable pèlerinage en enfance, au pays des souvenirs, également un voyage dans le temps (l'époque des années 20) à travers une composition intime et pleine de délicatesse. L'acteur Dominique Pinon a réussi à nuancer les émotions et se glisse dans la peau du môme  Roald Dahl avec une verve savoureuse.

Gallimard Jeunesse / Collection: Écoutez lire  (Texte intégral. Durée : 3h 40) ♦  Novembre 2015

Traduit par Janine Hérisson  / Illustrateur de couv. : Quentin Blake 

Roald Dahl, 8 ans

 

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08/03/16

Mon frère est un super-héros, de David Solomons

Mon frère est un super-héros

« Mon frère est un super-héros. Ça aurait pu tomber sur moi sauf que j'ai eu envie de faire pipi. » Ainsi débute cette histoire a priori farfelue et burlesque. J'ai même longtemps cru qu'il était question de farce et de supercherie, et puis non... le dernier 1/4 du roman finira de vous prouver que tout ceci est vrai, archi vrai. Mais reprenons au commencement : Luke Parker a onze ans et vit dans la banlieue de Londres. C'est un passionné de bandes dessinées, de comics et de super-héros. Ne cherchez pas, il est incollable sur le sujet. Et puis il y a Zack, son frère, toujours le nez plongé dans ses livres de maths, le fils aîné, le chouchou des parents, l'élève modèle et tutti quanti. Lui, les histoires de super-héros, ça ne le passionne pas du tout. Il n'y comprend goutte. Un soir, alors qu'ils étaient tous deux perchés dans leur cabane en bois, Luke a une envie pressante et se rue aux toilettes pour se soulager... sauf que, pendant ce temps-là, Zorbon le Décideur, un voyageur interdimensionnel, est descendu de son vaisseau pour annoncer au garçon qu'il avait été choisi pour sauver deux univers et lui a offert six pouvoirs pour y parvenir. 

Quelle aventure ! Le plus drôle, dans tout ça, outre l'imagination débordante et les savoureuses références à l'univers des super-héros et de la culture geek, c'est la narration qu'en fait le jeune Luke Parker, le cadet, frustré à vie, celui qui a le sentiment d'être passé à côté de sa destinée. C'est donc lui qui raconte toute l'histoire comme un cri du cœur, et c'est extrêmement drôle. On y trouve un mélange d'ironie, d'incrédulité, de jalousie et d'admiration aussi. Zack, coaché pour son frangin, devient donc Star Mec. Il refuse de porter la panoplie usuelle (un masque et une cape) et se contente d'un pull à capuche. Propulsé nouvelle coqueluche des habitants, il fait la une des journaux grâce à ses exploits en ville, tandis que Luke veille scrupuleusement sur son anonymat. Et c'est la redoutable Lara Lee qui s'y colle, prête à tout pour décrocher un scoop pour la feuille de chou de leur école. Luke devra déployer autant d'énergie à lui mettre des bâtons dans les roues que de superviser son grand frère, apprenti super-héros. Ils doivent encore déterminer la teneur de sa grande mission et tenir à distance ses ennemis, de dangereux super-méchants, qui ne reculeront devant rien pour nuire aux pouvoirs de Star Mec. 

La lecture est époustouflante d'inventivité, de drôlerie et de rebondissements. On sent que David Solomons a pris un plaisir fou à concocter cette histoire et son enthousiasme est parfaitement communicatif. C'est une très bonne entrée en matière, qui réclame forcément une suite, au vu du sursaut inattendu à la fin ! Un rendez-vous cocasse et palpitant. ;-)

Gallimard Jeunesse / Octobre 2015

Traduit par Karine Chaunac (My Brother is a Superhero)

