14/06/16

Erik Vogler et les Crimes du Roi Blanc, de Beatriz Osés

Erik Vogler

Erik Vogler passe pour un adolescent excentrique et monomaniaque, avec ses petites lubies, ses manies, ses tics et ses tocs. Sa grand-mère Berta de Grasberg a beaucoup de mal à supporter ses bizarreries. Pourtant, c'est chez elle que le garçon devra passer ses vacances, au lieu d'un voyage à New York avec son père. Erik est très contrarié lorsqu'il arrive à la campagne et s'installe dans sa petite chambre poussiéreuse. Son séjour va être un calvaire. De plus, le garçon et la grand-mère ne cachent pas leurs sentiments réciproques à subir cette cohabitation sous la contrainte.

Le premier soir, par un nuit d'orage, Erik est surpris par une panne de courant au moment de prendre sa douche. Au même instant, il aperçoit un fantôme derrière la fenêtre et croit mourir de peur. Les jours suivants, d'autres indices lui font tourner la tête (une pièce d'un jeu d'échecs qui apparaît et disparaît, la sonate de Schubert qui s'enclenche sans raison, une page d'un poème de Goethe qu'il trouve dans ses affaires...). Inutile d'attendre de sa grand-mère un quelconque soutien. Au lieu de ça, Erik finit par comprendre qu'ON cherche à lui adresser un message et va s'intéresser aux récents faits divers. Chez lui, à Brême, une jeune fille de son âge, Sandra Nadel, a été retrouvée assassinée, mais son criminel court toujours. Erik va donc chercher à résoudre l'énigme.

Ce fantastique petit bouquin se lit d'une traite, tant il nous happe dans son histoire au suspense efficace. Les personnages aussi ne manquent pas de mordant et cassent la routine d'une osmose familiale idyllique. Erik Vogler est un garçon assez triste, solitaire, enfermé dans des mimétismes qui lui ôtent toute spontanéité, attaché à des petits gestes snobs (sa coiffure impeccable, ses chaussures de marque, sa tenue de rigueur, son eau plate à température ambiante qu'il commande tous les jours au café...). Sa grand-mère va vicieusement perturber ses habitudes, lui servir des soupes froides, des plats peu appétissants, lui présenter un voisin, Albert Zimmer, un prétentieux imbattable aux échecs.

C'est ainsi que ce trio improbable nous convie à suivre leurs aventures cocasses et palpitantes dans ce petit roman qui croque aussi bien leurs portraits avec humour sans alléger l'attente anxieuse et le climat angoissant de l'histoire. D'autres livres existent en version originale. Ce serait sympa de les voir traduits pour retrouver ce jeune héros hors du commun ! 

Traduit du castillan par Anaïs Goacolou (Erik Vogler y los crímenes del rey blanco) pour Hachette, mai 2016

 

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27/05/16

Amanda et les amis imaginaires, par A.F. Harrold & Emily Gravett

Amanda et les amis imaginaires

Amanda est une fillette solitaire, qui découvre un jour dans son placard un garçon qui prétend s'appeler Rudger. Elle est bien sûr la seule à le voir, mais décrète qu'il est son meilleur ami pour la vie. C'est si bon de s'amuser ensemble, de jouer dans le jardin, de créer des mondes magiques dans lesquels s'évader. Sa maman tolère cette douce excentricité, mais veille au grain. Après tout, c'est durant l'enfance que l'imagination la plus folle trouve son terreau ! 

Et puis, le drame. Amanda est victime d'un accident, elle tombe dans le coma. Son ami Rudger se retrouve seul, menacé. Sans enfant réel, comment un être imaginaire peut-il survivre ? Alors, Rudger part en quête de nouvelles sources énergisantes... avant de réaliser que seule Amanda compte pour lui et qu'il se doit de tout faire par la sauver de sa lente dérive vers l'inconnu... 

Ce conte pour enfants est tout simplement remarquable et impressionnant ! En plus des illustrations savoureuses d'Emily Gravett, on découvre un texte d'une poésie raffinée qui nous transporte dans un univers onirique, comme il est rarement permis d'en rencontrer dans la littérature jeunesse. Imaginez un livre qui traite de la mort d'un enfant, et vous voyez votre public fuir à toutes jambes. Que nenni.

