23/03/17

Nos cœurs tordus, de Séverine Vidal & Manu Causse

nos coeurs tordus

Vlad fait sa rentrée dans un nouvel établissement scolaire qui ouvre, pour la première fois, une classe spéciale dédiée aux handicapés. D'humeur chagrine et méfiante, l'adolescent est en pétard contre l'adjoint du proviseur, François Flachard, qui tient un discours pompeux et dégoulinant d'hypocrisie, tout juste bon à le faire sortir de ses gonds. Vlad se la joue rebelle façon Cercle des poètes disparus et attire tous les regards... en se vautrant comme une crêpe alors qu'il tourne le dos à l'assistance médusée. Humilié, le garçon se réfugie dans le couloir où il rencontre la ravissante Lou.

Avec son corps disloqué, sa béquille à portée de main, Vlad a longtemps souffert de sa différence et du regard des autres, au point de se réfugier dans la provocation en guise de bouclier. À ce petit jeu, il découvre en Saïd un adversaire de choix. Lui n'a pas de handicap physique, mais une propension à semer la zizanie en classe, à être incapable de se concentrer, à collectionner les avertissements et à s'attirer une mauvaise réputation. Ces deux-là sont faits pour s'entendre et vont rapidement se constituer leur petite bande avec Mathilde, coincée dans son fauteuil, Lou et son copain Morgan (argh), Dylan, atteint de trisomie, Théa et Charlie, les jumelles au langage cosmique... C'est aussi ensemble qu'ils vont se lancer dans un projet de cinéma en tournant un court-métrage avec un simple téléphone pour gagner un voyage à New York ! 

Cette lecture est à la fois pleine d'énergie, pleine d'espoir, pleine de vie tout court. Elle met en scène des adolescents qui ont des rêves, des envies, des coups de cœur et des coups de gueule, mais qui ne veulent pas dicter leur choix selon leur handicap. C'est certes une réalité quotidienne, jalonnée de frustration et de contrainte, mais certainement pas l'excuse pour les priver de formidables opportunités sous des prétextes idiots (société enfermée dans ses préjugés, orgueil mal placé, disposition trop lente, angoisse puérile et imbroglio amoureux). En somme, l'histoire nous invite à partager sur une année scolaire le parcours assez commun d'adolescents extraordinaires. Ils n'ont pas fait de leur handicap un signe distinctif mais se comportent comme des mômes de leur âge. Ils ne manquent ni de force, ni d'insolence, ni de talent pour avancer dans la vie, sans compter l'amitié, véritable socle de leur projet insensé, qui montre aussi que le collectif a du bon pour dépasser les étiquettes et les clichés. C'est un chouette roman, qui inspire des sentiments profonds et qui dégage aussi de la sensibilité, de la sincérité, de la joie et de la bonne humeur. Excellent melting-pot ! 

Bayard Jeunesse, 2017

"Nos coeurs tordus" a d'abord été écrit par Séverine Vidal, et publié sous la forme d'un mini roman paru dans le magazine Je Bouquine. Plébiscité par les lecteurs, il a été enrichi par la plume de Manu Causse. Plein de poésie et d'humour , le roman aborde le thème du handicap , sans pathos, c'est aussi une très jolie histoire d'amour et d'amitiés profondes.

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17/03/17

Girl Online, de Zoe Sugg

EN FORMAT POCHE !

girl online

Penny manque cruellement de confiance en elle et a choisi d'exposer ses états d'âme sur un blog, sous le pseudonyme de Girl Online. Elle parle de sa vie au lycée, de sa “meilleure copine” qui vient de l'humilier en publiant sur un réseau social une vidéo d'elle, s'étalant sur scène, sa petite culotte au grand jour. Blessée, Penny lâche prise derrière son écran, sans réaliser qu'un phénomène est en place. Car, sans crier gare, ses confidences finissent par toucher un large public et créent le buzz. Mais Penny a le succès modeste. Et déjà son chemin l'envoie vers New York, où elle accompagne ses parents qui viennent de décrocher un contrat en or à l'hôtel Waldorf Astoria. Sur place, Penny rencontre un charmant musicien qui va lui faire vivre un véritable conte de fées ! Seulement, l'adolescente oublie que, souvent, les princes redeviennent crapauds après minuit.