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24/02/16

Girl Online en tournée, de Zoe Sugg

Girl Online en tournée

Voici donc la suite des aventures de Penny Porter, alias Girl Online, et son adorable Brooklyn Boy de petit copain, autrement dit Noah Flynn, rock star en devenir. Notre petit couple file toujours le parfait amour, sous un ciel sans nuage, et voit l'avenir leur sourire : le groupe de Noah vient de décrocher un contrat de rêve pour jouer en première partie d'une tournée européenne. Penny sera également du voyage et se réjouit de partager quinze jours en compagnie de son chevalier servant. Hélas, cette aventure se révélera une succession de désenchantements (voyages incessants, promo envahissante, fans insistants). La jeune fille a le sentiment de ne pas trouver sa place et se sent souvent seule ou abandonnée. Noah est accaparé par son manager, emporté par le tourbillon du star-system, manipulé par son ami d'enfance, Blake, également membre du groupe. Le rêve de Penny vire peu à peu au cauchemar. Cette terrible désillusion survient d'autant plus à un moment où l'adolescente s'interroge sur ses propres passions, ses désirs et ses ambitions (elle a arrêté son blog, tente d'assouvir son penchant pour la photographie, mais se sent vide et frustrée). Aussi, malgré tout l'amour qu'elle porte à Noah, elle a conscience qu'elle ne doit pas s'effacer et vivre dans son ombre. En manque de repères et d'amis, notre Penny sombre de déception en déception et est à deux doigts de prendre une décision radicale, prompte à chambouler son existence dorée. 

J'ai donc découvert l'an dernier Zoella, cette youtubeuse anglaise - plébiscitée par les ados, mais vraisemblablement accusée de prêter son nom à un livre qu'elle n'a pas écrit (pour dire la vérité, Z. a reconnu être “assistée” dans l'écriture de son livre). Loin de toute polémique, j'avais donc considéré son bouquin Girl Online comme une petite friandise savoureuse, visant un public bien défini. Cette suite persiste et signe cette intention : on découvre une histoire adorable et charmante, de celle qu'on imagine quand on a 12-14 ans (tomber amoureuse d'un rocker, partir en tournée et vivre une aventure saupoudrée de passion et de drame... tout ça sonne terriblement romantique et flamboyant !). Alors, oui, il y a des tonnes de clichés, c'est délicieusement niais et souvent gribouillé pour vous mettre la tête à l'envers, mais cette lecture sans prétention est pleine de fraîcheur et  agréable à parcourir. Donc, pourquoi pas ? 😝 

La Martinière J. Fiction / Février 2016 

Traduit par Sophie Passant (Girl Online On Tour)

✨✨✨✨✨✨

Jeu-concours Girl Online en tournée

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Rendez-vous sur Instagram : www.instagram.com/lamartinierejfiction
> Abonne-toi à @LaMartiniereJFiction sur Instagram
> Poste une photo de toi avec ton livre Girl online (la plus drôle et la plus originale possible),
en utilisant le hashtag #GirlOnlineEnTournée

A gagner : un smartphone, du maquillage Zoella et un an de livres !

Concours jusqu'au 8 Mars 2016

 

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19/02/16

Journal d'une ado déjantée, de Candy Harper

Journal d'une ado déjantée

Accrochez-vous, amis lecteurs, la tornade rousse, Victoire, qui nous arrive d'Angleterre, est dans la place, remontée à bloc pour une nouvelle année scolaire, explosive et déjantée !

Or, ses plans sur la comète se crashent lamentablement en apprenant qu'elle ne sera plus dans la même classe que sa meilleure amie Meg. Le drame. Victoire fulmine, ressassant amèrement que c'est un sale coup de la surveillante générale, l'horrible Miss Fortescu, qui la déteste depuis des années. Il faut dire que notre charmante héroïne est une peste finie, précédée de sa réputation - en gros, une gamine insupportable, à l'humour vachard et adepte du sarcasme. Ça fouette jusqu'au sang dès qu'elle ouvre la bouche ! Ouch. Également spécialiste des mauvais coups, elle n'en loupe pas une dès qu'il est question de méfait à accomplir. (« Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises. » Ha, ha !)