L'histoire ici est capable de surpasser vos craintes superflues. Car ce récit vous réserve une plongée extraordinaire dans un imaginaire farfelu et foisonnant... On y croise des créatures démoniaques, un M. Butor fort, fort flippant, des scènes d'une intensité folle, de l'amitié, de l'abnégation, de l'amour... et des rires, et des larmes. Bref, cette lecture n'est pas prête de vous laisser dans l'indifférence !  

De l'insolite, du rêve et de l'espoir. Où croire en l'impossible est forcément permis. ^-^

Traduit par Isabelle Perrin pour les éditions Seuil Jeunesse (The Imaginery), Octobre 2015

« M. Butor s'était agenouillé comme pour refaire son lacet et sa moustache frémissait. C'est bizarre, les trucs qu'on remarque quand on est dans une situation critique face à un destin mystérieux : la moustache de M. Butor frémissait alors même qu'il ne parlait pas. En fait, il était en train d'ouvrir la bouche, de l'ouvrir plus grand qu'il n'était humainement possible, de se décrocher la mâchoire ou presque, comme un serpent, et une haleine chaude balaya le visage de Rudger. Une odeur de désert sec, rouge, saturé d'épices, qui imprégnait l'air humide, le ciel gris et lourd, le macadam couvert de flaques. Et emplissait le monde de Rudger. Dans cette bouche anormalement béante, Rudger vit des dents qui n'avaient rien de normal non plus. Carrées, émoussées, toutes identiques, elles s'alignaient en une spirale infinie jusqu'au fond de sa gorge. On aurait dit un tunnel carrelé de blanc s'enfonçant à perte de vue, avec un minuscule point de ténèbres absolues tout au bout, si loin qu'il aurait dû ressortir derrière la tête de M. Butor, mais évidemment que non, sinon c'était de la folie pure. En réalité, et c'était tout aussi fou, le tunnel aboutissait ailleurs. »

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L'Apothicaire, de Maile Meloy

Apothicaire

Quel étonnant roman ! Je ne l'avais pas encore ouvert que j'étais déjà séduite par la couverture, mais l'histoire a su également me réserver de belles surprises. Nous sommes au lendemain de la guerre, Jane et ses parents vivent à Los Angeles lorsqu'ils comprennent que leurs noms sont fichés et leurs agissements surveillés à la loupe. Craignant le pire, ils décident de quitter le pays pour s'installer à Londres, dans un appartement vétuste et glacial. En 1952, la ville porte encore les stigmates des bombardements et peine à se relever. Janie fait grise mine et souffre du mal du pays, quand elle fait la connaissance de l'apothicaire du coin de la rue qui lui confie une poudre miraculeuse. Sa rentrée au collège St Beden l'amène également à croiser un garçon boudeur et rétif aux consignes de leur école - se planquer sous la table en cas d'attaques atomiques, quelle blague selon lui ! Janie décide de le suivre dans la rue et découvre alors que Benjamin Burrowes est en fait le fils de l'apothicaire. Ils vont très rapidement se lier d'amitié et s'improviser de jeunes espions en surprenant des rendez-vous incongrus parmi des joueurs d'échecs dans Hyde Park. Ce garçon, qui rêve d'aventure loin de son destin d'apothicaire, va entraîner la jeune américaine dans une folle histoire d'enlèvement, de contre-espionnage et de grimoire aux remèdes magiques. C'est stupéfiant ! Jamais je n'aurais suspecté une telle intrigue, riche en rebondissements et autres péripéties, dans cet ouvrage. Et c'est tant mieux, ai-je pensé, car je n'avais aucune attente et le résultat n'en a été que meilleur. Imaginez un contexte de guerre froide et de maccarthysme, avec un zeste de magie, qui confère à l'intrigue une aura exceptionnelle. Cela invite à la découverte ! J'ai clairement été emballée par cette lecture, qui a plus d'un tour dans son sac, en plus des illustrations qui parsèment le récit en apportant des ombres envoûtantes. De quoi bien enfoncer le clou . Ce roman réunit ainsi charme, action et référence historique en un savant cocktail. Très goûteux. 