Voilà un roman bien dans l'air du temps ! Frais et instantané, il propose une histoire mignonne et quelque peu superficielle, mais qui vend du rêve sur 300 pages et donne l'illusion aux jeunes lectrices qu'elles aussi peuvent se retrouver dans cette bluette pétrie de candeur et de romantisme. Zoe Sugg, alias “Zoella”, une YouTubeuse anglaise propulsée sur le devant de la scène grâce au succès de ses vidéos sur le net, a donc décroché le jackpot en publiant son 1er roman (chaperonné par l'écrivain Siobhan Curham), lequel a remporté une totale adhésion auprès de ses fans qui ont savouré cette histoire adorable et sans prétention. Et puis, ses intentions sont honorables lorsqu'elle cherche à véhiculer des messages positifs (parler de ses peurs, les affronter avec panache, dénoncer l'ostracisme au lycée et le harcèlement sur le net), tout en faisant croire qu'on peut toucher les étoiles mais garder les pieds sur terre. Au diable le cynisme, après tout... 

PKJ. ♦ Collection Best-Seller (format poche) ♦ mars 2017

Trad. de Rosalind Elland-Goldsmith

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09/03/17

Tout pour se déplaire, de Jen Klein

Tout pour se déplaireChic, encore une lecture qui met en joie et de bonne humeur ! Le roman de Jen Klein a pour lui de nous embarquer dans son histoire sans prétention, mais où les sentiments sont vrais, sincères et spontanés, en plus d'avoir une bande-son à la fois tonitruante et dégoulinante de guimauve... N'en jetez plus, l'aventure s'annonce piquante, drôle et savoureuse !

Parce que leurs mères sont copines de fac et ont conclu ensemble un accord pour leurs enfants, sans même leur demander leur avis, June et Oliver font donc route tous les matins pour se rendre au lycée. La jeune fille appréhende cette intimité forcée car elle imagine un garçon fidèle aux archétypes du genre sportif, populaire et désinvolte. Elle le met aussitôt au pas, arguant que cette dernière année au lycée est insipide et futile, car la vraie vie ne commence qu'après. Oliver prétend le contraire et cherche à lui démontrer les aspects positifs de leur passage au lycée. Ils mettent ainsi en jeu les titres de leur playlist du matin, chacun pouvant l'enrichir s'il obtient l'argument irréfutable. Car, autre point de discorde, June et Oliver ont des goûts musicaux diamétralement opposés. Là aussi, la guerre est déclarée... avec sourires malicieux et étoiles dans les yeux.

On s'attend à une romance cousue de fil blanc, sauf que c'est bien mieux, car c'est avant tout l'histoire d'une complicité, d'une découverte et d'une ouverture. June est par exemple obstinée, revêche et prétentieuse. Elle qui se prétend au-dessus de la mêlée a pourtant tendance à cataloguer hâtivement ce qu'elle mésestime. À l'inverse, Oliver est un garçon adorable, charmant et différent de son image superficielle. C'est entendu, ils vont rapidement déposer les armes pour discuter tout naturellement de musique, de famille, d'amitié et d'amour. En vrai, ils sont tous deux engagés dans une relation officielle (lui avec la pom-pom girl fétiche de l'école, bien entendu) mais on sent déjà une June fébrile sur le sujet (durant l'été, séparée temporairement de son copain, elle a embrassé un autre type en vacances). Et on réalise ainsi qu'elle n'est qu'une carapace en toc et qu'elle a beaucoup, beaucoup de zones d'ombre à éclaircir ! Tout se goupille à merveille, sans situation saugrenue, sans tension inutile ou autres malentendus lourdingues. C'est une délicieuse friandise à déguster sans culpabiliser. C'est bon, doux, réconfortant et craquant à souhait. J'ai passé un très, très bon moment. ♥

Gallimard Jeunesse, coll. Scripto - Trad. Marie Hermet [Shuffle, Repeat] - 2017

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08/03/17

Moi et les Aquaboys, de Nat Luurtsema

Moi et les AquaboysDésespérée d'avoir loupé sa sélection pour participer au stage d'entraînement intensif permettant de rejoindre l'équipe olympique de natation, Lou Brown n'a pas d'autre choix que de retourner au lycée, sans sa meilleure amie Hannah, plus chanceuse ou meilleure qu'elle. Pour la première fois, Louisa fait face à ses camarades et découvre une jungle hostile et inhospitalière où elle n'a carrément pas sa place. Son seul refuge, à part la bibliothèque, reste la piscine dans laquelle elle avait coutume de s'entraîner... avant son cuisant échec. Humiliée, déprimée et déboussolée, Lou plonge une dernière fois dans le bassin... et fait face à trois garçons au moment de remonter à la surface. Les yeux éberlués, fixés sur elle, ils lui proposent de devenir leur coach pour leur numéro de danse aquatique en vue de le présenter à une émission TV qui déniche les jeunes talents. Désabusée, Louisa tope dans leurs mains et se lance dans ce projet complètement dingue mais follement amusant !