Les deux copines vont donc trouver un terrain d'entente en s'inscrivant à la chorale de l'école, pas parce qu'elles sont douées et ont la fibre artistique, mais simplement car elles ont appris que les répétitions seraient mixtes et qu'elles kiffent trop de rencontrer des garçons ! ^-^ Et bingo, Victoire tombe en pâmoison devant la sexytude de Finn Ryland, un beau gosse au look de surfeur californien. N'en jetez plus, la coupe est pleine. Malgré tout, notre Miss garde la tête sur les épaules et ne perd pas ses objectifs en échafaudant les meilleurs plans pour empoisonner l'existence du personnel enseignant, de sa rivale Aurore Horreur Blundell, de son frère Sam, de sa grand-mère qui dévalise les placards de toutes ses sucreries, du type aux cheveux frisés, Ethan, à l'humour mordant et aux blagues douteuses...

Voilà de quoi remplir trois mois d'une vie d'ado particulièrement déjantée. 

J'avoue être particulièrement friande de ce type de lectures légères et insolentes (et vous invite à lire des auteurs comme Carol Midgley, Echo Freer, E. Lockhart, Hayley Long, Sue Limb & Louise Rennison pour le top du top). Cette Victoire a cependant bien failli me rendre chèvre, du fait de son insolence et ses manières pas toujours correctes. Au début, je lui aurais volontiers fait avaler du savon, mais j'ai fini par m'habituer et j'ai même pris goût à ses canulars, ses répliques cinglantes et son ton railleur. Cela donne des dialogues poilants, qui fusent comme des éclairs, la lecture n'en est que plus drôle et assez inattendue, même si l'intrigue tient sur un fil et ne bouleverse pas la stabilité des écosystèmes non plus. ;-) La fin se termine en queue de poisson, car il existe deux autres livres de la même série en VO, quant à savoir s'ils seront traduits en VF, c'est un pari à prendre... (Il est devenu trop courant de publier des livres sans respecter les séries, d'où la gronde grossissante des lecteurs trop frustrés !). 

Si l'on recherche un simple rendez-vous décalé et extravagant, c'est tout bon. 

Albin Michel Jeunesse - Janvier 2016 ♦ ill. de couv : Astrid M 

 Traduit par Alice Marchand (Have a Little Faith)

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Couverture version originale 

 

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18/02/16

Mentine, Tome 3 : Pas de cadeau ! de Jo Witek

Mentine pas de cadeau

Mentine Green est de retour, après un passage en Suisse, elle rentre au bercail, le sac débordant de chocolat et de fromage à raclette. Et c'est pleine d'impatience qu'elle se rue chez sa meilleure amie Johanna... qui l'accueille pour la première fois dans son appartement, en pleine cité, un lieu étriqué, bruyant et encombré. Mentine hallucine, mais tombe sous le charme de la famille Estamplade. Son amie se révèle la reine de la musique flamenca, capable de gratter sa guitare des heures durant, tandis que sa mère enfile sa plus belle robe à froufrous et ses chaussures à claquettes pour trépigner dans le salon et assurer le show. Mentine, conquise, a des étoiles dans les yeux. Prenant également conscience de n'avoir pas su être une amie à la hauteur, recevant tout son saoul, sans rien donner en échange, Mentine veut renverser la tendance et offrir à Johanna la preuve de son affection véritable. Mais à vouloir réaliser le rêve de sa confidente, Mentine en fait trop - comme toujours - et va provoquer un séïsme cosmique, lourd de conséquences. Cette fois, c'est du sérieux ! Les parents de Mentine voient rouge et sa punition sera irréversible. Ouhlala. 