Bayard jeunesse, mai 2015 - Traduit par Martine Desoille (The Apothecary)

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26/05/16

Que du bonheur ! de Rachel Corenblit

Que du bonheur

Mais quelle lecture jubilatoire que ce journal d'une adolescente de quinze ans, Angela Milhat, qui manie l'humour, le sarcasme et la dérision avec une dextérité époustouflante ! Eh oui. Pourtant, ce livre raconte la série de galères qui a jalonné son année, depuis la rentrée scolaire en septembre, où elle se casse le nez devant tout le monde, est évacuée en urgence par les pompiers, dégoulinante de sang, jusqu'à ses deux mois d'été, en Ariège puis au Camping de Palavas-les-Flots, où notre miss va enfin opter pour une philosophie de vie à sa convenance, « dans un monde pas vraiment parfait, pas vraiment à ma taille et à mes dimensions », une grande avancée pour une adolescente qui touchait le fond de la piscine, d'où elle ne souhaitait pas en déloger. Le résultat est drôle, mais franchement drôle à lire ! Angela dégaine vite, et bien. Elle évolue au sein d'une faune hostile - celle du lycée et de son univers impitoyable - où elle se prend sur le front l'étiquette de boulet boulotte (quinze kilos pris en six mois), car pour parer à son stress et ses angoisses, Angela a pris pour habitude de vider son frigo en chronométrant le temps que ça lui coûte (le plus vite possible). Elle va également se brouiller avec sa meilleure amie, encaisser le divorce de ses parents, récolter des mauvaises notes en classe et couler toujours plus profond dans cette existence qui lui échappe. Attention, pas d'apitoiement à bord ! Angela n'est pas hermétique aux coups durs, seulement elle préfère se draper dans un voile d'indifférence en société pour ensuite se lâcher par écrit dans son journal. Sa plume est aussi cinglante, ironique et acerbe que possible. Un pur régal. La lecture est décidément légère, distrayante et désopilante. A glisser dans son sac pour les vacances ! Incontournable. ☼♥

Rouergue, mai 2016

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25/05/16

Un monde sauvage, de Xavier-Laurent Petit

Un monde sauvage

- La Maslenita au feu ! La Maslenitsa au feu ! 
C'était la même chose, chaque année, à l'arrivée du printemps. Les enfants, les parents, les jeunes, les vieux, les femmes, les hommes... On était tous là, tous ceux de Slobodnié, y compris le minuscule bébé de Klara, notre voisine, qui disparaissait sous le manteau matelassé de sa mère. Rien qu'à nous entendre hurler ce jour-là, on aurait pu croire que nous étions des milliers. Mais Slobodnié n'était qu'une minuscule bourgade perdue au bout du bout de la taïga. À part les loups, les ours et les renards, personne ne pouvait nous entendre. L'air sentait la fumée, le miel, le girofle et les blinis. Il faisait un froid à fendre les pierres, mais on se réchauffait en dansant autour du feu, en buvant et en braillant comme des déments. On fêtait le printemps, qui n'arriverait que des semaines plus tard.

Dans une contrée isolée de l'Extrême-Orient sibérien, Felitsa, une jeune ado russe, a coutume de faire l'école buisonnière pour suivre sa mère dans ses tournées de garde-forestier. Celle-ci vient de relever des traces d'une maman tigre pleine et n'ignore pas qu'elle constitue désormais une proie de rêve pour les braconniers. Le père de Kostia, un camarade de Felitsa, est d'ailleurs la bête noire de sa mère, même si elle veille au grain, son impuissance est grande en apprenant que son échalas de fiston cherche à prendre du galon.

Dans une ambiance sauvage et fascinante, se dessine une vie rudimentaire, basée sur la simplicité, les traditions et le respect de la nature. Et c'est l'homme qui vient y mettre sa pagaille, en traquant férocement des espèces protégées, en glissant vers l'interdit, en se gavant de paradis artificiels ou en cédant aux émulsions hormonales... Observatrice sensible et attentive, Felitsa diffère de ses amis en boudant le shopping, les fêtes, les soirées arrosées, les danses lascives. À la rentrée prochaine, elle devra partir en ville pour poursuivre ses études et quitter l'école de la taïga si chère à sa mère. En attendant, elle va être au cœur des événements tragiques de ce printemps en pleine mutation, dont l'auteur va livrer tous les secrets et les enjeux en déployant force et émotion, insouciance et ferveur. Des drames personnels et familiaux viendront ponctuer l'histoire vers une issue poignante, d'où l'on retiendra essentiellement la valeur symbolique de la préservation des valeurs ancestrales et de l'environnement. Un roman qui complète merveilleusement l'œuvre de l'auteur pour une lecture toujours riche en réflexion et pleine d'une promesse d'évasion. Dépaysement assuré. 