Car j'ai ri, qu'est-ce que j'ai ri à la lecture de ce roman à l'humour british extrêmement savoureux ! On y découvre une héroïne attachante, asociale et dégingandée, maniant le sarcasme avec un naturel désarmant mais résolue à mener jusqu'au bout sa mission pour redonner du pep's à sa vie monotone. Or, rien ne va se dérouler comme elle le souhaiterait. C'est, au contraire, une avalanche de catastrophes et de déconvenues qui vont ponctuer les séances d'entraînement et les exhibitions publiques. Et c'est justement cette perpétuelle dérision qui rend la lecture si plaisante. On s'amuse à partager les heurts et bonheurs de ce quatuor déjanté, qui déjoue aussi tous les pronostics. L'enthousiasme est de mise et il est tout simplement communicatif. Ajoutez, en plus, des rôles secondaires aussi insolites, dont des familles qui partent délivrer des âmes en peine au péril de leur vie et au cours d'escapade nocturne mouvementée ! Gloussements de dinde assurés... Je n'imaginais pas à quel point le contenu de ce livre allait être aussi réjouissant. Un pur bonheur. J'ai adoré du début à la fin, je voulais me fondre dans la vie de Louisa Brown et retenir ce vent de folie douce qui chamboule à ravir leur routine. L'inspiration de Nat Luurtsema, comédienne anglaise particulièrement douée, est franchement exemplaire. Je voudrais lire tout le temps des romans aussi pétillants, frais et délirants que celui-ci. Une suite serait fortement envisagée, chic ! ☺

Gallimard Jeunesse, trad. Emmanuelle Casse-Castric [Girl Out of Water], 2016

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17/02/17

Le Grand roman de ma Petite vie, Tome 2 : Bouge tes fesses ! de Susie Morgenstern & Albertine

Le Grand roman de ma petite vieJe ne vous cache pas ma joie en apprenant la sortie de ce deuxième tome de Susie Morgenstern, qui fait suite aux aventures de Bonnie dont j'avais follement apprécié les prémices, cf. Le grand roman de ma petite vie. Humour subtil, univers farfelu, famille déjantée, aventures insolites... Tout ce dont je raffole. Ce deuxième tome a su immédiatement me combler, en me replongeant sans détour dans l'action. Bonnie a réussi à convaincre sa famille d'opter pour un appartement plus grand et un déménagement au dernier étage de l'immeuble. Sa grand-mère Omama traîne les pieds, mais Bonnie est impatiente d'avoir enfin sa chambre à elle. Toutefois, ce changement entraîne aussi d'étranges découvertes... comme le corps de leur nouveau voisin, décédé seul chez lui depuis des semaines, d'où les odeurs nauséabondes sur le palier. Bonnie est effondrée, choquée de cette trouvaille. Et stupéfaite d'être désormais l'héritière de cet inconnu !
Fantasque et inattendue, cette lecture réserve encore de bonnes surprises. J'ai adoré retrouver cette ambiance exubérante, avec sa galerie de personnages tout feu tout flammes, qui viennent ponctuer l'histoire de leurs anecdotes cocasses (le père embarrassé de ses insupportables bambins, obligé de reprendre sa vie en mains, la délicieuse Zara en pleine crise existentielle, Dorélie l'amie exemplaire, le petit copain Carl, la grand-mère qui cuisine pour chasser ses souvenirs, la mère survoltée et le presque beau-père affable et attentionné...). J'ai été aspirée par cette ronde infernale et par la frénésie collective. C'est un univers foisonnant, qui renvoie l'image d'une famille improbable, avec un mode de vie décalé mais charmant et ô combien enviable. Tout paraît simple, fusionnel, maniéré et spirituel. J'aime beaucoup cette vision de la vie, triomphante et décomplexée. Je n'ose espérer de prochaines aventures, aussi tendres et truculentes. ☺

La Martinière J. - Janvier 2017

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16/02/17

#Reine du lycée: Confessions d'une star des réseaux sociaux, de Lele Pons & Melissa de la Cruz

reine du lycéeN'étant pas au courant des étoiles filantes issues des réseaux sociaux, j'ignorais en toute logique qui était Lele Pons... jusqu'à ce qu'une bonne âme éclaire ma lanterne. Et donc, cette jolie native de Venezuela, débarquée aux USA dès son plus jeune âge, est connue pour son succès fulgurant sur Vine grâce à des vidéos comiques où l'absurde côtoie la dérision pour de courtes séquences relatant la vie cocasse des adolescents. Pour y avoir jeté un coup d'œil, j'avoue que c'est complètement déjanté. Et cela m'a bien plu.