C'est toujours un bonheur de retrouver l'humour et le culot de Mentine, élève surdouée et adolescente qui dépasse souvent les limites. Ce n'est pas une mauvaise gamine - la preuve, son expérience auprès des démunis lui mettra du plomb dans la tête - mais Mentine est une demoiselle hyperactive et quémandeuse d'attention. Tout le temps elle réclame de l'amour, de l'amitié, des paillettes et des délires, elle est usante, et foncièrement attachante. Dans ce troisième tome, cependant, notre héroïne brise les derniers tabous en matière de confiance. Et là, c'est le drame.

On notera aussi un joli couplet sur les Restos du Cœur, son déroulement, le bénévolat, les bénéficiaires et tous les services mis en place pour subvenir aux besoins des moins nantis. On n'a pas non plus l'impression d'apprendre notre leçon, ni de recevoir une morale culpabilisante, c'est juste une prise de conscience, pour les plus jeunes, et c'est amené en toute simplicité, sans dépeindre des situations trop misérabilistes. C'est ancré dans notre société, et ça peut concerner tout le monde, même notre voisin ou le petit caïd qui traite Mentine d'OVNI de la DNB ! Voilà tout. Cela donne une certaine profondeur à la lecture, qui procure pour l'essentiel une bouffée de joie et de bonne humeur, avec un enchaînement de catastrophes par notre Miss Surdouée qui veut décrocher la médaille de la meilleure BFF de la vie ! ;-) La distraction est assurée.

Flammarion jeunesse / Février 2016 ♦ Illustrations de Margaux Motin

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Illustration de Margaux Motin issue de la couverture de MENTINE, tome 2
© Père-Castor Flammarion, 2015

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16/02/16

Le Grand roman de ma Petite vie, par Susie Morgenstern & ill. par Albertine

Le grand roman de ma petite vie

Bonnie est une adolescente de 13 ans, qui vit à Paris dans un petit appartement exclusivement féminin. Sous le même toit, cohabitent donc la grand-mère Omama, la mère surbookée par son boulot et notre héroïne dont la tête grouille de questions existentielles, du genre : se réveiller ou rester au lit, routine ou aventure, sociable ou sauvage, jeans ou jupe, se marier ou rester célibataire, divorce ou famille unie, accepter ou se battre, mon histoire ou la tienne... Enfin bref, après un début assez hésitant, très ancré dans les préoccupations adolescentes, le roman finit par proposer une perspective de lecture tout à fait délirante ! Car notre jeune narratrice est drôle et talentueuse, à cultiver un humour mordant et voir la vie autrement. Son approche est féministe, résolument. Car elle doit aux femmes de sa vie le choix de conduire son destin de manière décomplexée, du moins c'était avant de se trouver empruntée, figée dans un corps dont on ne contrôle plus les odeurs, affublée d'une chevelure improbable, avec le sentiment de paraître perpétuellement dégingandée. Treize ans, ça use. Aussi Bonnie affronte ses propres tempêtes avec un sens de l'autodérision absolument jouissif. Il faut la suivre dans ses aventures, quand par exemple elle décroche sa participation à un concours d'écriture et qu'elle doit se rendre à Deauville, avec Carl, l'autre candidat qualifié, dont elle est secrètement amoureuse, et quand la grève des trains menace leur voyage, ils décident tous deux de louer un tandem et de pédaler jusqu'en Normandie ! Et ça continue de tourbillonner dans tous les sens, entre une vie familiale turbulente, un papa absent qui réapparaît par magie, une meilleure amie qui voit son monde s'écrouler, une grand-mère secrète qui dévoile peu à peu une vieille histoire de famille, une montre Patek Philippe qu'on dote de tous les honneurs, une mamie richissime qui s'ennuie au Bristol, un job décroché en douce pour s'offrir une chambre à soi, et un appartement de plus en plus riquiqui pour accueillir une joyeuse smala ! Le roman est ainsi riche d'une ambiance colorée, pétulante et chaleureuse et peut s'enorgueillir d'offrir un moment de lecture à la fois tendre et désopilant, où viennent s'y faufiler les illustrations facétieuses d'Albertine qui apportent un charme supplémentaire à cette délicieuse surprise de début d'année ! À découvrir.  