L'École des Loisirs, mai 2015

 

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24/05/16

Le Mystère Blackthorn, de Kevin Sands

Le mystère BlackThorn

Christophe Rowe, un jeune orphelin de quatorze ans, a échappé à son triste sort en devenant l'apprenti de l'apothicaire londonien, Benedict Blackthorn, et apprend à ses côtés toutes les ficelles du métier. Curieux, le garçon assimile rapidement le latin et les vertus des plantes médicinales, à la faveur des lectures du soir, au coin du feu. Cette douce quiétude est cependant ternie par le changement de climat en ville, où la tension s'alourdit depuis qu'une série de crimes vise les apothicaires en particulier. On parle d'une secte vengeresse, d'une cabbale et de complot contre le roi. Alors que Christopher se fait du souci pour la vie de son maître, celui-ci s'absente la nuit et rentre très tardivement dans des tenues souillées par la crasse et la poussière. Le garçon brûle d'envie de l'interroger, mais Benedict reste évasif. Et puis le temps presse. Le gouverneur de la ville, au service du monarque, toque à leur porte et manifeste un intérêt grandissant pour leurs faits et gestes. Ce dernier n'est néanmoins pas le seul à rôder autour de l'officine Blackthorn et les dangers vont affluer sans prévenir et précipiter notre jeune héros dans une aventure sombre mais palpitante !

J'ai été agréablement surprise par le rythme des intrigues, le souffle romanesque, le contexte historique (Londres du XVIIe siècle) et les enseignements du roman en matière d'apothicairerie et d'alchimie (eh oui...). La lecture ne manquera pas aussi de surprendre les amateurs de messages codés et autres devinettes où ils sont légion dans le texte. De manière générale, le suspense est rondement mené, emmené par un sympathique tandem (Christopher et son meilleur ami Tom, fils de boulanger), sans oublier la mascotte du livre - Bridget, un pigeon redoutablement intelligent, qui viendra en aide à notre apprenti, souvent en mauvaise posture. Ce roman dense de 500 pages se lit finalement d'une traite et conviendra parfaitement aux jeunes lecteurs aguerris, passionnés d'énigmes et d'enquêtes sur fond historique. Un deuxième tome est attendu ! 

Bayard, mai 2016 - Traduit par Pascale Jusforgues (The Blackthorn Key)

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23/05/16

It Girl, de Katy Birchall

It Girl

Au rayon des couvertures moyennes, qui donnent très peu envie de se pencher sur le livre, parce qu'on s'imagine un truc girly bécasse, sans intérêt, je demande It Girl de Katy Birchall. Et là, c'est le drame. Snif, snif. Car franchement le contenu vous réserve une lecture déjantée, avec un humour subtil et un flegme britannique jubilatoire, que l'emballage ne laissait guère présager, d'où mon agréable surprise dès les premières pages feuilletées par curiosité.

Prenez une jeune anglaise de quatorze ans, Anna Huntley, maladroite, un look chiffon désespérant, inexistante sur l'échelle sociale du lycée, un peu geek sur les bords, avec un bon sens de la répartie, des amis à toute épreuve qui la soutiennent et la supportent, un papa qui est une pointure dans le journalisme et qui vous élève du mieux qu'il peut, en vous assurant que rien ne vaut le naturel dans la vie et qu'en tant que brillante progéniture, vous avez le temps de grandir en touchant aux artifices de la mode. Et pour mieux parfaire votre cote de popularité, vous n'hésitez pas à mettre le feu à la reine des abeilles ! C'était un accident, mais tout de même... vous venez de vous vilipender en place publique sans l'aide de personne. Tout bascule le jour où votre cher papa vous annonce qu'il fréquente la star de cinéma, Helena Montaine. Et sans vous y attendre, vous voilà propulsée comme la nouvelle it-girl dans les journaux (photo prise à l'appui, efflanquée d'un chemisier éclaboussé de sauce soja, en train de promener votre chien) ! La classe à Dallas. Euh... non. Pour Anna, c'est le début de la révolution : elle devient populaire, reçoit des invitations à la pelle, se fait relooker de la tête aux pieds, et le garçon qui lui plaît en secret semble enfin connaître son existence ! Comment survivre à cette jungle ? En se plantant de A à Z, naturellement. Anna est d'ailleurs très douée pour foirer ses prestations en beauté (faire la révérence lors de la première rencontre avec Helena, ou l'acrobatie incompréhensible lors de la sortie scolaire qui ruine tous ses efforts de paraître cool...).