Le bouquin est exactement dans la même veine. Ce n'est pas de l'autofiction, mais une histoire inspirée de son parcours. Après des années de scolarité dans une école privée, Lele débarque à Miami High, un lycée ordinaire où son look excentrique, son franc-parler et sa gaucherie la mettent aussitôt au ban du microcosme étudiant. Au lieu de se fondre dans la masse, Lele détonne et exacerbe les passions. Cible de toutes les moqueries, Lele ne désespère pas de renverser la tendance et s'en donne à cœur joie en délirant sur Vine. C'est sans deviner que son grain de folie va plaire au public, car au fil des mois son succès sur la toile grimpe en flèche, le nombre de ses followers explose... pour arracher le record du milliard de vues ! La notoriété de Lele lui ouvre les portes des clubs branchés, lui fait rencontrer les stars de la musique et du cinéma, sa vie au lycée se métamorphose, Lele est reconnue, sollicitée et encensée !

Au final, j'ai trouvé la lecture étonnamment agréable et très divertissante. La vie de Lele laisse une sensation d'effervescence continuelle qui fait tourner la tête mais qui arrache aussi des sourires. La jeune fille possède cette formidable capacité de rebondissement, tout en optimisant les passages à vide ou les moments de doute. C'est une nana joviale, déterminée et fonceuse. J'aime beaucoup son tempérament ET son sens de la dérision. Franchement, elle m'a fait rire à de multiples reprises. Le roman ne s'attarde pas à décrire les longues étapes de son succès, on passe du statut de loser à celui de reine en un battement de cils. Cette folle cadence imposée est, tout compte fait, très appréciable. Il y a du rythme, des rires, des messages de tolérance (stop à l'ostracisme au lycée), de l'amour, de l'amitié... Et puis cela tourbillonne constamment, c'est à la fois déjanté et décalé. J'ai été complètement emballée par cette pétillante découverte ! 

Traduit par Charlotte Faraday pour les éditions Hachette - Octobre 2016

 

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14/02/17

Phobie douce, de John Corey Whaley

Phobie douceSolomon vit depuis trois ans cloîtré chez lui, après une grosse crise de panique survenue dans la cour du lycée, durant laquelle il a plongé nu dans la fontaine, devant tout le monde. Depuis, le garçon a disparu de la circulation. La vie au lycée a repris ses droits - chacun pour soi. Seule Lisa n'a pas oublié cet adolescent désœuvré, qui est aussi le fils de sa dentiste. Avec sa permission, elle lui écrit une lettre pour le rencontrer. Solomon est perplexe mais, poussé par sa grand-mère, il accepte un premier rendez-vous. Pour la jeune fille, c'est également la surprise de découvrir un garçon déjanté, intelligent et très lucide. Le sachant fan de la série Star Trek, elle décide rapidement de lui faire connaître son petit copain, Clark. Entre eux, la connivence est immédiate... si bien que Lisa se sent mise à l'écart et se pose des questions sur sa relation amoureuse et la distance émotionnelle qui s'est installée au sein de son couple. Ce sont aussi ses copines qui distillent le doute dans son esprit et lui font entrevoir la perpective d'une tromperie. Car l'histoire annonce clairement les intentions des uns et des autres - Lisa se sert de Solomon pour rédiger son mémoire et intégrer une fac de psycho, Clark cultive une ambigüité sexuelle et Solomon a avoué à la jeune fille son véritable penchant amoureux. À ce stade, je pensais avoir deviné la fin de l'histoire et je me voyais déjà déçue d'avoir une lecture aussi lisse et prévisible, d'où mon soulagement en réalisant que c'était beaucoup plus subtil et pertinent. Rien que par les sujets abordés, comme l'amitié, l'homosexualité, la famille, mais aussi la duperie, l'agoraphobie et le poids du  monde qui vous entoure. Et puis les personnages sont attachants et touchants, avec leurs complexes, leurs doutes et leurs non-dits. On ne verse jamais dans des situations dramatiques improbables et encore moins dans des solutions miraculeuses. Il y a, au contraire, un juste équilibre entre la considération d'une vie handicapée par des troubles phobiques et les tentatives pour appréhender la maladie en apportant des remèdes simples, fantasques et audacieux. Au final, ça se lit vite et bien. L'approche est intimiste, maniant une plume douce-amère, sans négliger la pointe d'humour. Le mélange est assez bon pour nous entraîner dans cette comédie réaliste et très pragmatique, qui n'en demeure pas moins sensible, drôle et touchante dans son approche jamais larmoyante. 