La Martinière J. / Janvier 2016

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15/02/16

Pinocchio raconte Pinocchio, de Michael Morpurgo & ill. par Emma Chichester Clark

Pinocchio raconte Pinocchio

Pinocchio est loin d'être mon conte préféré, pourtant il m'a été impossible de résister à cette adaptation de Michael Morpurgo. Parce que, Michael Morpurgo. En duo avec Emma Chichester Clark, dont les illustrations pleines de charme ont su apporter de la fraîcheur à cette histoire d'un grand classicisme. Un vent de folie souffle donc sur cette version, et ça fait du bien.

C'est donc l'histoire d'un petit bout de bois, sculpté pour en faire un pantin, que quelques larmes de détresse ont su animer par magie. Ainsi naquit Pinocchio. Ses parents, fous de joie, se plient en quatre pour combler tous ses désirs, à tel point que ce fils trop gâté agit souvent sans réfléchir et leur cause beaucoup de chagrin. Pinocchio a soif de liberté, d'aventure et de découverte, aussi court-il droit devant, sans s'arrêter, zigouillant sans vergogne un Grillon Parlant, avant d'être rongé de remords, ou suivant naïvement un duo improbable, constitué d'un renard boîteux et d'un chat aveugle, avec la promesse d'une future grande fortune. Pinocchio est un benêt, mais un benêt attachant. Après tout, « grandir est une période passionnante et difficile ». Son apprentissage est une mise à l'épreuve de chaque instant, une série de tentations, un lot de souffrances, une suite de dangers et de catastrophes, d'erreurs et de malheurs, d'espoir et de bonheur. De vraies montagnes russes. Cette lecture pleine de dynamisme est ainsi touchante dans son approche, en donnant la parole à Pinocchio lui-même, qui livre sa propre version de son histoire légendaire. Morpurgo a puisé l'inspiration dans l'œuvre de Carlo Collodi, mais en apportant sa touche personnelle, beaucoup plus actuelle. Le roman n'en est que plus innocent et malicieux, surprenant et drôle.

Gallimard Jeunesse / Octobre 2015 ♦ Traduit par Diane Ménard (Pinocchio)

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SOURCE : Emma Chichester Clark

 

🍀🍀🍀🍀🍀🍀🍀🍀

 

Et pour les amateurs du genre, n'hésitez pas à vous pencher sur le roman de Gilles Barraqué, Fantoccio (L'École des Loisirs, 2015) dans cette version tout aussi originale et inattendue. 

Fantoccio par Barraqué

Une nuit, dans la campagne de Toscane, sur la table d'une demeure crasseuse, un grand pantin de bois s'éveille à la vie, aidé par de puissantes incantations de sorcellerie. Fantoccio, doté des facultés de penser, de ressentir et d'agir, conçoit aussitôt sa naissance comme un vrai miracle. Geppetto, son maître marionnettiste, a de grands projets pour lui mais ce destin tout tracé va de moins en moins enchanter notre créature, qui ne supporte plus les faux-semblants. Sa rencontre avec la jolie Livia, dont il tombe amoureux, lui donnera aussi l'envie de voir plus loin, de briser ses chaînes et de satisfaire ses rêves insensés.

C'est un douloureux apprentissage de la vie, raconté avec beaucoup de tendresse et d'émotion. Le personnage de Fantoccio rappelle évidemment celui de Pinocchio dans sa perception naïve des choses et la grande désillusion qui succède ses découvertes, sauf que le héros de Gilles Barraqué est davantage un adolescent, qui porte sur son entourage un avis teinté d'amertume et de déception (j'ai parfois pensé au mythe de Prométhée & Frankenstein). Fantoccio est un garçon avec des pulsions et des interrogations, et tout ça fait que ça grouille dans sa tête, au risque de déborder. Il n'accepte plus d'être une “marionnette” entre les mains de son créateur et aspire à s'émanciper. Ce saut dans le vide fait écho au passage à l'âge adulte, un cap délicat, qui ne se déroule pas sans heurt. Ce roman d'une grande sensibilité n'est pas à mettre entre toutes les mains, d'autant plus que son style abattu est à mille lieux de la plume poétique et enchanteresse que j'avais savourée dans Au Ventre du Monde. Une impression plus mitigée, donc. 