J'ai ri, mais qu'est-ce que j'ai pu rire !  Car oui, ce bouquin est drôle, décomplexant et divertissant sur toute la ligne. Il s'inscrit dans ce créneau que je chéris tant - à la croisée de Geek Girl de Holly Smale et des séries de Echo FreerE. LockhartHayley LongSue Limb & Louise Rennison. Des lectures légères, qui racontent des aventures adolescentes avec une verve rafraîchissante. On trouve ici, en plus du reste, des mails désopilants, des personnages au taquet et des situations invraisemblables mais tellement indispensables. C'est pas gnangnan, bien dans son temps et ça cultive humour et finesse intellectuelle avec aisance. Je recommande dix mille fois ce registre tellement plus fun et réjouissant. ♥

PKJ, avril 2016 - Traduit par Juliette Lê

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Couverture Originale ^-^

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07/05/16

Chut ! je lis : Le Club de la Pluie Brave les tempêtes, de Malika Ferdjoukh

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Deuxième tome des aventures du Club de la Pluie - club composé de Rose, Milo, Ambroise et Nadjet. Tous les quatre sont élèves à l'internat des Pierres-Noires à Saint-Malo et ont pour passion commune de traquer des mystères et résoudre des énigmes comme les mythiques Club des Cinq ou Clan des Sept d'Enid Blyton. ^-^ On retrouve ainsi deux nouvelles histoires - Le fantôme des Pierres-Noires et Le mystère des chaussons rouges - lues par Alice Butaud (Rose), Clémentine Niewdanski (Nadjet), Benoît Marchand (Milo) et Vincent De Bouard (Ambroise) pour une passionnante écoute d'une heure et 16 minutes qui nous plonge dans une ambiance crépusculaire, un peu hors du temps, truffée de références cinématographiques du Golden Age hollywoodien ou issues des classiques de la littérature anglaise (Jane Eyre ou Rebecca), voire aussi des polars américains. La 1ère histoire nous présente Jeanne Eyrmont, filleule de la directrice, qui débarque en pleine nuit, toute tremblante et timorée, craignant son ombre et s'imaginant être victime d'hallucinations. Accompagnée de sa cousine, Rachel Danvers, elle file dans sa chambre sans demander son reste. Le Club va très vite s'interroger sur ces deux jeunes femmes, l'une plus malheureuse jour après jour, et l'autre se livrant à des agissements nocturnes douteux. Heureusement, nos détectives en herbe veillent au grain pour sauver Jeanne de la folie qui la guette ! La deuxième histoire est cette fois influencée par le Magicien d'Oz avec une affaire de souliers en rubis qui vont disparaître, un suspect idéal (Milo, fils de forains) et une détective redoutable, Pippa Marlotte, qui a presque tout piqué au héros de Chandler.

J'ai de nouveau été transportée par l'écriture, l'atmosphère, les personnages, la teneur des intrigues, l'humour et les inspirations globales qui font de cette série un petit bijou et un ravissement perpétuel. C'est bien écrit, c'est intelligent et facétieux, ça possède un charme fou et ça brasse une multitude de clins d'œil culturels qu'on découvre et redécouvre au fil des lectures. Je ne cesse d'être agréablement surprise et enchantée. Malika Ferdjoukh apporte de la noblesse et une grande tendresse dans ses romans. Et cela me touche beaucoup. Encore une série fortement conseillée, à écouter ou lire (existe aussi en collection Neuf). ♥

Chut ! les livres lus de l'École des Loisirs, avril 2016

Musique composée et interprétée par Cécile Maisonhaute - Illustration de couverture : Cati Baur