 Casterman, 2017 -  Publié aux USA sous le titre : Highly Illogical Behaviour

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09/02/17

Le Collège des Éplucheurs de Citrouilles, de Laure Deslandes

le collegeIntriguée par le titre et le résumé du livre, je me réjouissais d'avance de découvrir une lecture un brin fantasque. Au final, c'est assez loin du compte, ou disons qu'il s'agit plus platement d'une histoire contemporaine avec des détails insolites. Le sachant, la frustration sera évidemment moins grande !
Direction la campagne bretonne où se tient un minuscule collège qui regroupe les égarés du coin. Péline a grandi auprès d'une maman baba cool qui privilégie le fait-maison et se démène pour joindre les deux bouts. L'adolescente n'en a jamais souffert, mais comprend qu'avec l'arrivée de nouveaux élèves, débarqués de nulle part, leur regard sur sa petite vie risque fortement de la déstabiliser.
En effet, le collège des Museaux a augmenté son effectif en ouvrant durant l'été un internat rural. Dans sa classe, Péline compte cinq nouvelles têtes de lard dont l'attitude arrogante et grossière fait sortir la jeune fille de ses gonds. Résultat, les garçons se gaussent mais elle relève le défi de les intégrer dans leur système. Car le collège des Museaux n'est pas un établissement ordinaire - aucun réseau téléphonique ou internet, une pédagogie qui s'affranchit des codes et des enseignants hauts en couleur. Les élèves apprennent donc l'estonien ou s'entraînent à grimper dans les arbres, les professeurs traînent en chaussons, les livres peuvent se lire par la fin, et à la cantine on sert de bons petits plats mitonnés avec amour (sauté de porc aux tiges de bettes et tajine de quinoa au fenouil). Pour des habitués des nuggets et de la pizza, la coupe est pleine !
C'est donc une cohabitation explosive qui s'annonce entre les autochtones et les exilés, et qui donne lieu à une lecture agréablement surprenante. Elle ne verse pas non plus dans cette dose de folie douce que j'apprécie particulièrement, mais fait preuve d'audace et d'exubérance pour compenser. Ajoutez une intrigue policière impliquant un objet dérobé, une traque pas possible avec un forcené et un climat un poil grotesque pour absorber le tout... Ce premier roman est du genre foutraque mais se lit comme une aventure loufoque et allumée. Dans l'ensemble, c'est marrant.
Dernière phrase du livre : « Il y a un pommier dans le champ voisin. » ☺

L'école des Loisirs, 2017

« Le collège des Museaux, c'est le contraire de l'armée, c'est le bonheur. Enfin non ; ça, c'était avant. »