 

Jonas Le Requin mécanique, de Bertrand Santini & ill. de Paul Mager

Jonas le requin mécanique

Ancienne vedette d'une série de films à succès (Les Dents de la mort), Jonas, le requin blanc, coule une retraite paisible à MonsterLand, un parc d'animations réunissant les monstres du cinéma. Il tente ainsi de distraire un public désabusé en singeant ses anciennes prouesses, mais notre mangeur d'hommes accuse les années et une mécanique rouillée. Résultat, le spectacle est constamment annulé, à force de pannes répétées. Le directeur est à bout de patience et décide d'envoyer Jonas à la casse.

Seulement, cette discussion n'est pas tombée dans l'oreille d'un sourd et le vieux Krokzilla veut avertir son pote de prendre la poudre d'escampette. Pourquoi ne pas saisir la chance de vivre son rêve en goûtant à la vie sauvage et aux courants de l'océan ? Mais Jonas en frissonne d'effroi. Il refuse de quitter son nid douillet, persuadé de la bonté des humains, auxquels il a dédié sa vie en tentant de les divertir du mieux possible. Ha, ha. Quel utopiste. 

C'est donc contraint et forcé que le cauchemar des stations balnéaires de Californie s'aventure vers le grand large, croisant en chemin un manchot rigolo, pris au piège d'un filet de pêche. Lui, Jonas, est enchanté de se faire un nouveau copain, sans toutefois oser lui avouer qu'il est fait de boulons et d'huile, de peur d'être ridicule. Loopy tombe dans le panneau et pactise avec le diable pour assurer ses arrières. 

Leur équipée folle et incongrue donne lieu à une lecture absolument désopilante ! 😉 On rit, on frémit, on sourit, on soupire, on râle, on beugle et on pousse des cris... de joie et de bonheur. Franchement, ce sont 110 pages de plaisir, pigmentées d'illustrations semblant tout droit tirées d'un film d'animation -quelle coïncidence - et forte d'une histoire délirante, racontée avec verve et humour, pour un festival de sensations.  

Après le succès du Yark, Bertrand Santini propose un autre héros littéraire à la fois touchant et délicieusement naïf (datant de 2014, depuis l'auteur a aussi raconté les aventures du chien Gurty). Jonas est une créature précédée de sa réputation monstrueuse, alors qu'il est finalement tout sucre tout miel au fond de lui, confronté à un apprentissage de la vraie vie, tantôt brutal, tantôt cocasse.

On croise aussi une belle brochette d'énergumènes dans cette épopée, dont le coriace capitaine Grisby ou le très avide Gavin Payet, plus tous les habitants de Wampanig Island qui lancent une pêche au trésor contre le squale. Les humains sont des idiots. Et Jonas, un doux rêveur. Lui avait pour désir profond de rencontrer sa maman et d'être vivant “pour renifler le froid, le chaud, la faim, sentir la flamme brûler, le vent caresser et renifler les odeurs, même les mauvaises” ! 

Quelle tristesse. On pense aussi à Pinocchio en lisant la fin émouvante, quelque peu précipitée, tout en refermant ce petit bouquin et en soupirant fort, fort, fort... de bonheur. Voilà une lecture exquise, merveilleusement drôle et légèrement attendrissante, conduite avec panache et tendresse. On passe un fabuleux moment en compagnie de Jonas, à terrifier les foules et à braver les tempêtes ! Je recommande.

Grasset Jeunesse / Octobre 2014

J'avoue que j'ai beaucoup aimé la représentation du pirate et de son singe...

SOURCE : Paul Mager

 

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