♣♣♣♣♣

Vient de paraître le 3ème livre de la série :

 

Le Club de la Pluie et les forbans de la nuit 

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29/04/16

La Légende de Lee-Roy Gordon, par Aurélie Gerlach

La Légende de Lee-Roy Gordon

Un nouveau roman décapant d'Aurélie Gerlach, après son hilarante série de l'impossible Lola Frizmuth au Japon ! Cette fois, il est question de Paris, de Birmingham, de musique rock, de revival, de mafia, de duos improbables, de whisky et de salade de pâtes au cheddar, mais aussi de paradis perdus, de vocation et d'inspiration, sur fond de création artistique et d'énergie libératoire. En bref, une rencontre explosive. J'ai beaucoup, beaucoup aimé. L'histoire concerne Morgane, dix-sept ans, un bac loupé et plus l'envie de retourner au lycée, une jeunesse qui vivote et le besoin de se trouver une voie et de prouver sa valeur. Morgane répond donc à une petite annonce, pour servir d'assistante à une ancienne légende du rock qui tente son comeback en enregistrant un nouveau disque. D'abord recalée, la jeune fille finit par convaincre la bande qu'elle est un élément indispensable, qui apprend vite et dont la curiosité est sans limites. L'aventure peut alors commencer, une aventure truffée de hauts et de bas, de situations cocasses et d'entourloupes grandguignolesques, qui donnent forcément un ton mordant au roman. Et quelle bouffée de fraîcheur ! Aurélie Gerlach a de l'humour à revendre, du bagout et de la répartie en toutes situations. Je suis définitivement fan de son style déjanté et décomplexé, ses personnages sont attachants, l'histoire dégouline de musique et ça fait du bien, c'est hyper stimulant à lire, ça vous touche et vous embarque vers un univers folklorique hyper tendance. ♥

Gallimard Jeunesse, Coll. Scripto - mai 2015

Couverture et illustrations : Sandrine Martin

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Pour l'honneur de la tribu, de Wendy Constance

Pour l'honneur de la tribu

Cheval Sauvage tente de prouver à son père qu'il est également un grand chasseur, à l'instar de son frère aîné, mort tragiquement au cours d'une partie de chasse en solitaire. Le garçon éprouve toutefois des difficultés à concilier sa nature sensible et compatissante, notamment à l'égard des animaux, avec son éducation rude et directive. De plus, son cousin Zuni rêve de décrocher le rôle de chef de la tribu et ne cache pas son ambition, n'hésitant pas à braver les interdits et bafouer les règles de sécurité pour vivre son heure de gloire. Une compétition s'engage alors entre les deux garçons quand un autre chef de clan, Mogoll, sollicite leur aide pour retrouver sa fille cadette, Mésange Bleue, qui vient de disparaître. Or, celle-ci a volontairement quitté sa tribu où elle ne se sentait plus à sa place, martyrisée par sa belle-mère et ignorée par son père. Elle souhaite traverser les grandes plaines pour rejoindre la famille de sa mère décédée en couches. Cheval Sauvage parvient à retrouver sa trace et fait le choix de tout quitter pour l'accompagner. Son cousin Zuni n'est pas dupe et piste nos deux fuyards pour gagner davantage de galons. Ce garçon est usant... Tant de ténacité, à son stade, c'est machiavélique. Sans compter que le voyage dans lequel s'engagent Cheval Sauvage et Mésange Bleue est long, périlleux, sans espoir de réussite !

Cette formidable épopée est cependant racontée avec un entrain jovial et captivant qui fait sincèrement plaisir. On plonge ainsi dans une saisissante reproduction de la Préhistoire en Amérique du Nord, où l'on découvre les us et coutumes des tribus, mais aussi les créatures féroces que les hommes n'hésitaient pas à abattre pour survivre (d'où la réflexion finale sur l'extinction des espèces). C'est également un grand roman d'aventures, riche en émotions, dont la lecture se veut modeste et distrayante. Comme il est assez rare de trouver des ouvrages pour la jeunesse se déroulant durant la Préhistoire, cette référence est agréablement surprenante.

Gallimard Jeunesse, Mars 2015 - Traduit par Marie Leymarie (Brave)

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