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07/02/17

La Boutique Vif-Argent, Tome 2 : La Boussole des rêves, de P.D. Baccalario

La Boussole des rêvesL'heure est venue de rattraper mon retard dans mes séries ! J'avais beaucoup apprécié l'univers étrange et fabuleux du premier tome de La Boutique Vif-Argent (cf. Une valise d'étoiles). L'histoire se passe dans une petite contrée écossaise, à Applecross, où le jeune Finley McPhee s'embarque dans des aventures qui souvent le dépassent. C'est d'ailleurs suite à sa rencontre avec l'impertinente Aiby Lily, fille du propriétaire de la Boutique d'objets magiques, qu'il a connu autant de chamboulements dans son quotidien.
Puni pour ses mauvais résultats scolaires, notre cancre a d'abord remplacé le facteur pendant sa tournée puis est devenu le premier essayeur de plages pour un guide touristique. Il découvre ainsi que plusieurs fermiers et pêcheurs se plaignent de fâcheux incidents, comme des disparitions de moutons ou des filets saccagés. Une vieille dame vient aussi de passer l'arme à gauche, alors qu'elle pétait la flamme et s'était inscrite pour le prochain marathon. C'est très étrange, mais Finley a bien du mal de croiser son amie Aiby pour lui en causer. Celle-ci semble lui préférer la compagnie de son frère Doug, peut-être parce qu'il est capable de lire l'Ensorcelant, cette langue rare qui figure dans tous les ouvrages magiques. Finley ronge son frein, refusant d'admettre qu'il est jaloux, car Doug est plus grand, plus intelligent et a avoué en pincer pour Aiby. Cette situation agace prodigieusement notre jeune héros.
Mais trêve d'enfantillages. Le duo se reforme pour enquêter sur le terrain. Leur but : dégoter une précieuse Boussole et mettre des bâtons dans les roues d'un sinistre individu, autrement dit l'Homme Vert, qui s'amuse à jouer aux cartes avec l'âme des gens. La situation est tendue, le contexte fascinant de mystères et l'action survoltée. J'ai beaucoup aimé avancer dans l'histoire parmi ce cadre charmant et sur un ton aussi alerte et enjoué. La combinaison est réussie, dans un esprit bon enfant et surtout empreint d'élégance par son esthétisme. Je poursuis mon exploration, avec La Carte des Passages

Traduit par Diane Ménard pour les éditions Gallimard Jeunesse - Octobre 2015

Illustrations de Iacopo Bruno

01/02/17

Scarlett Epstein rate sa vie, par Anna Breslaw

Sarlett epstein

Enfin un roman qui ne prend pas les filles pour des nouilles et qui s'affranchit des clichés tout en racontant une histoire ordinaire, mais sur un ton plein d'humour ! J'ai adoré.
Scarlett Epstein est une fan inconditionnelle de la série Lycanthrope College, mais voit son monde s'effondrer en apprenant que celle-ci s'arrête sans crier gare. Pour tromper son ennui, elle se met à inventer une fanfiction librement inspirée de sa vie personnelle. En effet, la jeune fille extrapole le petit monde cruel du lycée dans un univers d'androïdes qui connaît un gros succès en ligne. Scarlett y trouve un certain confort de pouvoir se libérer de toutes les frustrations de la journée. Car Scarlett snobe résolument ses petites camarades, en particulier la clique des populaires, qu'elle juge navrants de bêtise. Elle est aussi extrêmement déçue de l'attitude de Gideon, son ami d'enfance, avec lequel elle ne parlait plus depuis des années, et qu'elle découvre en train de papillonner avec ces moutons, ou dans les bras de sa rivale, la sublime Ashley, qui ne manque jamais l'occasion de critiquer Scarlett, trop pauvre, trop geek, trop asociale. Scarlett se sent au-dessus du lot, certes sa mère fait du ménage, boit trop et s'imagine souvent avoir trouvé le grand amour, mais Scarlett ne cultive pas non plus l'image sordide du foyer misérable. Sa voisine, Ruth, une vieille intellectuelle qui passe son temps à fumer des pétards, lui parle de lectures, de féminisme et de ses folles expériences, pendant que l'adolescente s'occupe de son jardin. Elle évoque aussi la vie sans mesure et incite Scarlett à s'ouvrir davantage, loin de son écran et de sa communauté virtuelle. 

J'ai trouvé ce roman très riche, intelligent, drôle, caustique et savoureux. Scarlett Epstein est une héroïne extra, avec un caractère de cochon, de la mauvaise foi et du sarcasme en bandoulière. Au fond, on le sait, c'est une grande sensible, qui préfère se réfugier dans un monde imaginaire, pour fuir le réel. On la découvre touchante et vulnérable, à se voiler la face et à accuser les autres alors qu'elle envie leur aisance, leur naturel, leur spontanéité. Son histoire contient juste ce qu'il faut de dérision, d'ironie et de situations téléphonées. Le tout est mordant, actuel et frais. J'ai totalement accroché à ses réparties, à sa vision de la vie, à ses blagues, à ses références en matière de pop culture... C'est loin des modes actuelles qui surfent sur le mélodrame à deux balles et qui pondent des romances ineptes et fades. Ici, le portrait de la lycéenne est désopilant, décalé, décapant. Franchement top ! 

Traduit par Laetitia Devaux pour les éditions Gallimard Jeunesse - Collection Scripto - Janvier 2017

Titre VO : Scarlett Epstein Hates It Here

 

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